‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 153 sur 282 · Bér., 13-14 J — P.G., 40-41BJR · texte numérisé non relu

Bér., 13-14 J — P.G., 40-41BJR

2. Cid, 3-4 G — Cid, 22-23 CG — Bér., 31-32 KR. 3. R.B., 3-4 J. Ce sont les seules exceptions constatées.

Nous reproduirons ici le second des morceaux de Cinna enregistrés. Les accidents dus à la passion y sont rares, et le fragment en est d'autant plus précieux. On verra comment s’établissent, d’après les sommets principaux ou les conclusions, les grandes divisions du texte. Notre transcrip: tion traduit assez exactement le groupement des divers membres métriques, sauf quelques divergences insignifiantes des sujets. Nous notons les

suspensions par — et les chutes de la voix par = :

Cet empire absolu sur la terre et sur l’onde, — Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde, — Cette grandeur sans borne et cet illustre rang qui m'ont jadis coûté tant de larmes et de sang, — enfin —

tout ce qu'adore en ma haute fortune —

d’un courtisan flatteur la présence importune, —

n’est que de ces beautés dont l'éclat éblouit, — et qu’on cesse d’aimer — sitôt qu’on en jouit. — D’une contraire ardeur — son ardeur est suivie 1; —

et comme notre esprit, toujours vers quelque objet pousse quelque désir, — jusqu’au dernier soupir ?,

il se ramène en soi n'ayant plus où se prendre, — et monté sur le faîte, — il aspire à descendre. —

C’est à des résultats analogues qu'ont abouti un grand nombre d’analyses faites uniquement d’après l'oreille, et Guyau 3, voulant prouver le rythme d’une page de Zola, morcelait le texte choisi en portions d’étendue variable, comme nous venons de le faire pour ces vers de Corneille. Ce n’était pas le rythme qu’il atteignait ainsi, mais seulement les grandes divisions de la période, composées chacune de plusieurs membres métriques:

Ce n’est point tout. Il nous faut encore dire quelques mots des conflits. Notre exposition jusqu'ici, les a laissé deviner. Il faudrait maintenant les mettre en lumière et les commenter.

Ils peuvent exister à l’intérieur d'un même vers. Le premier cas que nous examinerons sera celui-ci : deux mouvements! pathétiques de nature différente, mot important et terme exclamatif, ou transition et fin de phrase soutenue par l’effort emphatique, sont en présence. Alors l'accent d’acuité principal affecte l’un ou l’autre des groupes rythmiques en concurrence, selon la valeur que leur accorde le sujet. Soit en effet l’exemple suivant, pour lequel nous donnons les déclamations de G et de J :

1. Ici les sujets se séparent. Au lieu de lacombinaison indiquée, on peut suspendre le sens à la fin du v. 10 et prononcer :

D'une contraire ardeur son ardeur est suivie; —

2. Ici certains sujets baissent la voix pour marquer que jusqu'au dernier soupir a seulement dans la phrase un rôle de parenthèse, et que esprit se relie directement à toujours. 3. Guyau, L’Art au point de vue sociologique, p. 334-335.

HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS 245

Mais, Seigneur, en un jour, ce serait trop de joie...

Méë se u®r a n& jür sœ Sæ re trô dæ jwa (æ) G 260 280-240 240 260 280-240 240 260 240 280 320 360-460 280 380 380 380 400 380 480-380 300 300 340 320 320-240 (e} O 738 O 25 © O J 520 520-280 320 300 340-240 200 320 280 320 280 380-300 240 280 300 280 300 320 400 280 280 360 440 520-340 O O 1.22 O (e) O (Andr., 22.

G néglige les mots à valeur ironique pour accorder un relief particulier au terme important où se marque ce qu'aurait d'exorbitant le triomphe de Pyrrhus. J au contraire, par un mélange de raillerie et de colère, fait monter sa voix sur la syllabe initiale du vers.

D'autre part, un terme exclamatif et un élan passionné peuvent se trouver en contact. Si le texte admet une expression atténuée et qu’il s'agisse de rendre une émotion contenue, l’atténuation portera toujours sur l’exclamation, comme on en peut juger en comparant les accents d’acuité :

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Di nœ vu dre tu pa vwar u ne twal 0 f6 240 280-260 260 260 280 360 280 280 240 220 200 180 200 300 240 280 320 320 280 300 300 320 280-340 O 778 e (e] O © (Hern., 22 À.)

