CHAPITRE \ ) i LOI
vous nous ave/ demandée sur la Trappe de Staouëli Ion de notre passage à Lyon : aussi nous allons tâcher de réparer aujourd'hui nos délais, en vous donnant l'analyse de la fondation et du progrès de cette intéressante maison :
» En 1 8 VI , le gouvernement songeait sérieusement à ramener le peuple infortuné de l'Afrique vers U-< mœurs sociales et les croyances du christianisme... Plusieurs religieux partent donc pour examiner sur les lieux les chances de l'établissement projeté.... Malheureusement ils sont contraints de revenir bientôt en France sans avoir rien conclu , et même après avoir abandonné cette entreprise , à cause des difficultés suscitées par la malveillance.
» Néanmoins le maréchal Soult , stimulé par des membres influents de Tune et de l'autre chambre, renoue l'affaire, mande à Paris le supérieur général des Trappistes, et nomme une commission pour stipuler d'autres conditions moins défavorables. Elle arrête de nouvelles propositions , présentées au supérieur général , qui, de retour à la grande Trappe, lieu de la résidence, se hâte d'écrire à l'abbaye d'Aiguebelle, pour informelle révérend père Orsise , abbé de cette maison , du nouvel état des affaires. Il fait connaître les intentions de la commission nommée par le ministère de la guerre, les clauses de la concession en Afrique, et demande les noms des religieux destinés à former la société , car cette concession devait être accordée aux religieux par forme d'un contrat sociétaire. Il demande aussi le révérend père Régis , religieux d'Aiguebelle, pour supérieur de la colonie. Le révérend père Orsise consent à tout, et détermine ceux de ses religieux qui doivent signer le contrat. Le supérieur général mande à Paris le père Régis, qui part le soir même, et arrive à Paris le 4 août. Il était question non-seulement de signer l'acte par lequel les religieux d'Aiguebelle, destinés pour Staouëli, formaient ensemble une vraie société civile, mais d'accepter les conditions proposées par le gouvernement. Point de difficultés pour le contrat. Les religieux, représentés par
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leur supérieur à la grande Trappe , se sont constitués le 23 juin \ 8 i.'t, en association civile, pour remplir les vues du gouvernement, s'adjoindre de nouveaux associés et déterminer les conditions légales qui seraient nécessaires à la conservation de la société pendant cinquante années.
» Quant à l'acte de la concession même, il a été dressé le 11 août 1 8 i fî , dans les bureaux du ministère de la guerre en forme d'ordonnance.
» Il assigne 1020 hectares de terre et de broussailles aux sociétaires, mais qui ne seront donnés définitivement a titre de propriété, qu'à certaines conditions , dont \oici les plus importantes : La société , dans le délai de dix années , mettra en culture les terres qui en seront susceptibles. Elle plantera deux mille arbres par chaque période de deux années, en tout dix mille dans les dix ans... En cas d'inexécution des conditions ou de la dissolution de la société, le ministre ordonnera la résolution de la société et en réglera les effets. Le titre est signé par six mandataires au nom de trente-neuf autres sociétaires , qu'une ordonnance ministérielle autorisait h faire adjoindre aux premiers. M. le maréchal duc de Dalmatie terminait ainsi cette pièce, adressée au révérend père François Régis , le 8 juillet 4843:
« Monsieur, avant de vous mettre en route pour Toulon, il » sera nécessaire que vous me fassiez connaître quelles sont les » personnes qui doivent vous accompagner, afin que je leur » délivre immédiatement leur permis de passage. Recevez , etc. »
» Pendant que le courrier portait en Algérie ce traité du gouvernement avec, les Trappistes , le révérend père François Régis accompagna le supérieur général à la grande Trappe pour y recevoir ses dernières instructions sur la mission difficile qui lui était confiée. De son côté, et dans le même temps, le ministre donnait aux autorités administratives d'Alger , et surtout au directeur de l'intérieur , des instructions pour favoriser et faire réussir l'établissement des Trappistes. Des lettres pleines
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(l<- bienveillance Ida précédaient 1 1 tendaient à leur obtenu i les fecilitéf possibles pour organiser une exploitation rurale, comme un certain nombre de bestiaux, provenant des priées bu* l'ennemi , des vivres délivrés à charge de remboursement, et lo semences de la première année.
