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L'Algérie chrétienne

Aujourd'hui que la France , ayant planté son drapeau victorieux sur le sol africain , veut enraciner à jamais , chez les trihus arabes , la religion et la civilisation qui en est l'heureuse conséquence , ce sera une étude curieuse et tout à la fois édifiante , de rechercher à quelle époque les premières semences du christianisme furent répandues sur ces plages brûlantes , dans ces vastes solitudes et dans toutes ces villes possédées par les Romains, de signaler le nom de ceux qui vinrent les premiers y faire entendre la parole divine , des évèques chargés de l'organisation et de la conduite des églises naissantes ; de publier avec honneur la liste des principaux martyrs dont le sang arrosa cette terre , et des pieux anachorètes qui gémissaient nuit et jour au fond des cavernes, pour obtenir de Celui qui change les cœurs la conversion des infidèles.

Nous qui jouissons depuis tant de siècles du bienfait non interrompu de la religion, nous verrous avec intérêt, avec tristesse, le flambeau de la foi s'allumer en Afrique, s'éteindre sous le souffle impur de l'islamisme ; nous verrons les autels renversés sur ce sol autrefois si fécond en vertus , les églises profanées , le culte catholique anéanti pendant longtemps , et la piété de

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quelques étrangers u'avofr pour temples que les chapelles domestiques de consuls , ou des oratoires dérobés à la surveillance des infidèles. Ec effet, la barbarie, qui marche de concert avec la Buperstition , ferma, pendant bien des années, rentrée des ports an \ Européens ; les mers étaient couvertes de corsaires et de forbans; et si l'on permettait à de pauvres religieux de pénétrer dans ces provinces, ce n'était que pour vendre quelques captifs dont le rachat était pavé au poids de l'or. Le Pontife suprême y envoyait aussi de temps en temps quelques prêtres de la Ptopagande; mais ils n'y recueillaient que peu de fruits, à cause du gouvernement farouche et superstitieux qui les tolérait à peine.

Les princes chrétiens , affligés , irrités des crimes que commettaient les puissances barharesques , honteux d'être quelquefois leurs tributaires, prirent les armes pour les combattre et les punir. Mais Charles-Quint , ce puissant roi des Espagnes et des Indes , ce grand empereur d'Allemagne, ne put se rendre qu'un instant maître d'Alger ; une tempête subite vint détruire sa flotte et le forcer à la retraite. Le cardinal Ximenès ne fut pas plus heureux dans sa tentative.

Louis XIV lui-même, malgré toute sa puissance, échoua dans son entreprise ; il était réservé à son petit-fils , à Charles X , de s'emparer de ce nid de vautours, et de punir, en 1830, tant d'insultes et de forfaits.

Bientôt après , notre colonie agrandie , consolidée , vit refleurir la religion catholique; un évêché y fut érigé en 1838 ; un prêtre élevé à l'école du vénérable cardinal de Cheverus y fut envoyé pour continuer le rôle sacré des Augustin et des Cyprien, avec d'habiles et de saints coopérateurs ; les ruines d'Hippone furent fouillées avec un soin religieux, et le saint sacrifice de la messe fut célébré là où saint Augustin avait fait entendre sa voix

éloquente et pleine de charité. Un temple s'élère aujourd'hui .lance lieu témoin de tant <lr vertu», où tant de fois le fil- '!<■ Moniqui pria pour les Biens et pour toute l'Eglise.

Plus tard , des Sœurs de la Charité vinrent y soigner les malades , au nom de Jésus-Christ , et donner aux enfants les premiers éléments de l'instruction chrétienne; des Trappistes, accourus de toutes les parties de la France, y offrirent aux Arabes et aux Français le double exemple du travail et de la prière. Bientôt un autel fut construit sur les ruines de Carthage, dans l'endroit même où saint Louis avait rendu le dernier soupir en 1270, et un fils de France voulut assister à cette touchante cérémonie pour consacrer , par sa présence , ce pieux souvenir. On vit un vicaire du prélat algérien aller seul , et sans autres armes que la prière , au milieu du camp ennemi , réclamant , par la protection de la sainte Vierge , et au nom de la Religion , ses frères captifs , pnis les ramener glorieusement à travers mille périls dans la ville française. Enfin des hôpitaux sont ouverts à toutes les infirmités, des consolations prodiguées à tous ceux qui souffrent, et c'est la religion des conquérants qui a fait tout cela.

C'est de ces heureux changements , de cette sainte transformation , que nous voulons entretenir le lecteur chrétien ; la France a obtenu quelques succès , elle a commencé l'œuvre , qu'elle sache y mettre fin ; entretenons le feu sacré dans ces contrées trop longtemps abandonnées à l'erreur , par la parole et surtout par l'exemple , et si nos armes ont conquis quelques sujets de plus , gagnons à Dieu de nombreux serviteurs.

D'autres s'occuperont de l'importance matérielle de cette conquête, des moyens divers de la conserver et de l'accroître, du produit et des impôts que peut donner cette colonie africaine ; c'est une tâche utile. Sans rester étrangers à ces motifs de poli-

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Uqee humaine, nom verrons surtout, dans l'A/gérie conquise, mu' prOTJDOC de plus gagnée à la foi, à la civilisation.

Les lettres si édifiantes de M. l'abbé Suchet , vicaire-général d'Alger, >"nt remplies des détails les plus touchants; elles ont le grand mérite d'être écrites sur le lieu même , sur un sol encore tout païen, en présence du culte insensé de Mahomet; elles sont pleines des impressions si vives que produisent les cérémonies religieuses , la célébration des saints mystères , de pieux souvenirs, dans un cœur chrétien , dans l'àme d'un prêtre plein de foi et de talent. Toutefois elles ne présentent pas l'histoire suivie et méthodique de la religion dans la province d'Afrique , vers laquelle la France et surtout les fidèles ont les yeux tournés.

Nous croyons donc faire encore une œuvre utile en réunissant tout ce qui se rapporte à la religion chrétienne , dans ce pays , depuis les premiers temps de l'Eglise jusqu'à l'époque où la Croix a reparu sous la protection du Roi Très-Chrétien.

On y verra comment la lumière véritable y brilla d'un vif éclat, comment elle fut obscurcie et s'éteignit tout à fait; puis, comment, par un bieufait inattendu de la Providence, elle s'est rallumée parmi ces peuples barbares et ignorants.

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