I. Traité de Jiclion, p. 141 et
quement que le ;^ la voyelle dont il est suivi, ou, si l'on aime mieux, le premier des groupes articulatoires dont nous parlons offre plus de facilités à l'etfort que le second.
De plus, lorsque la voix s'élève au delà du médium, il peut arriver que l'audibilité, même quand on le désire, n'accompagne pas le mouvement mélodique, la portée acoustique, comme on le sait, se réduisant à mesure que l'acuité s'accroît. Cependant cette cause de trouble ne semble pas avoir laissé, dans les morceaux enregistrés par nous, de traces notables. Nous en viendrons donc au dernier motif dont le rôle est considérable : souvent les rapports logiques des membres de phrase et des groupes rythmiques sont profondément modifiés par le jeu normal des timbres et la qualité des nasales.
Pour quelque raison que ce soit ' — et l'on pourrait discuter sur la légitimité de cette coupe — C a déclamé ce vers :
Tu voudrais fuir : en vain, Cinna, je le confesse; de la façon suivante :
Tu vu dre fïinr à vl Sin na /(œ) iœ ko fè sQx)
35 70 145 95 150-125 130 155-5 éo 55-4 no 35 15-35
{Cin., 1, 4.)
Le premier hémistiche porte une forte acuité à la quatrième syllabe et la césure est moins haute. Pourtant / étant entendu moins bien que è pour des amplitudes égales ou même un peu supérieures, l'audibilité de la sixième syllabe est la plus forte. A la fin du vers il y a un déplacement de l'accent qui, considéré sous le point de vue du travail brut, tombe à la onzième place. Pourtant l'énergie dépensée l'est en pure perte, car le souffle a passé par le nez. Un autre exemple plus intéressant sera celui-ci :
Vous vous abandonniez au crime en criminel.
Vu vu- la hà do nve :^o kri inœ à kri mi nèl
{Andr., 4 A.)
Il est caractéristique. Musicalement ce vers forme deux phrases construites en opposition, la première plus longue que la seconde. Les ampli- I . A cause de la ponctuation, sans doute.
INTENSITÉ MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : l'aUDIBILITÉ CONCORDE-T-ELLE AVEC LA HAUTEUR MUSICALE? 353
tudes montrent que dynamiquement le sujet a eu l'intention de foire du mot crime le point culminant de son effort. Cependant l'audibilité se trouve reportée sur la septième syllabe ', le contraste désiré disparait, et il y a comme une mutilation dans le dessin attendu.
Que faut-il en conclure ? Tout simplement que l'acuité, dans la mélodie du langage, est l'élément dominant et suffisant. L'impression totale n'est point supprimée parce que les intensités et les hauteurs ne sont pas rigoureusement concordantes : elle est tout au plus affaiblie, l'élévation ou l'abaissement de la voix continuant à marquer d'une façon satisfaisante le rapport logique des propositions et des groupes rythmiques. Toutes ces observations sont d'une grande importance. Nous avons vu comment A avait réussi à ordonner dans une belle gradation tout un passage à'Andwinaqm :
Du vieux père d'Hector la valeur abattue
Aux pieds de sa famille expirante à sa vue ;
Tandis que dans son sein votre bras enfoncé
Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé ;
Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ;
De votre propre main Polyxène égorgée
Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous :
Que peut-on refuser à ces généreux coups ? (25-32)
Nous avons commenté la superbe modulation qui, par le temps marqué d'un groupe rythmique quelconque, monte de vers en vers pour atteindre son sommet sur la rime de lavant-dernier alexandrin, et retombe ensuite en manière de conclusion. Ici encore les hauteurs musicales seules sont capables de se combiner selon une progression aussi vaste, et les audibilités maxinia révèlent l'impuissance de l'effort dynamique à produire des effets expressifs de quelque étendue. On lit en effet : v. 25 = 165" — v. 26 = lyo"" — v. 27 = 115" — v. 28 = 205"' — v. 29 = 175™ — V. 30 = 155"' — V. 31 = 120'" — V. 32 = 185"'.
