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CULTURES FOURRAGÈRES

La facilité et Tabondance avec laquelle l'herbe pousse dès les mois de janvier ou de février sur les terrains incultes, ont permis pendant longtemps de trouver des pâturages suffisants pour les animaux de boucherie : mais Faccroissement de la population, la division de la propriété, dont les effets commencent à se faire sentir, enfin le nombre toujours croissant des animaux a bientôt forcé les colons à se préoccuper de la question si importante des fourrages. La moindre fumure augmente la quantité et améliore remarquablement la qualité des herbes qui croissent spontanément sur le sol, grâce à 1 humidité permanente et à la chaleur relative que Ton observe pendant les mois d'hiver.

On peut aussi se procurer une grande quantité de fourrage en semant sur un simple labour, vers les mois d'octobre et de novembre, dans les terrains sains, des vesces et de l'avoine mélangées. Dès la fin d'avril ou dans le courant de mai, on a un fourrage qui donne 50 à 60 quintaux métriques à l'hectare.

Dans le Nord de l'Afrique, la Luzerne est connue des populations indigènes, mais elle était peu cultivée avant la conquête. Dans les Oasis du Sud il existe cependant une race de Luzerne qui y parait très anciennement introduite.

Une forme spontanée de Medicago saliva est commune en Algérie et en Tunisie, dans toute la région montagneuse et dans les Hauts-Flateaux ; cette plante paraît

bien indigène et ne paraît pas dériver d'anciennes cultures. C'est le Medicago getula.

Urban, dans sa Monographie du genre Medicago, distingue comme une variété caractérisée cette Luzerne des Hauts-Plateaux algériens.

On doit citer aussi le M, Tunelana, plante couverte de poils soyeux ; fleurs grandes, jaunes, virescentes ou brun violacé ; fruit velu de 4 à 5 tours de spires, de 7 à tO ™°» de diamètre. Cette forme a été signalée en Tunisie, en 1897, par M. Murbeck ; elle existe aussi en Algérie sur les sommets de TAurès. Sur les crêtes et sur le versant Nord de ce massif, on peut noter de nombreuses formes de Medicago saliva. A Lambèse, la Luzerne spontanée Getula couvre de grandes surfaces.

Il existe certainement des races de Luzerne très distinctes surtout par leur adaptation spéciale aux différents climats; c'est ainsi que des graines de Luzerne importées d'Angleterre en Australie et semées dans les mêmes conditions que les graines récoltées dans la Colonie et provenant d'introduction plus ancienne, ont donné des plantes moins vigoureuses et, un an après, la récolte était deux fois plus considérable sur les plantes provenant des graines australiennes.

Cette indication doit être mise à profit et il est urgent de faire, dans chaque région, la récolte des graines ou de ne les tirer que des contrées à climat analogue.

En Algérie, on peut, avec des chances de succès, cultiver les variétés suivantes, mais il serait très utile d'y récolter des semences pour constituer des races locales mieux adaptées.

La Luzerne du Turkeslan est probablement une des

races très anciennement cultivée en Asie ; elle a été importée en Amérique par le professeur Hansen, de la Slation d'expériences du South Dakota, qui fit un voyage au Turkestan spécialement pour y étudier cette plante fourragère et en récolter des graines.

La Luzerne du Turkestan présente, à un haut degré, la résistance à la sécheresse ; ses racines sont très puissantes et aptes à rechercher Teau dans le sol et ses feuilles organisées pour limiter l'évaporation pendant la saison sèche.

Cette luzerne qui. dès 1900, était mise à la disposition du Service botanique algérien par le Département de rAgricuIture de Washington, a déjà donné des résultats qui ont paru satisfaisants. Cette variété paraît une bonne acquisition qui permettra d'étendre la culture de la luzerne en terre sèche ; pour les cultures irriguées elle ne présentera probablement pas d'avantage.

Luzerne de Touggourf. — Dans les oasis du Sud les Indigènes ont depuis longtemps acclimaté une luzerne qui, sous les palmiers, donnent d'abondantes récoltes de fourrage vert. Cette race paraît intéressante pour sa résistance au sel, elle est difficile à propager, car il est peu commode d'obtenir des Indigènes des graines en assez grande quantité.

La luzerne est organisée pour végéter dans les sols profonds qu'elle fouille avec ses puissantes racines.

Dans un sol friable bien défoncé, reposant sur un sous-sol frais, c'est-à-dire dans les conditions qui conviennent aux cultures arbustives, comme la Vigne, la Luzerne peut encore donner de bonnes récolles sans le secours de l'irrigation.

Enfin, quand on peut irriguer la Luzerne, dans un pays chaud comme l'Algérie, les rendements deviennent extraordinaires.

Aucune autre plante fourragère ne peut, dans les mêmes conditions, rendre une plus grande quantité et une meilleure qualité de fourrage.

Dans la région méditerranéenne, la Luzerne constitue une ressource que Ton ne saurait trop utiliser, en Algérie elle n'a pas encore conquis sa place.

Il est à souhaiter que la culture de la Luzerne ne soit pas seulement entreprise sur de grands domaines, mais que des parcelles de Luzerne soient entretenues dans toutes les exploitations agricoles grandes et petites. Ce sont les petits lots qui donneront les meilleurs résultats.

