‹ L'Algérie agricole en 1906Chapitre 15 sur 40 · VITICULTURE · texte numérisé non relu

VITICULTURE

De toutes les cultures faites en Algérie, la culture de la vigne est sans conteste celle qui a pris Tessor le plus merveilleux et qui a le mieux mis en vue ractivité du colon algérien.

En 1866, il n'existait, sur tout le territoire de l'Algérie, que H. 430 hectares de vignes, dont 3.243 hectares appartenaient aux Indigènes, et 8.187 aux européens. En 1870 ces chiffres n'avaient guère varié. Mais, en 1889, la superficie totale du vignoble algérien était déjà de 91.000 hectares et aujourdhui elle atteint 172.000 hectares.

C'est à partir de 1880 que le vignoble algérien prit une rapide extension. A cette époque le phylloxéra avait détruit la plus grande partie du vignoble français et Ton fut amené à créer, en Algérie, un nouveau vignoble dont les récoltes permettraient de combler le déficit de la production métropolitaine.

Les hauts prix qu'atteignirent les vins à cette époque, les demandes pressantes du commerce qui éprouvait les plus grandes difticultés à s'approvisionner, déterminèrent la plupart des propriétaires algériens à se lancer dans la culture de la vigne. Un véritable engouement se produisit en faveur de cette culture qui procurait des bénéfices bien plus considérable que la culture des céréales. On planta de la vigne partout, même dans les plus mauvaises terres et dans les endroits dépourvus de voies de communication ; de plus, les capitalistes

les plus ignorants des travaux de la terre créèrent d1mportants vignobles.

r.e climat de TAIgérie étant éminemment favorable à la culture de la vigne, ces nouveaux vignobles présentèrent, pendant un certain nombre d'années, une prospérité qui permit aux propriétaires prudents de constituer des réserves qui les mettent à Tabri du besoin.

Depuis quelques années la situation a complètement changé et l'horizon, si clair autrefois, est bien sombre aujourd'hui pour les viticulteurs algériens. Le vignoble français est entièrement reconstitué et l'Algérie ne peut compter vendre ses vins à un prix réumnérateur que les années de faible production dans la Métropole. Les crises, dues surtout à la surproduction, se succèdent de plus en plus violentes et, dès maintenant, beaucoup de propriétaires de vignobles se trouvent dans une situation fort délicate et regrettent amèrement de s'être laissés hynoptisés par les gros bénéfices (jue leur donnait la culture de la vigne.

Les vignobles à faible production, dont les rendements ne paient plus les frais de culture, sont destinés à disparaître. Far contre, les vignobles établis dans de bonnes conditions, en sol riche, et dont les récoltes sont transformées en bon vin, grâce aux soins apportés pendant la vinification, donnent encore des bénéfices appréciables, même en temps de fnévente. A ce seul titre déjà la viticulture mérite un chapitre spécial dans cet ouvrage.

Nous allons voir que les colons algériens ne font pas rendre à leurs vignes tout ce qu'ils pourraient en tirer. Jusqu'ici ils ne se sont appliqués qu'à obtenir des vins secs, rouges ou blancs, alors que les conditions de sol

et de climat sont éminemment propices à la production des vins de liqueur et des raisins secs de luxe.

Les quelques essais tentés jusqu'ici ont démontré qu'il est possible de fabriquer, en Algérie, des vins ressemblant à s'y méprendre, soit au Xérès, soit encore au Malaga, au Porto, au Madère, au Marsala, etc., et qu'on peut aussi y produire des raisins secs de Malaga et de Smyrne, pouvant rivaliser aisément avec les mêmes raisins provenant des pays d'origine.

La fabrication des vins de liqueur est des plus simples ; elle permettrait d'assurer un écoulement avantageux des alcools de piquettes non rectiliés et jouerait le rôle de régulateur les années de mévente, puisque ces vins ne sont vendables qu'après un vieillissement de plusieurs années. Jusqu'à présent cette fabrication n'a été pratiquée que d'une manière tout à fait exceptionnelle et encore ceux qui y ont eu recours se sont-ils cantonnés presque exclusivement dans la fabrication des vins doux, alors que la production des vins type Madère serait beaucoup plus avantageuse.

D'autre part, si les colons apportent en général beaucoup de soins à la culture de la vigne, il arrive encore, à bon nombre d'entre eux, d'opérer à la légère la transformation de leur vendange en vin et de compromettre en quelques heures le produit d'une année d'efforts.

Ce sera l'un des plus beaux rôles de l'Ecole d'agriculture algérienne de remédier à cet état de choses, en propageant les bonnes méthodes de vinification. La tâche sera certainement très ardue, mais elle sera très profitable, la production du vin l'un des principaux éléments de richesse de la colonie.

Une cave, réputée pour sa bonne vinification ne

connaît pas la véritable mévente. Elle trouve toujours acquéreur à des prix plus ou moins élevés suivant les années ; même dans les plus mauvaises années, ces prix permettent toujours de couvrir les frais de culture. C'est ainsi qu'actuellement les vins ordinaires bien réussis sont payés de 7 à 9 francs Thectolitre, alors que des vins analogues, mais présentant des défauts, trouvent difficilement acquéreur à 4 fr. et même à 3 fr. rhectolitre. Nous verrons plus loin que si ces derniers prix sont fortement déficitaires, les premiers, sans laisser de bénéfices permettent d'attendre les années de bonne vente.

Jusqu'en 1900, le viticulteur algérien, préservé du phylloxéra par une surveillance active, n'eût à sa disposition (|ue des cépages français. Ce n'était que par exception que M. Cambon avait autorisé, avant cette date, les viticulteurs de Philippeville et de St-Charles à cultiver les vignes américaines, et il n'avait accordé cette autorisation qu'en raison de la dissémination du phylloxéra dans les vignobles de ces communes.

Mais à la suite de la découverte de foyers phylloxériques qui comprenaient presque tous les vignobles de Tarrondissement de Mascara, une grande partie de ceux de l'arrondissement d'Oran, ceux de Philippeville et de Bône, ne laissant pour ainsi dire indemnes, au centrede l'Algérie, que les vignobles de l'arrondissement de Bougie et du département d'Alger, il devint nécessaire d'autoriser les régions envahies à reconstituer leurs vignobles.

