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Répartition des pluies en Algérie et Tunisie
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Ainsi donc nous voyons que le climat de cette région offre des différences tranchées, suivant qu'on le considère dans ses parties élevées ou dans ses parties basses ou littorals, mais que Ton peut considérer l'hiver comme bien plus doux que dans les départements français les plus favorisés, sauf pour quelques centres d'une grande altitude ; encore les gros froids sont-ils généralement de peu de durée, à moins de mauvais temps exceptionnels, de sorte que la température moyenne du Tell est partout élevée, que l'hiver est caractérisé par une humidité constante qui favorise la végétation herbacée, et Tété par sa sécheresse et sa haute température qui arrêtent cette même végétation : que les pluies sont abondantes en hiver, surtout dans les provinces d'Alger et de Constantine, et qu'elles cessent presque complètement de juin à septembre, époque à laquelle on observe plus que de rares orages surtout dans la région montagneuse.
Telles sont pour les agriculteurs les principales indications à retenir pour la climatologie du Tell, qui est, comme nous l'avons dit, la région la plus importante et la plus riche de l'Algérie.
Les subdivisions du Tell ont une certaine importance au point de vue où on doit distinguer :
Le Lilloral voisinage immédiat de la mer propice aux cultures des primeurs.
Le Sahcl, collines ou basses montagnes bordant la mer, région de l'olivier et de la vigne.
Les Hlaines basses aboutissant à la mer.
Le Tell wtérieur avec les plaines élevées confinant les Steppes, pays des céréales.
La irciion innntagncme avec un climat de Tturope moyenne, un peu plus sec en été.
Nature du soi — La plus grande partie des terrains qui composent le Tell est presque entièrement formée par les divers étages du tertiaire et les parties moyennes et inférieures du crétacé. Les diverses assises se présentent le plus généralement, dans Tune et Tautre formation, sous la forme de puissants bancs d'argile bleuâtre, intercalés de calcaires marneux ; des grès et des conglomérats s'observent aussi dans c^s divers terrains. Grâce à cette constitution générale dans laquelle domine l'argile, les terres fortes sont très répandues dans le Tell. Les alluvions des plaines sont généralement argilo-marneuses, mélangées d'une notable quantité de silice, qui les rend plus douces ; elles sont d'une remarquable fertilité.
Le Tell forme comme nous l'avons dit un ruban littoral de 1.200 kilomètres environ de longueur de l'Est à l'Ouest, sur 100 à 150 de largeur du Nord au Sud. Audelà il perd son caractère méditerranéen si remarquable ; la topographie, le climat, et par suite la faune et la flore se modifient : les hautes montagnes du Tel! s'abaissent brusquement et font place à d'immenses plaines très élevées dont l'altitude atteint 1 .200 mètres à l'Ouest et se maintient de 650 à 900 mètres dans l'Est ; elles s'abaissent davantage encore dans la Tunisie, de sorte que dans leur ensemble elles peuvent être assimilées à un immense plan incliné s'élevant de plus en plus vers le Maroc où elles atteignent leur plus grande altitude. Elles sont parsemées de chaînes étroites, parallèles entre elles, courant généralement de l'Est à l'Ouest ayant un
relief de 200 à 300 mètres au-dessus des plaines, mais pouvant atteindre de plus grandes élévations. Ces plaines quand elles ne reçoivent plus qu'une faible quantité de pluie se caractérisent comme Steppes et passent insensiblement à la région désertique.
l'agricuture ancienne (')
Dès la plus haute antiquité, la grande région du nord-ouest de l'Afrique, dont l'Algérie forme la majeure partie, fut renommée par sa fertilité, et surtout par labondance et la qualité de ses céréales : plus de 500 ans avant Tère chrétienne, le géographe Scylax déclarait que le Byzacium était merveilleusement fertile ; les Argiens donnèrent à Cérès le surnom de Libyque.
Strabon, au commencement de l'ère chrétienne, disait que le pays est excellent presque partout, mais principalement aux environs de Cyrène, de Carthage %l jusqu'à la Maurusie et aux Colonnes d'Hercule, c'est-àdire : actuellement la Tunisie, l'Algérie et le Maroc.
Pline dit que la nature a fait de l'Afrique Tempire de Cérès. et que les moissons qu'elle donne sufïiraient à sa réputation.
