‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 246 sur 250 · X- Le Cid- V · texte numérisé non relu

X- Le Cid- V

z- Bérénice- v. 4-7-13

En résumé 110 alexandrins sur 515 analysés, soit 21,3 pour cent, attestent des divergences certaines. Notons d'abord que, dans tous les vers soulignés au cours du précédent catalogue, un faible accroissement ou un faible affaissement de l'intensité potentielle suffirait à rétablir la concordance absente. Il n'en est pas moins vrai que 80 fois pour cent à peu près, ce qui est une proportion énorme, on peut conclure de la hauteur au dynamisme, ou, si l'on aime mieux, le mouvement des acuités, quatre fois sur cinq, se fait accompagner d'un mouvement semblable sous le rapport des progressions dynamiques.

Quant aux causes des différences signalées, elles sont de plusieurs sortes. En laissant de côté les fragments déclamés par le sujet x, pour la voix duquel les tables de réduction n'ont pas été faites, nous pourrons présenter la classification suivante :

I" Le motif du dé.saccord réside dans les timbres et quelquefois aussi, mais accessoirement, dans les hauteurs musicales, l'organe pouvant produire un effet plus puissant lorsqu'il demeure dans les notes du médium. Ainsi le premier vers de Cinna, I, plus aigu en son point culminant que le second, présente une audibilité maxima plus faible. Voici le texte :

Oui, va, n'écoute plus ma voix qui te retient : Mon trouble se dissipe et ma raison revient.

356 l'alexandrin français

Les amplitudes les plus fortes sont celles de / (59 dans oui) de 11 (35 dans Iroiible); cependant c'est la nasale du mot raison (28) qui est entendue le plus loin. Il est bien évident que le travail brut, beaucoup plus important dans le premier alexandrin, aurait fait coïncider l'acuité et la distance de compréhensibilité extrêmes s'il avait affecté une voyelle plus favorable, un a ou un 0. La même explication est valable dans d'autres cas, soit que le vers lui-même présente une articulation désavantageuse (Gd 4 et 9 C; Andr. 31 A; Bér. 15 et 28 C; P. G. 13 E et 32 B), soit qu'il acquière au contraire son relief grâce aux sonorités improductives du vers précédent ' (Bér.. 9 C et P. G., 32 B). En se reportant aux analyses rythmiques consignées dans nos tableaux généraux, on comparera, pour tous ces exemples, les timbres des deux voyelles les plus aiguës des alexandrins en contact.

2° La hauteur musicale seule doit être invoquée. L^affaissement de la puissance acoustique, au v. 7 de Cinna, I, n'a pas d'autre cause. L'accent principal du vers antécédent se rencontre sur une note de 360 v. s. (ton, amplitude = 33), tandis que la voix s'élève à 620 v. s., dans la tranche dynamique, sur porte (62O-720, amplitude = 29). Sur ce mot, l'effort a été évidemment plus grand, car l'on doit se souvenir que plus la voix s'élève, plus l'arc de la vibration, à énergie égale, diminue. Mais, d'autre part, c'est dans le médium que la dépense opère avec le plus d'efficacité.

La même explication est valable ailleurs, soit qu'il y ait affaiblissement de l'intensité prévue parce que l'alexandrin lui-même possède un sommet très aigu (Gd, 9 J), soit qu'il y ait au contraire un accroissement résultant d'une répercussion exercée par le vers précédent : Hem., 23 R (dis, v. 22) — R. B., 21 E. D'une façon un peu différente, la relation de la hauteur et de l'intensité est détruite dans deux cas (Gd, 5 et R. B., 24 E), parce que, dans le groupe rythmique où l'acuité fait présager le plus ample déploiement de force, le temps marqué musical s'est déplacé \ avec élévation considérable de la voix tandis que l'accent dynamique est régulier :

Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage. . .

On trouve en effet ces chiffres : je ^=; H M 660, ampl. 13, sais = H M 500, ampl. 15. Une accentuation normale aurait rétabli la concordance

disparue.

3° La constitution intime de la voyelle na.sale est la cause du désaccord constaté. Soient ces deux alexandrins :

Me force à travailler moi-même à ta ruine.

Car enfin n'attends pas de mon affection. . . (Cid, 22-25.)

Il s'agit de la déclamation du sujet J. L'acuité maxima du v. 22 est de 300 v. s., celle du v. 23 de 420 v. s. On attendrait donc, conformément à la règle générale, une audibilité plus grande sur ce dernier alexandrin. Or, on lit v. 22 = 95" et v. 23 = 90". L'effort cependant avait été calculé de telle sorte que le rapport régulier devait se manifester. La dernière syllabe du mot attends révèle en effet une amplitude de 15, ce qui donnerait une puissance acoustique de 190'", tout à fait satisfaisante cette fois, si l'écoulement du souffle n'avait pas eu lieu surtout par le nez.

C'est au même motif que doivent être attribuées de nombreuses exceptions appartenant soit à la catégorie A, soit à la catégorie B. Dans cette dernière série, c'est la nasale du vers précédent qui a déterminé l'intensité plus forte de l'alexandrin anormal. Nous pouvons donc citer, en indiquant pour les exemples du catalogue A la syllabe à laquelle il faut imputer la déviation notée : Andr., 9 (s. 6) — 19 (s. 6) — 27 (s. i et 6) A — Bér., 7 C — 1 1 J (s. i) ^ 1 5 J (s. 6) — 17 J (s. 2) — 26 C (s. 5) — 28 C (s. 7) ; — Hem., i A (s. 7) — i E (s. 7 et 12) - ? A (s. 5)— II A (s. Il)— 13 E(s. 3) — 17 R — 23 A; —R.B., 26 E — 29 R (s. 3) — 32 R (s. 3) — 36 E (s. 2) ; - P. G., 8 B (s. 12) — 12B — 29B(s. 4) — 34 B.

1. Par conséquent, les circonstances peuvent être différentes. D'ailleurs, en consultant notre catalogue d'exceptions donné plus haut, on verra qu'il s'agit tour à tour son de la catégorie A, soit de la catégorie B.

2. Il fallait aussi, nous l'avons vu, frapper fortement le mot honneur, important pour le sens, donc réserver la hauteur musicale pour le groupe initial du vers.

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