XV
maître de l’île fournit une galère pour transporter à Satalie les croyants devenus libres; Aroudj fut du nombre des esclaves qu’on embarqua pour ramer.
A l’approche de la nuit, le navire vint mouiller près de Caslello-Rossa Tout à coup, le vent s’élève, le ciel s’obscurcit, la tempête éclate; la galère , secouée dans tous les sens, chasse sur ses ancres; chacun croit qu’elle va sombrer : Aroudj se débarrasse des chaînes qui l’a Hachent cà son banc, se jette à la mer, et gagne à la nage la rive prochaine. — A peine libre, il court rejoindre à Lesbosson frère Kaïr-ed-Din, et les deux aventuriers courent de nouveau les mers.
Leur réputation grandit avec leurs succè.s; leur fortune s’accroît; ils équipent huit galères, et désolent la côte depuis l’embouchure du Guadalquivir jusqu’à Marseille : les corsaires les* reconnaissent pour chefs suprêmes, et les Bougiottes, fatigués du joug que leur [mpose Pierre de Navarre, le> pressent d’attaquer les Espagnols. •
Aroudj cède à leurs instances. Une première fuis, il se présente devant Bougie (1512) avec douze navires, et canonne la place pendant huit jours; les troupes royales tiennent ferme. Aroudj a le bras gauche emporté ; il lève l’ancre aussitôt et rentre h Tunis. Deux ans plus tard (1514) , il renouvelle son attaque, mais sans plus de succès; furieux, il se retire à Gigelli, en chasse les Génois et y établit son quartier général.
La mort deFerdinand leCatholiquc (151G) vint à propos servir les intérêts du pirate et décupler sa puissance.
Le successeur du roi d’Espagne était encore enfant; les Algériens pensèrent qu’il y aurait, durant la régence, compétition de pouvoirs entre les graids dignitaires de l’Etat, partant, guerre dans les provinces, et qu’ils pourraient secouer, à la faveur de ces troubles , le joug incommode des Espagnols. Le Penon (celte forteresse que Pierre de Navarre avait fait construire à l’entrée du port) se dressait devant eux comme une menace; Séliin Eulémi résolut de l’abattre. Trop faible pour tenter avec ses seules ressources une pareille entreprise, il s’adresse directement à Aroudj. Celui-ci avait trop d’ambition pour refuser ses services; il part aussitôt, débarque à Alger et s’y installe avec ses compagnons, gens de sac et de corde, tous recrutés parmi les Turcs. — Sélim comptait sur la bonne foi de sou allié; il s’aperçut trop tard qu’en appelant les corsaires à son aide il avait préparé sa ruine. -
Aroudj avait promis de vaincic; il élève une batterie à cinq cents pas du Penon et le canonne pendant un mois, mais sans résultat décisif. Tandis que les Algériens suivent avec anxiété toutes les phases de la lutte, lui, mûrit son plan et poursuit son œuvre ; il se fait des partisans parmi les Arabes, séduit les uns , épouvante les autres et commande h tous. Ses soldats violentent les habitants, méconnaissent ou bravent l’autorité du roi; ils parlent et agissent en maîtres. Bientôt Aroudj lui -même jette le masque; ce qu’il veut, ce n’est plus la destruction de la forteresse espagnole : c’est le trône de son allié. Lorsqu’il juge que le moment est venu de frapper un coup
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décisif, il fait étrovigler EiUétni et se déclare souverain d’Alger : ic peuple tremble et s’humilie.
Mais les Arabes sont versatiles, et ils i>envent, re\enus de leur surprise, chasser le corsaireroi. Aroiidj abandonne l’administration du pays à ses principaux lieiitenanls, livre aux exécu- Lenrs ceux d’entre les Maures qui résistent ou sont accusés de résister à son autorité, appelle à lui tous les pirates de l’Archipel, et donne à sa milice une puissante organisation. Les membres seuls de celle milice peuvent concourir aux emplois; à l'exception des renégats étrangers, nul ne peut en faire partie s’il n’est originaire de Turquie; enfin, pour mieux soustraire la troupe aux inllnencos locales, les lils mêmes des miliciens en sont exclus s’ils sont nés à Alger. L’Odjcac ainsi constitué, Aroudj, que Kaïr-ed-Din est venu rejoindre, bravera la vengeance des Maures et la haine des chrétiens.
Les Espagnols, cependant, voyaient d’nn œil jaloux le triomphe de Tusurpateur : depuis que les Turcs occupaient Alger, la trêve élait rompue; la piraterie avait repris son ess r, elles troupes qui défendaient lePenonse voyaient sans cesse menacées d’une attaque sérieuse. — Ximénès, chargé de gouverner le royaume pendant la minorité de Charles Onint, voulut mettre ordre à cét état de choses. En politique habile, il fit taire ses vieilles haines , et songea sérieusement à se ménager ralliance des musulmans. Une occasion se présenta, qui lui permettait de jouer le rôle de protecteur; il la saisit avec empressement.
Eutémi laissait un fils, lequel avait pu, à la
faveur du tumulte qui suivit la mort de sou père , échapper aux assass ns et gagner la province d’Oran, alors gouvernée par le marquis de Gomarès. Ce dernier adressa le jeune slii'ick au cardinal Ximénès. — Le cardinal prouva au conseil de régence que TEspagne avait un intérêt direct à soutenir l’iiéritier d’Eutéini, ou, qui mieux est, à étouffer dans son germe la puissance du roi-corsaire. Francesco de Véro, maître de l’artillerie, fut chargé de diriger l’expédition.
Une flottille de quatre-vingts voiles, portant huit mille hommes, sortit de Carthagène et se présenta devant Alger : le débarquement s'opéra en tonte sécurité, et les troupes, divisées en quatre corps, marchèrent contre la ville.