Tous les auteurs anciens. Grecs et Romains, qui se sont occupés de l'Afrique en parlent de même. D'après Procope, au vi® siècle, l'Aurès produisait encore plus que le reste de l'Afrique, ce qu'il attribue aux irrigations qui entretenaient l'abondance dans cette région. Plus tard, les mêmes alïirmations sont données par les historiens et les géographes les plus divers.
Malgré les ravages que les Vandales vainqueurs
(i) Ces pages de l'histoire de la colonisation du Tell sont dues au Docteur Paul Mares.
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avaient faits dans les premiers temps de leur conquête, le pays offrait une apparence de luxe et de prospérité qui étonna les soldats de Bélizaire. « En s'avançant du lieu de débarquement jusqu'à Cartilage, ils étaient tout surpris de voir de fertiles campagnes et de beaux parcs avec leurs arbres chargés de fruils ». Plus tard, les auteurs Arabes et divers voyageurs Européens ont tous parlé dans le même sens.
Ces divers témoignages prouvent d'une manière certaine que les côtes Harbaresques, depuis les Syrtes jusqu'aux Colonnes d'Hercule, ont été de tout temps, du moins dans leur partie montagneuse, soumises au climat méditerranéen (le Tell), une contrée fertile où l'agriculture a joué un grand rôle. Le premier peuple civilisé qui s'empara de sa partie orientale en profita largement. L'agriculture fut. en effet, en tel honneur à Cartilage qu'elle paraît avoir primé l'éducation commerciale de cette colonie Phénicienne.
M. Lacroix, dans son étude si remarquable sur l'Afrique ancienne, s'exprime ainsi :
(( L'aptitude et le penchant des Carthaginois pour les travaux des champs sont altestés par divers passages de Polybe, où la richesse des campagnes de l'Afrique est indiquée en termes empreints d'admiration ; et l'on pourrait logiquement conclure que les produits agricoles furent la base primitive de leurs fortunes privées. » Heeren va plus loin : il affirme que « l'agriculture fut plus honorée chez eux qiie le commerce ». 11 rappelle que d'après leur histoire, il ne paraît pas que leurs premières familles eussent exercé le commerce, tandis qu'on y trouve, dans plusieurs passages, la preuve qu'elles possédaient de grands
fonds de terre. Le fait est que l'impression qui résulte de la lecture des fragments des auteurs anciens, relatifs à l'agronomie africaine, à l'époque punique, c'est que l'économie rurale était regardée à Carthage comme une des plus nobles occupations. » (Revue Afric, t. XIV, p. 13).
Plusieurs auteurs Carthaginois avaient fait des traités d'agriculture; celui de Magon, ouvrage en 28 livres, résumant la science agricole à cette époque, paraît avoir été l'œuvre la plus remarquable dans ce genre, car il fut seul épargné dans la dispersion de la bibliothèque de Carthage, à Tépoque de la prise de cette ville. Le Sénat Romain en ordonna la traduction en langue latine. Ce traité a été perdu, c'est d'autant plus regrettable qu'il s'appliquait à la culture africaine proprement dite, car Columelle nous indique qu'il n'était même pas approprié à l'agriculture italienne.
iNous voyons par là combien cet ouvrage était précieux et en honneur, aussi les auteurs latins, grecs et arabes s'en servirent, et on en retrouve quelques passages dans ces divers écrivains. Cette perte est d'autant plus regrettable qu'en Algérie c'est la tradition qui nous manque complètement, et, selon toute probabilité, nous aurions trouvé là une base d'étude inappréciable, car elle était fondée sur des observations séculaires faites dans le pays même.
Du reste, la science agricole, déjà bien constituée à Carthage, ne l'était que dans cet Etat ; d'après les ténioignages d'Hérodote (469 ans avant Jésus-Christ), et plus tard de Polybe, Strabon, etc., les habitants de rOuest vivaient dans la sauvagerie la plus complète. Massinissa, élevé chez les Carthaginois, introduisit
dans son royaume de Numidie une civilisation relative et des notions agricoles. Dans les premiers siècles de Tère chrétienne, les tribus conservaient encore leurs habitudes pastorales ; toutefois, les Romains introduisirent dans TAfrique de nombreuses colonies de soldats qui durent y apporter de bons éléments d'agriculture, car ils étaient astreints à cultiver leurs terres.
