L'Algerie ancienne et nouvelle
L’Algérie proprement dite ne formait qu’une province de l’Afrique ancienne ; mais l’histoire des peuples qui habitaient la Maurilmiie césarienne est éti’oitement liée à celle, des Maures, des Gélules et des Numides ; au lieu de faire une monographie spéciale et qui n’offrirait que peu d’intérêt, nous tracerons donc une esquisse rapide des faits principaux qui se sont accomplis dans le nord de r,\Xrique, depuis la fondation de Carthage jusqu’à la fondation de la Rég* nce.
« L es premiers habitants de l’Afrique, dit Salluste, ont été les Gétuleset les Lybiens, peuples grossiers et stupides , qui n’avaient pour toute aoiuTiture que la chair des animaux sauvages ou bien i’herbe des champs , comme les troupeaux. Ils n’élaient régis ni par les mœurs, ni par la loi, ni par l’autorité d’un chef; errants, dispersés, ils se faisaient un gUe là où la nuit les surprenait. — Lorsque Hercule fut mort en Espagne, son armée, qui était un mélange de différentes nations, désunies par la perte de leur chef et par 1(S prétei>lion§ de. mille rivaux qui se
disputaient le commandement, ne tarda pjjint se dissiper. Dans le nombre, les Mèdes., Perses et les Arméniens passèrent en Afrique, et* occupèrent la côte voisine de l’Italie. Les Perses s’enfoncèrent un peu plus vers l’Océan. Insensiblement, par de fréquents mariages, ils se confondirent avec les Gélules, et, comme dans leurs diverses tentatives ils avaient souvent parcouru tantôt un lieu, tantôt un autre, ils se donnèrent , eux-mêmes le nom de Numides {changeant de pâturages). » Ainsi dit Salluste ; complétons-le ;
Didon, fille de Bélus et sœur de Pygmalion , aborda en Afrique vers l'an 860 avant Jésus- Christ. Elle s’expatriait pour échapper aux embûches que lui tendait son frère, dont elle connaissait l’âpre cupidité et les instincts sauvages. — Ce fut à Carthage qu’elle débarqua avec ses serviteurs.
Carthage grandit et prospéra; ses habitants se livrèrent ou commerce, dont ils firent la base principale de leur puissance, et ils devinrent en peu de temps les maîtres de la mer. « Ils allaient partout acheter , le moins cher possible , le superflu de chaque nation , pour le convertir , envers les autres, en un nécessaire qu’ils leur vendaient très chèrement. Ils tiraient d’Egypte le lin, le papier, le blé, les voiles et les câbles pour les vaisseaux ; des côtes de la mer Rouge, les épiceries, l’encens, les parfums, l’or, les perles et les pierres précieuses; deTyr et de la Phénicie, la pourpre et l’écarlate, les riches étoffes , les meubles somptueux,- les tapisseries, et tous les ouvrages d’un travail recherché. Ils donnaient
en échange le fer, l’étaiii , le plomb el le cuivre qu’ils tiraient de la Numidie, de la Mauritanie et de l’Espagne. » (Rollin.) .»
Carthage devint ainsi puissance militaire de premier ordre, et conquit en Afrique tout le territoire qui forme les Etats actuels de Tunis et de Tripoli. Plus tard, elle étendit sa domination, et s’empara successivement des îles Baléares, d’une partie de l’Espagne, de la Sardaigne et de la Sicile.
La possession de la Sicile mit les Carthagi nois en contact avec les Romains, et devint l’oc- ^ casion d’une lutte acharnée entre l ’s deux peuples, lutte qui est connue dans l’histoire sous le nom de guerres pmiùjues. On en compte trois : la première enleva la Sicile à Carthage ; la seconde lui fit perdre l’Espagne ; la troisième , qui eut lieu dans l’Afrique même, anéantit Carthage, qui s’abîma dans un immense incendie. — Nous n’avons point à retracer ici les différentes phases de cette guerre, qui dura près de cinquante ans, et qui est longuement racontée dans V//istoire romaine; il nous suffit d’en rappeler les résultats.
