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CHAPITRE PREMIER Les premiers habitants de l'Algérie

Ckilisation de la pierre. — Les plus anciens souvenirs que les hommes aient laissés en Algérie sont, comme ailleurs, des armes et des outils de pierre. Ces objets appartiennent à l'époque que les géologues appellent quaternaire ou à des temps plus ou moins reculés de Tépoque actuelle. On les trouve à peu près partout où on les cherche, soit dans des terrains formés d'alluvions très anciennes, soit dans des grottes, soit à fleur de

terre ou presque h la surface du sol, surtout sur des emplacements d'aleliers et de campements, établis d'ordinaire contre des sources.

A Palikao, non loin de Mascara, des massues très grossières, des racloirs, des pointes ont été recueillis avec les débris d'un foyer et des ossements d'hippopotame, de rhinocéros, d'une grande espèce d'éléphant aujourd'hui éteinte ; ces restes étaient ensevelis sous une colline de sable haute d'une trentaine de mètres, formée par des apports d'eau courante et recouverte elle-même par une couche de grès. Près de Montagnac (dans la province d'Oran), une mare contenait des outils et des armes analogues^ avec des échantillons de la même faune.

Les abris sous roche que l'on a fouillés dans le voisinage d'Oran et d'Alger, dans la région 4e Saïda (province d'Oran), près d'Aïn-M'lila (province de Gonslantine) ont servi de demeures aux indigènes à une époque plus récente : on y a rencontré des pointes de flèche et de lance, des couteaux, des grattoirs, des perçoirs, ins-

truments qui. en général, se fabriquaient sur place et dont quelques-uns sont d'une technique déjà fort habile, plusieurs haches en pierre polie, des aiguilles en os, finement travaillées, des poteries ornées de dessins géométriques. Ce mobilier était mêlé à des œufs d'autruche, à des os d'antilope, de gazelle, de sanglier, d'àne, de bœuf, de mouton, de chèvre et à des quantités énormes de coquilles marines ou terrestres.

Des stations en plein air, trouvées près de Sétif, d'Aïn-Beïda et d'Aïn-M'lila, dans la province de Constantine, offrent les mêmes armes, les mêmes outils, les mêmes restes de cuisine.

Ces campements, formés sans doute de huttes en branchages, ces abris ont été pour la plupart occupés pendant un temps fort long : les hommes qui les habitèrent ne semblent pas s'être beaucoup déplacés. Ils se couvraient de peaux de bêtes, comme l'indiquent les grattoirs servant au nettoyage du cuir, les poinçons et les aiguilles. Ils portaient des parures, faites de coquilles, de galets forés et de rondelles d'œMifs d'autruche ;

ils se tatouaient en rouge. Ils se nourrissaient de leur chasse et il est probable qu'ils avaient des animaux domestiques. Outre leurs poteries, ils devaient posséder des vases en bois. Ils ignoraient les métaux et rien n'indique qu'ils aient cultivé les céréales.

Sépultures indigènes. — C'est à une civilisation moins primitive qu'il faut attribuer les plus anciens tombeaux en pierres brutes ou sommairement équarries, assemblées sans ciment.

Ces sépultures sont très nombreuses en Algérie. Dans leurs légendes, les Berbères les attribuent aux Djouhala ou aux Beni-Sfao, races d'idolâtres éteintes depuis fort longtemps. Isolées ou réunies en vastes nécropoles, elles couronnent d'ordinaire des hauteurs rocheuses ou sont accrochées à leurs flancs.

Beaucoup d'entre elles ont la forme de tertres coniques, amas de pierres établis au-dessus des morts; ces tumulus sont parfois très grands : quelques-uns atteignent cent cinquante mètres de

circonférence. Souvent, une caisse, constituée par cinq fortes dalles, recouvre les ossements. Une ceinture de blocs, plantés en terre, maintient les bords du tertre, et le cône présente fréquemment une série de ^rradins qui assurent la solidité de l'ensemble.

Ce premier type paraît avoir donné naissance à des tombes d'une construction encore plus simple. Du tumulus, il ne subsiste plus guère que la bordure. Ici^ la caisse funéraire, complètement ou en partie dégagée, se «dresse au milieu du cercle. Là, les restes humains sont placés sous le sol, au fond d'une fosse, nue ou tapissée de dalles. Un pavage plat ou légèrement bombé entoure la caisse ou recouvre la fosse.

Deux rites funéraires peuvent être constatés dans ceux de ces monuments qui semblent les plus anciens. Tantôt les corps ont été débarrassés de leurs chairs, par une exposition en plein air ou un séjour plus ou moins long dans une sépulture provisoire, et on a enfoui pêle-mêle, dans la tombe définitive, des ossements appartenant à

plusieurs individus. Tantôt les morts, soumis à un décharnement incomplet, qui laissait subsister les attaches des os, ont été ensevelis dans une attitude repliée, les genoux touchant le menton. Auprès d'eux, on a fréquemment déposé des poteries (dont quelques-unes contenaient des aliments), parfois aussi des objets de parure et des armes en métal.

