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CHAPITRE VIII

Massacre de Djemmà-Ghazaouat. — Départ d'Alger. — Gibraltar. — Cadix. — Cordoue. — Aranjuës. — L'Escuriah — Burgos. — Miranda. — Vittoria. — Bayonne.

C'est le cœur profondément ému , et d'une main tremblante que je trace ces lignes : une sueur de sang couvre tout mon corps.

Dimanche, 21 septembre 1845, M. le lieutenant-colonel de Montagnac sortit de Ghazaouat , dans le but d'empêcher la jonction d'Abd-el- Kader avec Ben-Ab-Den-Kossels , réfugié chez les Traras et de protéger les Souhalias.

11 était , le 22 au matin, à Ganis, d'où il écrivit à M. le capitaine Coflyn , relativement à des guides, lui annonçant qu'il se porterait sur l'Oued- Taouli.

Dans cette même journée , à neuf heures du matin, le capitaine adjudant-major Jonquières, du 10 e d'Orléans , avec cent chevaux du 4 e chasseurs et à peu près autant d'hommes d'infanterie éclopés, vint avec des transports à Ghazaouat chercher des vivres , et demanda , de la part du lieutenant-colonel de Barrai, commandant la colonne mobile de Maghruia , et ce par ordre du général Cavaignac , trois cents hommes du 8 e d'Orléans , et les hommes valides des 19 e léger et 10 B d'Orléans. Le colonel de Barrai avait besoin de ce renfort, pour appuyer, en se portant sur Aïn- Kebira, les mouvements du général Cavaignac, en opération chez les Traras. La lettre du général, qui ordonnait ces dispositions, avait été trente-six heures à parvenir à M. de Barrai.

M. GoÊfyn , dans l'impossibilité d'obtempérer à oe* demandes , remit le capitaine de Jonquières en route , avec les approvisionnements réclamés, l'escadron du 4>* hussards , trente-cinq hommes

des 15 e léger et 10 e d'Orléans, et quelques soldats isolés qui devaient rejoindre à Lalla-Maghrnia.

La lettre du colonel de Barrai , communiquée immédiatement par un exprès à M. de Montagnac, provoqua de sa part une réponse qu'il lui adressa par l'intermédiaire de M. Coffyn, en même temps que cet officier recevait la lettre suivante :

« Le 22 septembre, cinq henres et demie du soir*

» Mon cher capitaine, envoyez tout ce que le » colonel de Barrai vous demande.

» Je ne puis donner les hommes du bataillon » de M. Froraent-Goste.

» Nous sommes entourés de goums considéra- » blés , composés de gens du Maroc. Nous ayons- » eu quelques coups de fusil avec eux*

» Abd-el-Kader arrive ce soir à Sidirfion*- .» Djenara.

» Je ne puis rejoindre DjemmârGhazaouatsans x> exposer les Souhalias à une déroute complète*

» Je vas me tenir sur la ligne où je suis établi*

» Envoyez-moi demain de» vivres de toute na- » ture pour deux jom#, par les Souhalias au bi~ » vouac sur TOued-Taouli.

» Faites toujours de même; tenez-moi au » courant de tout.

» Il faut huit mulets pour les vivres.

» Tout à vous ,

» L. DE MoNTAGNAC. »

La lettre destinée au colonel de Barrai fut expédiée sur-le-champ ; mais elle ne lui est pas sans doute parvenue.

Le 23, le capitaine Coffyn reçut, à sept heures, un billet très-pressé du colonel de Barrai , daté sous Nédroma, cinq heures et demie du matin, et qui demandait instamment des nouvelles du colonel de Montagnac.

Vers huit heures , on entendit distinctement de Djemmft-Ghazaouat une fusillade très-vive dans la direction de Sidi-Brahim , qui dura à peu près trois heures , et cessa complètement. Le capitaine Coffyn fit rentrer le troupeau , prendre les armes, laissa le commandement au capitaine Bidou, et, à neuf heures , il se mit en marche dans la direction du feu , emmenant avec lui cent trente hommes et seize hussards commandés par le sous-lieutenant Roux , qu'il poussa en avant.