Partout ailleurs la déclamation la plus ordinaire laisse la prédominance à l'élément le plus véhément du vers, c’est-à-dire à l’apostrophe *. Enfin un même alexandrin peut contenir à la fois un mouvement pathétique et une suspension de sens. Alors l’ardeur de la passion l'emporte généralement sur la coupe de la phrase et renverse parfois totalement les rapports qu’on attendait. Nous citerons ce passage :

Je sais ce que l'honneur après un tel outrage, Demandait à l’ardeur d’un généreux courage : (Cid, 5-6.)

C attaque le premier vers avec chaleur, et par conséquent sur des notes-aigués ; il s’ensuit que la voix descend ensuite pour regagner son médium ; mais alors la syllabe de la rime ne l’emporte plus sur aucune de celles qui la précèdent :

Je sé sœ kœ lo nr a bre ° x® tel 4 trà j(æ)

Ailleurs l’élément pathétique ne produit point des effets aussi complets, mais la suspension de sens demeure affectée d’une hauteur musicale moindre ?. :

Cependant, dans tous les alexandrins que nous avons cités au début de ce chapitre, on pourrait, semble-t-il, rencontrer un certain nombre d’exceptions à cette règle. En réalité, ces exceptions se réduisent le plus souvent et s’expliquent de façon très simple.

1. Voici des exemples d’exclamations et d’élans pathétiques juxtaposés. Avec atténuation de l’exclamation : Cid, 13 et 17 — Bér., 8 et 19 — Hern., 15 — R.B., 18. Sans atténuation : Hern., $ GR — Andr., 7.

2. On peut indiquer : Cin., 5 — Bér., 2-6-17-18-22-26-27 — Andr., 1-2-7 — R.B., 1 —P.G., 18.

Ou bien en effet l’on est en présence d’une déclamation comme la suivante :

D’un héros qui n’est point esclave de sa foi.

D& e rÔ ki ne prvë tes kla we) dæ sa fwa 240 260 300 240 380-240 - 220 220 220 220 260 260 220 320 260 280 280 360 240 400 O O O

(Andr., 16].)

Le dernier accent du vers est plus aigu que le premier. L'un et l’autre toutefois ont un caractère pathétique, faible peut-être, mais réel, puisque c'est l’'emphase ironique qui soutient la syllabe de la rime où l’on devrait constater, dans une diction normale, une chute de la voix: L’un ou l’autre de ces temps marqués peut donc être dominant.

Ou bien la suspension de sens l’emporte seulement parce que tel sujet n’a accordé aucune importance aux mots que d’autres mettent en relief, On comparera dans cet exemple les interprétations de G et de R : +

Si quelque autre malheur m’avait ravi mon père.

Si kel k6 træ ma lr ma ve © ra vi mû pè rœ G 320 400 400 420 400 400 400 400 440 400 400 400 400 400 400 440 360 400 400 400 420-380 : 380 340 o) O O (e} R 200 240 240 480-400 400 320 340 360 360 280 320 320 300 320 340 300 300 280 280 RE: 220 200 240 O O O ; (Ga, 14.)

G n’a pas vu l'argument marqué par le mot autre ; R au contraire l’a parfaitement noté : on en constate les conséquences *.

Mais le conflit peut exister d’un vers à l’autre. -

Premier cas : deux vers suspendus se suivent. Si l’un seulement es un élémént pathétique, il aura en même temps l’acuité maxima la plus forte :

Enfin tout ce qu’adore en ma haute fortune D’un courtisan flatteur la présence importune. .

A fê tu s(@) ka dôr à ma ô 1(æ@) for ti n(œ) $00 540-460 420 440 440 480-420 420 480 440 460 | 440 440 460-400 360 . EM

1. On trouverait un exemple d’exception réelle ; soit au v. 4 de R.B. (J), soit au v. 23 de Bér. (J). Nous transcrirons ce dernier alexandrin :

Quelle honte pour moi, quel présage pour elle. SM

Ke læ ô (@) pur mwa kel pre zà j(@) pu =. ré K(œ) 360 380 400 500-440 400 360 360 360 320 380 400 400 400 500 280 480-400 380 400 480 560 400 TRE, O Oo *28 o O Le

En comparant le premier et le second temps marqué, on voit que J a voulu mettre en relief l'exclamation ; cependant la coupe finale l’emporte.

