LA HAUTEUR MAXIMA
Nous commencerons par l’examen de la hauteur maxima. et nous rechercherons d’abord pourquoi et en quel point les alexandrins pris séparément atteignent l’acuité extrême qu’ils possèdent, ensuite dans quels rapports ils sont les uns avec les autres, de façon à saisir tous les aspects du phénomène.
Comme dans une chaîne de montagnes, les crêtes rencontrées en poésie sont d’élévation différente. Les passages enregistrés l’ont été par des voix sensiblement pareilles. Or, dans certains vers l'accent dominant dépasse 700 v. s., dans d’autres il n’est que de 200. Dans les morceaux enregistrés les valeurs les plüs considérables ont été celles-ci : Cin., I, 7 C : 720 ; Andr., oi ODA 110/):.700 ; R.B., 8]: 760; R.B., 34 ].: 740; R.B., 40 J : 700. J'en donnerai un exemple :
Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne.….
Kwa sû kœ mi ser mû ni dæ war vu ræ tyê nœ 400 480-760 420-440 420 400 420 440 420 420 460 420 420 380 420 400 420 440 440 380 400 420 420 440-480 440 440 oO * 56 O (e] (e) Ep O (Andr., 9 L.)
Les valeurs les moins considérables ont été par contre : Hern., 14 À : 200; P.G., 15 B : 220; P.G., 27 B : 220. On en donnera également
un exemple :
Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment.
15 j0 re bye vu lu ma rir ä sœæ mo mû 200 180 200 160 200 160 160 180 180 180 160 180 160 200 180 180 180 180 200 160 160 160 160 O O (@)
: (Herr. ANA")
Dans la première série, l'accent dominant, égal ou supérieur à 700 v. s., n’a point porté sur la césure, mais chaque fois sur un terme exclamatif. On peut donc noter que dans un vers le groupe rythmique le plus aigu est celui qui est constitué non seulement par une exclamation ou une interjection au sens grammatical du mot, mais encore par une apostrophe, une prise à partie directe de l'interlocuteur, un impératif ou un « vocatif». Pour citer les expressions de Becq de Fouquières ‘ : « à tout accroissement de l’énergie vitale, intellectuelle et morale, correspondra un accroissement dans le nombre des vibrations sonores ; à toute diminution répondra un ralentissement dans le mouvement vibratoire. » On a vu d’après le premier exemple transcrit que le temps marqué mis ainsi en relief peut l'emporter de beaucoup sur les autres, et l'écart, entre la première et la douzième syllabe, est en effet de 280 v. s. |
Le phénomène dont il s’agit a été constaté dans les vers suivants ? où l’on souligne les mots ou groupes rythmiques sur lesquels a porté l’effort :
1. Becq de Fouquières, Traité de diction, p. 159; cf.'encore Bourdon, L'expression des émotions et des tendances dans le langage (1892), p. 53 : « Toute émotion ou tendance
dynamogène élève la voix. », 2. Quand il n’y a pas unanimité, mais seulement alors, on indique entre parenthèses les sujets dont la déclamation confirme la règle. Quelques-uns disent mal ou ne voient
pas l'effet.
Oui, va, n'écoute plus ma voix qui te retient... Porte, porte chez lui cette mâle assurance... Meurs, s’il y faut mourir, en citoyen romain... Seigneur, dans cet aveu dépouillé d’artifice... Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter...
. Quoi, sans que ni serment ni devoir vous retienne. ..
Bon appétit, messieurs | o ministres intègres...
Donc, vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure... Donc, vous n'avez ici pas d’autres intérêts...
Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur...
Viens voir la belle nuit. -— Mon duc, rien qu'un moment...
Dis, ne le crois-tu pas, sur nous, tout en dormant... Viens, respire avec moi l’air embaumé de rose !... Le bal! mais un oiseau qui chanterait aux champs...
(Creer (CAE)
(ib., 9 CJ.) (Andr., 1 AFG].) Gb, 7.) < (ib., 9 FI.) Cob101:) ENS (ib., 4 EGR.) (ib., 6.)
(ib., 10.) (Hern., 1.) (Hern., 5.) (Hern., 8 EJ.) (ib., 26 EGR.)
L'on pourrait encore allonger la liste. On remarquera que les mots mis en évidence sont presque toujours au début du vers et qu’ils expriment
tous des sentiments violents, l'ironie, la colère ou toute autre passion véhémente.
Cependant il peut arriver que le sens du texte ne puisse supporter des acuités trop considérables et que les clameurs soient déplacées. Donc si
Viens, respire avec moi l’air embaumeé de rose !.. Regarde ! Plus de feux, plus de bruit. Tout se tait. Je me sentais joyeuse et calme, ô mon amant.
Ah ! qui n’oublierait tout à cette voix céleste.
La douleur et l’accablement moral produisent d’ailleurs le même résultat :
Ah, Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie... Hélas, ton intérêt ici me désespère.
Mais, à peine le ciel eut rappelé mon père... :
Il fallait, cher Paulin, renoncer à moi-même... Mais, sans me soupçonner, sensible à mes alarmes. Mais voyez. Du Ponant jusques à l’Orient..
Ah, j'ai honte pour vous.
Nous donnerons enfin un vers intéressant pour le contraste qu’il présente :
Tandis que les sujets E G J ont donné aux trois termes de l’énumération une même teinte de colère, R réserve à ce sentiment le premier hémis-
Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
l’on veut traduire une émotion contenue, si l’on veut rendre une ferveur intime, une tendresse ardente et profonde, on atténue l'apostrophe et l’on éteint ce qu’elle aurait de trop sonore et de trop éclatant. Certains des vers cités admettent ainsi deux déclamations différentes, selon la nuance de sens qu’y découvrent les sujets. Voici des termes exclamatifs d’une expression modérée :
(Hern., 5 AGR.) (Hern., 9.) (CAE)
(ib., 15 EGR.)
(Cid, 4.) (Cid, 13 CJR.) (Bér., 14.) (Gb, 19)...
(Gb., 34.) (R.B., 18.) (ib., 41.)