À la hauteur de Gamès cette avant-garde aperçut de nombreux cavaliers , les reconnut bientôt, fut chargée, et dut se replier sur l'infanterie. Les crêtes voisines se couvrirent de Kabyles. M. Coffyn regagna la place, qu'il importait avant tout de garantir. Il y arriva à trois heures seulement , après avoir eu à tirailler avec les villages insurgés qui jalonnaient sa route. A peine rentré dans la place, on s'empressa d'y organiser tous les moyens de défense. Mais la plus cruelle incertitude planait sur le sort de la troupe du colonel de Montagnac, au milieu des récits divers des gens du pays , avec lesquels on était encore en communication.

Le 24 , une balancelle mit à la voile , à midi , pour porter à Oran ces premières nouvelles. Le soir, à 10 heures , on vit arriver un hussard du 2 e , démonté, accablé de fatigue et de besoin, qui avait dû se traîner sur les genoux pour atteindre Ghazaouat, mais dont l'esprit était profondément frappé. Il raconta qu'échappé au grand désastre de la veille, il avait vu périr toute là colonne.

Le 26, à quatre heures du matin, un carabinier du 8 e d'Orléans, nommé Rapin, vint confirmer la Nouvelle apportée par le hussard. Il raconta le

désastre de la colonne, dont uncpartie avait pu se retrancher dans un marabout ; mais la fusillade ayant cessé, il: ne doutait point que tous ceux qui s'y étaient retirés,, n'eussent succombé. Rapin, qui avait pu se cacher dans le feuillage d'un figuier, a mis trois nuits pour regagner Ghazaouat*

II paraissait qu'il n'y avait plus à douter de l'étendue de notre perte, lorsque le même jour (26), à six heures du matin , une assez vive fusillade se fit entendre à une lieue de la place. On crut d'abord que c'était la colonne de Tlemeen ou de Maghrnia. On se préparait à prendre les armes , quand, à la hauteur du village de Ouleid-Zizi, on vit déboucher quelques hommes sans armes,, cherchant à regagner le poste. On courut au-devant d'eux ; un coup de canon fut tiré pour les protéger. Le capitaine Corcy , du 4 e chasseurs, qui commandait cette sortie, put sauver douze hommes et ramasser huit cadavres. Un combat s'engagea pour enlever encore quelques morts ou blessés; Un sapeur fut tué dans cette opération hasardeuse.

D'après les récits contradictoires deceoxquif ont pu survivre à cette affreuse catastrophe r il parait que le 22 septembre , vers deur heures du matin,.

fecolonel d«Mcmta^acqdtta«onWw«tet^^8Wêë- Taouli dents la direction de l'est : il «Vattrefn de perfides renseignements. Auprès woir$t0bti son crnnp , au'p^-dnjnur , saHte fofewetfn^cSiéi** Brahim , il y fit préparer te café. 1toeptfhetfRft*dli matin , le ecflonél , laissait ta 'garde des bagage» an commandant Froment^Cotfte , avec la compagnie des carabiniers , et la 9 e compagnie du *8 e i'OrJëans,^ porta*en mtm a^cfcs«*at ff ft s#myagnies du mtëroe %iftarfttai , 'feftas m%r% <eltes >de cent quatre-vingt-cinq hommes, et4toca4ta*n de M. de Saint-Aljftfonse qui coitfplÉN; «oiiartte dhe- •wtex . A trois qnarts -de Ifetie dn 'camp, 'des cavaliers arabes assez nombreux paraissant worr m plateau, les deux premiers pela!^WB de fe^cadr» chargèrent, avec te commffnda^tC^gnwdifti tête. Immédiatement ils ïtrretft <émséB : 9*r tour Jgancbe *par une masse de cavalerie qui se dé M Wto qua .

le colonel de Monlagnac^e lança aussitôt avec *tes deux pelotons de tëmne qift éprWfèreirt te «mfeme *ort. Tiwgtcarva^ers , <d#ffié*te^ ♦escadrons , tinrent se rallier <a*tenr 4fe *1h*aiiterie. Le colonel, mortellement blessé , tôt tfoftàer te carré , envoya te maFédhdHfes^logfe Itarbu or-

donner au commandant Froment-Coste de l'appuyer, et expira quelques secondes après.

