‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 163 sur 282 · IV · texte numérisé non relu

IV

Le maximum de force est toujours fourni à l’intérieur de la voyelle, jamais à l’extrème début ou à l’extrême fin. La période d’intensité peut être plus ou moins étendue, se maintenir également sur plusieurs demi-dixièmes de seconde dans une continuité monotone (I, III, V) ou n'être qu’un court accident (I, IV, VE, VID) limité parfois à un petit nombre de vibrations. Le maximum de force peut d’ailleurs apparaître dès la deuxième tranche (IL, IV, VI, VIT), ou seulement dans celles qui précèdent immédiatement la dernière (1); il peut également occuper le point central (HI). L'intensité d’un son isolé articulé normalement parcourt donc une espèce de courbe dont les extrémités sont plus ou moins faibles, mais n’ont pas besoin de l’être également. Des combinaisons autres que celle-ci (faïible-forte-faible) ne semblent pas impossibles : on suppose qu’elles se révèlent seulement dans une prononciation pathétique.

Il faut noter aussi que pour des acuités voisines, le point de compréhensibilité maxima est indépendant de la hauteur musicale ; en d’autres termes l'énergie déployée peut être plus grande sur une tranche de 380 v.s. que sur une tranche contiguë de 400 v. s. Ainsi, jusqu’à une certaine limite, le travail dynamique produit son effet sans subir par trop l'influence des conditions dans lesquelles il se manifeste (IV, VII). De même deux acuités identiques peuvent présenter des intensités différentes (II, IIL, etc...) -

Cependant, si l’on considère les chiffres donnés plus haut, on peut reconnaître des variations nettement caractérisées. Dans I l’attaque du son est faible, dans IT elle est plus forte. Si nous cessotis de nous en tenir à des mesures précises, et si nous jugeons les phénomènes en gros, nous pourrons distinguer la voyelle forte (I : cinq tranches sur huit d’audibilité considérable), la voyelle faible (V), la forte-faible (IT) dont l'existence rend admissible la possibilité d’une faible-forte que nos exemples ne présentent pas. Autant de différences qui peuvent se manifester dans le langage et contribuent à lui enlever toute monotonie. On peut aussi convenir, si l’on fait abstraction de légères nuances, qu’il se rencontre toujours un certain point ou l'intensité reste à peu près constante. Ce point, pour l’# de M. l'abbé Rigal, serait l’espace compris à partir du cinquième chiffre jusqu’à l’avant-dernier. Dans la troisième voyelle analysée plus haut, les tranches particulièrement dynamiques iraient de la seconde à la pénultième exclusivement. Disons enfin que nos calculs permettent d’exclure l'hypothèse d’une voyelle, du moins à l’état isolé, dont la compréhensibilité serait toujours la même dans tous les moments de sa durée. Dans aucun instrument d'ailleurs le son n’est stable, il y a toujours un instant où il naît, un autre où il meurt, et ces deux moments, si courts qu'ils puissent être, n'en ont pas moins chacun une certaine valeur temporelle.

En réalité, pour rendre compte de toutes les modifications de la puissance acoustique d’une voyelle, il faudrait mesurer les amplitudes vibration par vibration. On verrait alors que les variations ne sont pas aussi brusques que nos chiffres le laissent supposer, que les périodes de force, même quand elles sont courtes, subissent une dégradation progressive, et qu’elles ne se juxtaposent pas directement à des périodes faibles. Toutes les articulations vocaliques isolées ont donc un caractère commun, l’affaissement de l’intensité au commencement et à la fin du son émis, mais aucune ne possède une énergie spécifique, et la disposition des tranches, entre les deux extrémités, n’est pas uniforme.

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