‹ L'Algérie chrétienneChapitre 13 sur 22 · CHAPITRE vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE vin

la messe sous mu1 des arcades assez bien conservées pour nous abriter. Des Heurs nous servirent de bouquets d'autel el de tapis. Sur cet autel si gracieui et si magnifique tout à la fois ,

j'avais placé un ossement du saint évéque d'Hippone, celui que m'a donné le souverain Pontife, ce présent revenu sur cette terre chérie après 1240 ans. La messe terminée, je bénis le peuple pressé autour de moi , avec celte relique sacrée \ tant de titres ; ensuite nous récitâmes l'admirable prière que le saint adresse à Dieu , en terminant ses Confessions , où il se répand dans les plus tendres et les plus vives actions de grâces. Nous ne pouvions nous retirer de ces ruines1 »

« Les habitants de Bone nous réservaient leur accueil ordinaire , celui d'une véritable fête de famille. Aussi bien c'était le lendemain la fête de saint Augustin ; nous en venions célébrer les premières joies avec eu\. Nous devions bénir, poser la première pierre d'un monument bien touchant , celui que tous les évèques de France , réunis à leur nouveau frère d'Afrique , élèvent en ce moment même, en 1839, à la mémoire de l'illustre évêque d'Hippone. La confusion me saisit quand il me vient sous la plume un nom que je n'ose pas même prononcer dans un épanchement d'amitié.... Pourtant ne suis-je point son vrai, son véritable successeur? 0 mon Dieu, ayez pitié de moi !

» Il fallait déjà nous arracher à leurs premiers embrassements et gravir la colline d'Hippone ; nous devions repartir le 28 au matin. Cent malades , que nous devions embarquer à Philippeville , nous attendaient, et rien n'était prêt parmi les ruines étonnées de notre empressement , de nos cris , de nos larmes de joie, du cliquetis des pioches.

Et le lendemain ( oh ! quel jour ! car Dieu y était ) , au lieu de repartir à huit heures du matin , nous pûmes rester jusqu'au soir; nos frères, nos enfants l'avaient obtenu par leurs ferventes

i Lettre de Mgr l'évèque d'Alger aux membres de la commission de l'Œuvre de la Propagation de la Foi.

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prières, au moment de la bénédiction préparatoire, le soir, après les premières vêpres.

» Je croyais que, seul avec deux ou trois pauvres piètres et quelques ouvriers, je ferais humblement eel acte prodigieux : mais non , dès cinq heures du matin , vous eussiez rencontré, le long de la grève, sur le Vieux pont romain , dans les mille sentiers de myrtes, de jujubiers et d'oliviers1 qui parcourent en tous sens les immenses ruines, une foule de pèlerins empressés , en habits de fêle, le bonheur peint sur le visage; à leur tète, marchaient les troupes d'élite , avec la musique guerrière, le général et l'état- major, des magistrats, des officiers- de marine et de cavalerie , etc., etc. A six heures j'arrivais, intérieurement ému. In autel était déjà dressé au-dessus des magnifiques citernes de l'hôpital de Saint-Augustin , dans la plus admirable position , et sur le terrain même où s'éleva le monument filial et fraternel. Au milieu de cet appareil si extraordinaire à cette heure , de pauvres sœurs de charité achevaient de parer l'autel , où je célébrai immédiatement, en habits pontificaux et avec la pompe la plus solennelle, le sacrifice qu'Augustin, à cette même place , y avait , il y a quatorze cent onze ans , célébré pour la dernière fois.... Et depuis ces quatorze siècles, que s'était-il passé ?

» C'était la même colline et la même mer, les mêmes échos; ce jour , ce même jour, on entendait là-bas, au-delà du pont , les cris des barbares, les. gémissements , les sanglots du peuple d'Augustin. Aujourd'hui , des fanfares guerrières, le hennissement des chevaux des chrétiens vainqueurs, les acclamations, d'un peuple nouveau. Et pendant cette messe, à laquelle s'unissaient tous les évêques , nos frères de France , quelle prière ! Les sœurs y communiaient; les Arabes eux-mêmes étaient accourus, étaient agenouillés et priaient. J'essayai de parler : ma

1 Ce qu'on appelle à Boue les Jardins de saint Augustin, situés à un mille de l'ancienne Hippone , sont des allées bien alignées de jujubiers , de cerisiers, d'amandiers, de citronniers, d'orangers, etc.

