L’ÀL G K R 1 E C 0 N T E M P 0 R A I N E
du terrain fertile et bien arrosé qui s’étend à leur pied. Il y a environ 180 000 palmiers dans l’oasis du Ziban : ce qui fait cent arbres par arpent. Chaque palmier-dattier rapporte en moyenne vingt-cinq francs par an à son propriétaire. Les arbres commencent à donner dès l’âge de huit ou dix ans, et continuent de produire jusqu’à l’âge de quatre-vingt-dix ou cent ans. L’impôt prélevé par le gouvernement français est de soixante centimes par an sur chaque dattier. Le fruit se forme en mars et arrive à maturité au bout de sept mois, c’est-à-dire en octobre : car les propriétés saccharines de ce fruit ne se développent complètement que sous l’action d’un soleil ardent. Les meilleures dattes sont celles de Souk, oasis située plus avant dans le Sahara : elles ne se dessèchent pas si vite que les autres. Autour de chaque palmier on creuse un fossé qui contient six pieds cubes d’eau et qui doit être toujours rempli. Un arbre exige donc plus de 500 pieds cultes d’eau pendant les sept mois qu’il faut à ses fruits pour arriver à leur complète maturité. Ce système d’irrigation fonctionne avec la plus grande régularité. On ouvre des canaux à des intervalles convenables pour conduire l’eau de la rivière à chaque bosquet de palmiers, et l’on veille à ce qu’ils ne soient jamais à sec. Les fibres et l’enveloppe des fleurs du dattier, qui ressemblent au fourreau d'une épée, servent à faire de bonnes cordes; mélangées avec du mortier, elles forment du torchis pour les maisons indigènes. Les dattes sont l’aliment par. excellence de cette population. Avec les feuilles de ce fruit, on tresse aussi des corbeilles ; elles remplacent également le chaume. Quand un palmier-dattier ne donne plus, on fait une incision à la cime pour en
Palmier-dattier. — Récolte des dattes.
extraire du vin (nous en goûtâmes et Je trouvâmes fort mauvais) ; le tronc est ensuite creusé : on en fait des conduits pour l’eau, des colonnes et toutes sortes de meubles. Quand on les emploie pour soutenir des portiques de maisons, ces troncs arrondis ne ressemblent pas mal à des colonnes antiques de marbre: en un mot, au point de vue de la beauté comme de l’utilité, aucun arbre n’égale le palmier-dattier de ces oasis, avec « sa tète dans le feu et ses pieds dans l’eau », selon le dicton arabe. M. Hardy, directeur de la Société botanique d’Alger, a calculé que chaque palmier produit soixante-douze kilos de dattes par an, et que leur valeur au marché est presque équivalente à celle du blé; il ajoute qu’il y a soixante-dix variétés de dattes dans le Ziban, et (pie même le noyau de ce fruit ramolli dans l’eau sert de nourriture au bétail, qui en est très friand, de sorte qu’aucune portion de cet arbre précieux n’est perdue.
Dans l’après-midi, M. Médan eut l’obligeance de nous conduire lui même dans sa petite voiture jusqu’aux ruines de l’antique cité arabe de Biskra, dont il ne reste aujourd’hui qu’un minaret et la Kasbah ; puis nous visitâmes un grand jardin botanique, planté de bananiers, de bambous et d’autres plantes des tropiques, telles que le sucre, le café, le riz, etc. Malheureusement, le directeur était absent. Notre bote nous fit aussi voir le château d’un jeune Français de famille noble, qui avait acheté une portion considérable de l’oasis de palmiers, et avait créé un jardin superbe autour de son habitation. Lui aussi était absent en France pour le moment. Je trouvai cette propriété vraiment digne d’envie, et je m’étonnai qu’il y eût si peu de capitalistes
RATNA, LAMBESSA, ETC
disposés à placer leurs fonds de cette manière, quand ce ne serait que pour avoir une charmante résidence d’hiver. Pendant six mois de l’année, le climat de Biskra est tout ce qu’on peut rêver de plus délicieux : il n’y tombe pas une goutte de pluie; l’air y est pur et léger comme dans la haute Égypte. Entre le château de ce propriétaire
Le soleil couchant jetait sur les montagnes et sur le désert.
noble et la ville, se trouve le village nègre, habité uniquement par cette race, qui vit tout à fait à part, dans des masures et des rues malpropres, où des troupes de petits enfants nus et noirs comme l’ébène se vautraient dans le sable. A notre retour, le soleil couchant jetait sur les montagnes, la rivière et le désert, des teintes d’un rose exquis, qu’on ne voit qu’en Afrique, avec des dégradations de tons pourpres, verts et jaunes, qu’il est impossible de décrire, mais que l’on contemple avec d’autant plus de bonheur qu’on songe aux teintes grises et