‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 157 sur 250 · XXII, G · texte numérisé non relu

XXII, G

Im mo le Trwà 0 Grèk 0 fis dEk tàr la Grè sœ

(Andr., 14 J.)

13° La treizième syllabe porte un accent. Le cas, nous l'avons noté, se présente rarement, mais il peut se rencontrer exceptionnellement lorsque la fin du vers concorde avec une suspension de sens, comme dans l'exemple suivant :

Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes...

E ko trœ ma du làr jo re sa ti de mr mœ

(Cid, 17a.)

LE SENS ET LE RYTHMÉ : LA SUBORDINATION DES ACCENTS 2ol

OU encore, comme il est loisible de le supposer sans que cependant nos tableaux généraux nous en fournissent le moindre échantillon, lorsque la syllabe féminine de la rime, par suite d'enjambement, fait partie intégrante d'un pied rythmique de conclusion, terminé seulement au début du vers suivant. L'éventualité du temps marqué musical affectant la treizième syllabe n'a été naturellement envisagée ni par les poètes, ni par les théoriciens.

Des faits intéressants ressortent de cet exposé. Comme les coupes temporelles, les coupes de hauteur se répartissent normalement selon les divisions du texte et peuvent apparaître en tout endroit de l'alexandrin, selon la volonté du poète : les diverses combinaisons employées par celui-ci lui servent à varier son rythme et à produire les effets qui lui sont indispensables. L'acuité toutefois, comparée avec la durée, présente deux différences notables. D'abord la position de l'accent, à toutes les places, n'est pas déterminée obligatoirement par une suspension de sens, mais peut résulter d'une conclusion : il s'ensuit que les syllabes cinquième, septième et onzième sont plus souvent aiguësqu'ellesnesont longues, même quand les poètes construisent leurs vers selon les formes les plus étroites de la tradition classique. En second lieu, la finale féminine de la rime peut, par exception, être la plus haute du groupe auquel elle appartient sans pouvoir jamais supporter le temps marqué temporel.

Il n'y a pas d'alexandrins dépourvus d'accents musicaux intérieurs, car la voix, dans la déclamation lente qu'exige la poésie, pour donner aux divers moments de la pensée leur relief nécessaire, est obligé de morceler le texte en fragments assez courts. On doit toutefois se demander si certains sommets d'acuité ne l'emportent pas sur les autres, en raison soit de la place qu'ils occupent, soit de leur importance dans la phrase. La question, déjà examinée au point de vue de la durée, se pose à nouveau pour le rythme mélodique.

Il ne s'agit pas ici de classer tous les faits que nous apportent nos tableaux généraux, mais seulement de fournir quelques brèves indications : elles sont indispensables à un exposé dont le but est d'expliquer la structure du vers ; elles seront rappelées ou commentées plus longuement dans les deux chapitres consacrés, l'un à l'accent oratoire, l'autre aux hauteurs comparées, dans ce dernier surtout, où l'on s'efforcera de définir plus exactement les ressources musicales dont la voix dispose. On se contentera pour le moment de dire que la subordination des accents d'acuité peut s'étendre à toute une série de groupes rythmiques et même à plusieurs vers, à l'inverse de ce qui se passe pour la durée. Les phénomènes les plus caractéristiques sont les suivants :

1° Dans un alexandrin de facture classique fortement construit et dont les deux hémistiches s'opposent ou ne sont pas liés intimement l'un à l'autre, les syllabes aiguës, sixième et douzième, sont ordinairement plus hautes que les autres temps marqués du vers, pourvu qu'il y ait suspension du sens. En cas de conclusion, soit à l'hémistiche, soit à la rime, ce rapport se trouve modifié :

Rechercher une Grecque, amant d'une Troyenne ? Et par un beau trépas couronne un beau dessein.

fer

fé

ru

Grèk

a ma du

tnua yè n(œ)

{Andr., 10 1'.)

pa

bô

Ire

pà hi

ron (V bô

de

se

(Cin., I, 10 C.)

Dans ce dernier exemple, la rime termine la phrase et l'accent n'est maintenu à sa place ordinaire que par l'effort oratoire : il y a cependant une chute de la voix nettement caractérisée : elle est encore plus sensible lorsque, conformément i\ la règle générale, le temps marqué remonte d'une ou deux syllabes.

LoTE. — L'alexandrin. 26

2° Les aiguës sixième et douzième perdent leur valeur éminente au profit d'un sommet musical placé à l'intérieur de l'hémistiche toutes les fois qu'il y a nécessité d'accorder à tel membre un relief particulier.

Crois qu'il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour,...

Krwà kil ma na ht, té pur vl krœ ta da mur

{Bér., 8 C.)

Même dans un alexandrin classique répondant à la définition précédemment donnée, le cas se produit souvent, par simple besoin de variété :

Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire. *

Ta fil nés tœ va lœr mes tril'i par la vik twa rœ

Il faut ajouter qu'ainsi la succession des groupes rythmiques, dans un même alexandrin, présente parfois, du début à la terminaison, une gradation descendante des temps marqués :

Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre.

Mo kœr à sœ mo ma nœ vyl pA dœ sœ rà drœ

{Bér.,2 C.)

3° Si dans le même vers ou le même hémistiche deux membres métriques ont la même valeur au point de vue du sens, l'un ou l'autre, ad libitum, peut être affecté de l'accent le plus aigu :

Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde.

Lœ syè klê gra lœ syé Ma frœ lœ syè klim mô dœ

(XXL)

On peut comparer ces deux déclamations successives et reconnaître que le rapport des syllabes quatrième, huitième et douzième n'est pas demeuré identique. Il en est ainsi dans toutes les répétitions d'un même groupe rythmique et dans toutes les énumérations quand elles ne comportent pas de gradation. L'égalité des hauteurs se rencontre très rarement, mais l'on peut toutefois citer cet exemple :

Porte, porte chez lui cette mâle assurance...

Pôr

par

LE SENS ET LE RYTHME : LA SUBORDINATION DES ACCENTS

Iwi se tœ mal

Il ressort des chiffres transcrits que dans l'alexandrin et aussi, peut-on dire, dans le vers français de quelque mesure qu'il soit, il n'y a pas de syllabe privilégiée, destinée à recevoir de façon absolue et constante l'accent musical le plus aigu du vers ; ou, pour reprendre la formule dont nous nous sommes déjà servi à propos de la durée, il ne suffit pas que la syllabe soit seconde, cinquième, neuvième ou douzième, qu'elle occupe dans la série tel numéro d'ordre pour qu'elle doive, nécessairement et fatalement, supporter l'élévation la plus considérable de la voix.

Musicalement, d'ailleurs, encore moins que temporellement, il ne saurait en être ainsi, parce que les fins de phrase ou les pieds rythmiques traités comme tels modifient non seulement la position de l'accent, mais déterminent encore un abaissement de la voix, sans que ce phénomène se produise dans l'alexandrin à des places fixes. Ilnous suffira (cf. ci-contre) de présenter les résultats fournis par le passage d 'Andromaque qui figure dans nos tableaux d'ensemble : c'est celui où les temps marqués varient le moins au gré des suspensions et des conclusions du texte, pour des raisons qu'on exposera ailleurs. Nous indi-

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