» Après un séjour de quelques semaines à la grande Trappe, le révérend père François Régis, muni de notes, de plans, mais surtout encouragé parles nombreuses félicitations de tous lesjvrais amis de la religion, reprit la route de la capitale. A Paris, plus que partout ailleurs, ses amis, et les principaux commi les éclairés bienfaiteurs de l'Afrique , ne furent qu'un même cœur et, une même âme pour le féliciter de son dévouement à uni si noble, cause. Le ministre lui offrit, pour lui et ses compagnons de voyage, des permis de passage. A Lyon et a Haubec, les religieuses trappistines , aux prières desquelles le révérend père François Régis désirait recommander l'œuvre dont il était chargé', reçurent avec attendrissement le voyageur, et semblèrent regretter de ne pouvoir , elle aussi , être associées au bonheur de travaillera l'œuvre projetée. Plusieurs, parmi ces vierges de la solitude , lui disaient avec une édifiante simplicité: « .Mon révérend père , si Je gouvernement voulait envoyer des » trappistines en Afrique, pensez à nous. » Enfin le révérend père F. Régis arriva à Aiguebelle. Cette abbaye, plus à portée de l'Algérie et destinée à faire les frais du personnel de la fondation de Staouëli, accueillit avec bonheur celui que le ré\éreud père Orsise avait choisi pour être le supérieur. La plupart des religieux témoignaient à l'envi le désir d'être envoyés en Afrique, et de contribuer à une œuvre que leur piété envisageait comme de la plus haute importance pour la religion. Deux ou trois religieux seulement devaient venir de la grande Trappe ; de ce nombre était le père Gabriel et le cher frère Gérard , qui a déjà moissonné i'année suivante la palme et la couronne dues ù son dévouement.
» Le révérend père Orsise. père immédiat de la nouvelle fon-
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dation j, institue canoniquement prieur le révérend père F. Hégis et lui en fait remettre les lettres authentiques. Le père !•'. Régis et le père Gabriel partent seuls pour préparer toutes ehoscs... Nos deux voyageurs s'embarquèrent à Toulon, le 10 août , à bord de YElna. La traversée fut belle et heureuse. Nous débarquâmes à Alger, ajoute le narrrateur, le 12, en moins de cinquante heures. Toutes les autorités, déjà prévenues de notre arrivée , nous firent un accueil bienveillant. M. le maréchal Dugeaud lui-même, qui n'avait d'abord pas trop goûté le plan d'introduire si tôt des colons célibataires , mais qui aurait voulu des familles et des ménages, se prononça tout de suite et proclama tout haut que puisque les frères de la Trappe étaient venus, il fallait les aider. Aussi , dès le lendemain , il nous convoqua au rapport ; nous y assistâmes tous. Tous les divers chefs de service s'y trouvaient. M. le maréchal y parla des trappistes arrivés et envoyés par le ministre. Il engagea ces messieurs à faire, chacun dans leurs attributions, ce qu'ils pourraient pour favoriser cet établissement. Tous s'y montrèrent très-disposés... M. le chef du génie fut chargé de faire livrer par ses propres fournisseurs , et d'après les tarifs, tout ce qui serait nécessaire pour monter nos ateliers. Ordre fut donné à six sapeurs du génie et à un sergent d'aller diiiger les travaux. Enfin M. le général commandant la division dit qu'il enverrait un détachement de condamnés militaires et qu'il les mettrait à la disposition des nouveaux colons de Staouéli. M. le maréchal termina la séance en nous recommandant de le venir trouver dans toutes nos difficultés.
» Nous n'avions pas encore vu le sol où devait s'élever le monastère ; nous choisîmes pour cela les premiers moments libres. Monseigneur fut empêché de se trouver de la partie , mais il nous prêta ses chevaux et sa voiture.