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mitre étiiu-elait au Ou du soleil qui montait à Itioriaoa , mdearai des Ilots: j'appuyai mon bâton pastoral sur le gMM, (li n pierres, où peut-être... Ne me demaodei pu ce que j'épvM-

vai , ce que je dis, ce qui nous transportai! tous, quels ueux noua formâmes, quels serments furent renouvelés, je se pourrais

pas vous le due ; oh ! non , mille fois.

» Puis , aux accords d'une musique triomphale , je descendis quelques pas, toujours revêtu de mes plus riches ornements, et accompagné de ce cortège étrange , je bénis la première pierre . déjà façonnée il y a deux mille ans et plus ; je la scellai ; après moi, nos heureux prêtres, le général, le sous-diacre, le maire raffermirent avec transport sur sa base sanctifiée '.

» Je bénis solennellement cette multitude qui était tombée à genoux, et Bone, et l'Afrique, et la France: et une dernière fois, les trompettes et les clairons saluèrent cette matinée, aurore de tant de saints et beaux jours , car vraiment le doigt de Dieu était là.

» Le reste du jour nous le passâmes en prières, en actions de grâces , en épanchements d'amitié, parmi les ruines, à l'église (la chapelle de Bone peut être appelée ainsi), partout et toujours, sous cette même impression inexprimable en aucune langue. A neuf heures, la première commuuion des enfants : à trois heures, les vêpres et le panégyrique de saint Augustin , par son indigne successeur. Je croyais rêver, mon émotion me suffoquait : par intervalle , je croyais que le ciel s'ouvrait ; il me semblait que des torrents de lumière, que de douces ardeurs en descendaient ! Mou Dieu ! quels sentiments me font éprouver encore ces souvenirs ! »

Ecoutons maintenant M» l'abbé Suchet , l'un des apôtres les plus zélés de l'Algérie.

« Le 28 août 1840, Mgr Dupuch visita de nouveau les lieux rendus si vénérables par la mémoire de saint Augustin. Les

' Mgr Dupuch distribua , ce jour-là, une somme de mille francs aux pauvres de la ville. La religion chrétienne marche toujours avec la charité.

Maltais drossèrent un autel sur l'emplacement même du monument que les évêques de France font élever à la mémoire de saint Augustin. Les murs commencent déjà à sortir de terre ; c'est une petite rotonde dont le pourtour sera fermé par des colonnes en marbre blanc qu'on fait venir d'Italie. Mgr l'évèque d'Alger célébra une messe pontificale , et fit l'ordination d'un curé et d'un sous-diacre. Quelles durent être les pensées de ceux qui assistaient à une pareille cérémonie , dans un lieu et dans un jour pareil, faite par un Français, évêque d'Hppone. Monseigneur, dans ses touchantes allocutions, fit ressortir toutes ces circonstances. Le concours des fidèles était assez grand , la musique militaire et un détachement de la garnison de Boue donnèrent aussi de l'éclat à celte mémorable et touchante cérémonie. C'est là que j'exerçai, pour la première fois, ma charge d'archidiacre d'Hippone. Mon émotion en ce moment serait difficile à décrire; elle ne fit que s'accroître pendant la sainte messe que j'eus le bonheur de célébrer là aussi pour la première fois : à la fin , j'étais dans une espèce d'anéantissement. Nous passâmes le reste de cette sainte journée sur ces ruines d'Hippone. Le soir, nous ne pouvions pas nous en arracher1... » « Je ne saurais vous dire le saisissement et la sainte émotion que j'éprouvai en embrassant cette terre que le grand saint Augustin avait arrosée de ses larmes et de ses sueurs. Monseigneur d'Alger m'avait confié la relique de ce grand saint, que le pape lui a donnée : c'est la seule qu'il y ait en Afrique ; je la plaçai sur un monceau de ruines, là où les indigènes mahométans vont tous les mercredis prier le grand Roumio chrétien, qui leur apparaît, disent-ils, souvent avec sa longue tunique blanche, et qu'ils regardent comme le protecteur de leurs biens, de leurs enfants, etc. J'ai trouvé là des fleurs, de petites branches de lauriers-roses et des charbons éteints placés dans un plat de terre , que ces pauvres gens avaient déposés en cet endroit pour honorer le grand Roumio. J'ai pensé que ces » Lettre de M. l'abbé Suchet.

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ruines étaient peut-être celles de bod église on de son modeste palais épiscopal. J'ai pris un peu de cette (erre, et j'ai cueilli une feuille d'acanthe qui s'élevait au milieu d'une crevasse de mur renversé. Je vous envoie une partie de cette feuille d'acanthe dans cette lettre. Je restai trois jours à nom-, et tous les trois jours j'allais prier et me promener pendant plus de deux heures sur les ruines de ma chère Hippone. Je la quittai en pleurant, un soir par un beau clair de lune ; et de la mer, sur cette frêle barque qui m'éloignait d'elle, je lui disais adieu comme à un ami qu'on quitte après avoir lié avec lui une première et vive amitié.

