I. — LE TELL
CLIMATOLOGIR
Le Tell est le prolon^çemenl du sol français méditerranéen.
En approchant des côtes de TAIgérie on est frappé de Taspect niontueux de cette contrée. Partout, à peu d'exceptions près, le rivage est bordé de collines ou de montagnes élevées qui viennent plonger directement dans la mer. Dans Tintérieur se trouvent quelques grandes plaines, comme celles de Bône, de la Mitidja, du Chélilï, de THabra, etc., qui par leur fertilité et leur accès facile ont attiré de tout temps les elïorts de la colonisation. Les parties ondulées ou montagneuses sont aussi très propres à la culture, et possèdent des plateaux et des vallées d'une grande fertilité. On a donné à l'ensemble de cette belle région le nom de Tell : c'est la terre algérienne par excellence ; elle fut le principal centre de la colonisation romaine et la colonisation française s'y est établie à son tour. A l'époque actuelle, ce n'est guère encore que le Tell dont il s'agit quand il est question d'agriculture et de colonisation. Cette région est parallèle à la mer et occupe une zone de 100 à 150 kilomètres de largeur, en moyenne, sur un développement de plus de 1.200 kilomètres.
L'Olivier, le Caroubier, le Figuier, la Vigne, y croissent
spontanément avec la plus grande vigueur. L'Oranger et le Citronnier y donnent d'excellents fruits, et depuis longtemps VAgave et TOpuntia sont complètement acclimatés dans les parties les plus chaudes.
Son climat est essentiellement méditerranéen, mais varie suivant qu'on l'observe sur le littoral, dans les plaines basses ou élevées ou sur les montagnes. Ce qui est surtout remarquable, c'est la température des mois d'hiver, bien plus élevée qu'en France dans les déparlements les plus réputés pour la douceur de leur clinjat ; néanmoins sur les points les mieux abrités, les jours froids de l'hiver amènent quelquefois le thermomètre à zéro et même un peu au-dessous ; ces écarts, pour si courts qu'ils soient, doivent exclure toute pensée de cultures tropicales. Si nous entrons dans l'intérieur du Tell, la température hivernale est moindre que sur le littoral ; les minima s'abaissent assez fréquemment à 3 et 5 degrés au-dessous de zéro, momentanément il est vrai ; il n'est pas rare de trouver dans les points bas de la Mitidja une pellicule de glace qui persiste quelques heures si le temps est froid et mauvais ; on peut observer jusqu'au mois d'avril des gelées nuisibles à la vigne. Sur les points élevés, dont l'altitude dépasse 600 mètres, nous trouvons en hiver des froids qui par moments rappellent ceux de bien des localités du Midi de la France : la neige peut y tomber en abondance en hiver, et même y persister quelques jours ; la chaleur de l'été y est généralement plus tempérée que dans les parties basses et s'amoindrit sensiblement dès la fin d'août.
Mais il est un second facteur des plus importants pour l'agriculture : c'est l'humidité, soit qu'elle provienne de la vapeur d'eau dissoute dans l'air, ou de la
pluie. Dans le Tell, sur les points peu élevés el peu éloigés de la mer, Thiver est une saison humide, et, la douceur de la température aidant, la végétation ne s'arrête presque pas ; Tété au contraire est sec : pendant les premières heures du jour le soleil est brûlant, mais la brise vient en tempérer Tardeur ; la végétation s'arrête en partie.
Ces observations peuvent servir à expliquer certaines différences que nous voyons entre les pratiques agricoles du Midi de la France et celles de l'Algérie. Les anciens avaient aussi remarqué que les pratiques agricoles de la- Lybie ne s'appliquaient pas a celles de rilalie, et encore moins à celles des Gaules. Le régime des pluies est régulier ; il est bien rare que les quantités d'eau tombées ne suffisent pas à effectuer les labours dans de bonnes conditions et à assurer la poussée des blés ; ce fait s'explique facilement par la direction des vents les plus fréquents et la position géographique de l'Algérie ; les vents dominants sont les vents du rombe Nord. Ces vents, principalement ceux du Nord-Ouest, abordent les provinces d'Alger et de Constantine après avoir passé sur une étendue de mer bien suffisante pour les charger de vapeurs d'eau, mais il n'en est pas de même pour la province d'Oran où le Nord-Ouest, aussi le plus fréquent, ne franchit qu'un bras de mer étroit, en sortant de l'Espagne où les cimes élevées de la Sierra Nevada l'ont dépouillé de son humidité.
Aussi la province d'Oran reçoit-elle des quantités d'eau bien moindres que les autres. La courbe générale des pluies, tout en indiquant des quantités suffisantes pour les besoins de l'agriculture, présente des variations périodiques remarquables. C'est ainsi que de 1858
environ à 1880 la hauteur moyenne des pluies baissa de manière à amener la disparition d'un grand nombre de sources superficielles. La baisse générale des eaux de sources fut si accentuée dans le Nord de l'Afrique qu'on la considéra un moment comme un fait dont la permanence était acquise ; mais la moyenne, en se relevant dans les années suivantes, dissipa rapidement cette inquiétante erreur. De pareilles variations ont été aussi remarquées par les anciens, quelques inscriptions indiquent sur divers points des manques de récoltes par suite de la sécheresse.
Ces faits sont heureusement rares dans le Tell et beaucoup moins accentués que sur bien d'autres points du littoral méditerranéen.
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