C'est à la suite de la promulgation de la loi du 23 mars 1899, qui autorise la culture des vignes américaines dans certaines régions de l'Algérie, que fut

créé la collection ampélographique de Mondovi, située à quelques kilomètres de Bône, et dont nous avons parlé au chapitre de renseignement agricole.

Le Gouvernement Général de TAlgérie essaie de faciliter aux colons la reconstitution de leurs vignobles détruits par le phylloxéra. Dans cet ordre d'idées il fait créer, dans toutes les communes qui s'engagent à participer à leurs frais d'entretien, des pépinières de vignes améric>aines (|ui ont pour but de fournir, à prix très réduit, aux viticulteurs des plants sélectionnés et parfaitement authentiques. Entin il met gratuitement à leur disposition des moniteurs expérimentés qui les initient aux difhcullés de la niulliplication, de la greffe et de la plantation des cépages américains.

Assurément la reconstitution sera loin de rendre à TAlgérie un vignoble d'une étendue aussi considérable que celui que le phylloxéra est en train de lui ravir.

Mais les premiers essais tentés dans cette voie, qui portent déjà bien près de 10. ()()(> hectares, démontrent qu'avec les plants dont on dispose actuellement, la reconstitution sera beaucoup moins onéreuse en Algérie qu'elle ne le fut en France au début et qu'elle est appelée à y donner des résultats au moins égaux.

Les algériens ont toujours eu à tâche d'être non pas les concurrents, mais les auxiliaires de la métropole. Appelés autrefois à lui fournir les vins conmiuns que les vignobles détruits par le phylloxéra ne produisaient plus, ils tendent à profiter de la reconstitution pour orienter leur production dans la voie qui leur est tracée par la situation du marché métropolitain. L'aide que leur apportera le crédit agricole naissant leur permettra de suivre définitivement cette voie en abandonnant la

production des vins communs pour celle des vins de coupage et des vins de liqueur.

Comme Ta si bien exposé M. Batlanchon, TAIgérie s'efforce à chaque campagne de vendre des vins plus corrects, plus colorés, plus alcooliques. « Les trois ou « quatre millions d'hectolitres de vins ultra méri- « dionaux à la fois alcooliques et colorés que l'Algérie « nous envoie, disait-il, doivent être considérés par les « producteurs du Midi, non pas comme des concurrents, « mais au contraire comme des adjuvants. Ce sont des « vins grâce auxquels les leurs pourront se vendre à « des prix plus élevés. »

Tous les vins d'Algérie ne présentent malheureusement pas toutes les belles qualités que veut bien leur attribuer M. Batlanchon. Mais les algériens ne sauraient lui être trop reconnaissants d'avoir pris leur défense en cette occasion ; ce concours était d'ailleurs mérité au moment où, rompant avec les traditions que leur a imposées le passé, les colons, confiants dans le sol et le climat de l'Algérie, se tournent résolument vers la production des vins corsés.

Malgré les grosses récoltes du vignoble français qui, pendant la période de I900à 1905, ont dépassé plusieurs fois les besoins de la consommation, l'Algérie a cependant pu expédier dans la métropole :

En 1900 : 2.338.000 h. sur une import, totale de 4.808.000 h.

En 1901 : 2.636.000 hect. - - 3.348.000

En 1902 : 3.897.000 hect. - - 4.290.000

En 1903 : 4 767.171 hect. - - 5.945.384

En 1904 : 5.403,038 hect. - - 6.476.840

En 1905 : 4.815.679 hect. - - 4.999.509

Le surplus des importations provient surtout d'Espagne et est vraisemblablement constitué par des vins de coupage. Le commerce n'eut point été chercher ces vins à l'étranger s'il avait pu se les procurer en Algérie.

Le producteur algérien a le devoir, et nous avons vu qu'il tend déplus en plus à s'engager dans cette voie, de fournir à la France les quantités de vins qu'elle demande à l'étranger et de dégager le marché d'une importation étrangère qui atteint encore un million d'hectos.

L'Algérie doit de plus rechercher des débouchés à l'étranger, il faut donc qu'elle s'applique à produire de très beaux vins. D'ailleurs elle ne pourra conserver un important vignoble qu'à cette condition ; en effet, pour que la viticulture algérienne puisse vivre il est nécessaire que ses produits dont les cours sont, normalement de 0 fr. 40 par degré, inférieurs à ceux de la métropole obtiennent du fait de leur qualité une prime telle qu'elle compense en partie au moins cette infériorité.

Actuellement les vins algériens peuvent être classés en 3« catégorie : les vins communs pesant de 10*» à 1 i"o, faibles en couleur et sans qualité spéciale ; les vins de coupage pèsent de H"5 à 14'^ et parfois même 16*^, souvent un peu plats et violets, mais colorés et gros ; et enfin les vins de consonmiation dont le teneur en alcool varie entre 11 et 13**, et qui jouissent souvent' de remarquables qualités de finesse.

Les premiers alimentent le marché de Cette et de Bercy les années où la récolte française est déficitaire. Mais plus souvent ils se vendent à vil prix à la distillerie les années d'abondance.

Les beaux vins qui forment la seconde catégorie sont

toujours achetés dès le début. Qu-ils soient soumis à des coupages sur place ou emportés tels quels, ils ne connaissent pas la mévente. Quant aux derniers ils vont tout droit chez les marchands de demi-gros ou plus souvent à Bordeaux où jusqu'à la nouvelle législation leur trace se perdait.

Un examen sommaire des diverses régions viticoles algériennes précisera du reste les idées au point de vue de la proportion dans faquelle sont produit ces vins de qualités diverses.

Dans le département d'Alger, la plaine de la Milidja produit environ un million d'hectolitres, deux tiers peuvent être classés en vins communs et le dernier tiers en vins de coupage, ceux-ci produits sur les bords de la plaine. Les premiers titrent 10 à 11", les seconds varient entre 12" et 13" avec 27 à 28 grammes d'extrait sec. Ils sont d'un brillant et d'un rouge remarquables. Leur vinification a fait de grands progrès en ces dernières années, mais elle est loin d'être parfaite et comporte parfois le mouillage à la cuve ; le jus de raisin à rendement élevé teisqu'aramons et petits bouschets, ou une vendange hâtive rendue parfois obligatoire par la présence de cépages sujets à la pourriture.