Le général espagnol comptait, sinon sur l’assistance, au moins sur la neutralité des indigènes; il fut cruellement désabusé. La question religieuse dominait la question politique; les Arabes se réunirent aux Turcs en haine des chrétiens. Francesco de Véro avait, nous l’avons dit, commis la faute grave de diviser ses troupes; partout où l’un de ces corps se présente, il est assailli par des forces supérieures et culbuté. Bientôt les Espagnols lâchent pied et se débandent. Aroudj lance sur eux sa cavalerie; les fuyards abandonnent leurs armes et regagnent leurs vaisseaux. Au même instant, une tempête furieuse s’élève, qui brise les navires les uns contre les autres et couvre la plage de débris. La flottille espagnole parvient enfin à gagner la haute mer, et Aroudj rentre dans Alger, où il est accueilli comme un sauveur (1510). Le triomphe
qu’il vient de remporter ne suffit point à son orgueil; il songe à étendre sa puissance et rêve de nouvelles conquêtes.
Les Arabes de la Metidja, voulant venger la mort d’Eulémi , s’étaient adressés au roi de Ténés et l’avaient décidé à marcher contre les Turcs. Aroudj en est averti ; il rassemble aussitôt ses troupes^ laisse à Kaïr-ed-Din le gouvernement d’Alger, emmène à sa suite vingt des principaux Arabes, qui lui serviront d’otages, et se dirige vers la plaine. Après deux jours de marche , il rencontre l’ennemi , laitaque avec fureur, et en fait un horrible carnage. Le roi maure, frappé d’épouvante , fuit vers le Sahara , abandonnant Ténès aux vainqueurs.
Toutes les tribus voisines viennent reconnaître l’autorité des Turcs ; Médéah et Milianah font successivement leur soumission ; bientôt la gloire des Barberousse emplit tout le Maghreb, si bien que les habitaiils de Tlemcen envoient des ambassadeurs complimenter Aroudj et implorer son secours contre leur propre souverain.
: — Aroudj les suit, s’empare de la ville et s’en proclame roi. Son premier soin est d’enjoindre aux habitants, sous peine de mort, de cesser toutes relations avec les Espagnols d’Oran.
Or, c’était de Tlemcen que les Espagnols tiraient leurs approvisionnements. Le marquis de Comarès allait donc se trouver dans une situation des plus critiques : il fallait agir, et agir vite. Comarès organisa un corps d’armée et chargea le colonel Martin d’Argote de prendre l’offensive.
La forteresse de Callah était alors au pouvoir des Turcs; un des frères d’Aroudj, Ishaac, qui ne joue dans l’histoire des Barberousse qu’im rôle secondaire, en avait le commandement. Les Espagnols, secondés par les troupes du rui dé chu, attaquent et prennent Callah, dont ils massacrent la garnison, puis gagnent Tlemcen et l’investissent.
Le siège durait depuis un mois : le feu de l’artillerie, savamment dirigé, abattait chaque jour des pans de murailles; encore quelques jours, et les assiégés manquaient de vivres. Lue plus longue résistance était impossible : Aroudj se décide à fuir. — Il courait à sa mort. Au dire de Sandoval, ce fut « secrètement et par une poterne qu’il s’évada, emportant avec lui toutes ses richesses à l’instant même, cette fuite fut connue, et les Espagnols, dans le désir de s’emparer des trésors qu’il emportait, volèrent sur ses traces. » Pour arrêter leur marche, Aroudj jonche le sol d’argent monnayé et de vaisselle précieuse : stratagème inutile! Les Espagnols le poursuivent sans relâche et l’atteignent sur les bords du Rio-Salado (Oued-el-Malah). «Accablé de fatigue et de soif, ajoute Sandoval, Aroudj se réfugia dans un parc à chèvres, qu’entourait une faible muraille de pierres amoncelées sans ciment. Là, il se mit en défense avec ceux qui ne l’avaient point quitté, et il combattit valeureusement et avec une singulière audace, jusqu’à ce que Garcia de Tineo lui donna un coup de pique qui le renversa. Il se jeta sur lui et lui coupa la tête (1518). »
Ainsi finit Aroudj, le fondateur de rOdjcac ; il avait;, quinze ans de suilc, humilié l’Espagne et fait trembler la chrétienté sa mort devait, il semble, entraîner la destruction des Turcs. Il n’en fut rien cependant : les Espagnols avaient su vaincre; ils ne surent point prchlcr de leur victoire.
La mort d’Aroudj et la destruction de son armée mettaient Alger à la merci des Espagnols : une attaque immédiate eût certainement abouti. Mais Comarès n’osa point assumer sur lui la responsabilité d'une nouvelle entreprise : il rendit compte à Charles-Ouintdes résultats de sa campagne et attendit de nouveaux ordres. — Ce manque d’audace, que la discipline militaire peut seule faire excuser, sauva les Turcs.
En effet, Kaïr-ed-Din, frappé de stupeur à la nouvelle de la mort de son frèi'e et croyant toute
résistance inutile, rassemble les débris de la milice et veut fuir d’Alger avec les galiottes qui lui restent ; mais ses lieutenants, rassurés par l’inaction des Espagnols, s’opposent énergiquement au départ. Revenu de ses terreurs, Kaïred-Din cède aux représentations du divan, et s’applique à recueillir la succession d’Aroudj. Doux et affable avec les musulmans, sans pitié pour les chrétiens, il flatte les instincts populaires et captive la masse, qui le proclame roi.
Mais le nouveau chef de l’Odjeac connaissait trop les hommes et les choses pour prendre au sérieux sa royauté. Constamment menacé, soit par les Espagnols, soit par les Arabes de l’intérieur; soumis aux caprices des Turcs, sans ar-
gent, sans année, pour échapper au péril qui le menace, -il fait au sullan de Couslanlinople hoiiunage de rOdjeac, eL so reconnaît voloiiLairement tributaire de la Sublime-Porte.