» Il nous fit présent aussi d'une petite croix de bois choisi sur les ruines d'Hippone ; nous la plantâmes nous-mêmes sur le lieu le plus propre à la construction du couvent Les travaux
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devaient commencer le lundi suivant , iii août; nous eûmes le temps d'aller faire bui les lieux une seconde \isite. Cette fois nous fûmes accompagnés de M. Renom . capitaine du génie . et de M. le baron de Vialars , notre ami et noire compatriote . et de quelques notables de la ville, qui s'intéressaieni à l'établissement. Tous ensemble n'eurent dans leur contentement, qu'à désirer et à appeler les bénédictions du Ciel sur eelte entreprise.... On allait célébrer la fête de saint Bernard, l'ornement et la gloire de notre ordre, le 20 août. Ce jour fut choisi connue très-convenable pour aller planter à Staoucli le premier jalon de prise de possession. Plusieurs ecclésiastiques d'Alger, le révérend père Brumauld, directeur des orphelins; M. l'abbé Daydon , chanoine; M. Laudman , curé de Mustapha, et quelques ecclésiastiques , voulurent être de la fête : nous primes plusieurs frères coadjuteurs, qui devaient pourvoir aux premiers besoins. Le révérend père Brumauld voulut bien se charger de ces soins, et il s'en acquitta avec toute la sollicitude d'un vrai père de famille. La pieuse caravane se mit en marche un peu tard , à cause des offices d'Alger, où les principaux pèlerins devaient assister. Presque tout le monde marchait à pied et lentement ; comme chef de la nouvelle colonie, je me chargeai de diriger la marche. Toutefois, connaissant à peine Staouëli, nous n'étions pas encore plus familiarisés avec les sentiers que nous devions parcourir. A l'approche de la nuit, nous hésitons , et bientôt nous confessons ingénument avoir perdu la voie , car nous ne découvrions ni la redoute ni le blockaus où l'on devait camper... En attendant, la marche devenait difficile . car dans les intervalles qu'on rencontre çà et là , entre les touffes de palmiers nains, la terre était sillonnée par de profondes crevasses dans lesquelles les bêtes de somme couraient risque d'enfoncer les pieds et de se blesser. En homme d'expérience , le révérend père Brumauld opine qu'il faut demeurer sur le lieu même où se trouvait la caravane , si elle ne veut pas s'exposer ou à tomber en quelques ravins profonds ou à «'éloignes beau-
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coup de son chemin; tous, d'un concert unanime, DOUf adoptons l'avis du préopinanl. Aussitôt on décharge les bagages , on les range tout près les uns dos autres, on attache les animaux tout autour, et les hommes , enveloppés dans leurs manteaux, se disposenl à prendre leur sommeil. Peu rassurés sut la sécurité du pays, nous n'osâmes pas allumer du feu , dans la crainte d'être découverts. La nuit était belle ; les bêtes de somme , attachées par le pied à la manière du pays , broutaient tranquillement la broussaille ; tout à coup une légion de chacals arrive sur nous au pas de charge , et semble vouloir disputer le poste aux nouveaux débarqués. Toutefois ces animaux ss tinrent. à distance respectueuse, et se bornèrent à pousser des cris perçants , comme auraient fait un millier d'enfants criant après leurs nourrices. Heureusement un des voyageurs , armé d'un fusil , montait la garde autour du camp. Depuis nous avons entendu, presque chaque nuit, les aboiements criards des chacals; nous n'avons jamais reconnu que ces animaux fussent dangereux, du moins pour les hommes, car il leur arrive bien d'attaquer les agneaux et même les moutons. Cette fois nous ne laissâmes pas d'avoir une certaine peur, nous n'avions jamais entendu pareille musique... Quand le jour fut arrivé, nous ne tardâmes pas à reconnaître les chemins et les lieux. Après la ferme de Sidi-Halif , nous avions appuvé un peu trop sur la gauche , et nous avions ainsi perdu la route; nous reconnûmes très-bien et les palmiers et leblockaus, nous nous mimes en marche de bonne heure , et au lever du soleil nous étions arrivés.
» Au milieu d'un petit plateau , sur le courant d'une belle source , et en face de la modeste croix plantée quelques jours auparavant , s'élevait un antique palmier ; son tronc principal , que couronnait une belle gerbe de palmes , était entouré d'une famille de jeunes sujets qui le protégeaient comme une brillante escorte. C'est là que, lors du débarquement de l'armée française à Sidi Ferruch , eu juin 1830, l'agha , gendre du dey
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d'Alger, entouré de son état- major, avait dressé sa teute , et là encore, quelques jours plus tard , s'était livrée la fameuse b?ilaille de Staouëli, qui déeida du sort dé l'Algérie.... Sous les rtmettua lutélairea de ee pahnierj on improvisa un autel champêtre ; la \oùte (\v* < i<u\ lui servit de tenture, des trouvons de palmes brisés tinrent lieu de cli.uideliers.... Muni th< pouvoirs nécessaires, on aspergea d'eau béuite ce lieu désert , nous nous revêtîmes d'ornements sacerdotaux, et par l'immolation de la Victime sainte, nous consacrâmes au Seigneur les préonees de la fondation.