Entre la Mitidja et le Sahel s'étendent les collines du Sahel dont le vignoble produit 750.000 hectolitres de vins relativement fins, fruités, droits de goftt, d'un rouge vif, titrant de 10" 5 à 12", peu chargés en extrait sec, qui représentent le type du bon vin de consommation. La clientèle algéroise demande presque exclusivement à cette région son vin de table. Le surplus est en grande partie expédié h Bordeaux.

L'arrondissement de Médéa produit 70.000 hectolitres

(le vins très colorés, brillants fins, pesant de H"à 13*^5 que Ton pourrait classer aussi bien dans les vins de table que dans les bons vins de coupage. Ces vins jouissent toujours d'une forte plus-value sur ceux de la plaine. Une partie de ces vins est consommée sur place ou expédiée dans le Sud où ils résistent bien à la chaleur de Télé. Le surplus va en France, soit à la clientèle, soit à Bordeaux.

Des essais de fabrication de vin de Porto, de Madère, de Xérès et de Marsala, faits avec des cépages rouges ou blancs, abondant dans cet arrondissement, ont donnés des produits remarquables.

Les 20.000 hectolitres que produit Tarrondissement d'Orléansville sont à négliger. La température qui y règne s'oppose à la fermentation du vin sec. Mais on pourraitfabriquerdes mistelles appréciées du commerce ainsi que le prouvent les 10.000 hectolitres de ce produit que livre actuellement une seule cave de Tarrondissement de Miliana contiguë à celui d'Orléansville. Sur les Jlancs du Zaccar, entre 500 et 750 mètres d'altitude, Tarrondissement de Miliana produit encore 70.000 hectolitres de vins qui vieillis sous le climat du xNord de l'Kurope rappellent les Bourgogne et sont souvent achetés^par les négociants de Hollande et d'Allemagne, qui en offrent de très hauts prix. Ces vins d'une finesse extrèuie, fruités, colorés, pèsent de 12<» à 13**.

Le vignoble du département de Constantine qui comprend environ 5.000 hectares de vignes reconstituées et 12.000 hectares de vignes françaises, est de beaucoup le moins important des trois départements au point de vue viticole.

L'arrondissement de Bougie présente trois groupe-

ments distincts, Celui du littoral ou de TOued-Marsa, qui s'étend sur une cinquantaine de kilomètres en un long et étroit ruban entre le rivage de la mer et le pied des hautes montagnes de la Kabylie ; le vignoble de rOued Sahel et celui de Djidjelli et communes environnantes.

Le vignoble du littoral a été créé par une colonie lyonnaise. Complantéde Pinol, de Gamay, d'un peu de Cabernet et de plants communs du Midi delà France, il produit 40.000 hectolitres de vins de table légers et fins.

Au contraire, les 35.000 hectolitres de la vallée du Sahel sont plus alcooliques. Ils titrent de 11 à i3« avec 28 grammes d'extrait. Le climat de celle vallée est très sec et chaud en été et on y éprouve quelques diflicultés pour la vinification.

Les 35.000 hectolitres de vin de Djidjelli ont plutôt de l'analogie avec ceux de TOued-Marsa.

Presque tout le vignoble de l'arrondissement de Bône est concentré dans l'immense plaine qui aboutit à ce port. Pour les vins qu'il produit ce serait déchoir que d'accepter la dénomination de vins de plaine, parce qu'ils sont colorés, fruités alcooliques, dépassant souvent 11*^ et atteignant en bien des cas 12" et 13** avec 33 grammes d'extrait sec. Celte plaine, qui est ravagée par le phylloxéra, reconstitue rapidement son vignoble et sa production continue à osciller autour de 200.000 hectolitres.

Grâce à une reconstitution bien comprise, la plaine de Bône transforme sii production et livrera désormais au commerce des vins de table et de coupages remarquables. Remplaçant les Petit Bouschel et les Aramons par des Carignans et des Mourvèdre, introduisant dans

leurs vignobles des cépages fins tant blanc que rouge de Sicile, d'Espagne, de France, demandant du corps et de la couleur aux nouveaux hybrides, tels que TAlicanle Ganzin, aux Bouschet et autres qui y donnent rapidement des rendements élevés. Les viticulteurs de cette région vont faire des vins, dont le degré alcoolique pourra atteindre parfois 14®, qui leur permettront sous peu, ainsi qu'en témoignent les faits, de produire tant en blanc qu'en rouge des vins fins, de coupage, de liqueur et des mistelles.

L'arrondissement de IMiilippeville comprend Irois groupes de vignobles différents. Autour de la ville même le vignoble de plaine, détruit il y a une dizaine d'années, a été reconstitué en Carignan et Aramon greffés sur Kiparia. On n'y vise qu'à la grosse production. Le groupe de coteaux, qui donnait les vins renommés de Stora, n'existe plus. Celui de Jemmapes se reconstitue péniblement.

Les arrondissements de Sétif, de Batna et de Conslantine ne produisent pas même leur consommation. Leur altitude s'oppose à la culture de la vigne qui est fréquemment gelée.

Le département d'Oran est de tous les départements algériens celui dans lequel la viticulture a pris le plus d'extension. Les rendements y sont faibles, mais les frais de cultures oscillent autour de 200 francs l'hectare. Parfois ils n'atteignent pas ce chiffre, rarement ils arrivent à 300 francs.

Malgré les ravages du phylloxéra qui a déjà enlevé près de 10.000 hectares, le vignoble couvre encore 70.000 hectares. Le climat sec et les terrains calcaires du dépar-

temenld'Oran sont éminemment favorables à la réussite des Berlandieri, et surtout des hybrides de celte espèce. Sa reconstitution y est peu coûteuse et, sans pouvoir en comparer le prix de revient à celui de Tancien vignoble qui souvent était établi avec un capital inférieur à 500 francs par hectare, constructions comprises, elle présente malgré le bas prix des vins un placement d'autant plus avantageux que les caves sont construites.

Tous les raisins du département peuvent être transformés en vins de coupage et servir (Je base à la préparation de vins de liqueur dès que les viticulteurs y auront avantage.

