‹ L'Algérie chrétienneChapitre 10 sur 22 · IMPURE VI · texte numérisé non relu

IMPURE VI

Etablissements religieux fondés en Algérie depuis l'occasion. — Lettre de l'èvêque d'Alger à ce sujet, — Sa visite pastorale en 1843.

C'était bien au chef de l'Eglise d'Alger qu'il convenait de donner la statistique religieuse de son diocèse ; lui seul, mieux que tout autre, pouvait connaître comment les mosqués s'étaient peu à peu transformées en temples chrétiens ; comment des hospices , des maisons pour les malades , les orphelins et les vieillards , s'étaient établis ; comment, à mesure que notre domination s'était étendue en Afrique , tout ce qui peut contribuer à la dignité du culte , à l'exercice de la charité , à la pompe des cérémonies , avait pris un égal accroissement. Nous allons donc nous servir d'abord des renseignements fournis par Mgr Dupuch; puis, le récit de sa visite pastorale entreprise en 1843 mettra le lecteur à même de se former une idée aproximative et consolante de tout ce qui a été fait pour la religion et de ce qui peut se faire encore.

Extrait d'une lettre de Monseigneur l'èvêque d'Alger à MM. les membres du conseil central de l'œuvre pour la Propagation de la Foi ' .

Boue, S2 avril 1839.

« J'ai dans la seule ville d'Alger, environ dix mille catholiliques, sans y comprendre les troupes de la garnison. Je ne 1 Personne n'appréciait mieux que Mgr l'évèque d'Alger cette œuvre

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saie pas d'une manière précise le nombre des catholiques dispersés dans le massif d'Alger; ce que je sais ; «'est qu'il me faudrait au moins quatre églises pour administrer décemment

les secours de lit religion aux colons, soit aux vingt-cinq mille soldats répandus dans les divers camps dn massif, soit aux douze cents condamnés militaires employés au\ travaux des

routes; et pourtant c'est à peine si Ton peut célébrer les s;iiut< mystères au village de Delhy-lbrahim , dans une espèce de cabane qui sert malheureusement à la t'ois d'église catholique et de temple calviniste. Il me faudrait non-seulement des églises provisoires , mais encore et surtout des fonds pour entretenir trois ou quatre missionnaires. Une excellente famille, établie à deux lieues d'Alger, avait donné une chambre assez grande pour contenir soixante personnes; on l'a convertie elle-même en chapelle : autel, ornement, tout a été offert et préparé : c'est beaucoup pour nous qui sommes si pauvres.

» A Alger même, indépendamment de la petite cathédiale de Saint -Philippe, qui deviendra une très-jolie église1,

éminemment chrétienne , dont les fruits abondants devaient profiter à son diocèse, peuplé de tant d'infidèles, plus qu'à tout autre; aussi, le 27 janvier suivant , adressait-il à sus collaborateurs une circulaire dans laquelle il leur recommande l'association pour la Propagation de la Foi.

1 Au-dessus de chaque galène, excepté dans la partie orientale , règne une tribune munie d'une balustrade en bois travaillée avec beaucoup d'art. Une place y est réservée pour le gouverneur et sa famille , et il s'y rend de son palais , qui est attenant au temple , par une porte de communication. Des armoires ont été pratiquées ça et là le long des murs, et sont fermées par des portes de bois , composées de plusieurs pièces de rapport , chacune d'une couleur différente; les pans intérieurs sont revêtus, jusqu'à la hauteur de la tribune, de carreaux de porcelaine blanche et bleue, qui produisent le reflet le plus singulier sur ceux qui entrent. La chaire, adossée à une colonne, est ornée de sculpture d'une délicatesse et d'un fini remarquable : devant le lieu où l'on conservait le Coran , et vers lequel les musulmans se tournaient dans leurs prières en implorant le secours d'Allah , on a dressé une statue de la Vierge. A quelque pas de là surgit le maitre-autel , dont la richesse est en harmonie avec le temple. Il offre plusieurs espèces de marbres précieux , des sculptures élégautes et des formes gracieuses; une balustrade sépare le sanctuaire du reste

7 S I. ' A L fi Ê R 1 E CHRÉTIENNE

les piomesses qui m'ont été faites à Paris se réalisent, j'aurai bientôt dans la mosquée extérieure de la Casbah, que je consacrerai le 3 mai prochain, à la Sainte-Croix, une succursale fort utile et presque indispensable aux habitants de ce quartier ainsi qu'aux habitants du fort de l'Empereur et des deux communes environnantes. Les sœurs de Saint-Joseph , mes chères et infatigables auxiliaires, font bâtir une chapelle dans leur principal établissement d'Alger. On me promet d'en construire une au nouvel hôpital civil et au collège ; on va même jusqu'à me faire espérer qu'avant la fin de Tannée je pourrai bénir une seconde succursale vers la porte Bab-el-Ouel, où se trouve une mosquée qui sert encore de magasin militaire. Déjà j'ai une école de filles très-florissante, une sale d'asile de cent petits enfants, un couvent, une société de charité , composée de cent dames divisées en sept sections , de bonnes âmes qui se partageront les plus pressantes misères d'une population malheureuse. — Mais pour ces églises naissantes, pour les prisons où sont entassés des milliers d'infortunés, et pour d'immenses hôpitaux, je n'ai que deux prêtres qui ne reçoivent que -1800 fraucs chacun par an. Il faut avec le traitement des trois chanoines, pourvoir à la cure de la cathédrale, aux succursales, au secrétariat de Tévèehé, et eu tout cinq personnes pour un travail aussi considérable.

de l'édifice ; il est orné d'un côté par le banc des marguilliers , et de l'autre par le trône épiscopal.

» Mais ce qui frappe le plus en entrant dans la mosquée , ce sont les inscriptions presque colossales ( chaque lettre n'a pas moins de trois à quatre pieds de long) qui en ornent les parois ; elle contiennent des sentences tirées pour la plupart du Coran , propres à réveiller la foi d'un disciple du prophète et à lui inspirer du respect pour le lieu saint. Une inscription rappelle l'histoire des sept Dormants,

» Ce monument , grâce au zèle éclairé du prélat qui gouverne l'Eglise d'Alger , n'a subi aucune modification essentielle , et sa transformation en temple chrétien n'amènera jamais , nous l'espérons , aucune espèce de changement capable de faire naître des regrets dans le cœur des véritables amis . des beaux -arts. » [Descrip. par M. l'abbé Barges.)

CMAP1TBR fl T'.l

» Je n'ai, mu Oran, Mestaganem el toute celte province, que do renseignements incomplets : dans quelques semaines faurai tout ru par moi-mémo. Les lettres de deux prêtres que ,f\ ai déjà envoyés me déchirent le cœur. Ils n'ont pas d'église ; une

chambre étroite , voilà tout ce qu'ils possèdent jusqu'à présent dans la première de ces villes, qui compte environ cinq mille habitants catholiques, sans parler d'une garnison nombreuse. A MoBtaganem, à Arzew, et tout prèsd'Oran, il n'v a pas même de chapelle. Ils demandent à grands cris des sœurs , des écoli i . un prêtre de plus , des ornements, des livres.

