CHAPITRE PRE1IIKR
L'Algérie sous le point de vue religieux.
La conquête de l'Algérie avait été jusqu'ici considérée uniquement sous le point de vue politique et commercial ; on n'avait pensé qu'à venger l'honneur de la France , à détruire une puissance barbare , et à se rendre maître d'un pays qui pouvait ouvrir des ports à ses flottes , pour donner une colonie voisine , des revenus et des produits matériels. L'homme religieux , le chrétien éclairé des lumières de la foi , n'en est pas demeuré là: il s'est élevé au-delà de ces avantages, d'ailleurs importants, au-dessus des intérêts humains , qu'il est loin de blùmer; et, tout en se réjouissant de voir nos armées victorieuses , les Fiançais campés sur le rivage africain , la puissante des pirates anéantie, leurs cruautés devenues impossibles, il a conçu de plus hautes, de plus saintes espérances : il a entrevu le signe
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consolant »lf la rédemption , la Croix reparaissant sur ce sol autrefois si cher à l'Église et foulé par les infidèles depuis
quatorze cents ;ms: il a , dans de douces et pieuses prévisions1, contemplé les mosquées de Mahomet transformées en églises du \ rai Dieu : il a vu la religion refleurir sur les ruines sacrées des anciens temples , retrouvées avec bonheur, purifiées et honorées ; son cœur a battu d'une sainte joie en pensant que des pupulations livrées depuis si longtemps à l'erreur , aux vices les plus honteux et privées de l'enseignement évangélique, allaient entendre la morale si pure de l'Homme-Dieu , et que la charité chrétienne viendrait ainsi adoucir, échauffer ces âmes farouches, livrées à l'égoïsme desséchant, à l'amour de l'or, à des instincts féroces.
Que cet espoir ne soit surtout pas trompé ; profitons de nos succès, sachons en faire usage comme des peuples chrétiens. En pesant les événements humains , comme Bossuet dans son Histoire universelle, en croyant que Dieu dispose tout pour sa gloire , disons avec l'auteur d'un ouvrage sur saint Augustin et l'Algérie :
« Comment sommes-nous en Algérie ? Voyez comme Dieu remue les choses de ce monde : c'est un rien , un moment d'impatience, un geste inconvenant d'un barbare, qui vient d'armer la plus puissante nation du monde , mettre en mouvement la plus belle flotte qui se soit vue , et dans un instant toutes ces contrées deviennent françaises. Une fois l'honneur national satisfait , on se met à considérer cette conquête , on la trouve vide; un bruit sourd d'abandon se fait entendre, et tous les cœurs français se soulèvent à cette pensée — Mais parce que notre susceptibilité a été blessée, il lui faut des garanties de conservation, et l'on donne à la France un titre grave, dont toute l'Europe , tout le monde chrétien s'émeut : — l'établissement régulier de la religion en Afrique , l'érection d'un diocèse, la nomination d'un évèque. — Et nous voici.
» Comprenez-vous les desseins de Dieu, pouvez-vous en me-
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Mirer la portée 1 Malheur à nous donc , si doua maoquiooi à
DOtre mission ! mais malin tir aussi à nous, si non- gàtioof «Ht''
œuvre par un zèle précipité , intempestif I »
» Si dous avions la foi robuste H brûlante des Godefroi el des Bayardj nous formerions des ordres militaires el religieui qui Beraienl l»'s têtes <lo colonnes et les conducteurs militaires de ootre invasion. Si nous avions des hommes hardis, vigoureux, sobres, croyants, comme furent les compagnons de Fernand Cortez , ils se précipiteraient à la conquête et à la civilisation sur la trace de ces ordres religieux. Si nous avions la charité chrétienne , de riches sociétés se formeraient, qui donneraient les fonds nécessaires pour transporter les nouveaux croisés. Alors, on peut en être assuré, ceux-ci réussiraient '. »
Je m'associe de tout mon cœur à ce projet tout français , éminemment chrétien ; mais ce que le cardinal espagnol , avecun pouvoir absolu, avec une fortune immense, aurait pu faire au quinzième siècle , quand l'armée qu'il commandait était toute chrétienne jusqu'au fond des entrailles, qui pourra dire que le gouverneur français, enchaîné par tant de liens politiques, retenu par de puissantes considérations, avec des troupes sorties d'une société que glace l'indifférence, eût été le maître de recommencer les croisades au dix-neuvième siècle ! Où est le saint enthousiasme, où est la foi ardente et courageuse du temps de saint Louis? où sont l'ermite .Pierre et saint Bernard , pour électriser les citoyens et les soldats? pouvez-vous réunir aujourd'hui la foule avec ces seuls mots : Diex el volt , Dieu le veut ? 11 faut donc tenir compte des temps et des difficultés , opérer le bien peu à peu , se réjouir du pas immense qui a été fait, remercier Dieu d'une grande faveur, et lui demander par l'intercession des saints d'Afrique d'achever son œuvre.