L'arrondissement d'Oran produit un million d'hectolitres de vins ; leur degré alcoolique varie entre II** et 13" avec 28 à 30 grammes d'extrait sec, quoique le niouillageà la cuve y soit largement pratiqué. Les vins de la région volcanique d'Aïn-Témouchent présentent beaucoup de finesse.

L'arrondissement de Mascara est ravagé par le phylloxéra. Le hasard y a fait faire du Madère (|ue les dégustateurs ont classé parmi les grands vins. On y obtient couramment des vins à 14, 15 et 16 degrés. Les vins rouges sont brillants, colorés, nerveux. Les blancs sont fruités et moelleux. Une reconslitution judicieuse par les hybrides de Berlandieri doit faire de cette contrée calcaire, au sol profondément perméable, un centre de production de vins de liqueur.

On en pourrait dire autant des vignobles de Sidi-bel- Abbès et Tlemcen, régions calcaires, qui produisent 250.000 hectos de vins un peu moins alcooliques mais d'aussi belle tenue.

Enfin, Tarrondissemenl de Mostaganem. aujourd'hui

envahi par le phylloxéra, produit encore !:f00.000 hectolitres de vins fins, colorés, fruités, d'un degré relativement élevé, qui se sont fait une réputation universelle et passent tant en Espagne qu'en Portugal pour inimitables. Sans la pratique du mouillage à la cuve, les sols légers de cet arrondissement produiraient les premiers vins de cx)upage du monde. En résumé, la production actuelle de l'Algérie peut à peu près se diviser comme suit :

") dixièmes de vins conimuns.

3 dixièmes de vins de coupage.

2 dixièmes de vins de consommation.

Ce sont là des proportions que la crise phylloxérique va modifier en permettant de transformer la nature du vignoble. La difficulté que les Algériens éprouvent à vendre leurs vins les y contraindra aussi. Déjà la qualité moyenne de leurs vins s'améliore notablement. Le mouillage à la cuve disparaît, grâce aux facilités de fermentation que procurent la réfrigération et le sulfitage. La proportion des vins de coupage augmente annuellement et elle doit prendre rapidement la place de l'étranger qui en importe encore un million d'hectos en France.

De tous côtés aussi les colons tentent des essais de vinifications spéciales. Le Gouvernement général a facilité la fabrication des vins de liqueur en obtenant lapplicalion à l'Algérie de J article 21 de la loi de finances de I8D8 et il sufïirait qu'une maison de commerce analogue à celles qui sont établies à l'étranger vînt mettre ses capitaux à la disposition de la viticulture algérienne pour conquérir à leur projet réciproque la presque totalité du marché métropolitain qui est encore obligé de se

fournir de vins de liqueur en Sicile, en (irèce et ne Portugal.

En Algérie, la culture de la vigne n'est économiquement possible que dans les régions où il tombe plus de 500 ""/"" de pluie. A mesure que Ton s'éloigne du litloraJ, elle devient plus sujette aux gelées et au-delà d'une distance de 50 ou 60 kilomètres de la mer, il est avantageux de ne la cultiver qu'à de grandes altitudes qui retardent son débourrement et le soustraient aux gelées printanières.

Presque tous les terrains d'Algérie, sauf les argiles miocènes et crétacées, sont aptes à recevoir la vigne. Mais, il faut s'empresser de reconnaître que tous ne sont pas de nature à assurer une production rémunératrice.

Il existe des terrains, en quantité relativement restreinte, qui sont riches en humus, profonds, meubles, perméables et suffisamment frais, dans lesquels on peul. presque sans préparation, arriver à des rendements considérables qui atteignent et peuvent dépasser 150 hectolitres à l'hectare.

Ces terrains sont à l'état d'exception, il est vrai, mais ils sont loin, encore, d'être tous plantes. Celui qui a la bonne fortune d'en rencontrer, ne doit point hésiler à les payer à des prix qui peuvent, quelquefois, paraître exagérés, mais qui ne doivent pas effrayer le futur vigneron, s'il est véritablement soucieux de réussir.

A côté de ces Ilots privilégiés, inégalement éparpillés dans nos plaines, on peut, très ulilemenl, planter les vallées d'alluvions plus argileuses, comprenant des terrains plus compacts, qui se laissent moins facilement pénétrer par les instruments et par les eaux de pluie ;

on peut aussi planter les terrains, quelquefois trop perméables, dans lesquels les rivières, en se déplaçant, ont laissé, par couches, un peu trop de galets et de sables lavés. On peut également obtenir de très bons résultats sur les coteaux et les plateaux recouverts d'un lit de terre végétale, sufïisamment épais pour braver la sécheresse des étés.

Ces terrrains sont nombreux dans les trois provinces ; on peut même dire quMts forment la généralité de toutes les parties montagneuses, à pente douce, dont Taltitude ne dépasse pas huit à neuf cents mètres.

Pour ces terrains, Tameublissement profond est indispensable, pour arriver à la grande production.

Il y a lieu de mentionner, également, les nombreuses terres qui. sur le littoral, renferment <les proportions plus ou moins grandes, souvent considérables de sable et de calcaire. Ces terres, très souvent fraîches, peuvent donner d'excellents résultats, mais là, plus que partout ailleurs, il faut avoir recours à des fumures abondantes, répétées et riches en humus.

Créer un vignoble sur des pentes trop abruptes, où Teau ne peut être facilement retenue, sur des surfaces où la terre végétale n'atteint pas au moins cinquante ou soixante centimètres ; planter dans des plaines marécageuses dont le sous-sol est imperméable, c'est courir à un échec, à moins toutefois, que dans les deux premiers cas, on ne se trouve en présence de terrains donnant des vins de qualité exceptionnelle dont les prix rachèteront le déficit dans les rendements.

Les terrains susceptibles d'être irrigués, peuvent approcher des productions fournies par les terres les plus riches. Cette pratique met le vignoble à l'abri des sécheresses et des sirocos les plus intenses.

Si nous avons indiqué, comme altitude maximum, les terres qui se trouvent à neuf cents mètres, il ne s'en suit pas que, sur les plateaux plus élevés, la vigne ne pursse arriver à de gros rendements ; mais alors apparat! un facteur nouveau qui peut déranger toutes les combinaisons les mieux étudiées, en vue d'arriver à Tamortissement rapide des dépenses de création ; nous voulons parler de la gelée qui se produit trop fréquente et trop intense aux grandes altitudes, par suite du rayonnement nocturne.