Pendant près d'une heure le carré lutta contre les charges ardentes et répétées de toute la cavalerie qu' Abd-el-Kader conduisait lui-même, et qui s'élevait à trois mille chevaux au moins. Les cartouches s'épuisèrent , et enfin , suivant l'expression d'un carabinier , les Arabes , resserrant le cercle autour de ce groupe immobile et devenu silencieux , le font tomber sous leur feu comme un vieux mur.

Le commandant Froment-Coste approchait eu toute hâte avec la 2 e compagnie et une section de carabiniers. Devenu l'objet des efforts de l'ennemi , il succomba sous le nombre avec sa troupe.

Il ne restait plus que le capitaine de Géraud avec quatre-vingts hommes et les petits bagages de la colonne. Cet officier fit former le carré , et réussit , au milieu du feu , à atteindre un marabout, relui de Sidi-Brahim, où il se barricada ; de petites ouvertures lui offrirent des créneaux ; là, pendant quatre heures , il soutint trois attaques , ne répondant aux assaillants qu'à bout portant. Abd-el-Kader lui écrivit chaque fois pourl'enga-

ger à se rendre , lui représentant qu'il ne pouvait échapper , ni à ses cavaliers , ni aux six mille Kabyles qui le cernaient. Capitaine et soldats réjiondirent qu'ils ne se rendraient pas. On arbora sur le marabout un drapeau tricolore formé avec des lambeaux. Le soir, Abd-el-Eader renonçant à les forcer, établit un cordon de gardes nombreux autour de nos intrépides soldats , et continua sa jnarche dans l'est.

Depuis le mardi jusqu'au vendredi 26 , à six heures du matin , le capitaine de Géraud , entouré etattaqué resta dans cette position sans vivres, sans eau. Enfin soixante-treize hommes emportant sept blessés se firent jour à la baïonnette avec une telle énergie , que , pendant une heure , on n'osa poursuivre le carré ambulant. Plus tard, munisde balles qu'ils avaient fendues en quatre , ils repoussèrent encore les cavaliers et les Kabyles , et arrivèrent ainsi entourés à une lieue de Ghazaouat. Mais les munitions et les forces étaient épuisées. Le capitaine de Géraud succomba, et les soixantes braves qui restaient de cette colonne mutilée, s'engageant dans un défilé où ils avaient été précédés , moururent autour de son corps. Douze seulement

atteignirent les murs de la place, sous la prdteo~ lion de la troupe qui était sortie.

L'un fies douze 'braves échappés au masgacre Ile la colonne paf tie de Djemmâ-Ghazaouat , fe capordrLavaîssière , du 8 e bataillon fie chasseurs tf 'Orléans, a donné sur l'admirable combat xïe no» iiéros qui s'étaient d'abord réfugiés dans le marafcotitflefSifli-Brahim, des renseignements quetlnV torien doit recueillir. La scène La garâe meurtA ne se renëpas, s'est répétéemtflaierre d'Mnque; ■une légère variante a étë faite & Papo3tro|3» «riBttme. TEn vérité , 'les motsmanquent pour cx- -primer ce qu'on éprouve au récit de ces *traîte tf héroïsme et de bravoure. La France , tout en TegrQttant ses eiffarits, périt ^enorgueillir-: elle wme'belle page 'Se plus èsns ses fastes mffitaïres. '« §!*«&. reatait^lus fle notre beau 'bataillon que «jutftre-vmgMroisiiommes, sous'les ordres du ca- «pHaine dt* Gérauttàt (hf lieutenant'Chappedélaine > laissés à la gardetdesîragages pendant Taétîon.Te 4oéteur 'Boragdtti ôt interprète 'Levy s*y trouraient. }Le capitainede^'éraud voyanttorit perdu, songea àinettre sa troupe à couvert Bt se dirigea «wtemarabotit de SiflWBrahim , à un quart-d*heure