Il parait qu'en Kabylie, dans TAurès, dans le Sahara, les vainqueure ne dépossédèrent jamais les indigènes qui gardèrent leur v^ol et continuèrent à le cultiver ; c'est du reste ce qui s'est passé sous les Arabes et aussi de nos jours, car bien que des centres français soient installés aujourd'hui en Kabylie, à la suite de la grande révolte de 1870, les villages et les <*hamps des indigènes sont restés en grande partie intacts et n'ont fait que gagner de la valeur par leur proximité avec nos colons.
Après la conquête arabe (VI h' siècle), l'état d'anarchie, de lutte continuelle (|ui régna entre les diverses sectes mahométiuies conquérantes et l'hostilité permanente qui existait entre elles et les Chrétiens, tendit à amener peu à peu le dépeuplement et l'abandon d'une partie du territoire ; cependant, aux X« et XI** siècles le Nord de l'Afrique était encore prospère et industrieux : « Les ouvrages d'Ibn-Hahaouhal et de Bekri, dit M. Amari, nous montrent l'ingénieuse distribution des eaux dans l'Afrique proprement <lite, la vaste irrigation des champs, la culture générale dés oliviers et de beaucoup d'autres arbres fruitiers ; la canne à sucre cultivée à Kairouan, le coton à M'sila, l'indigo à Sebah, les mûriers et les vers à soie à
Gabès, puis les nianiifacUires de toiles fines et de laine à Sousa, » etc. (I).
Bougie, fondée en 1068, était déjà, 100 ans après, une ville florissante. Le géographe Edrisi disait :
« De nos jours. Bedjaïa (Bougie) fait partie de l'Afrique moyenne et est la capitale des Beni-Hammad. Les vaisseaux y abondent, les caravanes y viennent, et c'est un entrepôt de marchandises. . . . Autour de la ville sont des plaines cultivées où Ton recueille du blé. de l'orge et des fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères, car les montagnes et les vallées environnantes sont très l)oisées et produisent de la résine et du goudron d'excellente qualité... On y trouve des fruits, d'excellents comestibles à prix modiques et une grande variété de viandes.
« Dans ce pays, le bétail et les troupeaux réussissent à merveille, et les récoltes sont tellement abondantes qu'en temps ordinaire elles excèdent les besoins des consommateurs et qu'elles suflisent dans les années de stérilité. Les habitants de Bougie se livrent à l'exploitation des mines de fer qui donnent de très bons minerais. En un mot la ville est très industrieuse. . . C'est un centre de communications. »
Les traités de commerce (jue faisaient constamment les Arabes avec les Européens nous montrent qu'aux xn« et xuc siècles « les Européens apportaient aux Arabes des métaux, des draps, des toiles, des étofïes de
(I) Relations et commerce de l'Afrique septentrionale au Magreb avec les nations chrétiennes du Moyen Age, par le comte de Mas-Latrie. 1 vol. in-12. 1886, p. 22.
luxe, des cordages, des navires, des agrès, des bijoux et autres objets d'industrie ; les Arabes, comme producteurs, fournissaient aux Européens les revenus de leurs terres et de leurs troupeaux : les laines, les cuirs, la cire, les sels et le blé que plusieurs pays d'Europe ont eu de tout temps à demander à l'Afrique. »
« Les Européens achetaient aussi en Afrique de l'alun, de l'huile, des plumes d'aulruche. des pelleteries, des maroquins, des cuirs communs, des écorces tanniques, de la cire et des fruits secs, w
Dans le détail des « Importations d'Europe en Afrique o au xiv« siècle, M. de Mas-Latrie indique, à l'article 13, l'importation de « l'orge, le froment et les fèves de Catalogne, du Roussillon, du Bas-Languedoc et des Baléares, dans les royaumes de Tunis et de Bougie. Dès le xn« siècle, et moyennant un léger tribut, les rois de Tunis s'étaient réservé la faculté d'exporter en franchise les blés de Sicile dans leurs Etats. »
Il devait donc y avoir déjà une diminution dans la production des céréales. On trouve aussi au n 17 (p. 368) l'indication d'une importation assez active de vins de France, d'Espagne et de Grèce à Ceuta, Oran, Bougie, Tunis, mais surtout dans ces deux dernières villes ; on le vendait en gros et en détail, publiquenjent. 11 était sans doute destiné aux chrétiens habitant le pays, aux employés, aux milices chrétiennes, mais il parait incontestable qu'il en était vendu dirertenientaux musulmans.