On a dit qu'en Algérie, les luzernières n'avaient qu'une courte durée, cette assertion ne repose que sur une observation incomplète de faits.

La Luzerne peut, en Algérie, durer 10 et 12 ans et même plus ; mais à la condition d'être soigneusement entretenue.

Très rapidement le chiendent, les chicoracées et autres plantes adventives prennent possession du sol, il faut protéger la Luzerne par des hersages ou binages fréquents.

Si la Luzerne est semée en ligne, il est bien plus facile de faire, après la première coupe du printemps, un binage.

Une houe à cheval ou un extirpateur monté avec socs déchausseurs qui peut être passé à ce moment, ameublira le sol et déchirera les herbes adventives. Une charrue légère peut aussi passer entre les lignes, en ce cas un hersage est nécessaire pour briser les mottes.

M. Cottrell a établi, par une série d'expériences faites à la Station de Mahaltan, dans le Kansas, qu'à partir de deux ans, il y avait, dans les pays à climat sec, grand avantage à passer dans les luzernières le Pulvérisateur à disques d'acier qui détruit les mauvaises herbes, ameublit la superficie du sol et réduit ainsi Tévaporation.

Dans les luzernières non irriguées, avec ces soins culturaux on peut obtenir des rendements très élevés.

A la Station botanique une luzernière établie en ligne à 35 centimètres sur défoncement en 1896, a donné depuis cette époque des rendements qui ont toujours été en augmentant — et qui ont été successivement de 20, 40, 55 et 80 tonnes à Thectare par an de fourrage frais en trois ou quatre coupes. Aucune irrigation n'est faite, mais, après la première coupe de printemps, il est procédé à un binage avec sarclage. Une fumure est appliquée à ce moment.

Cette culture intensive de la Luzerne dans les bonnes terres parait rémunératrice, elle est très pratique au moins pour les petites surfaces.

M. Ryf, de Sétif, cultive la Luzerne indigène (Medicago Geixda) en bandes espacées de un mètre, les bandes de Luzerne sont formées de deux lignes espacées de 10 centimètres. Tous les deux ans une culture de blé est faite dans la bande libre de un mètre.

M. Ryf pense que cette culture intercalaire de blé entre les rangs de Luzerne constitue une opération rationnelle et avantageuse sur les plateaux de Sétif.

Dans ces régions la Luzerne sauvage est abondante dans les champs et sa culture en bande est la régularisation d'un état de chose déjà existant.

Dans les luzernières on peul compter, par hectare en bon état, sur 80 à 100 quintaux de fourrage vert par coupe, ce qui correspond à 20 à 25 quintaux de foin sec.

Avec fumure, binage, irrigations fréquentes, ces quantités peuvent être doublées.

La Luzerne qui conimence à fleurir perd on séchant 75 0/0 de son poids, elle constitue alors un foin de première qualité, mais dont la préparation présente quelques difficultés.

Kn Algérie la Luzerne exposée, après la coupe, aux ardeurs du soleil se dessèche rapidement et perd ses feuilles. Il faut, pour éviter cet inconvénient, simplement retourner les andains ou faire sécher en moyettes, en un mot ne pas éparpiller le fourrage, ce qui provoquerait une dessiccation trop rapide et trop complète.

Le Trèfle d'Alexandrie ou Bersim a fait depuis dix ans Tobjet d'essais intéressants à la Station botanique. Cette culture fourragère paraît bien facile sur le littoral ; le rendement en excellent fourrage est considérable. Il est probable que dans un avenir prochain cette précieuse légumineuse se répandra parmi lesagriculteursalgériens.

Le Sulla {Hedysarum coronarium) bien que spontané dans l'Est n'a pas encore pris position dans les cultures algériennes alors qu'il joue un rôle si important dans le Sud de Tltalie, en Sicile et à Malte.

Le Trèfle incarnai est dans le même cas.

Parmi les Graminées, c'est le Sorgho sucré qui parait le plus apte à fournir des quantités considérables d'aliments pour tous les animaux de la ferme.

Pendant longtemps les agriculteurs prudents n'osaient pas employer cette plante fourragère en raison des empoisonnements nombreux observés après son ingestion. Aujourd'hui, on sait que les accidents sont dus à un glucoside développant de Tacide cyanhydrique dans le tube digestif des animaux ; on sait aussi que ce glucoside disparaît de la plante quand elle a atteint un degré sufïisant de maturité et surtout de la plante ensilée.

Le PeniciUaria spicafa mérite aussi d'être cultivé pour le même usage ainsi que le Maïs.

Les Opuntia peuvent jouer un certain rrtie dans Talimentation du bétail ; mais leur usage n'est pas encore entré dans la pratique, tandis que la culture de la Betterave prend tous les jours plus d'extension.

D'une manière générale, l'ensilage peut, dans le Nord de l'Afrique, rendre de très grands services en permettant l'utilisation de beaucoup d'herbes dures, épineuses, impropres à l'alimentation quand elles sont desséchées et très bonnes quand elles ont subi, dans le silo, la fermentation et le ramollissement. L'ensilage en meule qui donne de bons résultats en Australie, r^iériterait d'être sérieusement étudié.

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