Sélirn accepte avec empressement; il nomme liarberousse gouverneur d’Alger sous le litre de Bey, et lui expédie en toute hâte deux mille hommes de ses meilleures tmupes (I.3I8). — De cette époque date la prise de possession d’Alger par les Ottomans, et le même fait qui s’était produit en Asie va se reproduire en Afrique : les Turcs se substitueront aux Arabes comme défenseurs de l’islamisme.
Donc, en se constituant le vassal du sultan, Barberoiisse avait fait un acte de haute politique : il consolidait sa puissance et acquérait, pour les luttes prochaines, un puissant auxiliaire. Les chrétiens ne TelTrayaient plus.
Les événements qui suivirent justifièrent ses prévisions.
Gharles-Quinl, après avoir pris communication du rapport que lui adressait Gomarès sur la mort d’Aroudj, pemsa que le moment était venu d’anéantir les corsaires, et voulut lenler une nouvelle expédition. Hugo de Moncade, vice-roi de Sicile, en reçut le commandement; Marino de Hibera lui fut adjoint comme chef de Tarlillerie. L’armée était forte de sept mille hommes ; la flotte se composait de trente navires, de huit galères et de quelques brigantins de transport.
Après avoir, pendant un mois, longé la côte de l’est à Touest, et avoir fait escale à Bougie
et à Oraii, Moncade se présente devant Alger (17 août 1518). Les troupes débarquent le lendemain, gagnent la colline sur laquelle plus tard on bâtit le fort de l’Empereur, puis s’y retranchent.
Moncade voulait que, sans perdre de temps, on attaquât la ville; mais Ribera s’y opposa formellement, sous le prétexte qu’il fallait atten- dre les auxiliaires promis par le roi de Tlemcen. On attendit; or, le huitième jour survint une violente tempête qui jeta vingt-six navires à la côte. « U se noya quatre mille hommes ; perte immense et déplorable qui déchirait le cœur, car on voyait les navires se fracasser les uns contre les autres, et se disperser ensuite en morceaux, comme s’ils eussent été construits d’un verre fragile, et il était horrible d’entendre tout ce monde poussant des cris affreux. » — Le malheureux Moncade rallia le peu d’hommes qui lui restait et se rembarqua, abandonnant aux Turcs un matériel immense.
Grande fut la Joie des Arabes, plus grande encore fut la colère de Charles-Quint à la nouvelle de cet épouvantable désastre. Les deux défaites successives que ses généraux venaient de subir l’humiliaient profondément ; il jura de les venger. — « L’hornme propose et Dieu dispose, » disent les sages.
Kiïr-ed-Din sut exploiter son succès, qu’il attribua modestement à l’intervention divine ; son autorité-, jusqu’alors compromise, se consolida d’autant plus vite que les musulmans euxmêmes, étonnés de cette facile victoire, le consi-
défèrent comme le protégé de Dieu. — C’est alors qu’il songea sérieusement à continuer l’œuvre d’Aroudj, h donner à la milice turque une constitution définitive, à étendre et à fortifier le territoire de fOdjeac.
Nous ne le suivrons pas dans ses courses rapides à travers monts et vallées. Aussi bien, nous ne voulons pas raconter l’iiistoire des Barberousse, ni celle de leurs successeurs. Notre tâche est plus bornée : elle consiste à rappeler dans cette première partie les différentes expéditions qui, de 1310 à 1830, furent organisées par l’Espagne, l’Angleierre et la France contre les Deys d’Alger; et, sans en rechercher les causes, nous en indiquerons succinctement les résultats.
A l’époque dont nous parlons, on ne reconnaissait guère, dans les différents États de l’Afrique septentrionale, que le droit de la force. Tel, aujourd’hui, était proclamé roi qui devait bientôt céder la place à un compétiteur plus habile ou plus fort. — Le souverain de Tunis, qu’un de ses parents venait de renverser du trône, invoqua la protection de la Sublime- Porte. Sur les ordres formels du Sultan, Kaïr-ed- Din, qui croisait devant Gènes, se présenta devant Tunis. Il venait, disait-il, défendre la cause du roi déchu. Mais, en réalité, il voulait profiter des événements, et placer un nouveau royaume sous la domination des Turcs. En peu de jours, il .se rendit maître de la Goulette et de la ville, fit, bientôt après, disparaître secrètement son protégé et fjrit possession du pouvoir au nom du Grand-Seigneur.
L’cmporcur d’Espagne, inquiet sur ses possessions d’ilalic, rassembla en- toute hâ Le une armée de vingt-sept miüe hommes et vint débarquer près des ruines de Carthage. — Après un combat assez vif, la Goulette fut emportée par les Espagnols, qui restèrent maîtres de la Hotte et de l’arsenal (14 juillet 153,')/. Si.x jours • après, Charles-Oiiint marcha* sur Tunis. Les Maures, battus dans une première rencontre, se replièrent sur la ville. Kaïr-ed-Din, dont les forces étaient singulièrement réduites, n’osa ou ne voulut point risquer une bataille générale, et .s’enfuit. Aussitôt, les e.sclaves chrétiens, au nombre de dix mille, assaillirent les assiégés et les forcèrent à se rendre. Tunis fut livrée au pillage , et iMuley-Tlassem fut rétabli sur le trône.
Les Espagnols firent grand bruit de leur victoire : historiens et poètes exaltèrent à Tenvi le mérite de Charles-Quint et la valeur de ses troupes; h leurs yeux, la prise de Tunis effaçait la défaite de Véfo, celle de Moncade, et la destruction plus récente du Peuon d’Alger. Rome donna le signal des actions de grâces, et ce ne fut bientôt, dans l’Europe chrétienne, qu’un concert de louanges eu l’honneur du souverain des Espagnes.
