IX G
On peut voir que dans chacun d'eux la neuvième syllabe n'entre pas dans la progression des durées du dernier membre rythmique, mais qu'elle s'en sépare par sa valeur temporelle, sans que le tracé permette d'apercevoir dans cette longueur plus grande un accident emphatique semblable à ceux que nous avons caractérisés dans le précédent chapitre.
Tout au plus pourrait-on adopter la scansion critiquée quand une syllabe féminine sépare deux temps marqués, comme dans l'avant-dernier alexandrin cité {cjuand l'eau profonde monte...), à cause de la difficulté qu'éprouve la voix, comme on le montrera plus loin, à prononcer deux accents consécutifs sans prendre l'élan dont elle a besoin. Mais cette division des groupes rythmiques serait encore discutable et en tout cas des décisions qui varieraient selon les cas spéciaux pourraient seules être admissibles. Quant à nous, et pour les raisons indiquées, nous nous laisserons guider par le sens ; nous tiendrons comme vraisemblable que la syllabe muette qui termine le mot métrique n'appartient pas à la mesure suivante, même quand elle paraît entrer dans la progression temporelle qui constitue cette mesure, car l'oreille se laisse alors guider par ce qu'elle sait des coupes normales et par l'idée exprimée dans le texte. M. Souriau avait d'ailleurs justement protesté contre les scansions que nous' venons de rejeter '.
Cette question des syllabes muettes dans le vers, et de la façon dont elles doivent être considérées au point de vue du rythme, a inquiété les théoriciens à des degrés différents. « Je vais plus loin, écrit Pierson ^ à propos du mot reste, et je dis que dans le langage familier Ve de l'articulation te elle-même n'est plus qu'une résonance buccale, de sorte que cette articulation a perdu dans la langue nouvelle sa qualité de syllabe, pour venir s'ajouter aux éléments déjà complexes de la syllabe res; il en résulte que ce mot, au lieu d'avoir deux syllabes, n'est plus pour nous qu'un monosyllabe. Il est bien entendu qu'en considérant Ve muet comme une simple résonance buccale, nous nous plaçons au point de vue du langage vraiment naturel, de celui qui est usité par la majorité des Français dans la vie de chaque jour, du seul en un mot qui mérite d'être pris en considération dans une étude psycho-physique. »
Or, de deux choses l'une : ou bien \'e muet n'est pas prononcé, et nous n'avons pas à nous en occuper pour le moment, ou bien il est prononcé, et alors, accompagné d'une consonne, il joue dans le vers un rôle identique à celui de toutes les syllabes brèves, entrant comme elles dans les diverses progressions rythmiques, et ayant des valeurs comparables à celles des autres voyelles. Si l'on préfère enfin une autre formule, toute syllabe composée d'une consonne et d'un œ moyen se comporte dans le vers exactement comme toute autre syllabe de constitution différente, sauf qu'elle reçoit rarement l'accent de durée :
Tandis que dans son sein votre bras enfoncé...
Ta
di
dà sô s'e vo trœ bra T^à
Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales.
(Andr., 27 A.)
sô
kœ fes tô sœ nœ sô kas 13 24 30 13 17 26 21
Ira
Ml