sur la droite. Sa retraite ne se fitpas sans combat* ilflerditcioq homme». La porte dumarabout étant très-basse,Jes hommes escaladèrent les murailles; une partie des bêtes de somme put entier dans la cour,, qui présentait un- carré contenant vingt hommes sur chaque face.. Chaque homme, avait quatre paquets de cartouches , et comme on avait abandonné le&sacs .,. il y avait très-peu de vivre»; il était onee heures du,matin,.

» Le capitaine me fît monter sur le marabout, au milieu? de& balles ennemies „ pour planter un drapeau formé de la. ceintura rouge de Sk Chap*gtpdelai&e „etde mon mouchoir bleu- Ce drapeau devait avertir la colonne du colonel de Barrai,, qpe l'on savait à, tnoia lieuas-. Je descendis, puis jp remontai avec une lunette „ et regardai, dans la campagne sans rien, voir. Bientôt le marabout fut entouré par la cavalerie ennemie. Ahd-el-Kader envoya un prisonnier sommer M. de Géraud de se rendre :. on répondit qji'on ne voulait pa» sa rendre. ILfit écrire une lettre par un de ses chefs» et la fit porter par un, cavalier arabe qu'on laissa approcher, après» l'avoir fait descendre de cheval. La lettre disait que si l'on ne se rendait pas, l'émir

ferait couper la tête à tout le monde. Le capitaine de Gératid répondit que les Français mouraient , mais ne se rendaient pas , qu'ils étaient tous prêts, et bien résolus jusqu'au dernier.

» Cette réponse fut à peine reçue que le feu commença sur les quatre faces ; le mur était haut de quatre pieds. Le feu et le jet des pierres dura cinq quarts d'heure : on se battait à bout portant. Abd-el-Kader se retira et alla campera dix minutes du marabout. Il était deux heures. Jusque-là il n'y avait eu que le sergent Styart de blessé à la joue droite. Nous avons dû tuer beaucoup de monde.

» L'attaque recommença de la part des Kabyles à coups de fusil et à coups de pierres. La nuit on tira peu. Le lendemain 24, à dix heures, Abd-el- Kader revint avec ses cavaliers et ses fantassins. II tint sa cavalerie éloignée et fit attaquer par son infanterie. Nous avions passé la nuit à faire des demi-créneaux aux murs et nous avions coupé nos balles en quatre ou en six. Nous nous sommes presque constamment battus jusqu'au lendemain à deux heures après-midi. Alors Abd-el-Kader fit sonner la marche de la cavalerie par un de no» clairons prisonniers. Il ne laissa autour du ma-

rabout que trois postes d'observation , de 150 hommes chacun, composés des Ouled-Djenane > des Souhalia et des Msirda.

» A la fin du troisième jour , nous avons commencé à avoir faim et soif ; nous avions été réduits à boire de l'urine mêlée avec un peu d'eau-de-vie et d'absinthe. On fit le complot de partir dans la nuit , mais comme les factionnaires s'étaient rapprochés et postés de six pas en six pas , nous avons cru devoir rester la nuit. Les Arabes nous disaient que si nous voulions , ils nous donneraient de l'eau à boire et bien des galettes à manger. A sept heures, on s'est préparé à partir. Nous avons franchi le rempart, les officiers en tête, pour courir sur le premier poste à la baïonnette, et nous l'avons enlevé toutdesuite. Trois factionnaires eurent seulement le temps de tirer. La colonne se mit en marche, en carré de tirailleurs; elle reçut trèspeu de coups de fusil, les hommes étaient trèsfaibles et très-fatigués, Elle marcha jusque vis-àvis du village des Ouled-Zeri , de l'autre côté du ravin, sans avoir plus de quatre blessés.