A vrai dire, la. prise de Tunis fut « un pauvre fait d’armes. » Sans nul doute, la prise de Tunis humilia Barberousse ; mais elle ne servit en rien les intérêts de la chrétienté : — on disait les corsaires anéantis, ou placés pour longtemps du moins dans Timpossibililé de nuire; ils ne mon-
trèrcnt jamais plus d’audace ni ne commirent plus de pillcries Sous la conduite d’Hassan-Aga, qui gouvernait l’Odjoac en l’absence de Kaïr-ed- Din, alors à Constantinople, ils attaquèrent sans relâche les navires espagnols, interrompirent tout commerce dans la Méditerranée et inquiétèrent à ce point les populations du littoral que, suivant Paul Jove, « les chrétiens furent obligés de placer des vigies le long de la côte ; à l’approche des pirates, les gardiens donnaient l’alarme. »
Pour mettre un terme à ces brigandages, le' pape Paul III publia une croisade contre les Algériens. Le roi de France (François I'->y refusa d’entrer dans la ligue; Charles, \pii se plaisait à jouer le rôle de protecteur de la chrétienté, se déclara prêt à tenter une nouvelle expédition.
De l’aveu des marins les plus expérimentés, l’époque était mal choisie : « Mieux valait, disait l’amiral André Doria, remettre à l’année suivante le siège d’Alger et passer l’hiver en Italie. » Charles ne voulut rien entendre; les troupes, formant un effectif de 2A,000 hommes, reçurent l’ordre d’embarquer.
Les flottes combinées d’Espagne et de Gênes, placées sous le commandement d’André Doria, se composaient de 65 galères et de 451 navires de transport; leur personnel était de 12,000 hommes environ ; elles devaient se réunir à Mav’ orque.
Après une navigation que les vents du nord et les brouillards rendirent jaénible, la Hotte
passa devant Alger et jeta l’ancre entre la ville et le cap Matifoux.
Le 23 octobre, l’infanterie débarqua et prit position. Charles-Quint croyait tellement au succès de son entrepi’ise, que, pour éviter l’effusion du sang, il crut devoir sommer les Algériens de lui livrer la ville. Un de ses ofliciers, don Lorenzo Manuel s’avança, par son ordre, vers la porte Bab-Azouii, portant une pique surmontée d’un pavillon blanc, et se lit conduire, en qualité de parlementaire, près du chef de rOdjeac.
llassan-Aga le reçut aussitôt : Manuel, « dont l’air dédaigneux représentait de tout point l’orgueil du maître, » exposa brièvement sa mission. Les chrétiens, dit-il, voulaient châtier les corsaires; l’empereur d’E>pagne venait, escorté d’une flotte immense, chasser de 'leur repaire les compagnons de Barberousse, et prendre possession du pays; en conséquence, il enjoignait au bey de livrer la ville, promettant « que les Turcs auraient la vie sauve, et que les Maures resteraient libres, maîtres absolus de leur fortune et de leur opinion religieuse. »
Hassan avait écouté sans colère ; il répondit sans jactance qu’il comptait, lui aussi, sur la protection de Dieu ; qu’il opposerait aux soldats de la croix les défenseurs de l’islamisme, et que, le Prophète aidant, aux défaites de Véro et du marquis de Moncacle allait se joindre encore la défaite deCharles-Ouint. Puis, pour couper court à toute nouvelle discussion, il congédia don Manuel et le ht accompagner jusqu’aux avant postes.
La réponse était fière : rempereiir en fut violemment irrité ; sans plus attendre, il dressa son plan d’attaque.
Le lendemain, 24, dès qu’on eut achevé le débarquement du matériel d’artillerie et des cavaliers, l’armée se mit en marche : l’avant garde tenait le haut de la plaine, l’arrière-garde suivait le bord de la^er, le corps de bataille était au oentre. — La chaleur était excessive ; les troupes firent un millier de pas, puis bivouaquèrent à rilamma (maison des bains).
Le 25, on repartit. Gonzagues, après avoir mis en déroute les Arabes qui inquiétaient la colonne, s’empara des hauteurs qui avoisinent la ville et. s’étendit à l’ouest. Le centre et l’arrière-garde suivirent le mouvement ; les troupes impériales se déployèrent autour de la place.
Dans l’après-midi, le ciel se couvrit subitement de nuages que chassait le vent du nord; bienUM, à une chaleur accablante succéda, .‘=ans transition, un froid vif et piquant ; la j)lnie tomba avec abondance. — Au coucher du soleil, l’orage éclatait avec furie et jetait dans les rangs de l’armée chrétienne un désordre irréparable.
Laissons parler Villegagnon :
« Après avoir, dit-il, refoulé l’ennemi dans la ville, l’empereur avait pris toutes les précautions que pouvait suggérer la prudence humaine L’armée se livrait tout entière cà la
joie, quand arriva tout à coup un événement funeste qu’il était impossible d’éviter. Des pluies épouvantübles commencèrentàla première heure de la nuit et continuèrent pendant toute sa du-
rée; déjà insupportables par leur abondance, elles le devinrent davantage par la force du vent; car les soldats avaient débarqué sans se prémunir d’aucun moyen d’abri : ils n’avaient ni manteaux pour se garantir du froid, ni tontes pour y chercher un refuge contre l’eau du ciel ; ils sentirent leur courage manquer en même temps que leurs forces. La mer s'était soulevée d’une manière incroyable; son agitation s’était accrue de telle manière, que beaucoup de navires, trop faibles pour résister à sa violence, cassèrent leurs câbles mi leurs ancres et vinrent SC fracasser sur le rivage; d’autres s'entr’ouvrirent et coulèrent à fond. »
Ce fut une nuit horrible, — nuit de désastre et de deuil; à l'aube du jour, Charles put mesurer l’étendue de son malheur : les débris de cent cinquante navires couvraient h plage; les ti'oupes étaient exténuées de fatigue et démoralisées. Comme il cherchait à fortifier leur courage, il vit les Turcs s’élancer dans les retranchements. Excités, soutenus par la présence de l’em|>ereur, les chrétiens résistèrent avec l'énergie du désespoir et reprirent un moment l’offensive : les chevaliers' de Rhodes, notamment, combattifcnt avec un courage héroïque. Ce fut, de part et d’autre, une lutte furieuse; la mêlée devint générale; on se battit corps à corps; mais les Italiens, accablés par le nombre, se débandèrent : Charles-Quint, qui lui-même payait bravement de sa personne, fut impuissant à les rallier... La bataille était perdue!