« Nous parcourions tous deux, Mgr l'évèque d'Alger et moi, ces saintes ruines, le livre des Confessions et des Soliloques de saint Augustin à la main; et, au moment où nous demandions avec émotion en quel endroit pouvaient être l'église elle modeste palais de ce grand saint, Monseigneur ouvrit le livre des Confessions, et ses yeux tombèrent sur le passage isolé : et ipae est ante nos , le voici, il est devant nous. Ces mots nous frappèrent et nous remplirent de joie, et nous décidâmes que la sainte messe serait célébrée dans cet endroit. Auparavant , je demandai à me confesser pour communier à la messe , et surtout pour pleurer mes péchés et en recevoir le pardon , là où le grand saint Augustin avait tant pleuré les siens, et où il avait sans doute écrit le livre admirable de ses Confessions. Monseigneur voulut aussi recevoir de son indigne serviteur le sacrement de pénitence.. . Nous pleurions tous deux Comme nos

larmes coulaient douces sur cette terre que saint Augustin avait arrosée des siennes... Nos cœurs étaient comme dans une sainte ivresse. J'ouvris le livre des Soliloques , et je retombai sur une page qui renfermait les plus beaux sentiments d'actions de grâces que saiut Augustin ait pu jamais écrire. Monseigneur en fut ému , et résolut de réciter à haute voix ces prières d'actions de grâces après la messe. Ce fut un pan de mur qui nous servit d'autel; les sœurs religieuses qui nous avaient accompagnés,

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et quelques pauvres Maltais, cueillirent des fleurs sur ces ruines pour en parer notre saint autel. Les religieuses communièrent avec moi à la messe. Monseigneur adressa quelques mots à ce petit nombre de fidèles qui nous avait accompagnés; il y avait quelques Arabes et un seul Français. »

« Tous les jours, je vais passer une heure ou deux sur le beau coteau d'Hippone , c'est-à-dire que je vais dire mon bréviaire, réciter mon chapelet . Taire ma lecture spirituelle sur les Soliloques ou Confessions de saint Augustin. Comme aujourd'hui , 2 décembre , jour de la fête de saint Ambroise, qui a enfanté saint Augustin à Jésus-Christ , j'ai prié ardemment ces doux saints à ma messe ; je confondais leurs deux noms. Le soir, en réacheminant joyeux versHippone, et nrarrêtaut un peu à la porte de la ville en ruines , je jetai les yeux du côté de la mer , et je me dis : Saint Augustin voyait souvent de là ce beau golfe, il a parcouru souvent ces rivages ; il s'est embarqué là , à deux pas d'ici , pour les courses apostoliques qu'il faisait soit en Italie , soit à Carthage , soit sur le littoral de l'Algérie ; car il est allé visiter les évêques de Rusicada et de Julia-Cfesarea (Yacur), près d'Alger. Arrivé à l'endroit de ces ruines où je m'étais confessé lors de ma première visite, je me jetai à genoux, je m'excitai de nouveau à la douleur de mes péchés, je récitai le Miserere , que saint Augustin a récité jusqu'à son dernier soupir dans ces mêmes lieux où j'étais prosterné ; je cueillis quelques brins d'herbe sèche, un peu de mousse; je coupai aussi, à cet endroit, une branche de l'olivier qui nous ombrageait ; je veux faire de cette branche d'olivier de petites croix

pour mes amis Que de touchants souvenirs me vinrent alors!

que de douces larmes ils me tirent répandre ! Je n'ai pas non plus oublié , la \eille du second dimanche de l'A vent , fête de saint Saturnin , de prier pour tous nos chers paroissiens et surtout pour toutes les âmes que j'avais le bonheur de diriger.

Un abrégé de la vie de saint Augustin , qui , à lui seul , fait toute la renommée d'Hippone, nous semble ici trouver sa place.