» Arrivés à la pointe du plateau , on a formé le carré pour se reposer, et nous avons vu alors les

Oule&Zeri sertirde leurs demeures avec leurs fusils et descendre dan* le ravim Les-gens de Sidih Hamar et des autres viUagas environnante descenr datent aussi, dam le ravin, pour nous couper. Ils a*a»eDÊ été prévama, pan deux. o«vaUe«k II était plu* de h*ifcbeuiw v uo«a^liûnspf^sés^ttquaue para, OÛ*i Kabyle*» efcon atpenaéqoele plus sûr moyen était de fondre par. la ligpe la plus courte wr lesr Alrabes^BiQi«^lwlMientJairoute..Oiodaa- ^eBdit , UMyoumtQqftoteftrvaot, \m mène faonation» attmliaNwlitMwiifc^a^foraaa tacar*é, et JàiLyeut beau(K)Ufl4fis>nôtne»4ai4té^ U# i^eqmuwient tirer suc nous àioknetde teiifrcÀtéa : aau&avioi» épuisénot»e dflmièee <mtou<A<fe En&^on.gagnaJe bas diwavin e4aaJfamw*mJtt>^ %uiei^aftitt ^étioflfrpJus^iMaqpariaûte hommes; notti* hmm lkuteoant > M . Gbaftpedelaine ,. avait ététué#»trcik(teuwàm^Qt le. troisième carré ;,au nailie*4u« dernier étoiont encore, debout bcayin feue» te ahiwçgiôo. et l'iatecpcète. Us Axabas étattnttaUâaietft nomkreuaqpt'iina taewe générale allait avoir liem ÀJor&>, ne pnenaotcooseil qpe de nota* déseapoir r eh rfolufrà» vendre; chèrement «otaa-WQr^agAè^QOU&âtoe eotmuafffo et dit un

— 2X3 — dernier adieu , nous nous précipitons sur les Arabes à la baïonnette , nos officiers toujours en tête, Quatorze ont pu se faire jpur et être recueillis bientôt par la garnison de Djémmft, qui venait à nous. Deux sont tombés morts en arrivant. »

Un autre trait sublime a échappé à Ta plume du naïf historien , et complète dignement Iè récit de cet héroïque épisode de nos guerres d'Afrique.

BT. le capitaine-adjudant-major Du tertre, du 8 e chasseurs d'Orléans, faisait partie du petit nombre de prisonniers tombés entre lès mains de l'ennemi. Âbd-el-Kader, voyant qu'il' ne pouvait forcer les courageux combattants du marabout de Sidi-Brahtm, imagina de leur envoyer ce capitaine avec injonction de. les décider à se rendre, sous peine d'avoir lui-même là tête coupée. Le capitaine Dutertre s'approche en effet du marabout ; mais au lieu de faire ce que voulait l'émir; il crie à ses anciens compagnons d'armes : « On me me- » nace de me décapiter , si je ne réussis pasà vous » amener à mettre. bas les armes; et moi, mes » amis , je vous exhorte à ne pas vous rendre et à » mourir tous jusqu'au dernier, s'il le faut. »

Abd-elrKader, furieux de voir que cette démar-

che était restée sans résultat, fit en effet décapiter le capitaine Dutertre. Régulus a conquis l'immortalité pour un trait qui n'est pas plus beau que celui-ci.

L'agitation gagnant la plupart des tribus vint interrompre nos excursions.

Mon père , Victor et moi , nous désirions vivement voir le Poitou. Un tombeau nous y appelait et la voix chérie qui ne devait plus frapper nos oreilles retentissait toujours au fond de nos âmes. Nous nous cachions mutuellement notre pieuse

douleur ma mère! si du moins nous avions

pu t'embrasser à notre retour!....