Charles réunit son conseil et déclara que son
intention était de lever le camp ; il remettait à l’année suivante la reprise des hostilités. Aussitôt les troupes se mirent en marche pour gagner les navires.
Ainsi se termina cette expédition dont Gharles- Quint voulait faire l’acte le plus glorieux de son règne : sa flotte était détruite, son armée presque anéantie ; lui-même avait été forcé de fuir devant une bande de corsaires, laissant au pouvoir des vainqueurs un matériel immense et six mille prisonniers.
Cette catastrophe devait nvôir ses conséquences : à dater de ce jour, l’influe ice espagnole fut complètement détruite dans lei Etats barbaresques ; les Turcs purent éteiu :e leur domination dans le pays, sans crainte d’être inquiétés, et, durant trois siècles, les souverains de l’Europe furent tributaires des pirates.
Certaines modifications apportées au gouvernement intérieur de TOdjeac en avaient décuplé la force. — Dans le principe, les reïs seuls avaient le droit d’exercer la piraterie; ils équipaient un navire, choisissaient leurs hommes et croisaient sur les côtes; au.retour de l’expédition, l’équipage se partageait les prises. Les Turcs, qu’un service spécial retenait à l’intérieur, se plaignirent de leur inaction; ils voulaient leur part du danger et leur part du butin. Il fallut compter avec eux. Mohammed-Pacha prescrivit qu’à l’avenir les janissaires seraient admis comme soldats à bord des navires. — C’était fournir aux reïs d’intrépides auxiliaires ; la marine prit aussitôt une immense extension. Les bâtiments
du bey promenaient impunément leur pavillon de Gibraltar àt l’Archipel ; bientôt les particuliers armèrent en course; chaque Algérien se fiitî corsaire. La piraterie eut son organis'atioa particulière , son code et ses lois. « Quand' ils avaient opéré des prises importantes,, les pirates rentraient clans le port, où l’on pnoaédait, a» partage; selon le rang: et le di’oit de: chaciint Douze pour cent sur la valeur’ totale: é aient aiüribiiés au* pacha ÿ un- pomi cent était réservé pour l’cmlretien du mole ; un pour cent pour les raaraboiitiS qui servaient daos- les mosquées. Apr ès ce prélèv. ment^ on partageait par moitié lîune était p. rtagée entre le reïs eü Ifea armateurs, suivant i 3s proportions convenues ; l’antre fomaait la part des janissaires» des oüiciers et des soldats qui- montaient le vaisseau capteur. »
Us avaient pris la Méditei’ranée pour leur domaine. Entraînés par, l’appât du gain, ils frantchisseiit le . détroit et s’avancent clans l’Océan jusqu’aiiK îles Canaries, qu’ils ravagent.; encore quelques années, et ils désoleront les côles de la Manche et de l^i Baltique. Leur audace ne connaît- pins de bornes; et telle est l’imporLance de: leurs captures,. qu!à, la fin du xvr* siècle on comptait trente raille prisomiifirs chrétiens dans les (lifléreutes parties de la Régence.
C’est ici le cas de rappeler à quelle ü'isle eoii^ dition les esclaves étaient assujettis.
La- vente- des prisonniers constituant en; partie le. bénéfice des corsaires ,. on divisait les captifs eii! deux catégories r la première comprenait le
capitaine et tes ütliciers du bàtimeiït capturé, les passagers qui semblaient appartenir à ane famivle riclie, leurs femmes et lenrs enfants. — Les hommes de cette classe , présumés rachetables , jouissaient à Alger d’une certaine liberté ; les femmes entraient dans les harems oii servaient les Mauresques; quant aux enfants, ils étaient remis au bey et aux principaux '•officiers de rOdjeac.
La seconde catégorie comprenait les matelots, les soldats et les artisans ; ceux-là, « chiens de chrétiens, » étaient vendus au plus offrant et dernier enchérisseur.
Les esclaves appartenant à l’Etat étaient logés dans les bagues et employés aux travaux publics. Leur situation était véritablement intolérable : (( NoJirris de pain grossier, de gruan, d’huile rance et de quelques olives , il n’y ava;t, dit Leweso, que les plus adroits qui pouvaient, par leur industrie, en travaillant pimr leur compte après le soleil couché, se procurer quelquefois une meilleure nourriture et un peu de vin. »
Occupés tout le jour, et par une chaleur torride, aux plus rudes travaux, so.tis la surveillance d’un gardien responsable, ils étaient, !e soir venu, entassés dans des bouges infectés de vermine. Leur existence était un supplice perpétuel ; pour le motif le plus futile, on les frappait à outrance. — Le Turc, dans son fanatisme aveugle, se vengeait du chrétien.
Ceux qui appartenaieul aux particuliers avaient une condition meilleure : ils servaient comme domestiques dans la ville ou travaillaient aux
champs; lorsqu’ils voulaient se racheter, ils traitaient de gré à gré.
Les rachats étaient fréquents.
Les Etats de l’Europe payaient, de temps à autre, la rançon de leurs prisonniers; de leur côté, les religieux de la Merci consacraient le produit de leurs quêtes à la délivrance des chrétiens; quelquefois aussi, des parents ou des amis achetaient la liberté des captifs.