Les vainqueurs ont fait aux vaincus une réputation d’astuce et de mauvaise foi qui s’est perpétuée d’âge en âge. Cette réputation est-elle méritée?... Nous ne saurions l’affirmer. Les Romains aimaient à noircir leurs ennemis, et, dans leurs accusations, ils ne ménageaient point les termes; mais ce qu’on ne saurait contester, c’est que les Carthaginois étaient braves, essentiellement administrateurs , et qu’ils avaient au suprême degré le génie du commerce.
Le gfouvernemeut était partagé entre les siiffètes, magistrats élus par le peuple et le sénat , dont les membres appartenaient tous à la haute aristocratie. — Le sénat avait une immense autorité : il traitait toutes les affaires d’Etat, recevait les ambassadeurs, commandait aux chefs d’armée, et décidait de Ja paix et de la guerre; mais ses décisions, pour être valables, devaient être prises à l’unanimité : une seule voix dissidente faisait soumettre la question à l’assemblée du peuple, qui prononçait en dernier ressort.
Industrielle et commerçante, la république s’attacha tout d’abord à trouver pour ses produits ■ de nombreux débouchés; ses hardis navigateurs pénétrèrent dans l’Océan , par delà les colonnes d’Hercule,' fondèrent des villes et bâtirent des forteresses sur tous les points de la côte : ainsi s’élevèrent Bôn'e, Gigelli, Bougie, Cherchell, etc. Mais ces conquêtes sur le littoral africain étaient toutes pacifiques. Les Carthaginois évitaient de pénétrer dans l’intérieur, et ne prenaient aux indigènes que le territoire dont les colons avaient strictement besoin pour assurer leur subsistance.
Ils négociaient avec les rois du pays, achetaient leurs grains et leurs produits, et, pour mieux les réduire, semaient entre eux la division. C’est ainsi qu’ils étendirent leur domination, et qu’ils exploitèrent l’Afrique septentrionale jusqu’à la destruction de Carthage. (140 ans av. J.-C.)
Rome, à son tour, voulut coloniser l’Afrique : elle se borna d’abord à exercer son patronage sur les villes de la côte qu’elle n’osait attaquer; puis, peu à peu, elle s’enhardit, s’empara des
places fortes' et se créa des alliés parmi les rois namides. Quand elle se senlil assez forte, elle entama résolument la guerre^ subjugaa les indigènes et, après la défaite de Jiigurtha, envahit tout \e pays. « Alors, dit L. Galibert dans son excellent ouvrage sur l’Algérie, de vastes contrées qui n’avaient jamais obéi aux (Carthaginois, passèrent sous l’autorité de Rome ; le littoral ne fut, pour ainsi dire, qu’une seule colonie romaine, et là, comme dans tout l’Occident, l’élément national fut absorbé par l’élément latin avec nn' prodigieuse rapidité... Avec cet adiqirable instinct d’assimilation qui leur fai.sail adopter tout ce qu’ils trouvaient de bon et d’ utile chez les peuples soumis a leurs armes, les Romains suivirent, pour coloniser l’Afrique et y affermir' leur paissance, le syslème qiie leur avaient indiqué les Carthaginois. Ils s’efforcèrent, comme l’avaient fait leurs rivaux, de lier par le commerce et l’agriculture leurs intérêts et ceux des indigènes, alin de les dominer et de les exploiter plus sûrement. C’est surtout à la production du blé qu’ils s’attachèrent avec le pins de fjersévérance et d’ardeur. Ils portèrent eiï Afrique leurs méthodes de cnltureet répandirent les lumières de leur vieille expérience sur l’industrie naissante des vaincus, desséchèrent les marais et les lacs, élevèrent des ponts, creu.sèrent des canaux, tracèrent des routes d’une solidité admirable. Ainsi aidée par le travail de l’homme, cette terre fit des prodiges, et devint le grenier de Rome. Sous Auguste, lorsque le luxe des grands, arrachant l’Italie aux bras qui la culti-
vaienl, l’eut transformée en un immense jardin de plaisance semé de somptueux palais, la métropole demanda la moitié de sa subsistance aux moissons africaines, et chacpie année le' port de Carthage expédiait de quoi la nourrir pendant six mois au moins. Enfin, car telle est rinfluence du travail sur les mœurs, sur le caractère des peuples, l’on vit une foule de tribus numides et gélule s adopter la vie sédentaire des colons et préférer aux fatigues d’une existence nomade les paisibles travaux de l’agriculture... )y
L’occupation, cependant, ne fut jamais tranquille : les villes de la côte et la province de l’est acceptèrent aisément les mœurs et les habitudes des vainqueurs; mais à l’ouest et au sud, on ne domptait les tribus que par la force, et les colonies romaines, toujours sur le qui-vive, étaient fréquemment attaquées par les Maures, qui apportaient dans la lutte cet acharnement indomptable que communique le sentiment national et famoiir de la liberté. — Longtemps les Romains résistèrent à ces attaques impétueuses, mais un jour vint où les maîtres du monde devaient, eux aussi, subir le joug : l’empire oscille et tombe, les barbares se précipitent à la curée, et les Vandales envahissent l’Afrique (428).