» Quant aux provinces de Boue, de Constantinc, au territoire de Bougie, je peux m'expliquer plus longuement. Bougie, petite ville composée de toutes sortes de ruines , n'est encore qu'un commencement de possession française, et a besoin , plus que le reste de l'Algérie . des lumières de la foi et (\o> bienfaits d'une colonisation chrétienne. Le gouvernement français ne reconnaît encore aucun prêtre pour desservir la petite église de cette ville , dont tant de maisons furent détruites par suite du siège : mais les autorités locales, qui, là comme partout, sont admirables de zèle et de dévouement religieux , ont assuré une chapelle et un humble presbytère. J'y ai placé un excellent eccléMaslique alsacien , vraie providence pour les soldats de la légion étrangère et pour l'enfance : il est tout à la fois curé et maître d'école.

il faudrait à Philippeville , qui s'élève comme par enchantement ( la garnison et les habitants le demandent à grands cris ) un prêtre , un instituteur, et par conséquent une église et une école. J'ai eu la pensée de faire construire , à la fiu de mai prochain , une grande baraque en planches , qui servirait à la fois de presbytère , de chapelle et d'école , le curé étant encore instituteur primaire . ce qui est inappréciable dans ce pays nouveau. Avec l'hôpital militaire, les soins que réclameraient les soldats qui, partout en Afrique, nous donnent d'inexprimables consolations , avec les enfants et une population qui croît à

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chaque instant , un bon piètre trouvera de quoi remplir une sainte et laborieuse \ie.

» Constanline compte à peu près trente mille habitants. Les \ingt lieues de désert qui la séparent de Philippeville et de Stora sont peuplées d'une foule de tribus qui seraient bientôt chrétiennes si elles ressemblaient aux indigènes de la capitale et à ceux du grand désert qui m'ont été présentés par le chcik El- Arab. M. l'abbé Suchet, qui a généreusement sollicité et admirablement rempli les fonctions de missionnaire de Constantine, y a déjà parfaitement approprié une belle église, un presbytère, un établissement pour les sœurs que j'y ai conduites et installées. J'y ai été reçu comme un ami, un père, un véritable. évêque; j'y ai béni solennellement l'église, le cimetière, un autel portatif ; j'y ai célébré une messe d'actions de grâces pour la conquête , et un service pour les braves morts sous les remparts de la ville; puis, j'ai donné la première communion à cinq enfants confirmés venus à notre secours. Trois saints prêtres seraient nécessaires dans celte seule partie de l'Algérie. J'oubliais de vous dire qu'à Philippeville, j'avais béni un cimetière et la ville elle-même, à la fin d'une magnifique cérémonie, au milieu d'un camp , entouré d'une foule d'Arabes, au bruit des fanfares et du canon. Après avoir célébré la messe, sur un autel de fleurs , de gazon et de trophées d'armes, j'adressai quelques mots à nos soldats ivres de joie et à leurs dignes chefs, et je donnai la bénédiction pontificale, qui fut reçue avec un pieux respect.

» ABone, il y a eu cinq cents communions pascales; j'y ai confirmé environ soixante personnes; et j'y ai baptisé la première cloche du diocèse, celle de l'église de Saint-Eugène de Prariah , celle de la charmante église de Sainle-Philomène de Byr-Kaden, etc. Saintes et délicieuses journées , que je compte parmi les plus belles journées de mon épiscopat !

» Elles duraient encore que je repartais , traversant les premières chaînes de l'Atlas , remontant désormais sans effort les gorges pittoresques de la Chiffa pour gagner Médéah, Quelle

d Il A P I T R E V I SI

(•lie égliei , et comme elle .1 été merveHtausemenl pourvu»- <\< tout! la Gron la tomme... mis btentôl ejuel sera le h.trni.i u . la c i t « * mauresque 9* française, sur teequlek on ai M rerra l>as briller !

» Le 8 août . je franchissais te col célèbre de .Mou/.aya. Le 8 , jour anniversaire de usa première communion, arrivé sur le roi même . <■! ,': geMHrx sur le plus haut sommet, je priais pour <ru\ qui tant de l'ois et si vaillamment v cumhattirent , et dont je iii(jiiillai< de mes lanm s les ossements cachés sous les myrthes et les bruyères. C'est alors que d'une voix profondéim ut émue et retentissante par tous ces êchocs étonnés, je bénis , en •'tendant ma croix ,1 ces montagnes , ces campagne.; immenses, et jusqu'à cette m«r immense qu'un prince avait déclarées françaises en étendant sa victorieuse épée, comme je les déclarais chrétiennes en les foulant de ma houlette pastorale, en offrant le sang de la Victime sainte !

» Je célébrai la messe un peu plus tard , sur le revers opposé de l'Atlas , au plateau de la Croix ; il était dix heures. Figurez-vous des grottes profondément creusées dans le roc vif , portant encore la trace séculaire de leurs premiers habitants, et au-dessus une croix, une véritable croix chrétienne, une croix incrustée parmi des touffes de lauriers-roses chargés de fleurs embaumées. Du pied de la croix . où il enfonce ses racines sauvages, un figuier immense se détache et forme une gracieuse coupole; le Bouroumi, fumée* eu père des chrétien». coule auprès sous une voûte de feuillages et de fleurs.

» Mais déjà un de nos spahis roule avec effort la pierre ou s'appuiera l'autel ; un second fait feu avec sa carabine et allume la mèche qui doit éclairer nos rustiques flambeaux ; un autre est descendu et puise dans des burettes éclatantes l'onde pure du Bouroumi. Des rameaux fleuris s'enfoncent, avec nos cierges improvisés, dans les anfractuosités du rocher; d'autres gracieux rameaux effeuillés forment le tapis épiscopal ; les stalactites descendent comme de magnifiques guirlandes. J'ai revêtu

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nos plus beaux ornements pontificaux : j'attache ma crosse à une ronce qui descend du roc , parmi les pampres de vignes et de fleurs, symbole singulièrement expressif... J'offre l'auguste sacrifice, je renouvelle ma première communion. J'avais prié pour ceux qui succombèrent dans ces lieux mémorables , pour d'anciens et infortunés esclaves chrétiens qui avaient creusé la mine de cuivre voisine, pour ceux à qui je devais un pareil jour, pour l'Afrique, pour vous, pour vous mille fois bénis que vous êtes de tous les biens que vous ne cessez de faire1.

» A Millianah, j'allais visiter nos guerriers malades, baptiser des enfants, et préparer une église pour l'arrivée prochaine du curé de Saint-Adéodat. Avant de repartir, le H au matin, dès les premières clartés de l'aurore , j'étais à genoux au pied de la cime du mont Zauhar, le géant de ces contrées. Le sol était joncbé , par les mains des soldats, de fleurs humides de rosée. Dans la redoute voisine , devant laquelle se dressait comme par enchantement un autel, la musique militaire se faisait entendre à travers les crénaux noircis par la poudre : le général Reveu , son état-major, la garnison gravissaient la colline; j'offrais encore les sacrés mystères, et encore et toujours pour ceux qui moururent en nous frayant la route : quel ministère!

» Encore quarante-huit heures, et nous rentrions dans Alger, d'où, après avoir chanté la glorieuse assomption de Marie, nous repartions, sans plus de délai, le 15, à huit heures du soir, pour continuer nos courses pastorales dans la province de l'ouest.

» A Cherchell , l'ancienne Julia Cœsorea , dont il porte le titre épiscopal , les cinq cents habitants civils et sa garnison célèbrent à l'envi la piété et le zèle de leur excellent curé.

» A Mostaganem , rendue célèbre par nos soldats , cent petits Arabes in extremis y ont été baptisés : saintes et joyeuses prémices !

1 Cette lettre est adressée aux membres du conseil général de l'Œuvre pour la Propagation de la Foi , qui a tant fait pour le diocèse d'Alger.

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» Arzew , Artenariù des Humains, n'avait jusqu'ici été visitée que de loin on loin; désormais, et sous le patronnage de sainl Jacques, apôtre, sa petite chapelle sera régulièrement desservie par un des pères auxiliaires d'Oran. ,

» Je revois Oran , la seconde ville chrétienne du diocèse, car il y a, sans compter des hameaux, etc., près de neuf mille catholiques; l'étahlissement des sœurs trinitaires fleurit de plus en plus et rend d'immenses services; il y a un an, j'en avais consacré la belle chapelle ; l'église paroissiale, ancien sanctuaire d'un couvent de religieuses espagnoles, bâti par Charles V, dont les nobles armoiries bien conservées en font encore la décoration, pouvait contenir cent personnes au plus. On doit y construire un hôpital pouvant recevoir quatorze cents malades; il y aura une chapelle.