Même sur certains points, dans les plaines moins élevées au-dessus du niveau de la mer, et dans les basfonds entourés de coteaux, on n'est pas complètement exempt des gelées de printemps, et il faut absolument compter avec ce tléau, ou essayer de se défendre.

Il y a cependant une dillérence à établir entre ces plaines et les Hauts-Plateaux, c'est que, dans ces dernières régions, l'accident se produit fréqucnmient et même plusieurs fois, dans la mênie année, au moment du départ de la végétation.

Lorsqu'on veut faire Tachât d'un domaine, avec l'intention d'y planter de la vigne, la prudence la plus élémentaire commande, d'étudier les plantes qui s'y développent spontanément, mais surtout de pratiquer de nombreux sondages, pour s'assurer de la nature du sol et du sous-sol.

Avec un peu d'expérience et quelques notions élémentaires de botanique, il est difïicile de se tromper sur la qualité des terrains auxquels on peut demander d'amples récoltes. Mais que le futur colon n'aille pas à l'aventure, qu'il ne se laisse pas sé<luire par un beau site ou par un conseil intéressé; s'il commet une faute

lourde dans le choix qu'il est appelé à faire, tous ses calculs pourront se trouver faussés dès le début de l'entreprise.

Après le choix du terrain, Tameublissement du sol est le facteur dominant qu'il est impossible de négliger dans la création d'un vignoble.

La première opération, la plus importante, consiste dans un défoncement, aussi profond que possible, qui ne doit jamais rester au-dessous de cinquante à soixante centimètres.

Le défoncement sera d'autant plus elïicace qu'il sera pratiqué pendant la saison chaude (juillet, août et septembre), quelques mois avant la plantation.

La terre se trouvera, alors, aérée, pour ainsi dire écobuée par la chaleur persistante, elle fusera plus facilement aux premières pluies d'automne, et la destruclion des plantes nuisibles, et surtout du chiendent, sera à peu près assurée.

Quand le défoncement est fait à la pioche, à la profondeur voulue, il est coûteux, il demande une surveillance constante, mais il ne présente aucun aléa.

Quand il est fait à la charrue à vapeur, il faut se prémunir contre l'éventualité de certaines imperfections : ainsi, il convient d'exiger de l'entrepreneur, chargé du travail, que la tranche de lerre, levée par la charrue, ne soit pas trop large. Si elle dépassait cinquante centimètres, une partie du terrain ne se trouverait pas défoncé et l'autre partie, purement et simplement retournée, ne serait pas sufïisamnient brisée et effritée ; elle ne ferait que changer de place, et serait soustraite à l'action des agents atmosphériques qui devaient contribuer à Tameublir.

loi

Un défoncenient fait après les pluies, dans des terres assez légères, doit êlre suivi d'un vigoureux hersage ; cette, façon est généralement suffisante pour niveler le sol, le mettre en bon état, et prêt à recevoir les boutures ; niais s'il est fait dans des terres compactes, l'ameublissement devient très diflicile ; il faut laisser la terre se ressuyer et se sécher même, pour arriver à lemietlement par tous les moyens possibles.

Après le défoncenient d'été, il faut attendre les pluies pour procéder à des hersages énergiques et croisés, qui peuvent encore êlre insuflisants et doivent, alors, être complétés par l'action de la pioche.

Si les défoncements doivent être faits en hiver, il faut, de toute nécessité, lorsque la terre renferme du chiendent, arriver à le détruire par deux bons labours exécutés en juillet ef août.

Le défoncenient bien fait, en été, amène la disparition complète de celte plante, mais quelle que soit l'époque choisie pour ce travail, il faut faire passer des ouvriers qui extraient les quelques liges ayant échappé.

Si nous engageons, avec tant d'insistance, le planteur à avoir raison du chiendent, dès le première année, c'est parce que l'expérience a fait voir qu'il devenait à peu près impossible, et toujours très coûteux, de s'en débarrasser après la plantation, quand les précautions qui viennent d'être indiquées, n'ont pas été prises, lors de la préparation du terrain.

Il paraît diflicile de fixer d'une façon absolue les cépages qui peuvent être utilement cultivés.

Un vignoble pour être rémunérateur doit produire beaucoup. Mais en l'état actuel du marché il doit fournir des vins ayant autant que possible les qualités de

couleur, de mâche, d'alcool requises par le commerce, et nécessaires à la fabrication des vins de coupage ou de liqueur dont nous parlions plus haut comme pouvant seuls faire bénéficier la viticulture algérienne de la prime nécessaire pour compenser les frais d'exportation.

On abandonne aujourd hui les Morastels et les Mourvèdres dont le rendement est insuffisant, le vin relativement peu coloré, la production irrégulière et la résistance à la sécheresse sujette à caution.

Il ne saurait plus être question de TAramon dont le vin manque d'alcool et de couleur. Il n'a jamais du reste été un plant algérien. Si certaines années il a donné des rendements exagérés, le plus souvent il a été décimé par les gelées tardives ou par le siroco auquel il ne résiste pas.

Les vins de Petit Bouschet sont aujourd'hui délaissés et ce plant qui a eu une grande vogue est remplacé par l'Alicante Bouschet, cépage à grand rendement, qui donne des vins très colorés, très fruités et alcooli(|ues, mais (|ui est très exigeant sur la nature du terrain qu'il veut riche, frais et sain.

Après avoir tenu une grande pla<e dans les vignobles algériens, l'Alicante a été abandonné par suite des difficultés de vinification de son mortl et de la couleur à laquelle il est sujet. On y revient un peu maintenant que par le pinçage des rameaux on évite la coulure et que les méthodes de vinilicalion nouvelles ont raison de la fermentation de son mortt trop sucré.

Depuis quelques années, le Cinsault a acquis une grande vogue. Son vin pas trop coloré a cependant du brillant quand il est vinifié en rouge. Mais le plus souvent une forte proportion de son jus sert à faire un vin

blanc qui a de la finesse. Il rend beaucoup et résiste plus que tout autre au siroco.