Nos préparatifs ne furent pas longs ; le 8 octobre nous nous embarquâmes pour Gibraltar, où nous conduisit un vent favorable.

Ce promontoire de la Méditerranée , situé vers l'extrémité méridionale de l'Espagne , au sud-est de la province de Cadix, forme avec le promontoire de Ceuta , qui a pour extrémité la pointe d'Afrique, l'entrée orientale du détroit de Gibraltar. Ces deux montagnes (Gibraltar et Ceuta) ont été désignées parles anciens sous le nom de Colonnes d'Hercule .L'origine et la fondation de la ville de

Gibraltar , située sur la côte occidentale et au pied du promontoire de Gibraltar, se perdent dans la nuit dès temps. Il est certain toutefois que les Phéniciens et les Carthaginois ont eu des établissements sur cette côte. En 71 1 , les Maures s'emparèrent de la ville et du mont Galpe tt donnèrent à celui-ci le nom de Djebel-Tarif (mon^ Tarif), dont Gibraltar n'est qu'une corruption. Gibraltar fut primitivement fortifié , dans le style moderne , par Charles-Quint. Le 24 juin 1704, les Anglais s'emparèrent du fort et de la ville, après un siège de trois jours. Depuis cette époque , ils ont conservé cette possession , malgré les efforts que les Espagnols et les Français tentèrent à diverses époques pour la leur enlever.

Après quelques heures de relèche dans la baie de Gibraltar , nous descendîmes à Algésiras , d'où nous nous rendîmes à Cadix , belle , grande , riche et forte ville de l'Andalousie , avec un port tnagnufique où les vaisseaux marchands abordent de toutes parts. Nous visitâmes la cathédrale , entièrement bâtie de marbre ; c'est un superbe morceau d'architecture. Les environs de Cadix sont stériles et privés de bonne eau. Elle a été bâtie par les

Qnpïtapdiqua c'est dansdm laiguephénicienna ffl'il fanfahapcber Kétymotogi* dii,nom q|ifi l'E** pAgaa porta aurore: an#>iiid'lraû. Ce. pay*,, aek* (^guat^ ét^j^disremplid'uDAsi^paBde qpmtilè daJopaav dne. ce» animaux ,àleacce deicreuserla tame, allaifat jji^, , àrenw»&fcle& maisons* Sa* jfta*,,en. langue hébraïqua»peu différente, de la j^éuicienn^signifie/agi*. S#ony^4anslamême langue, A$ù las Latins ont tait Hisgotnaot nom JEsgagw^ veut dir&.pleine de lapine.*

ûe Cadix nous allâmes à, Confond , patrie, des deux Séaèquese,, du, poète Juicain,, f d!Ayermè& et de Gonzalve Fernande^, plus conni» sousJe nom de Gonisrlve de Cordoue. Silius. Italien* rapporte Isufondation de cette, ville, aux Romains ,. arant la draxiànraguerre puniqpa. JîUe tomb&enâd&aaiis ladominatiou de9 Maures* Abdérame, après s'être rondiL indépendant dwealife darDamasv en fit la capitale, de ses états- La cathédrale est une an*aîanne mosquée*,, faste mais, basse : les colonnes qpi la, soutiennent,, et les ornements qpuWy, a ajputés >, sont infiniment gracieux et méritent de £xa& l'attention (tes, voyageurs.. Le roi< Ferdinand

la neprifr sur le& infidèles aui treizième siècle. Eor suite, nous oott» dirigeâmes, vers Grenade , dans la pmfiocederAiulalpttsi^autrfifoi&toJleû}^ oit les* poètes, avaienj glacé le heoheur*. Une plaine appelée lf%i»eauv«iate de vignes *de,gpeaadiera, d^fig»ier&,,damùrie*s * d'arangprs , est dominée par l'Alhambra, ce palais des anciens rois maurea, .6tqwaj^di*an.wcaitpUiprend»e pour une habitation4a*géwa«.. Ensuite nomtm&$&me& la patrie d& l'iltatre' chewJiec d&la,Hancha* et nous visil^MAw^& $t mamn>TQ%fù& au, noed-est de ÏQlàdA^whw&i^Ja.capitala.deitauta L'Espagne, iiyflwcl'taii ta deuxième de. la uoa&elle. GastiUe* B/AraojuèaHbOt^nonavtoiiasJfl Tage, nous vînmes fcModri&wto^ la place de

