Guyau, VArl au point de vue sociologique, p
HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS 245
Mais, Seigneur, en un jour, ce serait trop de joie. . . Mê se nàr à nœ jûr sœ sœ re trô dœ jwa (jx)
(Aiidr., 22.)
G néglige les mots à valeur ironique pour accorder un relief particulier au terme important où se marque ce qu'aurait d'exorbitant le triomphe de Pyrrhus. J au contraire, par un mélange de raillerie et de colère, fait monter sa voix sur la syllabe initiale du vers.
D'autre part, un terme exclamatif et un élan passionné peuvent se trouver en contact. Si le texte admet une expression atténuée et qu'il s'agisse de rendre une émotion contenue, l'atténuation portera toujours sur l'exclamation, comme on en peut juger en comparant les accents d'acuité :
Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?
Di nœ vu dre tu pa vwàr ti ne twal o fô
{Hem., 22 A.)
Partout ailleurs la déclamation la plus ordinaire laisse la prédominance à l'élément le plus véhément du vers, c'est-à-dire à l'apostrophe '.
Enfin un même alexandrin peut contenir à la fois un mouvement pathétique et une suspension de sens. Alors l'ardeur de la passion l'emporte généralement sur la coupe de la phrase et renverse parfois totalement les rapports qu'on attendait. Nous citerons ce passage :
Je sais ce que l'honneur après un tel outrage.
Demandait à l'ardeur d'un généreux courage : (Cid, 5-6.)
G attaque le premier vers avec chaleur, et par conséquent sur des notes aiguës ; il s'ensuit que la voix descend ensuite pour regagner son médium ; mais alors la syllabe de la rime ne l'emporte plus sur aucune de celles qui la précèdent :
Jœ se sœ kœ lo ' nàr a pre :(& tel u ira j(œ)
Ailleurs l'élément pathétique ne produit point des effets aussi complets, mais la suspension de sens demeure affectée d'une hauteur musicale moindre ^.
Gependant, dans tous les alexandrins que nous avons cités au début de ce chapitre, on pourrait, semble-t-il, rencontrer un certain nombre d'exceptions à cette règle. En réalité, ces exceptions se réduisent le plus souvent et s'expliquent de façon très simple.
1. Voici des exemples d'exclamations et d'élans pathétiques juxtaposés. Avec atténuation de l'exclamation : Citi, 13 et 17 — Bér., 8 et 19 — Hem., 15 — R.B., 18. Sans atténuation : Hem., 5 GR — Amir., 7.
2. On peut indiquer : Cin., 5 — Bér., 2-6-17-18-22-26-27 — Aiidr., 1-2--J — R.B., 1 — P. G., 18.
246 l'alexandrin français
Ou bien en effet l'on est en présence d'une déclamation comme la suivante :
D'un héros qui n'est point esclave de sa foi.
Dœ e râ ki ne pu'è tes kla t(o') dœ sa fwa
(Aiidr., 16 J.)
Le dernier accent du vers est plus aigu que le premier. L'un et l'autre toutefois ont un caractère pathétique, faible peut-être, mais réel, puisque c'est l'emphase ironique qui soutient la syllabe de la rime où l'on devrait constater, dans une diction normale, une chute de la voix. L'un ou l'autre de ces temps marqués peut donc être dominant.
Ou bien la suspension de sens l'emporte .seulement parce que tel sujet n'a accordé aucune importance aux mots que d'autres mettent en relief. On comparera dans cet exemple les interprétations de G et de R :
Si quelque autre malheur m'avait ravi mon père...
Si kel ko trœ ma làr ma ve ra vi mô pé rœ
(Cid, 14.)
G n'a pas vu l'argument marqué par le mot autre; R au contraire l'a parfaitement noté : on en constate les conséquences '.
Mais le conflit peut exister d'un vers à l'autre.
Premier cas : deux vers suspendus se suivent. Si l'un seulement renferme un élément pathétique, il aura en même temps l'acuité maxima la plus forte :
Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune D'un courtisan flatteur la présence importune ...
A fê tu s(jï-) ha dàr à ma ô i(œ') for tù n(œ)
I. On trouverait un exemple d'exception réelle ; soit au v. 4 de R.B. (J), soit au v. 23 de Bn\ (J). Nous transcrirons ce dernier alexandrin :
Quelle honte pour moi, quel présage pour elle...
Ke lœ ô t(tv) piir miva kel pre :{à jÇa") pu. rè l(a')
En comparant le premier et le second temps marqué, on voit que J a voulu mettre en relief l'exclamation ; cependant la coupe finale l'emporte.
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Dœ hîir ti :(à fla kir la pre :(às è por tû nœ
(Cin., II, 5-6 J.)
Le mot important par lequel s'annonce lé dernier terme de l'énumération se trouve au début du premier alexandrin. I J R le font ressortir, comme il est naturel. Les trois graphiques présentent les mêmes rapports.
Si au contraire les deux vers suspendus consécutifs contiennent un élément pathétique, l'un ou l'autre pourra présenter la hauteur la plus considérable. Tout dépendra de leur valeur significative comparée, de la gradation que les sujets pourront établir de l'un à l'autre. Les déclamations pourront être unanimes ou divergentes :
Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre. Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t'entendre,...
Mo kàr à sœ mo ma nœ vyl pà dœ sœ rà drœ
G 380 520 6OO-500 540 520 500 500 480 480-460 440 500 360 360 460 420 360 360 560 420 440-360 260 280 280
Si jœ te fè par lé si je iii lu ta ta drœ
(Bér., 2-3.)