L'exportation consistait en esclaves dont le marché était largement approvisionné par la piraterie et les guerres ; les chevaux, les poissons salés, les cuirs, les écorces à tan, les substances tinctoriales, le sel, du sucre, etc.
La cire et le miel étaient abondants, surtoul en Mauritanie.
L'huile était l'objet d'un grand commerce. Il en était de même pour le blé, l'orge, les grains des trois royaumes du xMagreb. Les Vénitiens et les Génois avaient des traités par lesquels ils pouvaient transporter une certaine quan tité de blé en franchise, lorsqu'il y avait disette chez eux et que le blé ne dépassait pas 23 francs l'hectolitre en Afrique, ce qui devait être le prix moyen du blé dans le Magreb au moyen âge.
Mais les côtes barbaresques, à cette époque, de mêuje (|ue sous les Romains, pouvaient souffrir aussi des mauvaises récoltes et la réserve des rois de Tunis, de pouvoir exporter en franchise des blés de Sicile dans leurs Etals, semblerait prouver que ce cas pouvait se présenter assez fréquemment. C'est ainsi qu'en 1227, il y eut à TIemcen une telle disette « que le prix du blé monta jusqu'à 240 francs le cafis, ou plus de 100 francs riiectolitre, suivant l'auteur de lioudh-cl-K arias. »
On comptait encore parmi les objets du commerce d'exportation, les dattes, les pistaches, les figues sèches, des raisins secs de Bougie el de Bône, des amandes de qualité supérieure, le fenouil de Tunis, le cumin.
Comme objets d'industrie : des tapis de Tunis, des haïks de Gerba, des toiles, des (*otonnades, mais en petite quantité, des laines el toisons : on citait particulièrement celles de Tunis el de Bougie.
Dès le X® siècle, le corail était exploité à Ceuta, Ténès et Mers-el-Kharès, près de Tabarca. Le Magreb devait commercer aussi par les caravanes avec le Sud, car il exportait de l'or en poudre, de l'ivoire et des plumes d'autruches.
La décadence des lettres et des sciences chez les Arabes, l'ignorance qui les envahit les amena à la barbarie, ils devinrent plus fanatiques ; la prise de Constantinople par Mahomet II augnienta leur fanatisme et l'esprit de haine contre ceux qui ne pratiquaient pas leur religion.
« Quand il n' avait en Afrique que des Arabes et des Berbères, quelque dégradation qu'eût subie leur état moral, le gouvernement des princes indigènes s'inspirait encore de principes de justice, d'impartialité et de tolérance. Les traités étaient observés, les tarifs commerciaux régulièrement appliqués... Les temps les plus mauvais de la barbarie et de l'inhospitalité du Magreb^ les seuls dont l'Europe et l'Afrique semblent avoir aujourd'hui conscience, sans en connaître l'origine, ne datent que du xvi^ siècle et de l'établissement des régences Barbaresques. » (1515).
Nous trouvons dans le bel ouvrage de M. de Granjmont la confirmation de cette manière de voir ; sous ces nouveaux conquérants les indigènes pressurés, soumis à la rapacité des collecteurs de laxes, voyaient les tributs augmenter constamment :
(( Des villes que Léon l'Africain et Marnjol avaient vues encore commerçantes et prospères: se dépeuplèrent ; plus d'une disparut entièrement ; des régions jadis fertiles revinrent à l'état de déserl ; des peuplades fixées au sol redevinrent nomades, pour échapper plus facilement à l'oppression du vainqueur... Les Turcs ne durent la conservation de leur pouvoir qu'aux divisions incessantes de leurs sujets, complètements rebelles
par nature, à tout sentiment d'union ou de nationalité. » (1).
Nous avons vu l'Afrique du nord si prospère sous les Romains, encore riche et peuplée au moyen-âge et jusqu'au xvi« siècle, s'amoindrir ensuite sous la domination brutale des Turcs. Qu'était-elle à l'époque de la conquête des Français ? C'était toujours une terre fertile, sous un beau climat, mais celte terre s'était dépeuplée, ses habitants étaient revenus à la barbarie : des nombreuses villes créées par les Romains, il ne restait que des ruines, les travaux d'art, les barrages s'étaient détruits peu à peu, quelques centres existaient encore mais dépeuplés.