L’Europe cependant laissait pleine carrière aux pirates, et dévorait sa honte... Mais 1e jour était proche où la France se substituerait à l’Espagne atîaiblie et vengerait la chrétienté!... Tandis que les Espagnols multipliaient leurs attaques contre les Etats Barbaresques, François F"' mettait à profit l’alliance qu’il avait contractée avec l’empereur des Turcs, et obtenait l’autorisation d’établir plusieurs comptoirs sur la côte d’Afrique. — En lo2Ü, des négociants provençaux traitèrent avec les tribus de la Mazoule pour faire exclusivement la pêche du corail depuis Tabarca jusqu’à Bône. Sous Charles IX, l’empereur des Turcs concéda à la France le commerce des ports et havres de La Calle, de Gollo, du cap Rose et de Bône ; le bastion de France fut établi. Délaissées sous le gouvernement d’Henri III, ces concessions furent plus tard confirmées par les sultans, et, sur les instances de Richelieu, de nouvel'es conventions garantirent à la France l’entière propriété des établissements qu’elle avait fait construire.
Mais, il faut bien le dire, ces conventions ne furent pas toujours observées, et , de 1.^20 à 1640,
noire marine eut souvent à souffrir. Pour continuer leurs brigandages , tout était prétexte aux corsaires : c’est ainsi cn r, sous Henri IV, ils prétendirent que le roi de France les frustrait de leur droit de course en permettant à certains navires de naviguer sous son pavillon, et demandèrent l’annulation do ce privilège. — Sur le refus énergique du roi d’admettre leurs prétentions, ils capturèrent un grand nombre de navires marseillais.
L’administration politique de l’Odjeac poussait d’ailleurs les Barbaresques à la piraterie.
Les régences relevaient, nous l’avons dit plus haut, de la Sublime-Porte, et les pachas étaient nommés par le sultan. Or, à l’époque dont nous parlons, ces commandements supérieurs n’étaient plus conférés comme récompense de services exceptionnels rendus à la cause de l’islamisme ; ils s'achetaient, et, comme le prix en était considérable , les acquéreurs , m.ettant à profit leur puissance temporaire, tyrannisaient et pillaient le peuple.
Les janissaires d’Alger, qui constituaient la force vive de l’Odjeac, se lassèrent promptement d’une administration qui les appauvrissait; ils dépêchèrent à Constantinople des députés ( hargés d’éclairer le gouvernement turc, et de réclamer de lui des réfiTmes que la nécessité rendait urgentes. Les finances, dirent les délégués, étaient mal gérées, les impôts irrégulièrement perçus, et , chose plus grave, la solde des miliciens n’était pas toujours payée : ils demandaient, en conséquence, qu’un dey ou patron, élu par la
milice elle-même , résidât <c<Mislammeiït sur les Heax pour contrôler la gestion du gmivernecir (1600). Les aninislres acquiescèrent h leur demande; il en advint, oe qui du reste était facile à prévoir, que Lautorité des pachas disparut peu à peu et fit place à celle du dey.
Cette substitution de pouvoirs amena de j)rompts résultats : l’empLû des deiders publics fut rigoureusement surveillé, la totaHlé des impôts remise au trésor. A dater de oe jour, les Algériens s’altacbèrenl avec ardeur aux principes de leur association, 'et rautorité du Grawd Seigneur devint purement nominale. On s’en aperçut bientôt à Constantinople. En 1616, les reïs, fatigués de leur Tuaetion, aTiiièrent quarante navires, et, sans tenir compte des traités existants, atlaquèi'ent tous les vaisseaux chrétiens. — La Porte knir envoya l’ordre formel de respecter ses alliés; les Algériens n”en tinrent point compte : « Nos courses n’ont «d’autre but , répondirent-ils, que tle contenir les chrétiens, ennemis nés des vrais croyants. Si nous respections tous ceux qui pourraient acheter de la Porte la paix ou la liberté du commerce, il ne nous resterait plus qii à brider nos navires, â renoncer aux glorieux «devoirs de «défenseurs perpétuels de l’islamisme, à prendre part aux paisibles opérations des caravanes et à devenir chameliers... »
Bien'ôl. leurs atlaquesdevinrent si fréquentes, que M. de Beaulieu reçut l’ordre de bloquer Alger et de détiiiire sa marine. Malheureusement, cette expédition n'aboutit point; la flotte
iTançaise , i^pnès avoir donDé.la chasse aux corsaines 't|.tti uTififiaçaieüt -les cèles d’Esi)agne, fui surprise par le mauvais /temps, .et rentra dans te ipart de Toulon (ilG17).
Les Marseillais, ^donl .le fcouiraerce avait pris •une foerlaine exleiisioa , -souffraient .cruellement tde'oet'étal de choses; leur comptoir de Ui Galle avait été détruit, et leurs navires osaient à peine s’aventurer en pleine mer ; les principaux armateurs adpu’èreat le .roi de leur prêter secours. Sanson NapoUon fut chargé de se rendre à Alger ; il acheta la paix ; le bastion de France fut rétabli., ila pêche du corail airtoi’isée de nouveau, (moyennant redevance, et il .fut stipulé que les «a vires de la Compagnie marseillaise navigueraient librement sur les côtes de la Régence.
On comptait sua’ une paix durable; c’étnit ^ compter sur la foi punirjue : à quelque temps de là, .les corsaires reprineiàt leurs .excursions. iRichelieu sien 4nuit l’anaii’al de.Monüs;se présenta tlevftDl Algier à.la têted’vme escadre; mais le mauvais clat de Ja mer empêcha toute tenLaiive, etla flotte ae retira. — Comme représailles, les Turcs brùlènent le bastion ; im nouveau itrailé fut ;fiigné en TG40., mais les actes de pii'alerie n’en ctmtiauèpent pas moins.
