Sully Prudhomme, Réflexions sur l'art des vers, p
}. yi. Gramxaont, Le vers fratiçais, ^. ^o et Petit traité de versif. franc., p. 4<).
LoTE. — L'alexandrin. 15
petit. » Toutefois, M. Grammont admet des tempéraments et accorde que l'égalité des pieds est seulement approximative. Voyons donc ce que nous indique l'expérience.
D'abord, y a-t-il en musique isochronie des mesures ? Pas le moins du monde. M. l'abbé Rousselot l'a constaté dans une enquête ' qu'il sera permis de rappeler. Il a fait chanter par une artiste de talent la phrase suivante :
A-dicu, ma
mie, A-dieu mon âme, a-dicu ma
Voici les résultats de son analyse : « Les quatre mesures du morceau sont de longueur uniformément variées : la i" a duré 330,7 cent, de sec. ; la 2% 231,5, plus un silence pour la respiration de 31"; la 3% 273 ; la 4% 220. Si Ion ne faisait entrer en ligne de compte que la durée des voyelles, on aurait respectivement : 278,5 — 159 — 222 — 200. La longueur de la note écrite est encore moins observée. L'unité étant la croche, nous comptons (toujours en centièmes de seconde) :
eu
i eu —
tn 0 n
Eléments
Syllabe
Voyelle
eu —
Éléments
Syllabe
Voyelle
éo
On voit par ce tableau que ni la syllabe, ni la voyelle ne fournissent une mesure tixe pour l'unité. L'addition à la syllabe de l'occlusion de la consonne suivante (que l'on peut faire aisément d'après la i" Hgne) ne donne pas un meilleur résultat. »
M. P. Verrier ^, après s'être livré à des enquêtes analogues, formule les mêmes conclusions : « Libre au lecteur de conclure tout simplement que je chante mal, dit-il. J'ai pourtant pris à diverses reprises des leçons de chant, fait partie dans mon enfance d'un chœur de collégiens, répété des centaines de fois les rondes des expériences 35-45 en battant la mesure du pied, acquis par la théorie et la pratique la volonté consciente de marquer le rythme. Chez ceux qui disent les vers, il n'y a tout au plus qu'une volonté inconsciente et inexercée d'aller en mesure : à quelles irrégularités ne pouvons-nous pas nous attendre ? »
M. l'abbé Rousselot ' écrit d'autre part que des études rythmiques commencées avec la collaboration de M. Brunot lui permettent de formuler une constatation importante : la régularité des pieds et des hémistiches est d'autant plus grande que le lecteur est moins influencé par les éléments psychologiques. Les vers qui dans mes tableaux généraux paraissent répondre le plus parfaitement à cette dernière condition sont
1. Abbé Rousselot, Principes, p. 1098; cf. aussi Landry, Le rythme du français licclaiiiv, p, 597-417.