Desfontaines, le célèbre botaniste, auteur de la Flora Atlantica, écrivait au siècle dernier :
(( La Barbarie produit un grand nombre de fruits particuliers aux climats chauds : de grenades, d'oranges, de limons aigres et doux, de figues, de jujubes, de pistaches, de raisins, de pastèques et d'excellents melons. . . Quelques-uns de nos arbres fruitiers, tels que les ponniuers et les poiriers qui ont été transportés en Afrique, y ont dégénéré, ce qui vient sans doute du peu de soin qu'on prend à les greffer et à les cultiver convenablement. »
Nous savons aussi que les Arabes cultivaient le blé, l'orge, le maïs, le sorgho, le tabac, la vigne; ce ne sont
là, comme on le voit, que les fruits et les produits agricoles qui se retrouvent tout autour du bassin méditerranéen. La grande culture n'occupait qu'une partie
(i) Histoire d'Alger, par H. D. Grammont. E. l^eroux, édit., Paris, I6s;.
des terres, les autres, et des meilleures étaient marécageuses et malsaines, car aucun écoulement n'était plus donné aux eaux du ciel ; « à Fépoque de notre conquête, nous dit M. Genty de Bussy, les environs d'Alger étaient plantés en jardins d'agrément ; les fermes amodiées par les Maures étaient situées dans la Mitidja et particulièrement à Blida. »
On sait que les environs de Blida sont assez élevés audessus de la Mitidja, mais une grande partie de cette belle plaine était couverte de marais qui la rendaient impropre à la culture et à l'habitation dans ses parties aujourd'hui les plus riches ; d'épaisses broussailles, que les incendies dévoraient par intervalles, couvraient le Sahel.
La grande production agricole de la Régence, les céréales, se faisait principalement dans les plaines élevées, dans les parties ondulées du Tell. 1^ province de Titery, dont Médéa était la capitale, avait conquis entre autres une grande et juste renommée par la beauté de ses grains.
Cependant les exportations de l'Algérie étaient moins considérables dans la province d'Alger que dahs celles d'Oran et de Constantine. C'était surtout les grains et les bestiaux qui faisaient le fond de ces exportations d'une importance relative et dont l'appréciation est difficile, . car l'administration turque n'avait ni statistique ni comptabilité.
Schaw indique que vers le milieu du siècle dernier on estimait à 7 ou 8.000 tonnes les grains exportés par les marchands anglais. Avant 1789, la Compagnie Française d'Afrique achetait sur le littoral, et principalement dans la province de Constantine, des quantités considérables
de grains qu'elle vendait, selon les temps, dans le midi de la France, en Espagne, en Italie. C'était là une des principales sources de ses profits.
De 1792 à 1796, nos provinces du Midi furent approvisionnées de blés algériens par Tintermédiaire des maisons Busnac et Bacri ; c'est le règlement de cette affaire, dont le Dey était le principal fournisseur, qui fut plus tard la cause déterminante 'de Tinsulte faite à notre consul, et qui eut pour résultat la conquête d'Alger.
Le port d'Arzew expédiait annuellement 250 à 300 cargaisons de céréales ; en 1814, tandis que l'armée anglaise en Espagne recevait de ce port des blés et 40.000 bœufs, le corsaire Barbastro apportait des grains et des bestiaux à certains corps de l'armée française, entre autres à celui du maréchal Suchet, qui, grâce à ses relations commerciales avec l'Algérie occidentale, regorgeait de vivres, tandis que d'autres manquaient de viande et de pain. La régence exportait aussi de l'huile, de la cire, des laines et des peaux ; ces deux dernières denrées, dont le commerce passait pour être important, étaient monopolisées par le Dey d'Alger. Leur produit n'atteignait guère que 150.000 francs.
En 1822, les marchandises importées produisaient le chiffre de 6.500.000 francs, et la France ne participait plus à ce commerce que pour 1.500.000 francs ; « c'était le résultat inévitable de la décadence dans laquelle toutes les sources de la richesse publique étaient tombées sous un gouvernement qui semblait prendre à tâche d'étendre les limites du désert jusqu'aux rivages de la Méditerranée ».