Genséric s’élance d’Espagne à la tête de* cinquante mille hommes, aborde dans le Maroc, ravage la côte de l’ouest à l’est, et vient assiéger Hippône que défend saint Augustin. Les Vandales multiplient leurs attaques : les habitants combattent avec le courage du désespoir et repoussept les as.saillants. Mais le siéç^e se prolonge, la
famine et la peste réduisent les défenseurs au\ abois; saint Augustin meurt, et les Romains, découragés par une lutte de quatorze mois, faiblissent au dernier moment : Hippône est prise et brCilée.
Genséric, gorgé de butin, entre en négociations avec Rome et s’éloigne. Quatre ans plus tard, il revint à l’improviste, marcha contre Carthage, qu’il mit au pillage, et s’empara de toute la province. — A cette nouvelle, l’Italie entière fut frappée de stupeur : Rome et Bysance, pour échapper au péril, firent nn suprême effort. Les troupes qui tenaient garnison dans les Gaules furent rappelées en toute hâte et une Hotte considérable prit aussitôt la mer. — On sait. le reste : les Vandales s’abattirent sur r.empire et vinrent saccager Rome ; puis, ils revinrent en Afrique et s’y établirent jusqu’au jour où ils en furent chassés par Bélisaire (533).
La domination des Grecs-Bysantins fut de courte durée ; Salomon, le plus habile lieutenant de Bélisaire eut à soutenir contre les indigènes une lutte continuelle, et ne maintint que difficilement son autorité; les Berbères se répandirent dans les plaines de la Numidie (province de Constantine), et tinrent longtemps en échec les légions étrangères. — L’Aurès devint le théâtre d’une guerre acharnée; au dire de Procope, l’Aurès pouvait alors mettre en campagne « deux mille cavaliers et trente mille fantassins. »
Salomon meurt ; les généraux qui lui succèdent considèrent l’Afrique comme une proie que le gouvernement abandonne à leur appétit glou-
Ion, et ne son^nt qu’à s’enrichir; aussi les Maures redoublent d’audace, et, moins d’un siècle apres la destruction des Vandales, nous les voyons faire cause commune avec de nouveaux envahisseurs, et se fondre avec les Arabes, chez lesquels ils trouvent identité d’oiigine, de langue , de mœurs et de manières (622).
La conquête do l’Afrique par les Arabes est une magnifique épopée ; n’en pouvant écrire l’histoire , tant l’espace nous est mesuré , nous nous bornerons à analyser les faits.
