‹ L'Algérie contemporaine illustréeChapitre 24 sur 45 · L ’ A L G É I! I G C 0 A T E M I' 0 RAINE · texte numérisé non relu

L ’ A L G É I! I G C 0 A T E M I' 0 RAINE

des Arabes; mais ceux-ci, qui s’occupent volontiers du soin des bestiaux, ne veulent pas travailler à la terre. Aujourd’hui il emploie des journaliers français, auxquels il donne 25 francs par semaine, et des Espagnols comme terrassiers. M. M... regrette beaucoup que tous ces ouvriers n’entendent rien aux machines anglaises, qui suppléeraient si avantageusement aux hommes, qu’on a tant de peine à se procurer dans ce pays b

Pendant mon séjour à Alger, on me demanda si je voulais me charger d’envoyer une portion de notre population surabondante pour coloniser l’Algérie; mais, comme le comité d’émigration, tout eu se montrant très désireux d’avoir des ouvriers anglais, n’avait rien organisé pour les recevoir, je me lis ce raisonnement qu’il serait de la dernière imprudence de débarquer un émigré anglais sur une rive étrangère dont il ne connaît ni le peuple ni la langue, sans qu’il y ait quelqu’un pour le guider et le diriger dans les commencements. La maréchale de Mac-Mahon avait fait venir des Irlandais il y a quelques années; on les envoya dans une localité malsaine : la plupart de ces pauvres gens moururent de la fièvre, et ceux qui survécurent durent être renvoyés malades dans leur pays. Il est certes bien à regretter qu’un pays aussi riche, aussi magnifique, demeure ainsi abandonné et en grande partie inculte, quand il suffit de gratter la terre pour avoir des récoltes splendides; tandis que des milliers de nos compatriotes meurent de faim en Angleterre, faute de travail.

1. Depuis que j'ai écrit ce cliapilre, j’ai appris que M. M... avait cédé sa ferme à son associé français.

LES INSTITUTIONS CHARITABLES D’ALGER

Mais tant qu’on ne se sera pas organisé de manière à recevoir, à protéger les colons anglais qui pourraient émigrer en Algérie, et à veiller sur leurs intérêts, toutes les tentatives qui seront faites dans ce but n’amèneront que de cruelles déceptions.

J’allais oublier une des causes les plus sérieuses de

La fontaine bleue à Alger.

l’insuccès des colons français : je veux parler des incendies. Il arrive trop fréquemment que, lorsque les récoltes ont atteint leur parfai te maturité, les Arabes viennent en cachette v mettre le feu, et détruisent ainsi en une seule nuit toutes les espérances de l’agriculteur. On nous montra aux environs de Marengo toute une étendue de pays boisé, noirci par le feu et complètement perdu. Eu vérité, il y a là de quoi décourager le colon le plus entreprenant.

Espérons toutefois que le résultat de la dernière insurrection donnera plus de sécurité, et que l’immigration des Alsaciens-Lorrains (qui commençait lorsque je quittai Alger) contribuera, par le travail persévérant de ces nouveaux émigrés, à changer graduellement l’aspect du pays. N’oublions pas non plus que l’Algérie esta peine colonisée, qu’elle est à peine sortie de l’état d’un pays conquis par la force des armes, et que jusqu’à ce qu’elle soit entièrement pacifiée on ne pourra entreprendre que bien peu de chose pour sa colonisation.

Zouave donnant son pain à une Arabe pauvre.

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