L'ÉTAT DE LA QUESTION ISI
Du côté des linguistes, l’abstention est presque de règle, et il semble que les variations d’acuité aient été considérées comme de nul intérêt dans l'étude des langues, sauf quand ces variations ont une importance au point de vue du sens, comme c’est le cas pour certains idiomes d'Asie. Et c’est à M. l'abbé Rousselot que revient l’honneur de recherches exactes dont il a, consigné les résultats soit dans sa thèse, soit dans son Précis de prononciation française, soit surtout dans ses Principes de phonétique expérimentale.
Ceux qui l'ont précédé ou bien n’avaient pas l'éducation nécessaire ou bien se sont bornés à des constatations superficielles : tous, sauf les psycho-physiciens, manquaient d'instruments. Becq de Fouquières, par ailleurs excellent critique, a bien mal rencontré le jour où par hasard il voulut traiter de la hauteur musicale en français : il la confondit tout simplement avec le timbre. « Dans le mot bondir, écrit-il, la syllabe dir est frappée de l’accent tonique et'elle est musicalement plus élevée que la syllabe bon ; mais dans le mot diront, la syllabe frappée de l’accent tonique est ront, et elle est, au contraire, plus basse musicalement que la syllabe di. » La confusion de ses idées éclate encore dans ces lignes : « Quant aux sons eux-mêmes et à leur hauteur musicale, la langue grecque, comme aujourd’hui la langue italienne, avait plus d'éclat et de sonorité que la langue française, qui, aux voyelles claires et pures, a ajouté toute une série de voyelles assourdies par la nasale et une voyelle muette ". »
Au xvir siècle, quelques esprits curieux avaient aussi tenté de présenter un système d’ensemble sur les faits que nous aurons à définir, Sans commettre la même erreur que Becq de Fouquières, ils n'avaient guère été plus heureux. Ils n’ont en effet abouti qu’à des conclusions purement négatives, et les déclarations de l'abbé d’Olivet, de J.-J. Rousseau et de l'abbé Batteux sont fort peu satisfaisantes. Nous aurons à les rappeler au cours de ce chapitre.
Aujourd’hui les ouvrages scolaires, si fâcheusement prolixes en ce qui concerne la durée, sont absolument muets sur les phénomènes d’acuité. Mais les phonéticiens modernes, tels que M. Paul Passy en France, MM. Viëtor, Sievers et Beyer * en Allemagne, ont essayé d’apporter quelques précisions. Nous allons essayer de résumer leur théorie dans ses traits essentiels, ce qui sera facile, car elle se présente partout avec des caractères identiques. Le seul reproche qu’on puisse d’ailleurs lui adresser, c’est qu’elle se contente trop volontiers de constatations sommaires et qu’elle ne descend pas suffisamment dans le détail des faits.
Tous ces auteurs remarquent qu il y a une différence capitale entre le chant et la prononciation courante, à savoir que le premier se compose de sons tenus, tandis que, dans la parole ordinaire, la hauteur se modifie selon des variations insensibles, extrêmement nuancées, sans qu’il y ait passage subit d’un ton à l’autre. Mais les élévations et les abaissements de la voix sont seulement notés quand ils traduisent certains états affectifs nettement caractérisés, comme l’admiration ou l’étonnement, et quand ils paraissent attachés à telles formes de phrase, comme l'interrogation ou lexclamation. Toutes les observations s'appliquent à quelques courtes propositions pour lesquelles on indique si l’acuité, à la fin de chacune, augmente ou diminue. La classification très simple est celle-ci ÿ : ton monotone (—), ascendant ( /}), descendant (\ ), ascendant-descendant (A), descendant-ascendant (\/) : « Doppelt steigender oder doppelt fallender Ton, ajoute Sievers, bei dem die Silbe zwei steigende oder zwei fallende Tône enthält, lässt sich zwar bilden, ist mir aber nicht aus der Erfahrung bekannt. »
Examinons d’abord les voyelles.
Il est évident qu’elles ne se distinguent pas, dans les limites ordinaires de la voix, par une hauteur musicale propre à chacune d'elles. L'a peut en effet, aussi bien que li, être émis sur le /a,, et n'importe quelle partition d’opéra suffirait à le prouver. Il est non moins évident que dans la parole courante les articulations isolées prononcées successivement peuvent être attaquées selon des tons variables, que si deux 4 séparés par un court silence se suivent, comme dans l’exclamation ah! ah!, le premier pourra représenter un s0/, par exemple, et le second un / ou inversement. Force nous a donc été, ici comme au cours de tout ce chapitre, de renoncer au procédé des moyennes que nous avions adopté pour la durée. Au lieu également d’analyser tous nos tracés, nous nous sommes bornés à une centaine d'inscriptions, cinq pour chaque timbre.