AL CE K
Comme c’était mi vendredi, nous rencontrâmes des
Mosquée de Sidi-Abder-Jlaliman.
l'emmes vêtues de blanc qui se glissaient comme des spectres d’une tombe à une autre, pour les joncher de myrte et
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de jonquilles, et y déposer leurs offrandes de bouillon, de pain et de vin. À en juger par leur air de recueillement, les prières de ces pauvres musulmanes étaient sincères; l’une d’elles, en particulier, me lit mal à voir, car c’était une mère qui pleurait un fils unique enlevé à la Heur de l’àge; elle avait recouvert sa couche funèbre de fleurs odorantes.
Nous montâmes non sans fatigue jusqu’à la Kasbah (forteresse), pour y voir une ancienne mosquée d’une simplicité tout à fait primitive, qui n’a pour tout ornement que quelques belles colonnes de marbre; puis nous redescendimes par des rues étroites et malpropres, dont les contreforts en saillie projetaient leurs ombres sur des murs d’une blancheur éblouissante, et nous arrivâmes bientôt devant le palais du dey, ce dernier dey dont le célèbre coup d’éventail lui coûta son trône et donna Alger à la France. La petite mosquée qui faisait face au palais, a été convertie en chapelle et en école catholiques. A l’entrée se trouve une grosse chaîne qui jouit, comme qui dirait, de la propriété du droit d’asile, car tout criminel qui s’y affiche est désormais à l’abri des poursuites de la justice. Quittant la Kasbah, qui sert aujourd’hui de caserne, nous enfilâmes des rues pittoresques, dont les maisons avaient des voûtes sculptées et des portes garnies de clous dans le genre de celles de Tolède. Nous nous arrêtâmes chez Mme Barroil, qui est à la tète d’un ouvroir de cent vingt li lies arabes. Ces enfants travaillent parfaitement : elles font de la lingerie fine pour trousseaux, layettes, etc. Nous allâmes aussi voir l’école arabe dirigée par MmeLuce, où
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une foule de jeunes femmes et d’enfants sont occupées à broder divers articles. Dans ces deux établissements on ne donne aucune instruction religieuse ; on cherche simplement à moraliser les personnes qui les fréquentent et à leur fournir les moyens de gagner honnêtement leur vie. Je commandai deux robes de bal chez Mme Luce, et je fus émerveillée de la promptitude et de la perfection avec lesquelles elles furent confectionnées. Ces jeunes ouvrières brodent également des mouchoirs et des écharpes, et leur travail a ceci de remarquable : c’est qu’il n’a pas d’envers, de sorte qu’on peut porter les articles brodés, qui sont d’une finesse exquise, aussi bien d’un côté que de l’autre.
Avec quel bonheur n’allâmes-nous pas ensuite fouiller dans de vieux magasins et dans les bazars, achetant ici des ustensiles kabyles, là des écharpes de gaze lamées d’or, pins loin des images du pied de Mahomet, etc., etc. ! Pour couronner le tout, nous entrâmes dans un café maure pour nous reposer sur des divans recouverts de nattes et boire du café à la turque.... L’illusion était si complète, que nous nous imaginions être encore en Syrie.
En redescendant, nous visitâmes une autre mosquée, qui présente les mêmes détails d’architecture que les précédentes. Celle-ci était aussi pleine que possible d’hommes et de femmes en prière. Nous donnâmes un coup d’œil à la synagogue, qui venait d’être restaurée : on y remarque une belle grille en bois sculpté, servant à séparer la partie réservée aux femmes de celle des hommes, selon l’usage israélite.
J’ai déjà dit, on mot des excursions charmantes et variées qu’on peut faire dans les environs d’Alger. Grâce à l’amabilité de lady L.-T. (dont la jolie villa mauresque est une des curiosités de Mustapha-Supérieur), nous n’en manquâmes aucune digne d’intérêt, et nous les limes dans la société la plus agréable possible, he premier jour, lady L.-T. nous conduisit à Bou-Zarea, par une jolie route, et de là au tombeau pittoresque de Sidi-Nouman, ombragé par des palmiers éventails, dont les branches non taillées forment un rideau épais de sombre verdure, qui se détache bien sur le fond blanc de la coupole. De celte « koubba », distante à peu près d’un kilomètre du village, on jouit d’un point de vue magnifique. En revenant, nous descendîmes dans un ravin pour y cueillir des fougères très rares, tout près d’une villa abandonnée, dont le jard in était encore rempli de roses et de jasmin. En passant par la gorge des Trois-Vallons (du côté du faubourg Saint- Eugène), on nous fit remarquer la célèbre « koubba » de Sidi-Medjber, auprès de laquelle coule une source merveilleuse, très fréquentée par les femmes musulmanes, et qui prend naissance au fond d’un bois presque impénétrable d’orangers, de citronniers, de grenadiers, d’amandiers et de figuiers. Le ruisseau longeant le chemin sinueux se change chaque hiver en un torrent impétueux et inonde ses rives, qui n’offrent aucune résistance, vu la nature du sol très friable : aussi l’effondrement des routes qui a lieu constamment, fait-il le désespoir des ingénieurs, ainsi que celui des habitants de ces vallons pittoresques : car ils ne sont jamais certains que leurs maisons ne changeront pas de place du jour au lendemain; et,
A LG Eli.
quand on va en voiture à la ville, on n’est pas sur de retrouver une route à son retour.