+ x HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS 247

957 kur ti à fla tr la pre zàs PAS DOr EL ti nœ 380 420 420 380 |: 420 380 420 400 400, 420-380 360 380 380 360 380 360 400-360 360 360 420-380 320 320 e O ( O O

(Cin., IL, s-6,J.)

Le mot important par lequel s'annonce le dernier terme de l’énumération se trouve au début du premier alexandrin. Ï JR le font ressortir, comme il est naturel, Les trois graphiques présentent les mêmes rapports.

Si au contraire les deux vers suspendus consécutifs contiennent un élément pathétique, l’un ou l’autre pourra présenter la hauteur la plus considérable. Tout dépendra de leur valeur significative comparée, de la gradation que les sujets pourront établir de l’un à l’autre. Les déclamations pourront être unanimes ou divergentes :

Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre. Si je t'ai fait parler, si j'ai voulu t’entendre,…

M5 kœr DST mo ma nœæ vye pà deæ sœ à dre C - 300 380 380-400 320 340 360 320 320 300 320 280 280 260 260 280 300-240 220 220 240 240 260-220 200 200 220 0 O O O 154 G 380 520 600-500 540 520 500 500 480 480-460 440 500 360 360 460 420 360 360 360 420 440-360 260 280 280 O O O O #56 Si jæ te fé par lé si je vu lu tà tà dræ C2520 320 380 460 440 400 380 400 460-300 380 360 400 300 380 400 400 380 420-320 280 280/260 s 2 = e © 137 G 300 280 320 s20 500 440 440 480-340 260 240 260 380 460 420 480 440 480-340 300 280 300 e O 742 e O “36 (Bér., 2-3.)

Dans cet exemple, C et G reconnaissent qu’il y a au premier vers un mot pathétique, au second un élan de passion, mais ils sont divisés sur leur importance respective ‘. Ailleurs les dictions sont concordantes. La prédominance de la coupe de sens sur le mot de passion est rare *. On serait tenté de la reconnaître dans ce passage :

Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie, Le peuple misérable et qu’on pressure encor. (R.B., 37-38 E.)

mais cette dernière suspension elle-même n’est pas pure de toute véhémence oratoire. L’élévation de la voix a pour but de faire attendre et de rendre plus brutale la fin de la période :

A sué quatre cent trente millions d’or.

1. On se reportera également aux passages suivants pour les déclamations qui répondent à la définition donnée : Cid, 22-23 — Bér., 2-3 — ib., 10-11 — ib., 22-23 — Andr., 1-2 — ib., 5-6, etc. Dans l'exemple transcrit (Bér., 2-3), la suspension est évidente au premier vers, malgré la ponctuation.

2. Il faut bien entendu que le mot de passion soit aperçu et traité comme tel. D’une façon générale, il faut indiquer que si de deux vers suspendus consécutifs le premier seulement contient un élément pathétique, le relief accordé au groupe rythmique important détruit le rapport de dépendance étroite établi par le sens (Andr., 11-12 et P.G., 5-6).

Deuxième cas : deux vers à sens complet se succèdent. Les constatations sont les mêmes. Ou bien l’un seulement laisse apparaître un élément pathétique : c’est alors lui qui possédera en même temps l’acuité maxima la plus forte. Ou bien au contraire tous les deux répondent à cette définition : alors l’un ou l’autre pourra présenter la hauteur la plus considérable. L’évidence est telle, d’après la précédente discussion, que les exemples ne sont pas nécessaires.

Troisième cas : un vers suspendu est suivi d’un vers qui termine une période. Si le premier seul renferme un mot de passion, il n’y a pas de difficulté et l’on retombe dans la règle générale : la fin de phrase est affectée de la hauteur maxima la plus grave. Si tous les deux contiennent un groupe rythmique que la voix met en relief, il en est encore de même, puisque l’alexandrin où s’achève le sens est par ce fait même en état d’infériorité par rapport au précédent.

La seule éventualité qui mérite de nous retenir est celle où la fin de phrase seule possède un élément pathétique. Généralement la conclusion opère une réduction sur tous les groupes rythmiques placés avant la rime, et la suspension est dominante, malgré le mot important souligné par nous dans la liste ci-après :

Tu n'as fait le devoir que d’un homme de bien; ||

Mais aussi, le faisant, | tu m'as appris le mien. | (Cid, 7-8.)