Dans cet exemple, C et G reconnaissent qu'il y a au premier vers un mot pathétique, au second un élan de passion, mais ils sont divisés sur leur importance respective '. Ailleurs les dictions sont concordantes. La prédominance de la coupe de sens sur le mot de passion est rare ^ On serait tenté de la reconnaître dans ce passage :
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable et qu'on pressure encor... (R.B., 37-38 E.)
mais cette dernière suspension elle-même n'est pas pure de toute véhémence oratoire. L'élévation de la voix a pour but de fiiire attendre et de rendre plus brutale la fin de la période :
A sué quatre cent trente millions d'or.
1. On se reportera également aux passages suivants pour les déclamations qui répondent à la définition donnée : Cid, 22-23 — -SiJr., 2-3 — ib., 10-11 — !b., 22-25 — ^ndr., ,.2 — ib., 5-6, etc. Dans l'exemple transcrit {Bér., 2-3), la suspension est évidente au premier vers, malgré la ponctuation.
2. 11 faut bien entendu que le mot de passion soit aperçu et traité comme tel. D'une façon générale, il faut indiquer que si de deux vers suspendus consécutifs le premier seulement contient un élément pathétique, le relief accordé au groupe rythmique important détruit le rapport de dépendance étroite établi par le sens (Aiidr., 1 1-12 et P. G., 5-6).
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Deuxième cas : deux vers à sens complet se succèdent. Les constatations sont les mêmes. Ou bien l'un seulement laisse apparaître un élément pathétique : c'est alors lui qui possédera en même temps l'acuité maxima la plus forte. Ou bien au contraire tous les deux répondent à cette définition : alors l'un ou l'autre pourra présenter la hauteur la plus considérable. L'évidence est telle, d'après la précédente discussion, que les exemples ne sont pas nécessaires.
Troisième cas : un vers suspendu est suivi d'un vers qui termine une période. Si le premier seul renferme un mot de passion, il n'y a pas de difficulté et l'on retombe dans la règle générale : la fin de phrase est affectée de la hauteur maxima la plus grave. Si tous les deux contiennent un groupe rythmique que la voix met en relief, il en est encore de mêmej puisque l'alexandrin où s'achève le sens est par ce fait même en état d'infériorité par rapport au précédent.
La seule éventualité qui mérite de nous retenir est celle où la fin de phrase seule possède un élément pathétique. Généralement la conclusion opère une réduction sur tous les groupes rythmiques placés avant la rime, et la suspension est dominante, malgré le mot important souligné par nous dans la liste ci-après :
Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien; ||
Mais aussi, le faisant, | tu m'as appris le mien. (,Cid, 7-8.)
Et cet affreux devoir, dont l'ordre m'assassine, ||
Me force à travailler moi-même I à ta ruine. (//'., 21-22.)
Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ; !|
Je me dois, par ta mort, | montrer digne de toi. {ib., 27-28.)
De mon aimable erreur je fus désabusé : ||
Je sentis | le fardeau qui m'était imposé; {Bér., 16-17.) '
Nous reproduirons pour le premier exemple la déclamation de J. Elle permettra de se rendre compte du phénomène décrit :
Tti na fè lœ dœ vwàr kœ dœ no m{ce) dœ hyè
Me ^0 si lœ fœ ^à tu ma ^a pri lœ myë
O O "-is 00
Les exceptions sont très rares. Nous en avons rencontré une seule :
Et dès le premier mot | ma langue embarrassée | Dans ma bouche vingt fois I| a demeuré glacée.
Chez R la conclusion n'a pas réussi à éteindre l'acuité du mot important :
E de lœ prœ mye mô ma làg à ba ra se (œ)
làg
ba
ra
se
I. Les exemples seraient très nombreux. Pour que la règle s'applique, il faut cependant : i" que les sujets maintiennent la succession indiquée par nous (suspension — chute de phrase), 2° que le graphique indique leur intention nette de donner un certain relief au mot important. Pour en juger on se reportera aux tableaux généraux où nous avons consigné nos lectures.
Dà
ma 260 280
HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHETiaUES ET LES SUSPENSIONS
bu €œ vè
fwa 240 240
diœ) mœ 240 220 240
re 240 220
{Bér., 30-31.)
Quatrième cas : un vers suspendu succède à un vers à sens complet. Il n'y a point de difficulté. Si l'un d'eux seulement contient un élément pathétique, il possède en même temps l'acuité maxima la plus considérable '. Si tous les deux appellent, sur l'un quelconque de leurs groupes rythmiques, un relief particulier de la voix, l'un ou l'autre peut laisser apparaître l'accent dominant. Presque partout, la suspension de sens est primée pnr le « mot de passion ». On comparera, pour la dernière succession indiquée, la déclamation de G aux vers 22-23 de Bérénice ^ avec celle de J aux v. 14-15 du Cid :
Rome observe aujourd'hui ma conduite nouvelle. Quelle honte pour moi, quel présage pour elle,...
Rom
op
sér
vo
fur
dwi
ma
ko
divi tÇjiv)
nu
fe
ïe
J jO^
pur
mïua
pre
la j{œ) pu
ré
{Bér., 22-23.)
Hélas ! ton intérêt ici me désespère :
Si quelque autre malheur m'avait ravi mon père,.
Si
làs
là
kel ko
ne 300 300
trœ
te
re 260 260
tt
SI
de 220 220
ses
pè r(œ) 220-180 180
pé
ma lœr ma ve ra vi mô
(Cid, 14-15-)
Cinquième cas : un alexandrin suspendu succède à une fin de phrase. La question n'a d'intérêt que si la conclusion seule renferme un élément pathétique. Alors la règle est qu'elle présente une hauteur maxima moindre que l'alexandrin dont elle est suivie. Il n'y a qu'une seule exception :
aux nageoires d'argent,
Ce n'est qu'un point; c'est grand deux fois comme la chambre. Or la nuit, dans l'ondée et la brume, en décembre,...