« Mais si Dieu nous a faits les instruments de la conquête
1 Solution de la ouest ion d'Algérie, par le géaéral Du vivier, ouvrage dont l'idée dominante est l'organisation par la religion, ouvrage où fomentent les idées religieuses au plus haut degré.
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sommes-nous digott de la garder?... L'Algérie , théâtre de nos vertus guerrières , est le tombeau de notre moralité. Depuis quinze ans nous y avons donné de bien tristes exemples ; nous nous sommes l'ait mépriser par les musulmans comme un peuple sans religion ; nous avons lait de stupides avances à celle" de nos nouveaux sujets; et par ces manifestations maladroites, nous avons ranimé leur orgueil, sans diminuer leur aversion.
» Cependant le christianisme , longtemps repoussé, est venu à notre suite; mais il ifa pu marcher jusqu'à présent, qu'environné d'obstacles et de dégoûts.
» S'il est vrai cependant que la conquête de l'Algérie ne soit qu'un dernier chapitre de l'histoire des croisades, si l'avantage de rendre au christianisme la patrie de saint Augustin est le seul qui ressorte clairement de cette lutte, il est permis d'énumérer ce qui serait arrivé si nous avions renouvelé sciemment l'exemple de Ximenès , et si l'étendard de la Croix avait marché dès l'origine en tète de notre armée1.
» Que de ressources sont à notre disposition maintenant , qui manquaient aux anciens soldats de Jésus-Christ! Le fond de nos armées est excellent , tout le monde le reconnaît : ces enfants de la charrue , qui en constituent la force , ont autant de modération que de courage; ils résistent, pour la plupart, aux mauvais exemples qui les entourent : que serait-ce si ce sentiment d'honneur qui les exalte se trouvait justifié par la conscience d'un grand service rendu à l'humanité?
» La science a mis entre nos mains des armes irrésistibles ; l'expérience nous a révélé les principes de l'hygiène, et les ressorts administratifs fonctionnent avec une admirable-sûreté. La plupart des maux qui consumaient les armées chrétiennes
1 « Si les Arabes vous attrappent quelquefois, ils ne massacrent pas celui qui vent se faire mahométan et servir avec eux; mais il faut qu'il renonce Jésus-Christ et la France : plutôt la mort. Il y en a eu qui s'y sont décidés pour sauver leur vie : on les regarde comme de la canaille et des capons. Vous n'avez pas besoin de craindre que j'en fasse autant en cas de malheur. »
( Lettre d'un soldat à ses parents.)
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du moyen-âge peuvent d être combattus avec succès j el s'ils
reparaissaient en partie, « 'eel que nos vices ont le aeerel de toui empoisonner.... Mais qu'on se ligure une peneée chrétienne, toujours vigilante et active, présidant à tous les détails de la conquête, avec une disposition commune , fondée sur l'accord de la conscience et des actes, et l'on aura droit de s'attendre à des succès miraculeux.