» J'ai comblé les vœux des habitants de Mers-el-Kébir, ils sont déjà quatre cents vivant à terre, et trois cents demeurant dans des barques. L'hiver dernier , pour exaucer leurs vœux sans cesse renouvelés, la messe avait été célébrée sur un troismâts, dans la belle rade qui est abritée par le fort; tous les bâtiments s'étaient rapprochés; sur le pont, sur les mâts, sur les vergues, c'était une multitude d'heureux fidèles qui s'unissaient aux sacrés mystères avec de vifs transports de joie ; aussi , comme ils ont été consolés , quand dans quarante heures, et grâce à leur élan unanime, chapelle , presbytère, école , autel , tout a été prêt; la cloche était incessamment agitée; tous avaient des habits de fête. Un vieux marin , sa boutonnière ornée de la croix d'honneur, faisait l'office de sacristain1. ..

» En résumé , j'ai cinquante mille diocésains catholiques ; dans dix mois, j'en aurai soixante mille, tous habitants civils , et quatre-vingt mille militaires. D'après de précieux renseignements , on évalue à cinq ou six millions la population totale. 0 mon Dieu, que d'âmes à sauver!.. J'ai bientôt plus de cinquante

' Dans cette visite pastorale, le couvent des Trappistes de Staouëli ne fut point oublié : nous avons reporté à cet article les détails de cette visite.

églises ou chapelles; j'ai un commencement de grand séminaire , une école déjeunes clercs, quatre-vingt seize orphelins ou orphelines chez les sœurs de Saint-Vincent de Paul ou ailleurs, trois sociétés de dames de Charité, seize maisons religieuses d'éducation, de secours, de refuge, d'expiation, de travail, contenant soixante-quinze sœurs , et en y comprenant les frères de la Trappe , soixante-douze frères et soixante-six prêtres.

» A qui tous ces trésors? A Db*u, pane, qu'ils viennent de lui. A qui après Dieu? A l'œuvre de la Propagation. Bénissons tous le Seigneur, et répétons tous une nouvelle, une dernière, une perpétuelle fois : Laudate Domimtm omnes génies.-.

» Aussitôt qu'il nous sera possible de le faire, nous espérons dédier à Notre-Dame des Martyrs Ja célèbre mosquée de Sidi- Abderramann , le plus fréquenté de tous les pèlerinages mahométans : car c'est là , à ce lieu de sainte mémoire , que , durant plusieurs siècles, un nombre prodigieux de chrétiens captifs souffrirent et moururent pour la foi. Que de touchants récits on trouve dans les vieilles chroniques des religieux rédempteurs de la Merci, dans la vie de saint Vincent de Paul, etc. ! Ce fut en le couvrant de pièces d'or et d'argent , qui devaient servir à sa rançon , qu'un illustre captif acheta ce cimetière , dans lequel reposent ses ossements bénis , préférant généreusement à sa liberté , à la terre de sa patrie , le bonheur de faire désormais partager sa sépulture sanctifiée à ceux de ses frères qui moururent dans l'esclavage.

» A Dely-Ibrahim , une église sera bientôt dédié à sainte Félicité et à sainte Perpétue. A droite est Statouëli. L'année dernière , au mois de mai, j'eus la consolation de célébrer les saints mystères sous l'épais feuillage d;un figuier qui ombrageait, il y a neuf ans , de ces mêmes rameaux un jeune héros , Amédée de Bourmont , blessé mortellement. Quelques pas en avant, un humble et rustique autel avait été dressé à la hâte ; une peau de panthère , étendue sur le gazon , servait de tapis et de trône

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épiscopal : j'y donnai la conimunion |>our la première fois à un grand nombre de pauvn s enfants, dont les cantiques , en langue de la patrie, B6 mêlèrent à nos prières ardentes ; je leur donnai en même temps la confirmation. Que de souvenirs à la fois! Ils étaient rangés eu couronne autour de l'autel, et ne pouvaient se décidera rompre celle espèce de guirlande sacrée; moi-même je fus quelque temps sans pouvoir m'arracher à cette Boèuc toui liante.

» Une fois la construction de l'église de Dely-lhrahim achevée , nous espérons pouvoir poser et bénir la première pierre de Saint-Ferdinand de Boufarick. En attendant, depuis quinze jours , uue ambulance en planches , et assez vaste pour former une chapelle et un presbytère , nous a été donnée par le génie militaire; une chétive maison est destinée provisoirement à servir d'église ; nous y avons même célébré la messe et baptisé.

w A Douera , nous avons essayé de jeter les fondements d'une église de Saint Antoine : la guerre avec ses misères nous a forcé d'ajourner ce projet. Et cependant le nombre des malades est considérable à l'hôpital de Douera, et il n'y a pas encore de chapelle ; et quand , -chaque semaine , malgré cinq grandes lieues de distance , bravant les plus ardentes chaleurs, un de nos prêtres accourt d'Alger auprès de ses pauvres et bien-aimés malades , il ne sait où prier, ou bénir : heureusement que INotre-Seigneur habite toujours, et partout, dans ceux qui souffrent et qui gémissent.

» A Koléa, à Blida, par toute cette contrée, à peine si la religion a pu un instant dresser sa tente amie Désormais, celui de nos prêtres qui campe à Bouffarick , profitant des convois militaires , pourra du moins, de temps en temps , visiter l'hôpital si intéressant de Blida.

» A la pointe Pescade , au Boujareick , Kouba,etc, pour toutes ces contrées fort peuplées, nous n'avons pas encore pu , faute de fonds suffisants, planter la croix de Notre-Seigneur; tout au plus, de temps à autres, quelqu'un de nous les par-

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court-il, administrant les secours aux malades, baptisant les enfants, semant sur ses pas le peu de bien en son pouvoir. S'il nous était possible d'y bâtir quelques pauvres chapelles en bois.

» La nouvelle église de Mustapha nous a été offerte par un colon d'Alger, sous les auspices d'un iljustre personnage ; c'est une sorte de voûte qui peut contenir trois à quatre cents personnes.

» Telle est, imparfaitement sans doute, la situation de la religion dans la ville d'Alger et de la province. Nous vous ferons connaître successivement deux autres provinces , et avec le temps le reste de la colonie. Priez et faites prier beaucoup pour nous. »

Ajoutons quelques détails intéressants sur les établissements dans lesquels la religion a sa part et son action.

« L'hôpital civil d'Alger, non encore achevé , mais dont la belle construction se poursuit avec beaucoup d'activité , pourra contenir six cents malades : il est desservi par les sœurs de l'Apparition. Dans aucun des hôpitaux , il n'y a de chapelle proprement dite; même à celui du dey, il n'est pas possible de célébrer les saints mystères : sa distance de Mustapha, qui est d'une demi-lieue environ, en rend le service pénible , l'administration n'y ayant pas encore logé les prêtres consacrés à cet admirable ministère. Il est consolant de penser que la mortalité n'est point en rapport avec le nombre prodigieux des malades ; plus consolant encore de savoir qu'aucun de ceux qui succombent ne meurt sans avoir reçu les sacrements de l'Eglise.

» La prison civile est dans un état tellement provisoire et déplorable , qu'il n'est pas permis d'en parler : heureusement la

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religion veille, et il ne dépendra paa «relie qu'il n'en soit bientôt autrement.

