‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 15 sur 250 · CINNA, II, I · texte numérisé non relu

CINNA, II, I

Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,

Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde, Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang, Qui m'ont jadis coûté tant de peine et de sang, Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune D'un courtisan flatteur la présence importune, N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit, Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit. L'ambition déplaît quand elle est assouvie. D'une contraire ardeur son ardeur est suivie. Et comme notre esprit jusqu'au dernier soupir, Toujours vers quelqu'objet pousse quelque désir. Il se ramène en soi n'ayant plus où se prendre. Et monté sur le faîte il aspire à descendre.

Chimène

Ah ! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie. Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie ; Et de quelque façon qu'éclatent mes douleurs. Je ne t'accuse point, je pleure mes malheurs. S Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage, Demandait à l'ardeur d'un généreux courage : Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien ; Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien. Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire ;

10 Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire :

Même soin me regarde, et j'ai, pour m'affliger, Ma gloire à soutenir, et mon père à venger. Hélas ! ton intérêt ici me désespère : Si quelque autre malheur m'avait ravi mon père,

1 5 Mon âme aurait trouvé dans le bien de te voir L'unique allégement qu'elle eût pu recevoir ; Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes. Quand une main si chère eût essuyé mes larmes. Mais il me faut te perdre après l'avoir perdu ;

20 Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ; Et cet affreux devoir, dont Tordre m'assassine. Ma force à travailler moi-même à ta ruine. Car enfin n'attends pas de mon affection De lâches sentiments pour ta punition.

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