» La même vigilance qui aurait maintenu L'armée, aurait agrandi derrière elle la société civile à mesure des progrès de la conquête. Les hommes auxquels on parle souvent de Dieu sont seuls capables d'endurer la misère et de résister à l'attrait d'un avantage passager.... Avec l'influence de la religion , nous aurions eu l'accord , la loyauté, la résignation, l'intelligence qui nous ont manqué : en aurions-nous été moins formidables et plus odieux aux musulmans?
» Cependant on ne reviendra pas sur tous les résultats des quatre dernières années. Alger ne sera jamais un Saint-Jeand'Acre , dont la reprise soit destinée à constater de nouveau le triomphe de l'islamisme. Le christianisme , qui, au milieu de tant d'obstacles , a repris possession de la terre d'Afrique , ne l'abandonnera plus. Mais si le triomphe du christianisme est certain, celui de la France Test-il au même degré? Sommesnous destinés à jouer en Afrique , comme aux Indes et en Amérique, le rôle d'un torrent qui passe? L'incertitude de l'avenir est profonde à cet égard, et nous souhaitons vivement que toute l'activité de la pensée chrétienne s'attache à la solution de cet intéressant problème l. »
« Alger, s'écrie encore un officier chrétien, Alger, ce repaire
1 L' Algérie, \wt M. L. Veuillot. « Que le plus pur de notre sang, » ajoute M. Ch. Lenormant, professeur distingué, qui a rendu compte de cet ouvrage avec une conviction entière , « n'ait pas été versé inutilement sur cette terre étrangère! que le nom français y soit honoré et béni, que la tombe de nos soldats y soit environné d'un pieux, souvenir ! Pour atteindre à cette consolation de nos pertes , il faut appeler de tous nos rceux, de toutes nos prières , le jour où la Croix y marchera dans sa force et dans sa liberté. »
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inabordables de forbans orgueilleux et cruels ; Alger, la métro pôle tlo l'islamisme en Afrique, la ville sainte , la ville guerrière si longtemps la teneur des chrétiens , Alger est à la France: il est conquis à la civilisation chrétienne j il entre dans la grande
famille des cités catholiques. Alger, dont l'existence insultait aux droits de l'humanité, dont la \ie était une guerre à mort à la chrétienté , tombe à la satisfaction de la France et aux acclamations de l'Europe et du monde. Par celle victoire , qu'il est permis d'appeler sainte, il a été mis fin à la traite des blau/s, aux exactions de tous ces tributs honteux que les puissances chrétiennes payaient à des nations barbaresques , et aux avanies si souvent répétées que la civilisation européenne avait trop longtemps souffertes. La Méditerranée devient libre, la côte de Barbarie abordable, la Croix est replantée en Afrique !
» Honneur donc et reconnaissance éternelle à notre vaillante année! gloire avant tout au Seigneur qui s'est servi de sa valeur pour venger son culte et punir ses ennemis î
» Cependant on ne s'assemble pas pour prier en commun ; la foi sommeille dans ces contrées où elle fut jadis si brillante ; la religion, qui doit rendre notre conquête durable et féconde en résultats avantageux , est laissée en oubli par les vainqueurs ; ils élèvent de magnifiques édifices, ils tracent leurs chemins, ils percent des rues, ils joignent les maisons, et ne songent nullement à bâtir un temple au Seigneur qui leur a donné l'Afrique, à ouvrir une église à leurs soldats chrétiens. Nous courons de toute part , le fusil chargé , disperser nos ennemis , rassurer les tribus alliées : et nous ne sommes suivis d'aucun prêtre , d'aucun missionnaire ; cependant eux seuls pacifieraient ce que nous avons conquis; eux seuls, par la Croix, soumettraient pour toujours les peuples que nous effrayons par notre audace et notre valeur.
» Que la France y songe bien , l'Algérie ne lui appartiendra que lorsque le christianisme y aura sérieusement dressé ses autels, que lorsque ses apôtres auront porté aux Arabes des