» Alger possède un collège moitié missionnaire moitié militaire, en ce sens que l'administration en est soumise à l'autorité souveraine du ministre île la guerre. Depuis cinq mois , un prêtre a pu donner enfui quelques soins religieux à cet établissement . dont la destinée peut a\oii tant d'influence sur relie de l'Algérie tout entière. Cent cinquante élèves fréquentent la classe de ce collège; l'école d'enseignement mutuel compte environ cent soixante enfants ; quatre écoles privées en réunissent cent quatre-vingt-quatre; cent trente-sept jeunes filles sont admises dans l'école des sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition ; cent quatre-vingt-quinze dans quatre écoles ou pensionnats particuliers. D'ici à peu de temps s'ouvriront, nous en avons plus que la confiance , les classes des frères dans la ville même d'Alger, et à Mustapha le pensionnat des religieuses du Sacré-Cœur. A Mustapha aussi , ont été jeté les fondements du petit séminaire de Saint-Augustin, en novembre 1839. Depuis le mois de juin dernier, la direction en est confiée aux prêtres auxiliaires de Sainte-Croix du Mans. Les excellentes dispositions des premiers petits-clercs de Saint-Augustin nous font espérer qu'ils seront toujours dignes d'un tel patronage; ils sont élevés de manière à pouvoir parler plus tard indistinctement le français et l'arabe.

» Indépendamment de leur école et de l'ouvroir qu'elles y ont joint , les sœurs dirigent à Alger l'établissement des pauvres orphelins des colons, fondé en novembre dernier, et une salle d'asile de cent dix-neuf petits enfants. D'ici à peu de mois , d'autres orphelins seront confiés aux dames du Sacré-Cœur, et un refuge pour les jeunes filles exposées, aux sœurs de Saint- Joseph. Comme nous le disons au commencement de cette lettre , les frères de Saint-Joseph du Mans ont été chargés de l'établissement des orphelins de Saint-Cyprien à Mustapha; leur nombre a été fixé à vingt-cinq , en mémoire des vingtcinq pièces d'or que cet illustre prince des évêques et des

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mail} es d'Afrique lit donner ,iu bourreau qui allait lui trancher la tète.

». Le 19 mars 1835) , une association de dames de Charité fut fondée à Alger, à l'évèché : elle se compose de cent dames, présidées , dès le commencement , par madame la baronne de Sales , fille du maréchal gouverneur-général ; elles se distribuent toutes les bonnes œuvres. A l'exemple des sociétés maternelles, quatre fois l'an elles se réunissent au lieu de la fondation , sous la présidence de l'évèque. Chaque année, le S juillet, en mémoire de la prise d'Alger, a lieu une loterie pour les pauvres et les malades.

» Alger ne compte encore que deux églises , dont l'une , à proprement parler, est plutôt une chapelle qu'une église; c'est l'ancienne mosquée extérieure de la Casbah ( palais du dey), bénite et consacrée à la Sainte-Croix le ô mai 1839. Là , tous les ans à pareil jour, et le 3 décembre, se tiennent les assemblées de la Propagation de la Foi : là encore , et de façon à dominer du pied de la croix la ville des pirates devenue chrétienne , s'élèvera bientôt , sur une colonne tirée des ruines de Rusucurium , une magnifique statue de Marie immaculée ; elle est en bronze , d'un travail achevé, digne enfin et à tous égards delà piété de la Congrégation des enfants de Marie de Lyon qui l'a offerte. L'église principale d'Alger, à qui le pape Grégoire XVI a donné pour patron l'apôtre saint Philippe , dont elle possède une très-précieuse relique , était autrefois , ainsi qu'une autre mosquée voisine détruite depuis, consacrée à la Vierge. Sur cet autel repose une statue de Marie , trouvée lors de la conquête dans le port d'Alger, sans qu'on ait jamais pu découvrir d'où elle venait et à qui elle était adressée. La piscine en marbre de l'ancienne mosquée sert de fonts baptismaux. Dans ces derniers temps elle a reçu des ornements précieux , touchante offrande de la piété royale , ou souvenirs non moins touchant de la foi de nos frères de France , et des membres de la Propagation de la Foi.

CH AÇITHR VI "t'I

» ('.lie/ ii £ .Meurs de Saiut-\ iin-«-iit de i'aul . deux eliapel!e-

oui été dédiées à saint Joseph et au saint --t immaculé Oœur de

Marie. Il sciait difficile de donner une idée même imparfaite de la beauté, île la lichcsse de C£ dernier 9BOI fuaire. Hàli par les Maures , il fut longtemps le \estibule du palais devenu l'évêehé. On dirait une chapelle gothique; tout est marbre ou dentelle de pierre. On compte sept portes de différentes grandeurs , sculptées d'une manière admirable, vingt colonnes torse- en inarbre blanc , ornées de chapiteaux d'une délicatesse infinie en soutiennent la voûte, et la partagent en douze niches dédiées à la mémoire des plus illustres évoques d'Afrique. Un ange, de l'orme antique , y repose sur un monument de marbre blanc de Canaric , tirée des ruines sacrées il'Hippone ; l'inscription , admirablement conservée , rappelle qu'il fut élevé à la mémoire d'un enfant couché à ses pieds avant la fin de son printemps. Au milieu du sanctuaire , et sous la lampe de bronze, une grande rosace en mosaïque , arrachée aux mêmes ruines , représente par ses deux, anneaux l'union des deux églises. Dans l'autel a été déposé le corps entier de saint Modeste , jeune martyr de douze ans, dont nous apportâmes les reliques insignes des lointaines catacombes de Rome. Au-dessus est un beau tableau de l'Assomption, donné par la reine Marie Amélie; aux deux cotés, deux anges adorateurs, les mêmes que ceux du maître-autel de Saint-Sulpice à Paris. Sur une porte à droite sont écrites en lettres d'or ces paroles plus précieuses que l'or le plus pur : Yenite ad me omnes qui laboratis et onerali estis . Venez à moi, vous tous que la fatigue et les fardeaux accablent. Audessus est suspendue une madone de grand prix : capturée au temps des pirates par un corsaire algérien , elle est retombée providentiellement entre nos mains. Enfin, en forme de table de communion , deux magnifiques rampes de colonettes de marbre blanc incrustées de fleurs du plus précieux travail , restes d'une chaire de Mahomet , y vont être placées I/autel est surmonté d'une coupole par où descend un jour religieux. A la

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porte et dans son turban creusé à cet effet , le tombeau d'un dey Sarde l'eau bénite". Sanctuaire béni mille fois ! mille fois plus précieux par le trésor des grâces qu'il renferme déjà, par ceux qui s'y multiplient tous les jours, que par le marbre et l'airain , par les prodiges de la toile et du ciseau !

» Trois chanoines, le curé de Saint-Philippe et ses deux vicaires, avec !•■ seul vicaire-général reconnu, composent le personne! d'Alger proprement dit. Sans les secours de l'association pour la Propagation de la Foi, qui me permettent d'ajouter quelques ouvriers de plus , il ne pourrait suffire à tout le travail. Deux mille communions pascales2, six cents baptêmes, environ cent cinquante mariages, le chiffre douloureux des extrêmesonctions et des morts ; le soin des hôpitaux militaires et civils , des condamnés , des enfants des communautés ; la parole de Dieu annoncée en cinq langues différentes : maltaise , mahonnaise , italienne, allemande et française; non, encore une fois, il n'eût pas été possible d'y suffire. Souvent même, en y réfléchissant aux pieds de Notre-Seigneur. nous sommes étonnés, profondément touchés de ce qu'il a daigné faire autour de nous en ces dix-huit mois si vite enfuis. »

La maison des orphelins d'Alger est l'une des plus intéressantes fondations qui soient dues à notre conquête ; elle a pris dans ces derniers temps un développement remarquable, grâce à ces faveurs dont l'entoure avec raison le gouvernement. Quelques sœurs de charité , qui s'étaient précédemment rendues en Algérie pour accomplir la mission pieuse qui les porte successivement sur tous les points du globe, avaient reçu un petit nombre d'enfants que la perte de leurs parents réduisait à un complet abandon : mais leurs ressources étaient faibles , et les orphelins

1 Ainsi l'on fait servir à la religion véritable tout ce qui fut consacré au culte de Mahomet; ainsi l'on purifie tout ce qui a été souillé pendant tant d'années par les sectateurs de l'islamisme.

s A Alger seulement, avant la conquête , on ne comptait que deux mille chré liées.