En Erance, cependant tout avait changé de face : les dissensions civiles étaient apaisées ; la Fronde avait dit son dernier mot, et chanlé.^on dernier couplet; le règne de Mazarin venatt.de finir, celui de Louis XIV commençait —
Déjà, les chevaliers d’ilocquincourl, de Cruvilliea’^ ;de Tourville el d’Artigay avaient anmé
xles bâlimenls à leurs frais et s’étaient distingués par de brillants exploits contre les Algériens et les Tunisiens. Louis XIV, conseillé par Colbert, se fit le protecteur de toutes les nations assises au bord de la Méditerranée, et jugea que le moyen le plus infaillible de contenir les pirates était de fonder sur leurs côtes un établissement durable.
L’amiral de Beau fort — l’ancien roi des halles — eut le commandement d’une flotte de seize vaisseaux, à laquelle se joignirent quelques bâtiments maltais et hollandais; six mille hommes furent.embarqués, sous les ordres du marquis de Gadagne. — On alla descendre à Gigelli ; la place fut attaquée, et en peu de jours on s’en rendit maître.
La prudence commandait aux Français de fortifier. les retranchements, afin de se mettre à l’abri d’un coup de main : soit par insouciance du péril, soit que les chefs ignorassent les principes les plus élémentaires de l’attaque et de la défense des places, on n’en fit rien. Les fortifications, élevées à la hâte, présentaient si peu de résistance, qu’il suffit de quelques coups de canon pour les abattre. Le camp fut bientôt ouvert en plusieurs endroits; les Maures, revenus de leur surprise, se ruèrent contre les troupes :
(( La peur saisit alors toute Tarmée ; on se crut près à chaque instant d’être attaqué par une multitude innombrable de barbares; le marquis de Gadagne eut beau représenter que l’on était en état de se soutenir jusqu à l’arrivée des secours considérables que l’on préparait en
France, et que l’on se disposait à faire partir, s’ils n’étaient déjà partis, personne ne l’écoutait : officiers et soldats, tous ne songeaient qu’à la retraite ; il fallut que le général cédât au torrent. » — Gigelli fut abandonnée et les troupes se rembarquèrent (30 octobre 1G64).
Le mauvais succès de cette entreprise affligea plus qu’il n’étonna la cour de France : mais Louis XIV voulait assurer la liberté du commerce et faire cesser la piraterie ; dès le commencement de l’année suivante, il arma une Hotte considérable, et donna l'ordre au duc de Beaufort de recommencer les hostilités : le commandeur Paul, homme d’énergie et d’initiative, fut mis à la tête des troupes (1665) .
Le duc de Beaufort prit aussitôt la mer, rencontra les pirates à la hauteur de Tunis, et les battit complètement ; puis, virant de bord, il se présenta devant Alger, attaqua avec une furie toute française la Hotte des corsaires et l’anéantit presque. Cette double victoire effaçait l’abandon de Gigelli. Le Dey sollicita la paix (1). La France en dicta les conditions : les esclaves
(1) « Un beau dévoucincnt honora celte guerre : le Dey d’Alger avait parmi ses captifs un officier malou'ii nommé Porcon de la Barbinois; il l’envoya porter au roi des propositions de paix, eu lui faisant jurer de revenir, s’il échouait ; les têtes de six cents chrétiens répondaient de sa parole. Les propositions étaient inacceptables, Porcon le savait ; il va â Saint-Malo, met ordre à ses affaires, puis revient à Alger, certain du sort qui l’attendait. Le Dey lui fit trancher la tête. Cet homme vaut Régulus, et personne ne le connaît!...»» Y. Duruy, Abrégé de l’Uintuire (lè France, t. III, p. 2if>3 et
français TecQuvrèrenl la libea'lé ot les bàlimenls fiireot rendtts à lewrs légitiaies pnopriétaires. — Al ans les corsaires élaieat incorrigibles : dès qu’ils eurent réparé leurs pertes, ils reoornfnencèreiit leurs brigandages. Le roi de BY^uce dut leur infliger im nouveau châtinaeiiL.
Les Tnipolitains éLaiemi venus pirater sur les côtes de Provence et avaient enlevé plusieurs ■navires : Louis XIV enjoigciit à Duquesne de les altaqiuer partout où il les ■rencontrerait. L’aniiral p l it aussitôt la mer, «t icourut sus aux corsaires, qui, B’csaioft accepter le combat, ae retirèrent dans le port de .Scio, une des îles de l’Archipel appaiitenant au Grand Seigiaeur. Ils s’y croyaient à rabni; mais üuquesne envoya l’un de ses oflioiers, M. de Saint-Ainand, somnier le goip\'©rneor de la ville de faire sortir les ’})i rates du pK)it, déclanaut qu’e4a>cas de refus â s’embosserait sous îles murs de la ville et la ruinerait ooraplétenaent. — Le pacJia répondit qu’il était maître dbez lui. Duq-nesne ouvrit Je feu et le continua si vigoureusement, qu’ien moins de quatre heures il démantela les jemparts et jeta la consternation dans la place. Le gouverneur se voyant perdu, fit supplier Duquesne de cesser la caiKxnnade, .et lui propi^a d’entrer eu accomrooderaent par l’intermédiaire de ramba-ssadeHr de France à Constantinople, M. de Guilleré^ues, ce qui fut accepté.
A l’arrivée du courrier, Mdhémet IV entra dans une effroyable colère et voulut faire étrangler tout üot M. de Guilleragues. L’ambassadeur, qui tenait à la vie, apaisa cette grande co-
1ère en payant tie ses deniers persoameJs wne somine de cent mille écus ; le Sultan se déclara satisfaîl, et les corsaires durent quittef* le port de Scio.