Ou ne peut , en effet , parler de Tagaste et d'Hippone Mm rappeler le souvenir de celui qui . né dans la première de OM deux villes d'Afrique , en ;{•") I , après s'être abandonné i Kf passions, après avoir suivi les erreurs des maniehéens et consisté sa mère , l'ut un homme chaste, un évêque plein de science , une des lumières de l'Eglise, et réjouit, par sa pénitence et sa piété , les derniers instants de telle qui lui avait donné le jour. Trois ehoses eoutribuèrent à la conversion de saint Augustin : le peu de solidité que lui oll'rit le raisonnement de Fauste, chef de la secte des manichéens, la perte de son meilleur ami, qu'il vit mourir avec les consolations chrétiennes, et enfin les discours éloquents de saint Ambroise , archevêque de Milan, joints à la philosophie de Tatien , qui remplit son àme d'une noble flamme. Il faut ajouter que les larmes et les prières de Monique, sans cesse prosternée aux pieds des autels, commencèrent et achevèrent enfin cette œuvre difficile. Il était encore trop endiu à l'amour profaue, quoique ému puissamment par la lecture de l'Evangile. Ayant quitté son ami Alype, il alla se coucher sous un figuier, se roulant par terre , versant des torrents de larmes, et demandant à Dieu de lui donner plus de force. Alors il lui sembla entendre une voix qui disait Prenez et lisez ; il se leva , et prenant les Epitres de saint Paul , il les ouvrit au hasard avec une inexprimable angoisse ; il y lut : « Ne vivez pas dans les festins ni dans l'impudicité ; revètezvous de Notre-Seigneur Jésus-Christ , et ne cherchez pas à contenter votre chair suivant les désirs de votre sensualité. » Dès ce moment, il se seutit tranquille et soulagé, sou sort fut fixé. Cette scène, la plus sublime peut-être qui puisse se passer dans le cœur d'un homme , est dépeinte d'une façon admirable daus les Confessions, chap. vm, de celui qui devait un jour gouverner l'Eglise d'Hippone : on ne saurait rien lire de plus vrai et de plus élevé. Cette époque de sa vie a paru si intéressante , si édifiante, que l'Eglise, par un privilège que saint Augustin ne partage qu'avec l'apôtre saint Paul , l'a consacré par une fête

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particulière qui se célèbre le S du mois de mai, le lendemain du jour où elle honore la mémoire de sainte Monique.

Dès lors saint Augustin ne s'occupa plus qu'à vivre saintement j il se retira à la campagne avec quelques amis qui, se réglant toujours sur lui, étaient devenus de pieux chrétiens. Sa mère présidait à cette pieuse société, qui se livrait sans cesse à de religieux entretiens et à des études assidues. Dans cette retraite , il composa divers ouvrages , entre autre ses Soliloques, qui sont une peinture de l'état de son àme et de la jouissance qu'il éprouvait à dompter le reste de ses passions pour servir et aimer Dieu uniquement* Ce fut ainsi qu'il se rendit digne du baptême ; il reçut ce sacrement qui nous lave de toutes nos fautes, en même temps qu'Alype et Adéodat: il résolut alors de quitter Milan et de retourner en Afrique. Ce fut à cette époque qu'il perdit sa mère • ce lui fut une cruelle douleur . que la religion seule put adoucir. Il passa encore quelque temps à Rome, où , continuant sa vie studieuse , il s'occupa de nouveaux ouvrages sur des sujets îeligieux. De retour en Afrique, il vendit ses biens pour en donner le produit aux pauvres, et. conserva seulement de quoi vivre frugalement en commun avec quelques amis. Cependant ses écrits et ses travaux sur la religion allaient toujours se multipliant. Il vivait ainsi depuis trois ans , lorsqu'un jour , étant à l'église d'Hippone , l'évêque , qui était vieux, témoigna le désir d'ordonner un prêtre propre à l'aider et à lui succéder. Le peuple se saisit alors d'Augustin , qui , cédant à la force , promit d'entrer dans l'état ecclésiastique : il se faisait une idée si sévère des devoirs du saint ministère , qu'il n'obéit à la voix publique qu'avec crainte et douleur. Dès ce moment il commença à prêcher avec un incroyable succès : la piété se répandait partout à sa voix; l'Afrique s'emplissait de monastères , une foule de disciples se pressait autour du prédicateur, qui exerçait à la fois le triple empire de la religion, de la philosophie et de l'éloquence. Il rassembla, comme à Tagaste, dans une maison contiguë à l'église, des