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manquaient «le tout. Quelques dames eurent connaissant de cette tentative *'t s'émurent de la situation «lu naissant institut. Une société, une œuvre , comme on «lit à Paris , se forma ; madame la maréchale duchesse d'fely, dont les vertus privées sont connues, s'inscrivit en lête <!«• la liste. Des démarches furent faites pour obtenir un bâtiment ; et bientôt, par suite «l'un arrangement avec l'évêque d'Alger, on put transférer les orphelins dans la maison dite du consulat «le Danemarck, dont monseigneur se trouvait possesseur. Tous les travaux d'appropriation avaient été faits promptement par nos soldats.

Cette maison est située à une demi-lieue d'Alger, sur une éminenee ; des bois d'orangers et de dattiers l'environnent. Sa position n'est pas moins agréable que salubre. L'établissement est à présent en pleine activité ; dix sœurs de Saint-Vincent de Paul . avec une supérieure, y sont envoyées pour en prendre possession et le diriger sous l'inspection du comité des dames. Elles trouveront réunis, à leur arrivée, deux cent quatorze enfants qui n'ont ni père ni mère, et qui appartiennent à toutes les régions du territoire algérien comme à toutes les races qui l'habitent. Le nombre en sera porté bientôt à trois cents , et plus tard même à cinq cents. Ces enfants, qu'on admet tout à fait en bas âge , seront élevés dans la religion chrétienne , et leur éducation sera dirigée de manière à faire de bonnes ménagères et de futures compagnes pour nos colons. Cette vue est sage et doit être encouragée : on sait qu'au début des créations coloniales , ce qui manque surtout , ce sont des femmes de la classe ouvrière, sages et honnêtes, propres à fonder une population saine et laborieuse ; car la mère-patrie n'en envoie guère en général de telles. Un établissement connu dans ce but sera donc éminemment utile , et l'on peut en attendre les plus heureuses conséquences pour l'avenir de notre colonie.

« La pensée du gouvernement , déjà en partie réalisée , est de créer sur le terrain qui eutoure les maisons, et qui n'a pas moins de trente hectares d'étendue, d'autres établissements de bien-

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faisante qui seront desservis par les Lazaristes, dont le supérieur est en même temps , comme on Je sait , supérieur-général des sœurs de Saint-Vincent de Paul. Ce sera comme un petit village hospitalier, avec lequel les communications seront faciles ; car on y a établi une ligne de voitures-omnibus dont les Maures commencent à faire usage1. »

Voici en quels termes un voyageur chrétien faisait connaître à ses parents l'établissement d'une église, celle des religieuses de Saint-Joseph, dans une des principales villes de l'Algérie :

Constantine, avril 1839.

« Vous apprendrez avec une satisfaction bien vive, ma chère Marie , que notre sainte religion est enfin venue rétablir son règne dans l'Algérie. Un saint évêque, Mgr Dupuch , récemment installé à Alger, ne néglige rien pour étendre de tous côtés les bienfaits de la foi. Il a envoyé à Constantine, il y a peu de temps, un prêtre instruit et zélé, M. l'abbé Suchet; c'est le premier ministre de l'Eglise qui ait paru dans ces lieux depuis quatorze cents ans. Nous l'avons accueilli avec une joie bien sincère , et il est appelé à faire le plus grand bien parmi les indigènes, dont il lui a fallu peu de temps pour s'attirer l'estime et l'affection. Tous rappellent le marabout français , et c'est à qui aura l'honneur^e le recevoir dans sa maison.

» Nous avonc donc le bonheur aujourd'hui d'avoir une église catholique, où nous pouvons nous réunir pour prier et assister à la célébration du plus auguste des sacrifices. Les Arabes se pressent en foule à nos cérémonies, où ils montrent un recueillement vraiment édifiant ; je ne doute pas que la religion ne fasse bientôt de nombreuses conquêtes dans cette province.

» Dans l'intérêt même de la politique et de la puissance française en Afrique, il était nécessaire que les ministres du Dieu de paix apparussent sur cette plage africaine , qui sert depuis si longtemps de théâtre à tant de scènes de violence et de barbarie.

1 La Semaine, 16 novembre 1845.

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Un des plus grandi griefs qm tes algériens oensorraient eontre les Français, m des reprochei qu'ils nous sdrewnicnl ie pins

souvent, r'r-t qu'il- ne nous v o v . i i « • 1 1 1 pratiquer aucun esta religieus. Aux yeui df ee peuple si \iwinnit attacné à son culte mensonges, des nommes qui ne manifestent aucun sentiment ratifiées se méritent nos de confiance et ne pensent èlss animés •le bonnes intentions. Suivant leur bon sens naïl, une entreprise à laquelle la religion n'a pas présidé ne peut avoir de résultats durables. En ne ooes- voyant ouvrir aucune église, fonder aucun établissement reHgiess . 1rs Arabes ne pouvaient pas croire que nous eussions la volonté ni le pouvoir de créer un établissement permanent suc leur mage; ils considéraient notre occupation comme l'agresswiii passagère aVun peuple abandonné du ciel , sur lequel les fidèle» s; dateurs de Mabomet devaient toujours reprendra tôt ou ta-d l'avantage. Aujourd'bui qu'ils verront les ministres du Mai Dieu béni* nés armes, ils ne nous regarderont plu- comme un peup!<* .-ans croyance et sans foi ; en voyant nos monuments religieux se fonder au milieu de nos cités , ils acquerront la conviction que nous voulons nous faire en Afrique une seconde patrie ; ils sauront bien enfin que nous n'élevons pas des autels sur cette plage avec la pensée de les abandonner un jour. D'ailleurs les Arabes ne connaissent de la France que le courage de s<s soldats et l'avidité de quelques spéculateurs : n'est-il pas temps qu'ils sachent que nous possédons aussi des hommes de paix et de science , tout prêts a s'exposer à de grands dangers pour appeler de nouveaux frères à la vraie foi et à la vraie civilisation ? La conquête du pays par les armes semble maintenant assurée ; il est temps d'essayer à conquérir les esprits par l'exemple des vertus que les Arabes ne soupçonnent pas chez nous. Dès leurs premiers pas sur cette terre , nos prêtres ont inspiré à tous les indigènes un profond respect et une entière confiance qui leur présagent pour l'avenir une récompense digne de leur dévouement et de leurs sacrifices. » Les sœurs de la Charité, connues sous le nom de religieuses

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de Saint-Joseph; que M. l'abbé Sucbet a installiez ici, font partout la plus grande sensation. Leur zèle à soigner les malades , à instruire les enfants, les rend chères aux Arabes. Leur nom a déjà été porté au loin , et des habitants du désert de Sahara sont accourus les prier de venir habiter parmi eux , leur promettant mille soins et une affection toute fdiale. Elles font surtout biaucoupde bien parmi les femmes arabes, avec lesquelles elles peuvent s'entretenir , car elles connaissent la langue du pays. On leur demande sans cesse des médailles ou de .petites statuettes de la sainte Vierge, qui est ici en grande vénération. Si je ne me trompe, le saint nom de Marie , auquel les Arabes ajoutent, dans leur simplicité, le titre de Madame, portera bonheur à la civilisation chrétienne en Algérie.

» Puisse le Seigneur hâter la conversion d'un peuple si bien disposé à recevoir les lumières de la foi ! Mais ii faut que la France vienne en aide a ceux qui ont quitté leur patrie pour porter le divin flambeau de la religion en Afrique ; les églises naissantes de cette contrée sont pauvres : c'est à la mère-patrie à leur procurer les moyens de faire promptement beaucoup de bien. Il serait à désirer que les fidèles s'imposassent quelques légers sacrifices pour envoyer ici quelques dons et prendre ainsi part à la propagation de l'Evangile en ces pays. Je vous prie , ma chère Marie, d'intéresser toutes vos amies au sort de notre église de Constantine ; de petites sommes recueillies parmi elles en formeront une grosse qui rapportera au centuple et vous sera payée un jour dans le ciel. »

Et M. l'abbé Sucbet donnait encore des détails les plus intéressants sur cette même ville rendue à la religion.

