QUELQUES THÉORIES
Selon ces quatre auteurs *, il faut distinguer des voyelles longues, moyennes et brèves; toute voyelle est brève dans les syllabes finales que ne termine pas une consonne réellement prononcée; dans les syllabes finales terminées par une consonne fricative sonore réellement prononcée, la voyelle est toujours longue, mais l’7 pénultième n’allonge pas; dans les mêmes syllabes la voyelle est encore longue, quelle que soit la consonne dont’elle est suivie, si c'est une des voyelles 6, &, 4, &, & ; dans les autres syllabes finales, la voyelle peut être brève ou longue selon les mots : dans les deux derniers cas qu’on vient d’énumérer, la consonne en question reçoit le nom de terminale, qu’elle soit suivie ou non d'une muet; le mêmee muet n’allonge pas la voyelle qu’il suit immédiatement, sauf dans la déclamation. Enfin, dans les syllabes non finales, la durée suit une règle absolument opposée, en ce sens que les syllabes terminées par une consonne ont presque toujours une voyelle brève, et que dans les syllabes terminées par une voyelle, cette voyelle peut être longue, à moins qu’il ne s'agisse des voyelles 6, &, 4, ë, &, qui sont toujours moyennes, de même que a et e dans la plupart des cas.
Conformément à ce système, a est bref dans patte, moyen dans Paris, long dans part et l’on peut présenter les exemples suivants qui répondent chacun à l’une des catégories qu’on vient de définir.
1° Voyelle brève : pä (pas), #6 (tôt), b# (boue), amï (ami ou amie), mais ami (amie, dans la déclamation), pôrt (porte), lrd (lourde), für/sé (forcé), Jèv twa (lève-toi), l& mèm jur (le même jour).
2° Voyelle moyenne : ët&r (hauteur), /ôgær (longueur), Jâsé (lancer), bàt6 (bâton), mäsô (maçon), jémir (gémir).
3° Voyelle longue : käv (cave), rnz (ruse), r# (rouge), ci (œil), kot (côte), mt (meute), kit (coûte), rap (rampe), mës Sir: &bl (humble), grôsir (grossir), kræzé (creuser).
La théorie qu’on rencontre dans un certain nombre d'ouvrages scolaires allemands ? ressemble beaucoup à celle que nous venons d’exposer. Celle-ci à son tour offre un certain nombre de points de contact avec la première, et il est facile de voir que non seulement toutes les déterminations des durées moyennes, mais encore un certain nombre de celles des durées longues ou brèves y sont basées sur l'impression auditive produite par le son. Les phonéticiens tout comme les plus humbles profanes ou les auteurs de manuels pour les classes élémentaires reconnaissent que l’a n’est point toujours identique à lui-même, que celui de jatte n’est point semblable à celui de hdte. L'enquête faite au moyen de diapasons à poids glissants placés devant la bouche disposée en forme de résonateur démontre en effet que le premier est plus aigu que le second. Cet écart de timbre qui n’est point particulier à l’a tout seul a été pris pour l'indice d’une différence de durée, et la tradition a imposé peu à peu une classification au premier abord très séduisante et qui paraissait satisfaire à tousles besoins de l'esprit. Nous allons examiner quelle en est la valeur, mais en détachant la voyelle de la syllabe dont elle fait partie. Ce procédé nous permettra de savoir s’il y a une durée spécifique de la voyelle, question primordiale qui doit dominer tout ce chapitre : quant aux autres définitions de MM. Viëtor, Sievers, Passy, Beyer, on sera juge de leur exactitude . au cours de la discussion qui suivra sans qu’il soit nécessaire de se livrer à des démonstrations spéciales : la réponse sortira elle-même des faits.
Il y a en français non pas six voyelles, comme l’écrivent les grammaires usuelles, mais vingt-deux 5. En voici la table d’après leur timbre
Moyennes Ouvertes Fermées Nasales
a (comme dans Paris) à (comme dans char) ä (comme dans pâte) ä (comme dans vent)
1. M. Viëtor, Elemente der Phonetik und Orthoëpie (2e éd., 1887), p. 197-198. Sievers, Grundzüge der Phonetik (1885), p. 219. P. Passy, Les sons du français (4e éd., 1895),
p. 62-65. Beyer, Franzôsische Phonetik (2e éd., 1897), p. 93-98.
2. Par exemple Ploetz und Kares, Kurzer Me gang der franzôsischer Sprache (Berlin, 1904).
3. Sans compter d'innombrables sous-variétés. Le grammairien Boulliette dans la seconde moitié du xvire siècle sentait en effet 9 è ouverts (Cf. Abbé ou Ce Classification des voyelles dans la Revue de phonétique (T, p. 32).
e (comme dans bévue)