» Il est difficile de prévoir l'avenir de cette belle cérémonie. Elle a été louchante ; c'était le premier acte de religion au milieu du désert de Staouëli , où le nom du vrai Dieu n'avait peut-être pas été pieusement prononcé depuis les beaux jours de l'Eglise d'Afrique, c'est-à-dire depuis quatorze cents ans. Six prêtres, quelques religieux laïques et d'honorables chrétiens assistent un pauvre religieux trappiste offrant au Roi immortel des siècles le sacrifice auguste de son alliance. Elle a aussi été consolante pour les religieux , cette première page de Staouëli • elle a mis au fond de leur âme la douce confiance que le Dieu de saint Bernard voudrait bien bénir leurs pénibles efforts et leur accorder quelque succès.
» Deux ans après, à Ja même époque , l'évêque d'Alger venait consacrer l'église de ce monastère, accompagné de son clergé , des lazaristes , des principaux chefs militaires et civils de la colonie , et d'une foule pieuse. Tous étaient accourus avec empressement, le maréchal gouverneur- général à leur tète. Entouré des religieux, jai posé la première pierre de l'église. Nos mains , unies comme son épée , leur charrue et ma croix , Tout donc assise , cette vieille pierre carrée , façonnée par un ciseau romain1, sur son lit de fer et de bronze. J'ai répandu sur elle l'eau sacrée , avec nos prières les plus ardentes , et nos larmes
1 Cette pierre tics-belle faisait partie des constructions romaines retrouvé- s à la Redoute.
♦le bonheur; puis j'ai laissé mon àme attendrie s'exhaler, s'épancher dans l'âme de nos frères. J'ai offert la Victime du salut, j'ai béni ces champs fameux.
» Tout à coup les religieux se forment en couronne ; Us sont prosternés devant l'autel de Heurs: tous ensemble nous redisons ayec transport : Laudate Dominion.... Nous regardions au loin le tombeau de la Chrétienne , pieux témoin de tant de scènes merveilleuses ; nous nous laissions aller à ce calme , à cette joie indéfinissable du cœur , sous le charme de Dieu ; et voici qu'un des frères , un des quatorze qui étaient là prosternés tout à l'heure, racontait qu'en 1830 , soldat du 26e de ligne , il avait combattu dans ce même champ de Staouéli; qu'il avait, de ses mains intrépides . travaillé à cette même redoute , au milieu de laquelle il recevait aujourd'hui , avant l'aurore, la communion des mains du père François Régis. Dans cette redoute , dormirent ceux que le Seigneur appela à lui du sein de ce cloître civilisateur.
» Dans une lettre pastorale publiée à ce sujet, Pévêque d'Alger faisait voir les avantages qui doivent résulter de l'établissement de celte pieuse colonie , « ruche sacrée , d'où ne cesseront de » s'échapper, dans la succession des âges, de nombreux et vigou- » reux essaims, protestation vivante et perpétuelle de foi, de » vérité , de charité, de prière , d'abnégation, de dévouement1.»
il ajoutait : « Venez , venez , mes frères , parcourir , visiter » ces vastes cours, ces humbles cellules, ces réfectoires, ces » lonas appartements dont les murailles elles-mêmes prêchent » si éloquemment ; ce temple, ces autels, où les enfants de saint » Bernard ne cesseront plus de prier pour vous , pour ceux qui » sous sont chers... Venez, conduisez-y vos enfants, empressez-
i II serait possible que des événements , des combinaisons politiques enlevassent à la France, dans un temps donné, cette belle conquête .. Eh bien , les Trappistes, qui peuvent vivre sous tous les gouvernements, n'abandonneraient pas Staouéli : ce que la religion fonde est plus durable que ce que l'homme établit.