« Mahomet, dit M. Sédillot dans son HiHoire des Arabes, s’était appliqué à développer le génie militaire des Arabes en leur inspirant l’esprit de prosélytisme. La persuasion intime que Dieu avait donné aux fidèles le monde en partage doublait leurs forces; une sorte d’exaltation religieuse s’était emparée df toutes les âmes; avec ces mots : « Le paradis est devant vous, l’enfer derrière, » les cliefs entraînaient leurs soldats au milieu d’une mêlée furieuse, et ce délire superstitieux, celte véhémence de sentiment et d’action , renversaient les plus grands obstacles. Ea toute occasion, les généraux payaient de leur personne. » •
Etrangers à toute idée de tactique savante, les Arabes n’avaient pour eux que la foi, le courage et l’audace ; mais ils étudiaient avec soin les dispositions de leurs adversaires et les imitaient. Mais, inhabiles dansTartdes sièges, ils auraient échoué dans leurs entreprises contre les Grecs et les Perses, si ces peuples n’avaient pas épuisé dans leurs guerres continuelles ce qui leur res-
lait de sdve el de vie; affaiblis par leurs succès, * comme par leurs revers, ils olTraierit, à qui saurait la prendre, une proie aussi riche que facile.
Les Grecs, divisés en factions ennemies par 'des sectes inconciliables, accoutumés à ccmficr le soin de leur défense à des mercenaires, ne comprirent pas à quels adversaires ils avaient affaire; ils crurent que c’était une de ces guerres ordinaires, où l’on finit par s’entendre et s’accorder, et perdirent un temps précieux à négocier avec des hommes qui, vainqueurs ou vaincus , répétaient, sans se déconcerter : Devenez musulmans. ou soyez tributaires !
Sous la conduite de leurs chefs intrépides^ le Coran d’une main et le sabre de l’autre, ils avaient déjà conquis l’Egypte et la Syrie, et fondé près de Carthage la ville de Kairowan. Jusqu’alors ils avaient marché, pour ainsi dire, de victoire en victoire; mais un jour vint où ils durent l'eculer devant des forces trop supérier.res.
Attaqués à l improviste, puis chassés de Kairowan par les Maures et les Grecs réunis, dénués de ressources, ils s’étaient retirés h Barka,el, dit M. Sédillot, désespéraient presque de la fortune, lorsque Abd-el-Malek, vainqueur de tous ses rivaux, envoya au gouverneur de l’Egypte l’ordre de rétablir dans l’Afrique septentrionale l’honneur de l’étendard du Prophète, compromis par les derniers événements. Hassan, chargé de cette glorieuse entreprise, assiégea Carthage, qui, grâce à ses fortifications, présentait une ligne de défense formidable. Rien ne résista à l’impétuosité des troupes musulma-
nes; la ville fut emportée,- et ses richesses passèrent entre les mains des Arabes. Carthage fut détruite. aux Grecs, ils avaient cherché
leur salut sur leurs vaisseaux et fui loin de la côte. Il ne restait plus que les Maures à soumettre. Leurs tribus étaient alors réunies en confédération, et toutes groupées autour de la prophétesse Kahina, qui avait su prendre un ascendant marqué sur les Berbères de l’Aurès ; sa renommée s’était ensuite répandue rapidement, et son courage, aussi bien que sa haine pour les Arabes, en qui elle ne voyait que des spoliateurs , avait rendu le soulèvement général. Telles étaient les forces dont elle disposait, qu’Hassan revint en Egyte , afin de déposer en lieu de sûreté le butin fait à Carthage. Pendant son absence, les Berbères avaient dévasté tout le pays. Hassan comprit qu’il fallait détruire avant tout le lien qui unissait celte confédération, et, réunissant ses troupes , il se mit à la poursuite de Kahina. La prophétesse voulait éviter les hasards d’une bataille; elle essaya d’échapper à l’ennemi en faisant un désert de l’Afrique et en affamant les Arabes : les moissons furent détruites et les villages rasés. Hassan la poursuivit sans relâche, et finit par l’atteindre. Kahina, vaincue et tuée, laissa aux musulmans la possession définitive du littoral et de ^intérieur du pays.