Mais le meilleur de tous les cépages est, sans contredit, le Carignan. Il pousse vigoureusement dans tous les terrains, fructifie partout abondamment, donne un vin corsé, alcoolique, coloré. Assurément il redoute les maladies cryptogamiques, mais on l'en préserve aussi bien que tout autre par des traitements appropriés et il s'accomode merveilleusement à la greffe sur la plupart des cépages américains.

Parmi les cépages blancs, Tun des plus productifs, donnant un vin alcoolique et tin, est le Sémillon dont le rendement atteint 100 hectolitres à Thectare dans les boa nés terres fraîches.

La Clairette donne un vin lin et alcoolique, et des rendements assez abondants dans les bonnes terres. Ce plant résiste bien à la sécheresse, aux maladies et semble trop délaissé.

Quelques cépages indigènes, tels (|ue le Farana, le plant kabyle, connu sous le nom inexact de Saint-Émilion, sont assez répandus dans le vignoble algérien et donnent des produits réputés, abondants.

Parmi les cépages étrangers que l'on est admis à introduire dans les régions phylloxérées, il y a lieu de citer le \ocera, originaire de Sicile, qui se répand rapidement dans la plaine de Bôneoù il donne des vins remarquables, et le Pedro Ximenès, originaire du Portugal. Enfin, on ne saurait manquer de mentionner quelques pro<lucteurs directs mûrissant très bien ici. tels que Seibel (divers numéros : 128, 156, 1.020, 2.044, etc.). Alicante Ganzin, Alicante Rupestris, Terras n*' 20 qui produisent des vins de coupage de premier choix.

Dans Jes régions autorisées à reconstituer, les données acquises, à la suite des conseils de M. Viala, démontrent que la plupart des terrains sont aptes à être replantés en cépages américains.

Parmi les Riparia X Rupestris, les porle-gretles qui ont donné les meilleurs résultat.^ sont le 3.309 et le lor* ; le 3.309 est relativement peu employé Le lOT' se montre très vigoureux dans les bonnes terres de plaine peu cal<*airas ; il a bien résisté à la sécheresse l'année dernière, mieux même que le 3.309 qui en beaucoup d'endroits a perdu ses feuilles de bonne heure et n'a produit que des bois très faibles. Le 106' (Riparia X Rupestris X Cordifolia) a été surtout planté dans la plaine de Bône ; il y porte des greffes vigoureuses et très fructifères.

Pour la reconstitution des terrains calcaires on tend à délaisser les Berlandieri purs dont la reprise est très difficile et à avoir recours soit aux Riparia X Berlandieri, soit aux Berlandieri XVinifera. On emploie surtout le 420 A et le 41 B qui se sont montrés très résistants à la chlorose et à la sécheresse et qui se multiplient assez facilement. Le 157" (Riparia X Berlandieri) se comporte bien dans les terres riches et profondes ; il supporte jusqu'à 40 ^o de calcaire.

Les Riparia (îloire et Grand glabre sont de plus en plus délaissés ; ils craignent trop la sécheresse et le siroco. Quant au Rupestris du Lot, on l'a beaucoup trop planté et le plus souvent dans de mauvaises conditions. Il a été placé dans toutes sortes de terrains ; or, s'il se coniporte bien dans les terres argileuses à sous-sol perméable, il souffre plus de la sécheresse que le Riparia lorsque le sol est peu profond et que ses racines restent superficielles.

Parmi les Rupestris X Vinifera, les deux planis les plus courainmeDl employés comme porte-greffes sonl TAramon X Rupestris Uauzin n*' I et le Mourvèdre X Rupestris 1.202.

L'aramon X Rupestris tianzîn n" I résiste bien à la sécheresse lorsqu'il est planté en sol profond et frais ; en terre sèche et superficielle il est prot)able que sa résistance au phylloxéra ne serait pas suffisante, dans certaines terres moyennement calcaires de la région de Mascara, les cépages greffés sur ce plant ont donné de plus belles récoltes que les mêmes cépages greffés sur 1.202. Dans la plaine de Bône c'est TAramon Ganzin et le 106" qui portent les greffes les plus vigoureuses et les plus chargées de fruits.

Le 1.202 est le porte-greffe qui convient le mieux pour les terres calcaires profondes et fraîches ; il n a chlorose que très légèrement à la pépinière de Mascara dans une marne blanche dosant 73,6 0/0 de carbonate de chaux.

La plantation des terrains salés, assez nombreux dans le département d'Oran, présentent de sérieuses difficultés. Le Solonis et le 1.616 (Solonis X Riparia) qui ont été recommandés pour la plantation de ces terrains, jaunissent dans les salants qui avoisinent le lac de Telamine, près de St-Cloud. Les pieds les plus atteints dépérissent et meurent au bout de quelques années. Le même fait se produit pour le Carignan X Rupestris 404 de Couderc. Quant au Gamay-Couderc 3.103 il résiste très bien dans ces terrains tant qu'il n'est pas greffé, mais dès qu'il a subi celte opération il dépéril aussi.

Les plantations de vignes américaines se font après défoncement complet du terrain et non plus à trous.

comme on s'enlélait à vouloir le faire au début de la reronstilulion. Les nouvelles plantations sont fort bien entretenues, notamment celles de la plaine de Bône et de la région de St-CIoud.

Les pépinières se multiplient et c'est un beureux indice pour le développement de la reconstitution. Les colons commencent à produire eux mêmes les racines et njême les grefïés-soudés dont ils ont besoin. On ne saurait trop les engager à persévérer dans cette voie car en se procurant les bois dans les pépinières locales, organisées par les soins du (îouvernement général, ils seront surs de l'aulbenticité de leurs plants et ne pourront mettre en place que des racines et des gretïéssoudés de tout premier cboix.

Le greffage en place jouissait au début de la reconstitution d'une grande faveur parmi les viticulteurs, (^ette faveur résultait de ce que les pieds greflés de cette façon paraissaient plus vigoureux, les premières années, que les grefïés-soudés ; mais on a remarqué que ces derniers Unissent toujours par rattraper et même par dépasser les pieds greilés en place. De plus le greffage en place ne perujet pas d'avoir des plantations régu ières, ce qui s'obtient facilement par l'emploi des grefïés-soudés. Il y a toujours des manquants dans une plantation grelïée en place et comme il faut y revenir plusieurs années de suite on a des greffes de diflérents âges. C'est ainsi que dans un vignoble de Sl-Cloud planté en Uupestris du Lot et grefïé en place, il y a encore 17 0 0 de manquants à la 5*' année de plantation.