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» nous, avant que les portes saintes se referment à jamais sur » leurs infortunés habitants. »
» Dans ec mandement donné à Staouëli même, lieu consacré par la victoire qui précéda la prise d'Alger, lieu arrosé par le sang du fils du commandant de l'expédition , l'évêque ordonnait encore de chanter un Te Datm , en action de grâces pour la fondation du monastère de Notre-Dame, et le Salve Regina , en l'honneur de la sainte Vierge , protectrice bien-aimée des Trappistes ;
« Un prêtre dont le cœur est rempli d'excellentes intentions , M. Landmann, ancien curé de Constantine, s'occupe de l'Algérie avec un zèle apostolique : il voudrait voir le christianisme , par son clergé même , jouer en Afrique le rôle civilisateur qu'il a joué jadis dans toute l'Europe ; ce serait en effet un beau réveil après un long sommeil. Est-ce possible? Dieu le sait; mais pour que cela fût possible, il faudrait, avant tout, que le clergé chrétien de l'Algérie se proposât directement autre chose que les pratiques religieuses de l'Eglise, et qu'il fût cultivateur, directeur modèle du travail colonial , qu'il fût un ordre de prêtres laboureurs , comme l'ordre de Malte était un ordre de prêtres soldats , comme plusieurs autres ordres religieux qui ont défriché l'Europe. Cette condition est difficile à remplir aujourd'hui ; mais tout ce qui s'en approcherait serait excellent; il vaudrait mieux copier en Algérie l'ordre de Malte, les Chartreux , les Bénédictins , que d'y transporter une copie exacte de nos évêchés de France1. »
L'heureuse révolution que les habitants du monastère de Notre-Dame peuvent opérer autour d'eux , et principalement sur tes populations conquises , est indiquée dans une lettre confidentielle dont il nous a été donné de prendre communica-
1 Le but qu'indiquait M. Enfantin , dans son ouvrage sur la Colonisation de l'Algérie , n'est-il pas atteint par la fondation des Trappistes? Nous citons le passage de cet écrivain, dont nous n'approuvons pas toutes les idées.
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tion. « Notre costume, presque eu harmonie avec les accoutrements arabes , notre genre de vie, notre exactitude à certaines observations religieuses, tout leur convient assez. En peu de temps, la plaine de Staouéli vit s'attrouper , autour des constructions, de nombreux groupes d'individus qui arrivaient des tribus environnantes et des bords du Mazafran. Ces pauvres indigènes auraient volontiers séjourné avec nous, mais ils se laissèrent intimider par les soldats français employés aux divers travaux; ils professent pour nous le même respect qu'ils ont pour leurs marabouts ( prêtres mahométans). S'ils ont quelque denrée à vendre, quelque marché à conclure; ils s'adressent volontiers aux marabouts de Staouëli, et donnent des preuves de la plus étonnante franchise : leur confiance en nous est déjà sans bornes ; nous pourrions citer plusieurs traits à l'appui de ce fait. En voici deux seulement :
» J'avais délivré un Bédouin qu'un soldat voulait maltraiter, d'un châtiment infligé trop sévèrement. Quelques jours après cette aventure , et en ayant perdu le souvenir , je revenais à pied d'Alger: j'entends des cris derrière moi, je me retourne, et j'aperçois plusieurs indigènes courant après moi, montés sur leurs ânes. Quand ils m'eurent atteint , ce fut à qui me presserait davantage d'accepter sa monture; je n'osai refuser; je savais que ces pauvres gens sont bien peines quand on n'accepte pas leurs services. Toute la caravane témoigna un vif sentiment de bonheur de m'escorter comme en triomphe jusqu'au monastère , où les ouvriers , qui ne comprenaient pas trop pareil spectacle , poussèrent des cris de surprise.
» Va autre jour , un habitant du pays traversait un ravin à quelques pas de moi ; je lui fis un salut ; sensible à ma politesse , il s'approche de moi d'un air joyeux , et me demande, dans son jargon semi - barbare , si j'étais un marabout de Staouëli. Sur ma réponse affirmative, il me prend les mains affectueusement, les baise avec respect et bonheur, et me répète, à plusieurs reprises, bono, bono ! Après quelques mots échangés
comme il nous tut possible, DOQfl DOU8 quittâmes enchantés l'un «le l'autre. >•
Voici à présent la règle de conduite que se sont prescrite le> religieux vis-à-\is des arabes : elle annonce une grande prudence et une grande sagesse.
« Par de bons procédés à leur égard , par de bons exemples et des aumônes, nous espérons les amener insensiblement à comprendre qu'il y a des Français et des chrétiens qui sont honnêtes et religieux ; ce qu'ils ont de la peine à croire. Le bon Dieu fera le reste , déjà ils nous ont envoyé quelques-uns de leurs enfants. »
Autrefois les moines ont défriché le sol de la France ; ils ont élevé des temples, conservé les anciens écrits, recopié des manuscrits précieux , nourri les pauvres , donné l'exemple de toutes les venus, et propagé les enseignements de la religion ; puissent les Trappistes de Staouéli , que des sentiments si louables ont conduits en Algérie, produire les mêmes fruits sur cette terre nouvelle !
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