« ...Il serait difficile, ajoute M. Sédillot, de fixer aujourd’hui avec exactitude jusqu’où s’étendit la domination arabe en Afrique;' on ne sait rien ni sur le nombre des tribus vaincues, ni sur celui de leur population , ni sur celui des sdm-
mes qu’elles eurent à payer. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le Magreb (nom que les Arabes donnèrent à toute la contrée qui s’étend de Barka à rÂLlanlique) fut toujours à leurs yeux nue de leurs possessions les plus importantes. Le calife Walid l’éleva à un très haut rang dans la hiérarchie des provinces en lui donnant un viceroi, el en la dégageant de toute dépendance. à l’égai'd du gouvernement de l’Egypte. Les riches dépouilles rapportées par Hassan provoquèrent un mouvement d’émigration considérable; tandis que trois cent mille Berbères étaient transportés en Asie, on vit un grand nombre. d’Arabes quitter leur pays pour aller chercher fortune en Afrique , où ils répandirent le code religieux de l’islamisme. Les Berbères étaient, comme eux, indépendants et pasteurs nomades : ils avaient les mêmes instincts et les mêmes senlimenls, la fierté hautaine, l’amour de la liberté, l’esprit de rapine, le respect de E hospitalité. L’analogie de leurs passions et de leurs mœurs renversa les barrières que n’avaient pu franchir les Romains, les Vandales et les Grecs, et les Berbères devinrent les plus fermes appuis des armes musulmanes. »
' Maîtres de l’Afrique, les Arabes , poussés par leur esprit d’aventures, franchirent le détroit de Gibraltar, envahirent l’Espagne et s’y maintinrent jusqu’au xv’ siècle, — c’est-à-dirè jusqu’à la prise de Grenade (1492), qui marqua la fin de leur domination.
De cette épo(jue date une ère nouvelle, el l’Algérie devient le théâtre d’événements qui constituent sa propre histoire.
Aiissilôt après la prise de . Grenade , ceux d’entre les Maures qui ne voulaient point supporter la domination des chrétiens s’étaient établis de l’autre côté du détroit, dans la province d’Oran. Exilés de l’Espagne, mal accueillis de leurs coreligionnaires, contre lesquels ils avaient eu souvent à combattre, ils occupèrent les points principaux du littoral ; et, poussés qu’ils étaient par un irrésistible besoin de vengeance, ils se firent écumeurs de mer.
Ferdinand, qui tenait à honneur d’achever son œuvre, résolut de châtier les pirates : une flottille composée de six galères et d’un grand nombre de caravelles, portant cinq mille hommes de débarquement sous les ordres de Diègue de Gordoba, marquis de Gomarès, partit de Malaga et se dirigea sur Mers-el-Kébir, port excellent, que défendait une assez puissante artillerie (aoùtio04).
L’époque était tnal choisie : l’escadre, battue par les vents contraires, ftit forcée de relâcher à Alinéfic et ne parut devant Mers-el Kébir que dans le courantde septembre. — O contre-temps pouvait être fatal aux Espagnols : il les servit, tout au contraire ; les Maures, en eCfet, qui défendaient la côte, croyant à rimp<^ibililé d’une attaque, se dispersèrent; mais bientôt le vent tourna ; la mer devint plus calme : Diègue de Gordoba fit débarquer sfâ troupes et s’empara de la place, ‘ presque sans coup férir.
L'occupation de Mers-el-Kébir assurait aux t^paguols un port militaire important ; on fortifia la ville, de manière à tenir en respect les
Arabes de la plaine, et don Diègue cx>nclut un traité de paix avec le chérif d’Oran. Mais le nouveau gouverneur cède bientôt à l’esprit de con- <fuèle qui le tourmente ; jaloux d’étendre sa domination, il marche, avec la plus grancie partie de son armée, contre les tribus de ^sserghuioe, les attaque à l’improviste et fait un butin considérable. Au retour, il est assailli par les cavaMers jnaures : sa retraite se change en déroute ; les troupes royales, harcelées de toutes parts, fuient en désordre et regagnent péniblement Mers-el- Kébir.