Et cet affreux devoir, dont l’ordre m’assassine, ||

Me force à travailler moi-même | à ta ruine. (ib., 21-22.) Tu t'es, en m’offensant, montré digne de moi; ||

Je me dois, par ta mort, | montrer digne de toi. (ib., 27-28.) De mon aimable erreur je fus désabusé : || |

Je sentis | le fardeau qui nr'était imposé; (Bér., 16-17.) :

Nous reproduirons pour le premier exemple la déclamation de J. Elle permettra de se rendre compte du phénomène décrit :

Tu na fè lœ dæ vwar ‘. kœ d& no m(æ) dæ byè 180 220 260 220-300 280 280 280 300 280 260 340 320 320 300 320 300 360 340 280 340 320 340 360-400 O O e o 60 Me z0 si læ fæ xà tu ma za pri læ myÈ 180 200 200 260 240 240 240 280 260 280 340 160 200 200 160 240 160 200 200 220 200 180 160 (e} O Ÿ18 (e) O

Les exceptions sont très rares. Nous en avons rencontré une seule :

Et dès le premier mot | ma langue embarrassée | Dans ma bouche vingt fois || a demeuré glacée.

Chez R la conclusion n’a pas réussi à éteindre l’acuité du mot important :

<E dé lœ præ mye mô ma lâg à ba ra sé (æ)r 300 260 320 300 300 320 { 320 320 320 300 360 280 280 280 300 280 280 280 280 260 300 320 YAI (e] (e) (o] | (e)

1. Les exemples seraient très nombreux. Pour que la règle s'applique, il faut cependant : 10 que les sujets maintiennent la succession indiquée par nous (suspension — chute de phrase), 20 que le graphique indique leur intention nette de donner un certain relief au mot important. Pour en juger on se reportera aux tableaux généraux où nous avons consigné nos lectures.

HAUTEUR MAXIMA : CONFLITS ENTRE LES INTONATIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS S 249 Da ma bu €@ vè fa a d(æ) me re gla s : (æ) 240 260 260 280 240 260-320 240 240 440-400 240 240 260 240 220 240 240 220 220 220 260 220 (e) O O

(Bér., 30-31.)

Quatrième cas : un vers suspendu succède à un vers à sens complet. Il n’y a point de difficulté. Si l’un d’eux seulement contient un élément pathétique, il possède en même temps l’acuité maxima la plus considérable ‘. Si tous les deux appellent, sur l’un quelconque de leurs groupes rythmiques, un relief particulier de la voix, l’un ou l’autre peut laisser apparaître l’accent dominant. Presque partout, la suspension de sens est primée par le « mot de passion ». On comparera, pour la dernière succession indiquée, la déclamation de G aux vers 22-23 de Bérénice ? avec celle de J aux v. 14-15 du Cid :

Rome observe aujourd’hui ma conduite nouvelle. Quelle honte pour moi, quel présage pour elle .…

æœ Rom op sèr vo

jur divi ma kô dir. t(æœ) nu Dê . læ d GE 280 280 560 520 480 480-420 420 420 460 400 480 480 380 340 500 340 360 360 340 380 400 340 380 360 340 320 320 O O O O O 730 Ke læ ô 1(æ) pur mwa kel pre Run 1(æ) pu rè lœ 500 480 480 440 440 400 420 400 400 400-320 540 $40 500 400 540 400 460 500-400 380 360 O O e O O 7134 (Bér., 22-23.) Hélas! ton intérêt ici me désespère :

Si quelque autre malheur m'avait ravi mon père,... É lâs tÔ nè te ré ti si mœ de ses pè r(œ) 300. 320 320 360 300 300 300 260 260 280 240-220 220 220 220 220 200 240 220-180 180 O 34 O O O 943 9% kel Rô træ ma l@r ma ve ra vi môû pè rœ 400 420 400 460 400 380 380 400 400-420 360 340 360 340 380 320 400 320 360 340 340 320-360 280 280

(Cid, 14-15.) Cinquième cas : un alexandrin suspendu succède à une fin de phrase. La question n’a d’intérêt que si la conclusion seule renferme un élément pathétique. Alors la règle est qu’elle présente une hauteur maxima moindre que l’alexandrin dont elle est suivie. Il n’y a qu’une seule exception :

BAS Monte e de Ur 0 S SOL RES . aux nageoires d'argent, Ce n’est qu’un point; c’est grand deux fois comme la chambre. Or la nuit, dans l’ondée et la brume, en décembre, …

Page 1