Tandis que M, de ’Guilieragues négociait à Constantinople, les Algériens prenaient fait et cause pour les gens de Tunis, et Babn-Hassan, le nouveau chef de la Régence, déclarait au P. Le Vadîer, notre consul, qn’il jugeait à propos de lompre avec la France, — Louis X'IV équiper aussitôt une flotte considérable, et ©iquesne reçut l’ordre d’en venir prendre ie cü®~ mandement ({(i8'i).TourviHe et Forans devaient l’accompagner. I>uopne?ne partit de Toulon avec son escadre. Tonrville, qui conduisait les galères, s’embarqua le même jour à Marseille. F*©rans, qui venait de Brest avec cinq galiotes, les avait précédés. L'arinée réunie arriva 1 p 21 juin entre Cherehell et Alger : elle comptait onze vaisseaux de guerre, quinze galères, cinq galiotes à i^mbes, trois brûtots, quelques flûtes et tartanes. Après avoir brûlé rm des vaisseaux enneiïiis qui s’était réfugié dans le port de Oheroliell, elle se pptisenta devant Alger.
Ici, nous touchons à rrm des pr'^nls les plus curieux de l’iiistoire de notre marine :
Un homme, nous ne dirons pas de talent, mais de génie, qui s'était voué, dès son enfence, à l’étude des sciences abstraites, venait de résoudre un problème jugé jusqu’alors insoluble, — celui de faire usage des mortiers dans les guerres maritimes. Cet homme, c’étaft Renan d’Eliçagaray.
L’appareil consistait en une sorte de petit vaisseau destiné à porter les mortiers, qu’on établissait sur des bâtis en charpente. Chaque navire recevait deux mortiers placés en avant du grand mât, et quatre pièces de canon sur chaque bord. Les mortiers de douze ou quinze pouces étaient fixés sur une inclinaison de quarante-cinq degrés, la plus favorable à l’emploi du tir. Pendant l’exécution de la manœuvre, la secousse violente résultant de l’explosion était prévenue par la compressibilité de la plate-forme, laquelle formait un appareil élastique appelé puits. Pour diminuer le roulis, on donnait au support des bouches à feu des formes piales, et on ajoutait à la largeur et à l’épaisseur du bordé.
C’était tout simplement admirable.
Mais « nul n’est prophète dans son pays. »
Renau ne trouva, dans le principe, que des contradicteurs. On riait de son invention, on riait de lui même; et, chaque fois qu’il voulait convaincre, on lui répondait par des sarcasmes. — Cependant, il tint ferme, et eut raison des rieurs. Colbert, qui se connaissait en hommes, le prit sous sa protection et le recommanda vivement à Louis XIV ; ordre fut donné par le roi d’expérime.Uer le nouveau système. Les essais réussirent au-delà de toute espérance, et quand le bombardement d’Alger fut résolu, Renau fut mis à la disposition de Duquesne.
L’escadre française s’était rapprochée le plus possible de l’entrée du port. Le 30 au soir, les galiotes prirent leur poste de combat. Le mar-
quis de Bellefonds, le duc de Viliars et beaucoup d’autres volontaires s’embarquèrent sur la Fulminantr, que montait Renan. Au signal donné, on engagea l’acLion. Un accident faillit tout compromettre : une carcasse (espèce de cartouche) , dont on allait charger l’iin des mortiers, s’enflamma, et, au lieu de décrire sa parabole, retomba dans l’intérieur du navire et mit le feu aux voiles. L’équipage, croyant que les deux cenls bombes qui étaient à bord allaient éclater, se sauva à la nage malgré les ordres du capitaine et de Renan. Les galiotes voisines, craignant une explosion, s’éloignèrent rapidement de la Fulminante^ qui était devenue le point de mire de l’artillerie algérienne. — Le péril était grave; on s’attendait d’une minute à l’autre à voir sombrer la galioLe. Cependant, le major de Ramondi reproche aux fuyards leur faiblesse et décide son équipage à nager droit sur la Fulminante : il accoste, et que voit-il? Renan et Combes s’occupant avec un sang-froid merveilleux à couvrir de cuir les bombes qui auraient pu s'enflammer. » Les bombes recouvertes, l’incendie fut rapidement éteint, et la Fulminante, sauvée comme par miracle, fut encore la première à recommencer l’attaque.
Les galiotes jetèrent toutes la nuit des bombes dans Alger; elles y causèrent un tel désordre, que, le 4, au matin, le P. Le Vacher vint en parlementaire demander la paix et prier Duquesne, de la part du Divan, de faire cesser le feu. Duquesne répondit « qu’il n’était point venu là pour parler de paix, mais pour châtier
les corsaires; que, si les membres du Divaa avaient à lui faire des propositions, ils devaient se présenter eux-mêmes, et que jusque-là il continuerait le feu. » Et il tint parole ; le lend<>main, le consul se présenta de nouveau : Duquesne lui déclara qu’il avait encore quatre mille bombes à laiictr sur la ville, mais que, néanmoins, si' le Bey voulait rendre quatre cents esclaves chrétiens, on pourrait parler de paix. Baba Hassan allait peut-être céder quand une sédition éclata dams la ville et le força de cootlnoer la défense.
La imiit du 7 au 8> les qaliutes aHaient recommencer le feu , lorsque le vent fraîchit tout à ceKïp. Duquesne, redoutant les tempêtes de l’équinoxe, partit le 12 et arriva avec les galiotes et les navires de charge à l'ile de Formentera ; il lais-ait devant Alger wae partie de l’escadre, qui devait croiser devant le port et le bloquer étroilerneut jusqu’à ce que la saisiiïn permît de reprendre le bombardettient.
Louis XIV espérait mieux, et il reçut assez froidement le chef de l’expédition; ses plans, néaumoi '.s, n’eu furent pas modifiés; il fit, l'Iiiver suivant, construire un plus grajad nombre de galiotes, et Duquesne vint corrlinuer son œuvre de destructio-n (1683^)!.
Renau, utilisant ses loisirs, avait perfectionne l’artilLerie à ce point que les mortiers, servis par des bonnnes sptéciaux, purent' b ncer des projectiles jusqu’à 3,400 mètres. — Pour b. seconde fois, le feu d s galiotes causa dans la ville d’épouvantables ravages : Alger s’abîma dans les