Un pareil échec compromettait la vieille réputation de bravoure dont jouissaient les Espagiw)ls, et ajoutait à l’audace de l’ennemi. Le gouvernement s’tn émut : don Diègne fut rappelé. — Le cardinal Ximé.nès, qui ne voulait laisser aux infidèles ni trêve ni repos, conseilla une nouvelle expédition : Ferdinand, alors entraîné dans la guerre d’Italie, se souciait peu d’envoyer ses soldats guerroyer contre les Maures, et motivait ses refus par la pénuj*ie du trésor ; mais Ximéoès leva, d’im a»ot, l’objection : il déclara. prendre à sa charge tous les frais de M campagne.
L’Eglise, jalouse de parlicij^er à ceUe nouveUe croisade, ouvrit ses colTres-forts,. et l’expédition fut résolue.
L’armée était forte de quinze iaille hommes.
-Le cardinal la commandait ; H avait pour üentenant Pierre de IMavai-re. un véritable hcanufte de guerre. On tnU à la voile je 16 mai 1509. Le surlendemain, grâce à la trahisoti d’un juif qui leur livra la porte principde de la ville, les Es-
pagnols s’emparaient d’Oran, après un combat de quelques heures.
Ce succès inespéré détermina Ferdinand à adopter les projets du cardinal : il fut décidé qu’on poursuivrait les conquêtes en Afrique.
Pierre de Navarre prit le commandement des troupes; l’année suivante (1510), il se rendait maître de Bougie et s’y installait militairement. — Les villes voisines, frappées d’épouvante, envoyèrent à l’envi des députés au général espagnol pour implorer sa protection et se soumétlre à l’obéissance du roi.
Alger donna l’exemple.
Alger formait, dès cette époque, un-État indépendant, « C’était, dit naïvement l’historien Mariana, une ville peu considérable, qui depuis est devenue ' fameuse, la terreur, de l’Espagne, s’est élevée à nos dépens et enrichie de nos dépouilles. » — La ville était alors gouvernée par Sélim Eutémi : fes corsaires algériens, trop éloignés de Bougie pour être activement surveillés, ravageaient les côtes d’Espagne. Ferdinand enjoignit au comte de Navarre de faire cesser ces brigandages, et l’escadre espagnole se présenta devant Alger. Les habitants capitulèrent aussitôt : ils s’engagèrent à rendre hommage au monarque chrétien, à lui payer tribut pendant dix ans, et à ne plus armer en course. — Mais le comte de Navarre, qui croyait peu aux serments des pirates, fit élever une forteresse, armée de canons, sur une des îles situées en avant du port (1510). Les pièces étaient braquées sur la ville : aucun navire ne pouvait plus entrer
dans le port, ni en sortir sans rautorisation expresse des Espagnols, qui surveillaient, nuit et jour, les mouvements des Arabes.
La puissance de Ferdinand était alors à son apogée : tous les ports de la côte d’Afrique, à l’exception de Tunis, étaient occupés par ses troupes; il put croire, et il crut à la durée de son œuvre. Mais le temps était proche où cette puissance allait crouler ; voici venir Aroudj et Kaïr-ed-I)in ; avec eux commence le règne de la piraterie.
Aroudj et Kaïr-ed-Din, dont l’histoire a si étrangement défiguré les poms (I), étaient fils (lu réiHîgat Jacou’o-Reïs. Dressés, dès leur enfance, au rude métier de la mer, ils s’étaient vom's, corps et âme, à-Ia piraterie. L’aîné, Aroudj, fut un j/;)nr surpris par les chrétiens dans une de ses expéditions aventureuses et conduit h Pdîodes : là, il fut vendu comme esclave. Actif, intelligent, doué surtout d’un rare esprit d’observation, il sut mettre h profit les heures de sa captivité : il apprit !e français et l’italien, se . ménagea la bienveillance des pins grands personnages de fîle, et étudia, sans que personne y prît garde, rorganisation militaire des chevaliers de Rhodes.
Gomme Aroudj rêvait aux moyens de recouvrer sa liberté, le frère du Sultan envoya fun de scs officiers avec les fonds nécessaires pour solder la rançon de quarante musulmans. Le grand
fl) Les historiens du xvic sièele, i)''u sérupuleu.x .Mir rorlÎjDgruphe , é(?riviri‘iit Bauueuous.-è au lieu /i’.\ui)ri)j, clic nom resta.