« Je vais mettre mon église de Constantine sous le vocable de Marie, notre bonne et tendre mère1, et je vais avoir le bonheur

1 Les habitants de la ville de Tours, qui ont eu le bonheur d'avoir pour curé M. l'abbé Suchet , ayant fait confectionner à Lyon une statue de la sainte Vierge, l'ancien curé de Saint-Saturnin fit préparer une belle niche pourrecevoir l'offrande de ses anciens paroissiens.

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l'y célébrer lu première messe après-demain dimanche •'< mars. Ce sera une messe militaire à grand orchestre. Nous chanterons le i uni Creator avant de commencer , et nous terminerons par un Te Deum solennel et un Snl> tuum. Quelle messe que cellelà !... Depuis peut-être plus de quatorze cents ans la Victime immolée pour le salut du monde n'est pas desrendue à Conatan- Une. Que de grâces à demander ! que de réflexions , que de sentiments se pressent en foule à la pensée de cette touchante cérémonie !... 0 mon Dieu, soyez béni! Marie ! oh Marie, »enea à notre secours !. .. Mon cœur bat bien fort ! mes larmt s coulent ! je ne peux vous en dire davantage.

» J'ai fait venir ici quatre sœurs de Charité, dites religieuses de Saint- Joseph : MgiTévèque d'Alger est venu les installer, et c'a été un véritable événement pour la ville et toute la province : leur arrivée a même en ce moment un grand retentissement dans le désert. Le cheik El-Azab, qui se trouvait ces jours derniers à Constantinc, voulait emmener ces bonnes sœurs dans le Sahara, dont il est le grand chef, pour y soigner les malades et les enfants.

» 11 leur protestait qu'elles seraient chéries dans le désert comme dans les grandes villes de France, qu'elles y seraient comme des souveraines. Ces bonnes sœurs viennent de guérir ce grand et terrible chef d'une indisposition assez grave ; il allait se faire soigner chez elles, deux fois par jour, comme un enfant. Depuis qu'elles sont ici , il y a foule , du matin au soir ; de malades indigènes de toutes les couleurs , et deux d'entre elles sont continuellement occupées à visiter les malades à domicile ; partout on se les arrache, surtout les dames arabes, les plus notables de la ville, qui ont pour elles l'affection la plus tendre. Comme ces pauvres dames arabes ne sortent jamais , elles sont enchantées, enthousiasmées de voir auprès d'elles des religieuses françaises ; et comme ces religieuses savent parler arabe, elles causent beaucoup avec elles. Elles ne les quittent jamais sans que ces pauvres musulmanes demandent elles-mêmes

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à baiser Sidnaïssa Allah (ou le Christ que les Mineuses portent sur leur poitrine). C'est vraiment étonnant, la vénération et la confiance qu'elles ont inspirées dans la ville et dans tdute la province , car des malades des tribus éloignées viennent aussi se faire soigner par elles. Leur présenee ici produira , je n'en doute pas, un effet prodigieux et bâtera singulièrement la civilisation, si ce n'est la conversion, de ces pauvres peuples.

» L'évêque d'Alger, en ISiO, après avoir fait faire la première communion à quelques enfants catholiques et les avoir confirmés , bénit la chapelle que la reine Amélie a fait ériger dans l'église de Constantine en l'honneur de Notre-Dame des Sept- Douleurs ' .

» La salle de spectacle de Bougie, sur la demande de la garnison et des colons , a été transformée en église , ils ont pensé que les prières et les cérémonies de la religion véritable leur seraient plus avantageuses que les représentations théâtrales.

» Au lever du soleil, le dimanche 1 3 juillet 1840, la messe fut célébrée' à l'église de la Calle3; les corailleurs napolitains, qui la veille avaient vaqué à la pèche, et regagné le fort à force de rames, chantant en mesure les litanies de la Vierge , invoquant la douce étoile de la mer et la suppliant de guider heureusement leur frêle barque au port , assistèrent au saint sacrifice. Le commandant supérieur , le capitaine des spahis , les autres officiers de la garnison, avec un détachement de la troupe de ligne, se réunirent aux pêcheurs. A l'évangile , j'adressai quelques mots à mon auditoire , a l'occasion de l'installation du nouveau curé, qui prit lui-même la parole à la fin de la messe. Nous chantâmes les vêpres à trois heures. J'avais exposé sur l'autel une jolie petite statuette , celle-là même qui fut la pre-

' Ou sait quelle est la dévotion de la reine , si éprouvée pendant sa vie , pour Marie au pied de la Croix , et comme elle se plaît à répandre les représentations de cette scèue touchante.

2 On avait eu le bonheur de retrouver dans les ruines une pierre sacrée.

3 Ville et fort sur le côte, pour la pèche du corail.

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mière vénérée à Constantine. (/est, je pense aussi, la première statue qui ;iii été exposée à la Calle au respecl des fidèles depuis la destruction de relie ville el deson église, en h;2i>, pai l'ordre •lu dey d'Alger.

» L'abbé Lemaufle, prêtre du diocèse de Vannes, ;i été le premier curé de Philippeville. Cesl un jeune homme rempli de science et de piété, qui fera beaucoup de bien dans cette ville naissante, qui s'esl élevée comme par enchantement; il y a huit mois , il y avait à peine cinquante colons; maintenant leur nombre s'élève à près de deux mille. Ce sont la plupart dis Provenceaux, des Maltais, îles Italiens. [1 n'y a pas encore d'église proprement dite . la messe se célèbre provisoirement dans nu vaste rez-de-chaussée qui servait de magasin , au bord de la mer. Le prêtre et les fidèles prient au bruit des vagues qui viennent se briser presque à la porte : rien n'est plus solennel. On va construire, au centre de la ville, une petite église de viug-cinq mètres de long sur douze de large.

» L'une de mes consolantes occupations à Philippeville fut encore de préparer à la première communion des enfants que le bon curé avait déjà instruits avec zèle pendant une partie de l'année. Le jour de la Toussaint j'eus le bonbeur de les conduire à la sainte table : ils étaient douze tant garçons que filles , eu nombre égal. C'est la première fois que cette touebante cérémonie a lieu sur ce coin de terre d'Afrique depuis plus de mille quatre cents ans que Ilusicada chrétienne n'était plus. Cette angélique fête, à laquelle présidait Marie, la patronne de Philippewlle, et a laquelle assistaient tous les saints du ciel, causa une joie universelle. Presque toute la \ille voulut y assister et semblait heureuse du bonheur de ces enfants. Une procession se] fit le soir bois de l'église, dans les rues de la ville et sur les bords de la mer, en chantant les litanies de la sainte Vierge. La foule s'était rendue à l'église comme au matin ; un grand nombre d'hommes, Italiens et Maltais, et quelques Français, se rangèrent spontanément en procession à la suite de ces enfants,

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et unirent leurs rois aux nôtres, pour invoquer Marie, la reine

des anges, le refuge des pécheurs, la douce étoile de la mer. Ces femmes, dont la plupart tenaient leurs petits enfants par la main ou les portaient dans leurs bras, suivaient en foule parderrière. C'était un saint enthousiasme. En rentrant dans l'église , je fis la cérémonie de la rénovation des promesses du baptême, et la consécration à la sainte Vierge. C'était comme en France , à Tours, un beau jour de première communion !.. . Je terminai par la distribution des prix et des souvenirs de première communion. Parmi les filles, il n'y avait qu'une seule Française »

Ecoutons maintenant un voyageur français ( M. L. Veuillot ) , qui nous fait part de ses impressions sur la terre d'Afrique :

a Une petite fille mahonaise m'indiqua le presbytère de Mostaganem. J'y trouvai M. l'abbé G'stalter ; sa demeure est digne d'un apôtre : un maigre lit , quelques volumes sur une planche, toute sa garde-robe et tout son linge dans un panier, toute sa vaisselle sur une table boiteuse , où il reste assez de place pour écrire , un crucifix de cuivre à la muraille. Il me conduisit à l'église pour y attendre qu'il se fût préparé , et sonna luimême sa messe, en agitant une cloche destinée pour Oran , et qu'il a arrêtée au message, espérant qu'on ne la lui reprendrait pas.