Hefuges, — ■ Peut-être les Africains eurent-ils des enceintes fortifiées dès l'époque où ils commencèrent à élever les tombeaux que nous venons de décrire. Un certain nombre de ces refuges ont été retrouvés dans des lieux escarpés, qui dominent des rivières ou des sources. Le mur de défense est formé de gros blocs, à peine taillés. A l'intérieur, il n'y eut pas tout d'abord de maisons en pierres; on s'abritait sous des cabanes, faites en quelques heures avec des branches.

Vie des indigènes. — Les indigènes ne se retiraient dans ces places que quand un danger les

menaçait; en temps ordinaire, ils vivaient dans la campagne avec leurs troupeaux de bœufs, de moutons, de chèvres et d'ànes. Ils avaient des demeures mobiles, des huttes montées sur des roues, et se déplaçaient pour chercher des pâturages.

Dans les pays fertiles du littoral, leurs parcours étaient sans doute assez restreints. Beaucoup de tribus devaient occuper déjà des territoires qui leur appartenaient en propre et qu'elles ne quittaient guère, cantons où les vivants pouvaient se réunir dans la citadelle, où les morts reposaient dans des cimetières renfermant des centaines et des milliers de tombes. Dans le Sud, la rareté des herbages obligeait les possesseurs de troupeaux à une existence plus nomade.

Nous ne savons pas quand les Africains connurent et domptèrent le cheval, mais il est certain qu'ils l'employaient vers le quatorzième siècle, pour traîner leurs cabanes roulantes et leurs chars de guerre.

Art. Écriture. — De curieux dessins, gravés avec des pointes en pierre sur des rochers du djebel Amour, des environs de Guelma et de la région de l'oued Itel (dans le nord du Sahara conslantinois), attestent qu'ils avaient unart^ bien rudimentaire, il est vrai. En quelques traits, ils représentaient, d'une manière naïve, mais quelquefois avec exactitude et avec vigueur, les animaux qu'ils avaient sous les yeux : lions, panthères, chacals, sangliers, autruches, gazelles, bêtes domestiques, dans la région de Guelma; éléphants, buiïles à grandes cornes, girafes, etc., dans le Sud ; ils reproduisaient des scènes de chasse ou de vie pastorale.

A une époque inconnue, ils formèrent un alphabet avec des signes géométriques que l'on trouve déjà sur des poteries de la vallée dii Nil, vieilles peut-être de six mille ans; ils eurent ainsi une écriture particulière, dont les Touareg font encore usage aujourd'hui.

Croyances et pratiques religieuses. — La reli-

gion d'une partie de ces tribus semble avoir consisté tout d'abord dans Fadoration de diverses espèces d'animaux, avec lesquelles elles se croyaient apparentées : taureaux, singes, boucs, béliers. Plus tard, sans doute sous l'influence de l'Egypte, les cultes du soleil et de la lune s'ajoutèrent à ces superstitions primitives. Sur une gravure rupestre du djebel Amour, Ammon, dieu que les indigènes avaient probablement emprunté à Thèbes, apparaît sous les traits d'un bouc, coiffé du disque solaire. On vénérait aussi les sources, les arbres, les montagnes.

Les morts étaient respectés. On leur élevait parfois des tombeaux imposants. L'un des deux rites funéraires que nous avons signalés, celui qui mélangeait leurs os, détruisait en quelque sorte leur individualité. Mais le second rite témoigne peut-être d'intentions et d'idées très différentes : la posture accroupie rappelle celle de l'enfant dans le sein maternel et peut avoir indiqué la foi en une renaissance ; les aliments placés auprès des corps montrent qu'on croyait

a une existence d'outre-tombe. Quand on avait quelque grave résolution à prendre, on allait consulter les ancêtres, on s'endormait sur leurs sépultures et on exécutait les ordres reçus en songe.

Parentés et rapports des indigènes primitifs de r Algérie avec d'autres peuples. — Cette vieille civilisation ne s'est pas développée spontanément dans une contrée isolée du reste du monde.