Cependant, si la force déployée par l'organe n'indique pas toujours exactement les relations de sens dans lesquelles se trouvent les divers pieds métriques d'un même vers, il ne s'ensuit pas que la poésie française soit monotone. Ce grief des étrangers contre notre versification — et ils le répètent souvent par habitude plus que par conviction — n'est pas fondé. Il ne se justifie, nous l'avons montré, ni dans l'ordre temporel, ni dans l'ordre mélodique; nous ajoutons maintenant : ni dans le domaine des intensités. Peu importe que les schémas ne coïncident pas régulièrement avec les grandes divisions du texte et que les sommets principaux ne correspondent pas d'une façon permanente aux sections logiques de la phrase. Même alors les dessins révélés par l'analyse sont différents, et la variété subsiste : les « pleins » les plus en relief n'affectent jamais les mêmes syllabes, les formations se suivent sans se répéter ou ne se répètent qu'à de longs intervalles. Le dynamisme concourt, aussi bien que la durée et l'acuité, à l'harmonie du vers, sans qu'on puisse adresser à celui-ci le reproche de l'uniformité.
Il nous faut rechercher maintenant dans quels rapports les alexandrins sont entre eux, pourquoi l'énergie maxima de l'un est plus considérable que l'énergie maxima de celui dont il est immédiatement précédé ou suivi. Les causes qui accroissent l'intensité du vers sont doubles, nous
I. On notera, à propos des présentes constatations (je ne parle pas du passage i' Amlromaque déclamé par A), qu'il s'agit seulement, selon les cas, d'un simple transfert d'une syllabe à l'autre ou d'un groupe rythmique à l'autre, et que les remarques toutes générales qu'on trouvera à la fin de ce chapitre n'en sont pas infirmées.
LoTE. — Vakxantlriti. i^
l'avons vu : d'abord la présence d'un terme ou d'un groupe rythmique pathétiques, puis la suspension de sens. Inversement la force diminue quand aucun élément n'a réclamé un relief particulier, ou bien encore quand il y a conclusion. Ce sont les mêmes règles qui président aux variations de la hauteur musicale. Peut-on par conséquent juger du dynamisme par l'acuité et y a-t-il accord entre ces caractères de la parole ? Nous avons montré qu'à l'intérieur des membres métriques les concordances ne sont pas constantes. Mais d'autre part, de même que la suspension de sens détermine mélodiquement le choix d'un registre plus élevé, de même elle entraîne un effort moyen plus considérable ; réciproquement la conclusion opère une réduction générale sur les syllabes qui composent les deux hémistiches, rendant la voix plus grave et la dépense organique plus faible. Donc, à priori, si, à telle place, les amplitudes ne réussissent pas à produire l'effet escompté, il y a cependant des chances pour que, de vers à vers, le rapport ne soit pas troublé. S'il l'est au contraire, ce sera seulement par un concours de circonstances exceptionnelles, dans des cas qu'il nous appartiendra de commenter.
Nous prendrons pour base les tableaux généraux où nous avons consigné les hauteurs et les intensités maxima des morceaux étudiés. Nous reproduisons pour le premier fragment de Cinna les chiffres que nous fournit la déclamation de C, en indiquant en regard les unes des autres les acuités (H M) et les audibilités (I) :
9 éOO 24s
En examinant la première colonne (H M), on dira donc : le premier vers est plus aigu, en son sommet principal, que le second; le second est moins aigu que le premier, le troisième que le second; le quatrième au contraire est plus aigu que le troisième, et ainsi de suite. De même en examinant la secondé colonne (I) on dira : le premier vers, en son sommet principal, est moins fort que le second, mais au contraire le second est plus fort que le premier, tandis que le troisième est plus faible que le second, le quatrième que le troisième, et ainsi de suite.
Les variations, on le notera, ne sont pas tout à fait concordantes. Écartons d'abord les cas où les hauteurs musicales sont constantes dans deux vers consécutifs : alors les audibilités peuvent être différentes, mais l'on ne peut conclure ni dans un sens ni dans l'autre. Ici par exemple on trouve au v. 5 une H M de 440 v. s. et une audibilité de 175"", au v. 6 une H M de 440 v. s. également, mais une portée auditive de 340"". De telles successions doivent être tenues pour neutres, comme inversement celles où l'intensité subsiste sans changement tandis que l'acuité se modifie, selon ce que nous constatons aux vers 11 et 12 du même fragment. Il reste que l'accord serait ici parfait si les vers i, 4, 7 et 9 ne laissaient apercevoir un fléchissement dans la succession des intensités. Si au contraire le premier alexandrin était entendu, en sa syllabe la plus