» L'église de Mostaganem est une des chambres du presbytère ; la plus belle il est vrai. Deux chaises , les deux seules chaises qu'il y ait dans la maison , en forment le mobilier ; hélas ! souvent il y en a une de trop. L'acanthe qui fleurit en mai, et qui donne une longue grappe de fleurs blanches entourées de vertes alvéoles , avait fourni des bouquets pour parer l'autel fait d'une planche accrochée de chaque côté à la paroi de l'étroite cellule. Pas de tapis sous les pieds du prêtre, pas de pupitre pour placer le missel , deux restes de bougies dans des chandeliers de fer. 0 Dieu de France, quelle pauvreté ! voilà le presbytère, voilà l'église, voilà le culte !

CHÂPITRI * l '.»!)

» Pendanl que !<■ bon prêtre allait et renaît, disposant tout lui-même ave< un visage paisible, je l'admirait), je le plaignais : cette indigente chapelle, combien je l'aurais trouvée riche <i •opulente, si seulement les quinze personnes qu'elle aurail pu contenir s'] étaient entassées ! mais j'y restai seul à prier pour la France. La messe commença, je ['écoutai en demandant à Dieu de toucher tant d'âmes égarées. Les paroles latines qui frappaient mon oreille me donnaient quelque espérance , quand je songeais à la longueur des siècles écoulés depuis le jour qu'elles ont cessé de retentir sur ces rivages , où la voix sacerdotale murmure de nouveau ; puis, quelques roulements de tambours emportaient cette espérance , en me rappelant vers quel but se tournaient les cœurs, et je sortis percé comme d'un glaive de ces paroles du dernier évangile : In propria venU, et sui eum non recepci unt.

» Hélas , il faut le dire , pour que ce cri de douleur retentisse aux oreilles des dépositaires de l'autorité, rien ne peut égaler le sort du curé de campagne en Algérie , c'est-à-dire d'un homme qui , jeté au milieu des plaines bridantes et stériles , campe sous une baraque de bois mal affermie, exposé aux chances de la guerre, aux attaques des animaux féroces , en proie à l'isolement et à la misère. Espérons qu'à mesure que notre pouvoir s'affermira dans ces contrées, le ministre du Seigneur, si nécessaire pour consoler , pour instruire , pour édifier les poulations arabes et les soldats de notre armée , aura sa petite église solidement bâtie, décemment ornée , son toit capable de le mettre à l'abri des intempéries de l'air et de la poursuite des lions et des tigres, et un modique traitement qui lui permettra de vivre et de faire le bien.

» Aussitôt que les ministres de la religion chrétienne pénètrent dans une contrée, les héroïques sœurs de la Charité marchent sur leurs pas. Alger était à peine occupé par nos troupes , et le culte établi dans la ville, que les filles de Saint-Vincent de Paul sont arrivées, pour soigner nos soldats dans les hôpitaux

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et sur les champs do bataille; et en même temps pour instruire les enfants de toutes les familles pauvres. A présent elle possèdenl une maison, une chapelle ; elles sont établies dans d'autres villes de l'Algérie ; et partout les Français, les colons de toute l'Europe, et jusqu'aux Arabes, aiment et respectent ces femmes courageuses et dévouées aux malheureux et à tuus ceux qui souffrent. En même temps qu'elles rendent de si éminents services à la religion et à l'humanité, on les voit encore accoutumer l'enfance au travail, à l'ordre, à l'économie: leur présence clans la colonie est, comme partout, un immense bienfait; leur vertu, si douce et si aimable, les bons exemples qu'elles donnent aux citoyens et aux soldats, aux Européens et aux Arabes, porteront leurs fruits ; c'est la goutte d'huile qui s'introduit peu à peu à travers !c rocher le plus dur.

» Dès l'année i 8 3 v ► , voilà comment le grand-vicaire d'Alger s'exprimait au sujet de ces saintes filles, dont il s'honorait d'être V aide-major : « Les bonnes sœurs continuent à visiter les malades à domicile , et à les recevoir dans une espèce d'infirmerie improvisée; c'est la salle du grand conseil des ulémas (lettrés! et des ntUphtis (grands-prêtres) qui fait partie de la mosquée catholique disposée pour cet usage ; et tous les jours il s'y présente plus de quatre-vingts à cent malades pour se faire soigner... Toute la ville vient voir un spectacle si nouveau ; car vous savez que les Arabes n'ont point d'hôpitaux , et dans leurs maladies point de médecins. Ils avaient jusqu'ici souffert avec résignation et mouraient de même ; aussi la mortalité était effroyable... Maintenant qu'ils ont des sœurs médecins qui les soignent et les guérissent . l'amour de la vie et surtout de la santé leur est revenu, et ils se font soigner comme nos chrétiens... .Mais l'effet moral que la tendre charité de ces bonnes sœurs produit sur les Arabes est vraiment prodigieux. On voit se manifester en eux des sentiments de piété , de reconnaissance , d'admiration , qu'ils avaient semblé ignorer jusqu'ici. Surtout, ils ne peuvent se lasser de bénir ce Dieu ,

cette religion qui a inspiré à ces saintes femmes de leur faire tant de bien : que penser de cela?.... il faut que je vous dise quelque chose de plus admirable encore : c'ésl que ces malades, riches ou pauvres, demandent des médailles ou petites statuettes

île la sainte Vierge.

» Il est vivement à désirer que les frères des Ecoles chrétiennes, aux habitudes si simples el si paisibles, que ces descendants du bienheureux abbé de la Salle, dont la canonisation se poursuit à Rome, viennent aider les sœurs de la Charité dans upe partie de leur utile ministère , l'éducation «le la jeunesse, et donner l'enseignement chrétien et moral , dont ils possèdent si bien le secret , aux enfants du sexe masculin. Ils sauront se l'aire aimer de leurs élèves, à quelques nations qu'ils appartiennent, et ainsi le germe de la religion, des sentiments honnêtes, l'amour du travail, passeront de cette génération naissaint aux pères et aux mères, et la religion s'introduira par les voies les plus naturelles dans le cœur même de la société.

» Durant le carême de 1839, on a vu avec bonheur des fidèles se presser dans Féglise et rester debout pendant plusieurs heures , écoutant avec avidité la parole sainte, annoncée trois fojs pat semaine par l'évêque. La cathédrale était habituellement remplie , quoiqu'aucune cloche ou signe extérieur n'annonçât l'heure des offices. Chaque dimanche , avaient lieu des instructions en quatre langues, et eiles seront continuées... Il n'appartient qu'à la religion de rappeler des hommes de toute tribu , de toute langue , sous une même bannière , pour en former un peuple de frères. On a vu avec joie, aux dernières solennités , un millier de fidèles s'approcher de la table sainte, et peut-être ce nombre sera-t-il doublé jusqu'à la clôture du temps pascal !

Tous les offices de la semaine sainte ont été suivis avec recueillement et sans confusion. Treize pauvres de divers pav? de l'Europe se présentèrent au lavement des pieds, et le prélat voulut les servir à table. Le vendredi saint, tout le monde se

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présenta pour l'adoration de la Croix ; et le jour de Pâques , l'église, remplie complètement depuis cinq heures du matin , ne se désemplit point jusqu'à une heure après midi ; la bénédiction papale fut reçue en silence et avec un profond respect ; tant de fronts courbés et marqués du signe de la croix témoignaient qu'on sentait le prix de celte grâce.