L'Afrique du Nord est une véritable île, — l'île de l'Occident, disent les Arabes, — bordée par les flots de l'Atlantique et de la Méditerranée et par un désert qu'on a appelé la mer de sable. Mais le Sahara, qui se dessèche lentement depuis des siècles, était jadis plus facile à traverser. Un isthme, dont la Sicile est un débris, reliait, à l'époque quaternaire, l'Italie à la Tunisie. Dans la Méditerranée, les navigations sont courtes et sans danger durant la plus grande partie de l'année; le cabotage y est possible presque partout. Entre l'Espagne et le Maroc, le détroit de Gibraltar sç

traverse aisément. Aussi les indigènes du Maghreb ont-ils été en relations avec d'autres peuples bien avant la venue des Phéniciens sur leurs côtes.

On a constaté que la langue des Berbères appartient à la même famille que celles de l'Egypte, de la Nubie et de l'Abyssinie. Beaucoup d'entre eux otïrent un type ethnique qui est très répandu dans le bassin du Nil, et qui se caractérise surtout par la largeur des épaules et l'étroitesse des hanches. D'autre part, tous ceux qui ont visité des tribus que l'élément arabe n'a pas marquées de son empreinte ont été frappés de la ressemblance d'un grand nombre d'individus avec la plupart des habitants de l'Espagne, de l'Italie, du sud de la France, de la Corse, de la Sardaigne : c'est la môme race brune, d'ordinaire petite, énergique et nerveuse. On trouve aussi, en Algérie comme dans le Maroc, beaucoup de blonds d'un type plus ou moins pur ; il n'est pas impossible que leurs ancêtres soient venus de pays plus septentrionaux.

Les instruments en pierre dont les premiers Africains ont fait usage ressemblent, en général,"

ù ceux qui se fabriquaient dans d'autres contrées, soit dans l'Europe occidentale, soit sur le Nil ; il y a certaines formes particulières à l'Egypte et au Maghreb. Les grottes d'Oran renferment des poteries, des objets en silex et en os qui sont identiques à ceux qu'on a recueillis au sud de l'Espagne, surtout dans les grottes de Gibraltar. Les tombeaux en pierres sèches, dit monuments mégalithiques, se rencontrent aussi bien dans l'ouest de l'Europe que dans le nord de l'Afrique. Le rite funéraire du décharnement et du mélange des ossements exista dans la péninsule ibérique, en Sicile, en Egypte et ailleurs. Il en a été de même de l'attitude repliée donnée aux morts. Dans des tombes égyptiennes, remontant au cinquième ou au quatrième millénaire avant Jésus-Christ, on a découvert récemment des poteries qui rappellent, par leur galbe et par leur décoration, celles que les Kabyles ont continué à fabriquer jusqu'à nos jours. Des gravures rupestres analogues à celles de l'Algérie se voient, non seulement au Maroc, mais sur divers points du Sahara, de la Haute

Egypte et de la Xiibie. Enfin, la religion des premiers habitants du Maghreb peut être comparée à celle des anciens Egyptiens : c'est, à Torigine, le même culte des animaux, que domine plus tard le culte solaire.

Nous savons, par diverses inscriptions hiéroglyphiques, que les Pharaons furent en rapports fréquents avec les Libyens. Ceux-ci profitaient des périodes de faiblesse de la royauté pour se jeter sur la vallée du Nil et y faire des razzias ; en d'autres temps, ils y servaient comme mercenaires. Au quatorzième et au treizième siècle, ils faillirent conquérir l'Egypte. Il est évident que cette contrée attirait surtout ses voisins immédiats, qui s'initiaient, dans une certaine mesure, à sa civilisation ; mais l'influence de l'Egypte, passant de tribu en tribu, pénétra jusque dans la Berbérie.

Au cours du second millénaire avant l'ère chrétienne, divers états maritimes parvinrent dans la Méditerranée à une grande puissance. Sur les côtes de la mer Egée étaient établis les Achéens, les Dardaniens, lesLvciens, lesTvrrhéniens. Entre

cette mer et l'xVfrique, les Cretois furent, pendant un temps, sous le règne à demi-légendaire de Minos, les maîtres delà Méditerranée orientale. Ces peuples de la mer, comme les appelaient les Pharaons, entretinrent des relations avec les Libyens ; ils fondèrent peut-être quelques comptoirs sur leurs côtes; vers 1350-1300, ils s'allièrent à eux pour envahir l'Egypte. Ils contribuèrent sans doute au développement de la civilisation dans le Maghreb.

Ce fut soit aux peuples de la Méditerranée, soit aux Égyptiens que les indigènes de l'Afrique du Nord durent les céréales, et probablement aussi la connaissance des objets en métal : ils les reçurent d'abord tout fabriqués, puis les fabriquèrent euxmêmes. Sur le littoral, les progrès de la métallurgie firent tomber en décadence, puis en oubli l'industrie de la pierre. Mais celle-ci se maintint à l'intérieur des terres ; dans la partie septentrionale du Sahara, on continua à tailler, pendant fort longtemps, des armes et des outils en silex, d'une rare perfection.

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