MI LIA N AH, TEN1ED-EL-HAD ET BLIDAU
obligées de traverser des torrents à gué ; ce qui impatientait fort Mary, qui trouvait aussi le paysage trop monotone : aussi me proposa-t-elle de renoncer à la forteresse et de prendre par un joli vallon à gauche; ce que nous finies en remontant le cours du torrent, et nous atteignîmes bientôt une plaine ombragée par des pins et parsemée de nombreuses tentes arabes.
Après avoir déjeuné, nous acceptâmes l’invitation que nous fit le scheik d’entrer dans sa tente, dressée sur un
Tente de Bédouin.
monticule au-dessus du ruisseau. A notre approche, les chiens de garde aboyèrent avec fureur, et, sans l’intervention de leur maître, nous auraient certainement mises en pièces. Nous pénétrâmes donc dans l’habitation basse et sombre du Bédouin, suivies d’une troupe de femmes et d’enfants tous tatoués et presque entièrement nus. Deux petits veaux étaient couchés près de l’appui de la tente, un agneau apprivoisé était attaché un peu plus loin; des poules et des coqs voletaient autour de nous, et, tout effrayés, s’embarrassaient dans nos jambes : c’était presque une arche de Noé. Une des femmes était occupée à tisser la toile rayée de brun et de blanc qui sert à faire les tentes; elle travaillait aussi adroitement
l’algérïe contemporaine.
que nos tisserands et sur le même principe : elle passait la navette dans la trame étendue sur des poulies. Toutes ces femmes avaient les yeux peints avec du « kolil », ainsi que certains tatouages sur le menton, comme signes caractéristiques de leur tribu ; l’une d’elles portait un coquillage autour du cou en guise de talisman. Mais elles étaient toutes laides et maigres à faire peur : ces pauvres créatures ont l’air de mourir de faim. Autour des tentes, des troupeaux de chameaux et de brebis paissaient sons la garde des enfants. Ces Arabes nous donnèrent à entendre qu’ils étaient nomades, et qu'ils quitteraient la plaine dès qu’il n’y aurait plus d’herbages pour leurs bestiaux.
Tandis que nous parlions, deux des fils entrèrent : c’étaient de fort, beaux hommes, portant le costume bédouin. Ils nous saluèrent avec une gravité empreinte de courtoisie, et nous montrèrent leurs chevaux, qui étaient attachés à l’entrée, de l’habitation. A leur approche, les femmes avaient pris la fuite; mais, la curiosité reprenant le dessus, nous les vimes bientôt soulever furtivement un des coins de la tente, pour nous regarder encore lorsque nous remontâmes à cheval. On nous donna pour notre dîner un énorme hol de couscous : c’est une espèce de pâte que l’on pétrit de façon à ce qu’elle forme une sorte de semoule ; on la sert soit avec du lait caillé, soit avec une soupe graisseuse, mélange abominable, â mon avis, et avec lequel il me fut impossible de jamais me réconcilier.
Le lendemain matin, à cinq heures, nous remontions dans noire affreuse voiture pour retourner â Milianah,