» En 1839, le saint Viatique n'était pas encore porté ostensiblement, et le clergé n'accompagnait pas les convois au-dehors.

» Le jour de Pâques \ 83!) , huit soldats ont fait leur première communion dans l'église d'Alger et ont reçu la confirmation ; le discours prononcé par le prélat dans cette pieuse cérémonie est un des plus touchants qu'on ait entendus de la bouche du pieux évèque.

» Deux de ces soldats, qui avaient perdu la vue à l'assaut de Constantine, excitaient surtout un vif intérêt.

» Les bienfaits de la religion se font sentir à quelques protestants : une vingtaine ont demandé à rentrer dans le sein de l'Eglise. Ce qui les touche le plus, ce sont les consolations que la foi procure à l'article de la mort. Quant aux musulmans, on est encore loin de la fusion , sans doute ; mais il y a plus d'éléments de rapprochement qu'on ne pourrait le croire : Abd-el-Kader, outre les obstacles qui s'opposent à la conversion des Arabes , entretient dans tout le pays une propagande active et puissante.

» Le zèle et le dévouement des prêtres de l'Algérie sont audessus de tout éloge: le digne prêtre administrateur de la cathédrale de Saint-Philippe d'Alger, malgré les occupations nombreuses de son ministère et les visites continuelles qu'il fait aux malades de la ville et des hôpitaux , va deux fuis la semaine, visiter ceux de la plaine et des ambulances , qui sont à cinq ou six lieues de la route , et cela au péril de sa vie. 11 y a peu de jours encore , les Arabes tuèrent à vingt pas de lui un cultivateur ; et lui-même, couché en joue, ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval.

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» Que de choses restent encore à faire poui ackevei l'établissemenl de la religion en Algérie, au milieu d'une population composée d'éléments quelquefois si corrompus : Mais peu a peu

les Lazaristes chargés du séminaire établi à Mustapha, et qui n'ont eu d'abord qu'un seul élève, formeront un nombre de prêtres nécessaires pour l»'s besoins de la colonie.

» Peu à peu, nous l'espérons , chaque régiment , ou au moins chaque division , aura Bon aumônier.

» Il est triste de penser que nos pauvres soldats malades ou blessés vivent presque tous dans la misère et l'abandon. Combien de fois n'ai-je pas entendu répéter autour de moi ces tristes paroles , sorties de la bouche des moribonds : « Ah ! si la France le savait ! elle ne souffrirait pas qu'on nous laissât mourir ainsi au sein des privations de toutes sortes , sans avoir même les secours de la religion.... » Nous n'avons point (1843) de prêtres pour consoler nos mourants et adoucir leurs derniers instants par des paroles de paix, par une salutaire réconciliation avec le Seigneur. Que d'infortunés ont réclamé vainement la présence d'un ministre de Dieu ! Le général Caraman , mort il y a peu de temps, demandait avec instance , avant d'expirer, les secours de notre sainte religion ; et , s'en voyant frustré , il se plaignait amèrement , et rendait son dernier souffle dans une profonde tristesse. »

Jean-Louis-Emile de la Morlière , sergent-major, est le premier, depuis quatorze cents ans , inhumé à Constantine , avec la pompe des cérémonies religieuses de l'Eglise catholique.

Plusieurs personnes ont demandé que le ministre établit dans les hôpitaux une petite bibliothèque formée de livres moraux et récréatifs, pour distraire et occuper utilement les malades et empêcher les concierges de louer des ouvrages pour la plupart mauvais....

On a aussi commencé à fonder des bibliothèques dans les paroisses , pour contrebalancer et détruire les effets de la propagande protestante.

Il)', L'ALGÉRIE CHRÉTIEN!*!

Espérons que tous ces germes, si Faibles encore, fécondés par le souffle divin, se développeront peu à peu , et que le grain de sénevé deviendra dans peu d'années un arbre majestueux à l'ombre duquel se pourra reposer une feule pieuse.

Tout le secret de l'établissement du christianisme en Afrique se trouve exprimé dans une charmante gravure ' faisant partie d'une importante publication sur l'Algérie : on y voit la Religion sous les traits d'un ange qui conduit un lion.... c'est la douceur triomphant de l'instinct féroce 2.

1 Algérie historique, etc., de Brenbrngger, membre associé de l'Institut, etc., 3 vol. in-folio atlantique, avec planches.

* On peut consuîler l'Ami de la religion, avril et mai 1839, sur l'état consolant de la relidondans notre colonie.

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Monastère des Trappistes à -

La divine Providence, dont les desseins miséricordieux sont cachés à nos yeux, pour rétablir la religion et la morale chrétienne au milieu de notre nouvelle conquête , s'est servie d'un moyen dans lequel les hommes n'ont vu qu'une chose matérielle, le perfectionnement de l'agriculture; mais l'établissement des révérends pères trappistes à Staoèli doit avoir des effets bien autrement avantageux : en même temps que les enfants de saint Bernard remplaceront « les ronces, les stériles bruyères, les troncs calcinés des oliviers brûlés dans les batailles, et les tristes et spirituels bouquets de palmiers liai s, » par les arbres de la patrie mariés à ceux de l'Afrique, par une culture intelligente et féconde, par des irrigations habiles , et que des ateliers, des troupeaux, mille industries, comme à la Meilleraie et à Aiguebelle , couvriront un sol autrefois stérile, comme le disait éloquemment Tévêque d'Alger dans la lettre pastorale à l'occasion de la consécration de l'église de Staouëli : leurs prières incessantes, l'exemple de leurs vertus, de leurs mortifications, le travail accompli dans le silence , leurs aumônes abondantes, malgré leur pauvreté , parleront éloquemment aux chrétiens froids et paresseux et aux mahométans de bonne foi qui , trouvant dans ces religieux une perfection dont ne peuvent

approcher leurs marabouts les plus scrupuleux , finiront par ouvrir les yeux à la lumière. Ces pauvres religieux, en mettant le pied en Afrique . ont payé le tribut, et neuf d'entre eux ont trouvée la mort dans cette Trappe à peine commencée : mais aujourd'hui plus de cinquante, aguerris aux ardeurs du climat et façonnés au travail , jouissent d'une bonne santé, et peuvent vaquer à tous les besoins que leur commande la règle.

On trouvera dans la lettre suivante , adressée par un des chefs de cette maison au président de l'association des Annales de la Propagation de la Foi, les détails les plus exacts sur cette pieuse fondation, sur les premières difficultés qu'il a fallu -vaincre , et sur son état actuel, fondation pour laquelle une administration bienveillante autant qu'éclairée n'a pas hésité de faire de nobles et patriotiques sacrifices.

Il était bien naturel que les détails les plus circonstanciés trouvassent leur place dans les archives de la Propagation, puisque cette association si utile à la religion a tant fait pour les Trappistes d'Algérie.

Dans le compte-rendu , en 1845, des aumônes réparties entre les diverses missions, en 1844, on trouve:

Pour les établissements des orphelins et orphelines, et autres œuvres et institutions dans le diocèse d'Alger 50,000 fr.

Pour l'établissement des révérends pères trappistes dans le même diocèse 9,000 fr.

Mais en même temps ce compte nous apprend que les chrétiens de cette colonie ont voulu venir, autant qu'ils le pouvaient, au secours des missions disséminés dans le monde entier ; en 1844, l'offrande du diocèse d'Alger a été de 2,687. Ce denier de la veuve , offert par les Algériens , Eglise naissante , Eglise qui n'est que d'hier , est d'un grand prix.

Voici cette intéressante lettre :

« Nous sommes bien en retard pour les renseignements que

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