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serviteurs de l»î»*u , que sou exemple porta bientôt bu renoncement des choses de ce inonde. Ces communautés de piètres el de clercs ont servi de modèles . dans ces derniers temps , pour l'établissement «les séminaires. En 593 (il avait alors trenteneuf ans), un concile de la province d'Afrique se rassembla dans la ville d'Hippone , et saint Augustin y parut avec un grand éclat; peu après il commença à combattre les donatistes, qui, sous de vains prétextes, persécutaient l'Eglise et se livraient à mille désordres. En 30-1, il fut fait évèque d'Uippone, et coadjuteur du vieillard Yalère , que jusque-là il avait simplement aidé dans ses fonctions. Sa piété, sa douceur son

savoir, son zèle à convertir les hérétiques, sa charité envers les pauvres, en même temps que ses soins éclairés pour les affaires civiles, lui attiraient la vénération de toute l'Afrique. Plus jaloux d'éteindre le schisme causé par les donatistes, qui avaient gagné la province et qui comptaient plus de cinq cents évèques, par des mesures pacifiques que de s'acquérir la gloire d'un triomphe , il chercha tous les moyens de douceur propres à les ramener : « Au nom de Dieu , leur disait-il , cherchons ensemble et de bonne foi la vérité. — Dans les causes importantes où il s'agit, de détruite de grandes scissions et de faire cesser de grands scandales , il faut savoir se relâcher d'une trop rigoureuse sévérité et employer tous les remèdes que la charité suggère. » C'est par ces maximes dignes d'un évêque chrétien, qu'il parvint à calmer des murmures, à ranimer les esprits et à mériter l'admiration de la postérité. Grâce à saint Augustin , après la conférence ouverte le 1er juin 411, où se trouvèrent plus de cinq cents évèques de part et d'autre, plusieurs prélats rentrèrent dans le sein de la véritable Eglise, et l'on apprit, par la conduite de ce grand homme, quelle est la voie qu'on doit suivre pour éteindre les guerres religieuses. A peine saint Augustin avait-il remporté ce triomphe sur les donatistes , qu'il fut appelé à défendre la croyance de l'Eglise contre les pélagiens. Il les attaqua dans des sermons

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publics et dans des écrits , avant qu'ils eussent été ( on damnés , sans toutefois nommer les chefs , dans l'espérance de l^s gagner par la modération de ses procédés. Mais quand le chef de l'hérésie eut surpris le concile de Diospolis par une confession captieuse ; quand ses disciples , vaincus en Afrique , eurent trouvé des protecleurs à Rome , alors saint Augustin éleclrisa tous ses collègues , devint le régulateur de toutes leurs démarches, et fit condamner les pélagiens par les conciles.

Lorsque, en 410, Rome fut prise par Alaric, et que la plus belle partie du monde civilisé fut en proie aux barbares, saint Augustin , pour raffermir les fidèles ébranlés, explique dans son admirable livre de la Cité de Dieu, ce que c'est que la Cité céleste, c'est-à-dire l'Eglise de Dieu, qui subsiste là-haut dans toute sa gloire et dont quelques fragments sont dispersés parmi la cité terrestre. On retrouve dans ce livre la plus noble peinture de la religion chrétienne; elle y est présentée , comme dans tous ses écrits, avec une douceur pénétrante. En 429-j le comte Boniface, gouverneur d'Afrique, appela les Vandales et le m* roi Genséric. La contrée fut bientôt livrée à mille maux par cette incursion , et les derniers jours d'Augustin , qui pour lors avait soixante-quinze ans, furent rendus bien amers par la vue de cette invasion. En vain Boniface se repentit de sa trahison et voulut arrêter tous ceux qu'il avait appelés; il fut plusieurs fois vaincu, et finit par s'enfermer dans Hippone , où les Vandales vinrent l'assiéger'. Le saint évèque, dans cette circonstance malheureuse, ne se laissa point abattre, et prodigua des secours et des consolations à son troupeau, dont il ne pouvait assez déplorer le sort. Cepeudant il demandait à Dieu de ne pas lui laisser voir la ruine de sa ville épiscopale , et il obtint cette grâce , car il mourut le troisième mois du siège, le 24 août 430. On rendit de grands honneurs à sa mé-

1 Possidius, disciple de saint Augustin, évèque de Caïame, a tracé un tableau déchirant des main causés par les Vandales.

«Il Al' I I RK Vi | | 12!»

moire, autant qu« Les embarras el te trouble du siéuv purent l(

permettre , S.i bibliothèque , qui était précieuse , avait été épargnée par les ennemis.

Saint Augustin ;i continué d'obtenir la vénération de toute l'Eglise. On peut dire parmi les Pères de l'Eglise , il v en a eu de plus savants , de plus habiles dans le langage et d'un goût plus pur ; il y en a eu aussi qui ont eu occasion de soutlïir davantage pour la foi; il n'en est point qui attire plus à la religion, qui la fasse plus aimer, qui pénètre plus dans le cœui de l'homme. 11 a été surnommé le Docteur de I" grâce ; et les peintres dans leurs tableaux, lui ont donné pour symbole un cœur enflammé.

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