Pour ces raisons l'emploi des grellés-soudés tend y se généraliser ; car seul il permet d'avoir des plantations

régulières constituées exclusivement par des plants de premier choix.

En Algérie il est indispensable de procéder de bonne heure aux plantations. Celles de janvier sont les meilleures, sauf dans les plaines humides où il y a intérêt à retarder jusqu'à la fin de février. Les greffages doivent être exécutés en février et mars. On ne saurait trop conseiller les plantations à grands espacements. La généralité des vignobles est plantée à 1 mètre sur deux. Mieux vaudrait 2 m. 50 pour permettre aux bœufs de passer toute Tannée et même aux charrettes de pénétrer dans les rangs. On récolte autant dans une plantation k 2.500 pieds l'hectare qu'à 5.000 puisque la vigne y trouve plus d'humidité et plus d'aliments et que les grains gonllent plus. Or, un raisin de diamètre double est d'un volume huit fois plus grand.

Quelque soit l'espacenjent, il importe de se tenir à la taille en gobelet, connue de tous les ouvriers et donnant les raisins les plus également murs, aussi productive, moins coûteuse et avant tout moins onéreuse que toutes les autres.

Quand on opère sur des terrains riches qui n'ont jamais porté de la vigne, il est possible de prélever deux ou trois récoltes, sans songer à leur restituer ce qu'on vient de leur emprunter. Il est évident que, pendant la création d'un vignoble, quand on a immobilisé dans le sol des capitaux importants, quand on est obligé de parer à tout, d'acheter matériel et animaux de travail, de construire un cellier et de le njeubler, quand on a en perspective trois années d'attente, au minimum et qu'on a dû avoir recours au crédit, souvent trop onéreux, on est tenté d'attendre le résultat de quelques

récoltes, avant de songer que la terre s'appauvrit, avant de penser à la restitution.

Cependant un vigneron prudent, s'il veut maintenir et même augmenter les grosses productions, devra, sans hésiter, avoir recours à la fumure, tout de suite après les premières récoltes.

Sans entrer dans des détails techniques qui ne peuvent figurer dans le cadre de ce travail, il ne faut pas craindre d'affirmer qu'il est indispensable de rendre chaque année, au sol, en azote organique, facilement assimilable, en acide phosphorique. autant que possible chimiquement divisé, tel que le fournissent les superphosphates et les scories, et enlîn en potasse, plus d'éléments fertilisants que la récolte n'en a sortis.

Il ne faut pas perdre de vue, non plus, que l'humus joue dans la végétation un rôle tellement considérable, qu'on est fatalement amené à donner à la terre cet amendement, sous forme de fumier de ferme, d'une façon périodique, si l'on ne veut pas voir apparaître, dans un avenir souvent très rapproché, des affaissements de végétation, signes précurseurs d'un abaissement dans la quantité de récolte.

A quel moment doit-on mettre les engrais dans le sol ?

Il est bon, ici, de distinguer.

L'azote organique sous forme de sang, de cornes, de tourteaux, les phosphates et la potasse, peuvent être utilement mis à la disposition de la plante quelque temps avant le départ de la végétation et avant les premiers labours qui commencent, généralement, en janvier. Après cette époque, il tombe, d'habitude, sufTisamment de pluie pour assurer la nitrification de l'azote organique, enfoui par les labours, et pour dissoudre les

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superphosphates et la potasse. S'il s'agit, au contraire, de fumiers de ferme, il paraît indispensable de les enfouir, le plus profondément possible et dès l'automne, pour assurer et activer leur décomposition.

Lorsque la fumure se fait au moment du premier labour, il est de toute utilité que cette façon culturale suive immédiatement l'épandage, car autrement, les éléments fertilisants pourraient être entraînés par les pluies courant à la surface.

On peut dire que de toutes les opérations qui intéressent la vigne en Algérie, les façons culturales constituent la plus intéressante..

Toute Tannée, les charrues, puis les houes, doivent maintenir le sol dans un état de division parfait jusqu'à une profondeur de 15 à 20 centimètres, afin d'y maintenir rhumidité nécessaire à la plante, et de la dégarnir de toute végétation spontanée. On conçoit la facilité que les grands écartemenls apportent à ces opérations. Toutes les fois qu'il est possible d'irriguer une vigne, il importe de ne point y manquer. En effet, si elle est plantée dans des terrains un peu secs, il se produit en juillet, au moment des grandes chaleurs, un arrêt complet de la végétation. Si le siroco soulïle parfois, le raisin est grillé, parfois aussi il ne fait que llétrir, mais alors il est dépourvu de sucre et contient une acidité exagérée. Avec l'irrigation, le raisin arrivera normalement à maturité et produit un vin plus correct et parfois même plus alcoolique. Un seul arrosage au moment de la véraison suffit en tous cas.

Depuis quelques années, la vinification a fait des progrès considérables, grâce à lamélioration de l'outillage viiiaire et aux découvertes des savants. Actuellement,

les récipients en bois sont abandonnés et le cellier est divisé, cuverie et cave séparées. Les nouvelles cuveries sont construites à une distance telle des caves que tout en restant à portée les unes ne puissent subir Tinfluence des autres. La cuvasion se fait de préférence dans des cuves ouvertes, peu profondes, pernieltant de refouler constamment le mare dans le moât dont on suit plus facilement la fermentation. Celle-ci est réglée au moyen du réfrigérant et du bisulfite.

Une fois terminé le vin est refoulé par une pompe au cellier où il est enfermé dans des amphores, verrées intérieurement et construites en ciment armé.

La fermentation commence aussitôt le raisin en cuve, mais elle n'est généralement visible qu'au bout de 6 à 8 heures. Le départ est hâté par une addition de moût en fermentation, mais sa marche est régularisée par des additions successives de bisulfite et la température du moût est maintenue à un degré inférieur à 35*».

A côté de ces opérations, on ne saurait trop recommander la propreté aux viticulteurs. Elle n*est malheureusement pas commune et c'est parce qu'elle contribue à y conduire que la disposition du cellier et de la cave éloignées Tune de l'autre a donné de si bons résultats. En elTet, un principe absolu sert de base à tous les soins que le viticulteur doit donner aux vins qui viennent d'être faits.