KHàtelT^Vitta^petite, r mai&réguUèœ^eUécojée d'une belle font^e^dônt»l^s,scttlptiirftsalléga- |^i*w^ej^^iUafttle^armeadj9,GaBJille < etdeLéon. Ws#utopmHaôna(WpuWquedanai' enceinte clé la tille* eflfiifrPcadfl,, cKune languem cû^idémble, itttfe^maiteop'pw.deJâf.geiu:. U estoené d'allées «y*ribre**ya ^^plasiflttrsJbelJfî&fiwitaiBes» Le. palais d&iwU'Ufadea flta*beau**de l/EurQpe:„est situé dans la partie occidentale de Madrid * w. une ha*-

teur, en face de la belle campagne de la Casa rêal del campo, et sur la rive droite du Mançanarez. Le BuenrRetiro est un autre palais royal, qui occupe avec ses jardins une vaste étendue dans la partie orientale de la ville. Le pont sur le Mançanarez est magnifique ; mais il est souvent privé d'eau.

A sept lieues de Madrid , nous passâmes par l'Escurial , superbe monastère, où le roi et la reine d'Espagne ont leurs appartements. Ce mot vient d* escorta, latin scoria, qui signifie l'écume du métal, parce que anciennement on exploitait des mines de fer dans cette partie de la nouvelle CastiHe. Il est passé en proverbe en Espagne , qu'on n'a rien vu , si l'on ne connaît pas l'Escurial. C'est dans ce monastère que se trouve la chapelle funèbre où les rois d'Espagne sont ensevelis.

De l'Escurial nous prîmes notre route par Ségovie , dans la vieille Castille : parmi un grand nombre d'édifices, on y admire la maison de la Monnaie et le superbe aqueduc qui conduit de l'eau dans cette ville, située sur une montagne , entre deux collines : c'est l'un des plus grands ouvrages des Romains*

Enfin nous entrâmes dans Burgos , dont la superbq cathédrale gothique nous annonça l'approche de la France. C'est la capitale de la vieille Castille : les places , les édifices publics et les fontaines sont de la plus grande beauté. A Miranda, nous saluâmes l'Èbre qui vit le premier pas du célèbre Ânnibal ; et , après avoir traversé Vittoria , dont les grandes rues sont bordées de beaux arbres , et franchi les charmantes montagnes de la Biscaye , nous arrivâmes à Bayonne baignée par la Nive et l'Adour , et dont les principales fortifications sont du célèbre Vauban. L'entrée de son port est difficile, mais les vaisseaux y sont en sûreté.

La baïonnette, cette arme dont l'auteur reste inconnu , y fut inventée en 1670.

On lit ces vers dans la Henriade , chant VIII :

Cette arme , que jadis, pour dépeupler la terre. Dans Bayonne inventa le démon de la guerre , Rassemble en même temps , digne fruit de l'enfer, Ce qu'ont de plus terrible et la flamme et le fer.

La Harpe a dit aussi :

Que la baïonnette homicide

Au devant de vos rangs , étincelante, avide,

Heurte les bataillons par le fer déchirés.

Le fer, amist le fert il presse le carnage; €ftst l'arme de Français , c'est l'armed* comqp , Carme de la victoire*, et l'arbitre du sorti lie fer!... il boit le sang; le sang nourrit tarage, Et la rage donne la mort.

FDf.

XAME DES CHAPITRES.

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