HAUTEUR MAXIMA : LES ACUITÉS MOYENNES DES MORCEAUX ENREGISTRÉS
Sujet
Hernani
Andromaqtie
Sujet
- Bérénice
Cintta, II
Le Cid
Cinna, I
Sujet
Les Pauvres Gens
Hernani Ruy Blas
Sujet
— Les Pauvres Gens
Hernani
Le Cid
Bérénice
Andromaque
Ruy Blas
Sujet
— Cinna, I
Andromaque
Cinna, II
Sujet J
Sujet R —
Sujet a —
Les Pauvres Gens
Le Cid
Hernani
Bérénice
Cinna, I
Cinna, II
Ruy Blas
Andromaque
Les Pauvres Gens
Bérénice
Le Cid
Cinna, II
Cinna, I
Ruy Blas
Hernani
Bérénice
Le Cid
Ajoutons enfin les déclamations des sujets B et F
Sujet B — Les Pauvres Gens = ijb Sujet F — Andromaque = 43e
Ici encore il y a des divergences, et il serait étonnant qu'il n'y en eût pas. Quelques faits cependant retiendront notre attention.
Ce sont les morceaux enregistrés des Pauvres Gens, d' Hernani et de Bérénice pour lesquels la voix, en moyenne, a monté le moins haut. Ce n'est pas que le premier ne contienne quelques vers particulièrement pathétiques, mais il renferme aussi un grand nombre de locutions familières ou de descriptions sans lyrisme auxquelles il serait ridicule de conférer la moindre chaleur oratoire. Elles donnent au passage son caractère. L'expression d'ensemble en demeure terne et presque plate, car l'effort moyen est peu considérable et la voix se maintient le plus souvent dans les régions basses. La déclamation de B, considérée absolument, confirme celle des autres sujets.
Le fragment d'Hernani a été dit par A E G J sur un registre à peine plus élevé. Les termes exclamatifs, à la vérité fréquents, se tempèrent sous l'influence des sentiments. La passion des héros, profonde et tendre, participe, sur le balcon où ils se tiennent enlacés, du recueillement de la nuit. Elle est contemplative et sereine, comme la clarté bleue de la lune qu'évoque Doiîa Sol; elle ne connaît plus ni combats ni alarmes. Il n'y aura donc ni cris ni sursauts; les alexandrins se moduleront en molles demi-teintes, et les sommets que nous avons notés dans nos précédents catalogues gardent une altitude modérée. R est le seul dont le débit laisse apercevoir une émotion de qualité différente.
Titus, au moment de quitter Bérénice, parle lui aussi dans des tonalités graves. Son rêve est fini et son devoir douloureux a vaincu son amour. Dans l'abattement moral oià il est plongé, sa voix ne saurait trouver des notes claires et joyeuses : elle s'étouffe au contraire en soupirs et se ouate de mélancolie. A peine émergent, dans la morne mélodie des vers, quelques mots à faible relief où se réveillent les ardeurs vaincues; puis la parole s'assoupit à nouveau et la détresse du cœur s'exhale tristement. Il n'est pas de musicien qui ne connaisse le procédé, et l'analyse d'un opéra quelconque montrerait comment les compositeurs savent tirer parti des tons et des gammes selon les situations dramatiques qui leur sont offertes.
LoTE, — VaUxandrir . 2g
226 l'alexandrin français
Viennent ensuite les morceaux du Cid et de China, susceptibles d'une expression variable en raison de l'interprétation qu'on leur accorde. Nous n'y insisterons pas pour le moment, et nous passerons aux fragments d'Andivmaque et de Ruy Blas pour lesquels on constate l'unanimité des divers sujets. Comparés aux autres passages ils atteignent des acuités considérables. Entre les invectives d'Hermione et le début des Pauvres Gens, J présente une différence moyenne d'environ 200 v. s.; ou, si l'on aime mieux, le registre s'élève de trois tons et demi (sol[72 à utjfc)- Peu importe qu'il s'agisse de poésie classique ou de poésie romantique; elles connaissent l'une et l'autre, quand il le faut, les mêmes tonalités.
Quelles sont les causes de ces acuités relatives ? Nous les connaissons déjà. Nous avons vu en effet que les exclamations, les prises à partie pathétiques tendent à faire monter la voix. Or nulle part elles ne sont plus nombreuses que dans la bouche de Ruy Blas et d'Hermione, cette fois sans que le sens exige aucune des atténuations signalées. Elles sont le signe de la colère qui anime les personnages. Quant au reste du discours, il participe de la véhémence générale des passions, véhémence à peine voilée d'ironie dans Andromaqne, pour ainsi dire pure de tout mélange dans le drame de Hugo. Il s'ensuit que le second passage a tendance à l'emporter sur le premier dans l'échelle des sons musicaux, mais que nulle part la voix ne reste grave. Concluons donc en disant que dans le discours l'acuité moyenne ' varie selon la nature des sentiments exprimés.
Mais les considérations que nous venons d'exposer n'épuisent pas la question de la hauteur maxima. Tous les alexandrins ne contiennent pas soit un terme exclamatif, soit une fin de phrase soutenue sous l'influence de la passion, soit enfin un mot important qu'il faut faire ressortir. Aussi bien la prédominance de l'accent peut-elle dépendre d'une autre cause : la constitution même de la période. On sait en effet que l'intonation s'élève quand il y a suspension du sens, qu'elle s'abaisse quand il y a conclusion. Nous pouvons donc formuler cette règle : toutes choses restant égales par ailleurs, le temps marqué le plus aigu du vers est celui qui coïncide avec la coupe suspensive la plus forte. Le fait se constate toutes les fois que le texte ne laisse place à aucune divergence d'appréciation entre les sujets, et toutes les fois qu'aucun mouvement pathétique ne vient troubler le rapport normal des membres de phrase.
Soit par exemple cet alexandrin par lequel se termine un des morceaux inscrits :
Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.
Toutes les déclamations sont unanimes, et il suffit de citer celle de C. Elle nous fournit ces chiffres :
E nw té sur lœ fèt i las pir a de sa drœ
(fiin., II, 14.)
I. M. Verrier (Métrique anglaise, I, p. 88) écrit : « La passion exaspérée... efface tout vestige de rytlime et d'intervalles réguliers, elle crie. >i Nous n'avons constaté rien de tel. L'acuité moyenne s'accroît en raison de la véhémence du discours, mais le rapport entre les syllabes accentuées et les atones ne se modifie pas. 11 n'y a qu'im changement de registre ou mieux encore des intervalles plus considérables, comme nous le montrerons plus loin. M. Verrier reconnaît d'ailleurs dans la même page que cet élargissement des écarts mélodiques est la conséquence d'une émotion vive. Il n'y a donc pas lieu d'établir une distinction entre celle-ci et la « passion exaspérée » ; les phénomènes sont de même nature, mais seulement d'un degré différent. L'opinion de M. Verrier n'a de chance de se vérifier qu'aux limites extrêmes de la voix, mais la déclamation du vers ne paraît pas comporter de tels excès, et le cri reste l'exception : c'est un effort qui ne peut se soutenir.