Fontaine près d’Alger.
Sur le liane d’une colline se voient de nombreuses tombes israéliles éparses çà et là; elles sont assez élevées
et ont la forme de losanges : ce qui leur donne un aspect original.
Nous rentrâmes à Alger par la vallée de la Carrière, ainsi nommée parce qu’on en a extrait toute la pierre qui a servi aux nouvelles constructions d’Alger. La route est jolie et bien boisée; un torrent impétueux traverse le vallon, et de charmantes villas mauresques se cachent coquettement derrière des massifs d’aloès et de palmiers.
Nous étions naturellement désireuses, pendant notre séjour en Algérie, de connaître autant que possible les mœurs et les usages propres à scs différentes nationalités :
Chemin de la grotte de la Sorcière.
rien d’ailleurs ne contribue aussi puissamment à donner un intérêt piquant au pays que l’on visite. Nous prîmes donc, un mercredi, de grand matin, la route de Saint- Eugène peur nous rendre à une grotte située au bord de la mer, et où se pratique depuis un temps immémorial ce
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qu’on appelle « le sacrifice des négresses ». Des femmes et des enfants y accouraient en foule à pied et à dos de mulet; des domestiques suivaient, portant sous leurs bras une quantité de poules blanches et noires. A l’endroit indiqué par notre cocher, nous descendîmes de voilure pour gravir un escalier très raide taillé dans le roc, qui conduisait à la plage par un sentier tournant brusquement à droite, derrière une falaise en saillie, et laissait apercevoir une caverne demi-circulaire, auprès de laquelle jaillit la source de Seba-Aïoun ou des « Sept-Fontaines ».
Au milieu de cet antre était assise une vieille négresse, laide comme le diable, enveloppée d’un manteau rouge et coiffée d’un turban blanc; elle avait tracé un cercle sur le sable, droit devant elle, au centre duquel se voyait un fourneau primitif, sur lequel mijotaient de petits pots de terre remplis d’encens et de benjoin. Bientôt une dame arabe se présenta en pleurant amèrement, et disant que son mari ne l’aimait plus et qu’il s’était épris d’une autre femme ; elle prit des mains de sa suivante deux poules blanches et deux noires, les donna à la sorcière, qui l’encensa ainsi que les volatiles, puis les saisit par les pattes, les brandit trois fois autour du corps et de la tête de la dame, et se mit alors à leur couper le cou lentement et partiellement. Avec le sang, qu’elle recueillit dans un bassin de métal, elle oignit les pieds, les mains, le front et les yeux de sa cliente, tout en récitant des prières ou plutôt des incantations magiques, pendant que l’épouse délaissée joignait ses mains et les levait en signe de soumission. Quant aux pauvres poules, elles n’étaient qu’à moitié mortes, et c’était à la façon dont elles agonisaient qu’on voyait si le sortilège avait
I/A! OÉlilK CO N T KM PO !i MNF.
réussi : agitaient-elles leurs ailes tremblotantes du côté de la mer, c’était bon signe, et les négresses poussaient leur cri perçant de « Li ! li! » d’un air triomphant; si, au contraire, les malheureux oiseaux se débattaient du côté du rocher, le charme était rompu et l’affaire était à recommencer. La dame arabe dut ensuite boire de l’eau de la source des Sept-Fontaines et s’y laver par trois fois; puis elle fut encore encensée par la sorcière avant de se retirer. Les mêmes cérémonies se répétèrent pour chaque personne qui venait consulter la sorcière et son chaudron magique. Le sable était couvert de sang et d’oiseaux mourants, spectacle qui nous soulevait le cœur. D’autres négresses, vêtues de haiks à carreaux bleus, à l’aspect le plus repoussant, servaient d’acolytes aux « guezzanates » ou sorcières principales, et en étaient dignes à tous les points de vue.
Ces sacrifices, qui datent du temps des Romains, ne sont autre chose qu’un reste des superstitions païennes. Ce qui m’affecta douloureusement, ce fut de voir non seulement des Juives, mais des chrétiennes recourir à ces rites et à ces maléfices horribles pour obtenir des guérisons. Je demandai à une femme que j’avais vue le matin même à la cathédrale comment sa conscience lui permettait de faire usage de pareils moyens. Elle me répondit, à ma grande surprise : « Je crois aux guérisons effectuées par ces négresses; et, si elles tiennent leur puissance d’une mauvaise source, dans tous les cas, il en résulte du bien. Dieu est au ciel, et nous sur la terre. Il peut bénir tous les moyens que nous employons. »
Cette femme avait amené son petit garçon, qui avait la fièvre. Pour le guérir, les sorcières le barbouillèrent de