Il faut les soustraire, aussitôt que possible, à Tintluence néfaste des lies, et cela d'autant plus rapidement que les automnes, en Algérie, sont loin d'amener la fraîcheur si nécessaireau dépouillement spontané du vin.

Très peu de temps après la vinification, lin septembre et dans le courant d'octobre, pour les contrées précoces.

ftn octobre et dans les premiers jours de novembre, pour les pays de montagne où la vendange est plus tardive, il faut procéder à un premier soutirage, pour éliminer toutes les lies épaisses.

Si dans le courant de décembre, les vins ne sont pas complètement limpides et brillants, il ne faut pas hésiter à filtrer les vins rouges et à coller les vins blancs.

Cette limpidité peut se produire naturellement, soit à la suite de temps plus frais, soit par la constitution particulièrement bonne du vin, et alors un nouveau soutirage vient compléter les soins indispensables, avant la livraison, souvent reportée au mois de mars par le commerce.

Un vin blanc ou rouge qui, vers la fin de décembre, ne se sera pas dépouillé de toutes les lies folles qu'il lient en suspension après le premier soutirage, a bien des chances de rester louche, jusqu'au bout, et il est naturellenient exposé à faire une mauvaise hn. Le seul parti à prendrcs alors, est de procéder au collage des vins blancs, et au filtrage des vins rouges.

Le, filtrage ne présente pas de difïicultés sérieuses ; il s'opère très rapidement, si le vin ne subit pas de fermentation ; il est plus long et demande une surveillance plus grande, si le moindre mouvement se produit dans la masse.

Le collage des vins blancs est plus délicat ; il ne peut être réussi que si le vin est complètement calme et absolument exempt de toute fermentation ; s'il n'est pas dans cet état, il est inutile de tenter l'opération qui ne réussirait pa^ ; il faut alors, au préalable, le stériliser par un soutirage, jurompagné d'un énergique mutage avec l'acide sulfureux, produit de la combustion de mèches

soufrées. Apr<»s (nielqiies jours de repos, le vin doit être «nddilionnci d'une quantité, variant de cinq à quinze g^rammes, de tannin à l'alcool, par hectolitre et être collé, autant que possible avec la colle de poisson qui lui convient particulièrement. Le vin ne doit pas rester sur la colle plus de douze ou quinze jours ; il ne faut pas du reste un temps aussi long pour que TefTet soit produit, s'il doit se produire. Quel que soit l'état du vin, après le délai ci-dessus, un nouveau soulirage est nécessaire.

En terminant cette esquisse rapide sur la vendange et la vinification, nous ne craignons pas d'annoncer le succès final qui attend nos vins d'Algérie, dès que nos colons prendront, pour le faire, tous les soins que comporte un produit aussi délicat, c'est-à-dire le jour où, à l'aide d'une aseptie Uien comprise, ils barreront la route à tous les germes morbides qui guettent le vin dans leurs celliers

Avant de quitter l'étudede la vigne, nous emprunterons à M. Bertrand, président des Délégations financières, dont nous avons déjà presque textuellement cité plusieurs écrits, indiquant le prix de revient de la plantation, de la mise en rapport et des prix de culture d'un hectare de vignes, en terrain riche.

PRKMIEH IvrABI.ISSKME.NT

Achat du sol 1 .000 »

Défoncement à la vapeur 250 »

Nivellement 50 »>

Cheptel 200 d

Intérêt à 6 • 17 50

A reporter 1.517 50

Report 1 .5J7 50

1'* Année

Boutures 1.400 à 10 francs le mille 14 »

Plantation è forfait 25 »

Nettoyage des boutures 3 »

1" labour 22 »

Piochage des rangs 9 »

2' labour 22 w

2* piochage 9 »

Scarifiage 5 75

Soufrage 3 »

Sulfatages. 7 »

Frais généraux 55 »

Intérêts à 6 •/• 95 25

2* Année

Taille 5 »

Repiquage 10 »

Extraction du chiendent (5 n

1" labour. 22 »

Déchauss«jge 19 »

2' piochage 26 75

2* labour 11 »

Hersage ; 4 »

Roulage 3 50

2 scariHages 11 50

2 soufrages 6 m

3 sulfatages 15 w

Divers frais généraux 67 »

Intérêts à t> V. 111 50

Total des 2 premières années. . . 2.103 75

3' Année

Construction du cellier et vaisselle vinuire. 8(K) m

Taille 15 »

Hemassage des sarments. 5 w

Scarifiage à l'automne 14 75

Chiendent 3 »

1" labour 22 »

1*' piochage 19 »

2' piochage 26 75

2' labour 11 »

Hersage et roulage 7 50

2 scariflages 11 50

Kbourgeonnage et tuteurage 15 »

Chaulages, soufrages et sulfatages 75 »

Soins divers etgarde 8 »

Vendange et vinification 70 »

Frais généraux 55 »

Intérêts à 6 V. 176 »

Total des dépenses à partir de la 3' année 1 .334 50 A déduire la récolte de 50 hectos à 10 fr.=: 500 n

Reste 834 50

A partir de la quatrième année on peut estimer dans les vignobles à grands rendements dans la Mi(i<lja les dépenses annuelles de culture et de vinification à 050 francs non compris Tintérêl et Tamortissement. et le rendement à 100 et 120 hectolitres à l'hoctiire. Il parait moins intéressant de détailler les dépenses de culture et de premier établissement des vignobles de l'intérieur et en particulier de l'Oranie ou, comme nous le disions plus haut, on est arrivé à amener des vignes à la ^^ feuille avec une dépense de moins de 500 fran<\s par hectare, non compris Tachât du terrain et à réduire les frais de culture au-dessous de 200 francs. Mais ce sont là des

laiLs qui ne pourront point se renouveler depuis que Tenvahissement par le phylloxéra oblige à reconstituer le vignoble.

Voici d'ailleurs, à titre de comparaison, le détail approxinialif des dépenses de plantation et des frais de culture, jusqu'à la 3** année, d'un hectare de vignes grelïées sur américains, pour un terrain de plaine :

Défoneement 300

Surveillance 20 • 60

Nivellement 50

Tracé de la plantation, piqueta^ecompris 40

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