‹ L'Algérie dans l'AntiquitéChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Phéniciens et la civilisation punique en Algérie

Premiers élahlmemenU phéniciens en Afrique. — On ignore h quelle époque furent fondés les premiers élablissemenls phéniciens sur les côles de l'Algérie: ils paraissent antérieurs à la fin du douzième siècle.

Il est possible qu'ils aient été d'abord des escales, des refuges, des points d'eau sur la route du retour de l'Espagne, où les Phéniciens allaient chercher l'argent des riches mines du pays des Tartessiens : pour revenir en Syrie, leurs navires suivaient, le long du littoral africain, un courant qui les portait jusqu'à la hauteur de la Sicile. Puis les stations devinrent des comptoirs, dans

lesquels on commerça par voie d'échange. Les négociants de Sidon et de Tyr rencontraient alors une très vive concurrence sur les marchés de la mer Egée, d'oii ils furent bientôt chassés : ils avaient tout intérêt à accroître leur trafic dans le Maghreb. De cette région, ils devaient emporter des laines, des peaux, de l'ivoire, des plumes d'autruche, peut-être du bétail, très probablement des esclaves. Ils laissaient sans doute aux indigènes des étoffes, des verroteries, des poteries, des armes et du vin.

Ces escales, ces factoreries étaient placées dans des lieux protégés à la fois contre les tempêtes et les attaques des hommes. Les Phéniciens aimaient à occuper, à proximité du littoral, des îlots où ils pouvaient s'isoler. A défaut d'îles, ils choisissaient un promontoire ou un plateau facile à défendre, qui, par la saillie qu'il faisait dans la mer, formait un abri contre les vents du large. Ils se fixaient volontiers dans le voisinage d'une embouchure de rivière, dont la vallée servait de voie aux produits qu'on leur apportait.

Avec le temps, les comptoirs s'agrandirent et devinrent des villes, entourées peut-être d'une banlieue plus ou moins étendue. Mais il n'est pas vraisemblable que les Phéniciens aient eu des colonies à l'intérieur des terres, et c'est à tort qu'on leur a attribué la fondation d'Auzia, aujourd'hui Aumale.

nomination de CarlhcKjc dans la Mcdilcrranée occidentale. — A partir du huitième siècle, les établissements qu'ils avaient semés dans le bassin occidental de la Méditerranée furent les uns menacés, les autres détruits par les progrès rapides de la colonisation grecque. Carthage, élevée au seuil de ce bassin par une partie de l'aristocratie tyrienne et par une princesse de sang royal, assuma la défense de ceux que sa métropole n'était plus capable de soutenir. Elle marqua presque partout des limites à l'expansion des Grecs ; elle les écarta à jamais du Maghreb.

En échange de sa protection, elle imposa aux Phéniciens d'Occident sa suzeraineté. A côté des

anciennes colonies, elle en fonda de nouvelles. Elle régna ainsi sur un grand nombre de villes de la côte africaine, qui ont gardé leur nonn sémitique jusqu'à leur destruction : Hippo (près de Bône), Rusicade (Phiiippeville), Rusuccuru ( probablement Taksebt), Rusguniœ (Matifou), Cartennœ (Ténès), etc.

En Algérie, sa domination réelle ne paraît guère avoir dépassé le littoral. Il est possible, néanmoins^ que les Carthaginois aient occupé pendant quelque temps la partie nord-est de la province de Constantine, jusque vers le capBougaroun et la région de Mila ; mais ce territoire leur fut disputé, et sans doute arraché par les indigènes. Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'à la fin du troisième siècle, Madaure, au sud de Souk-Ahras, appartenait à un souverain numide, Syphax. Carthage ne conquit The veste (Tébessa) que vers l'année 250 avant notre ère et elle ne posséda cette ville que cinquante ans à peine.

Ikipports de CarlJuKje avec les indigènes. — Mais

elle s'efforça de tenir les princes africains sous sa dépendance, profilant avec habileté de leurs querelles et ne ménageant pas les subsides. Masinissa, le plus illustre des rois Numides, fut élevé à Garthage. Des mariages formèrent des liens étroits entre ces chefs et les principaux membres de l'aristocratie punique. Hamilcar Barca promit sa fille à Xaravase, qui avait porté secours à Carthage, menacée par des soldats en révolte. Un des prédécesseurs de Masinissa, Œsalcès, épousa une nièce d'Hannibal. La fameuse Sophonisbe, fille d'un Asdrubal,fut fiancée à Masinissa ; elle devint la femme du roi Sypliax et, plus tard, de ce même Masinissa, qui la sacrifia, comme on le sait, aux défiances des Romains. Une fille de Masinissa se maria avec un noble carthaginois.

Carthage recrutait parmi les Xumidcs et les Maures une grande partie de ses mercenaires. Ces indigènes sont déjà mentionnés dans ses armées à la fin du cinquième siècle. Les Numides, vêtus sommairement, armés seulement d'un bouclier rond et de deux courtes lances, montés sur

de petits chevaux, sans selle ni bride^ ne payaient pas de mine et leurs adversaires se moquèrent d'eux tout d'abord. Ils aidèrent cependant Hannibal à remporter ses grandes victoires d'Italie. C'étaient des cavaliers admirables, aussi insensibles à la fatigue que leurs bêtes, rompus à la guerre d'embuscades, prompts à fuir, mais non moins prompts à revenir à la charge, en enveloppant l'ennemi déconcerté.

Outre ces volontaires que Carthage enrôlait dans les pays africains, les princes alliés lui amenaient, en cas de guerre, des contingents nombreux.

Dl/lusioit de la cicilisation punique chez les indigènes. — Par les villes de la côte, qui jetaient dans l'intérieur du pays une foule de produits phéniciens, par l'exemple e,t par la volonté des souverains, par les mercenaires qui servaient de longues années dans les troupes de la république et qui retournaient ensuite auprès des leurs, l'influence et la civilisation de Carthage s'étendi-

rent sur des régions dont elle ne fit jamais la concfuête matérielle.

La langue officielle de Masinissa et des rois qui lui succédèrent fut le punique, et non le berbère. Ce fut en punique qu'ils firent rédiger^ jusque vers le milieu du premier siècle avant notre ère, les légendes de leurs monnaies. Après la ruine de Carthage, ils héritèrent des bibliothèques qu'avait épargnées l'incendie allumé par les soldats romains. La connaissance du punique se répandit chez leurs sujets, surtout dans les territoires voisins de la province carthaginoise. Autour de Guelma et à Guelma même, à Constantine, à Mila, on a trouvé des épitaphes et des ex-voto phéniciens, postérieurs à la chute de la rivale de Rome. Au temps de saint Augustin, on parlait encore la langue punique aux environs de Bône et de Guelma. Ce n'était pas à cette époque, on doit le remarquer, un idiome que les savants étudiaient et dont ils aimaient à faire parade : au contraire, les puristes qui enseignaient la rhétorique classique affectaient de l'ignorer. Il était

en usage chez les gens de la campagne, dont beaucoup ne comprenaient pas le latin : il fallait des interprèles puniques pour parlementer avec des paysans révoltés.

Les princes numides donnèrent parfois des noms carthaginois à leurs enfants : un fils et un petit-fils de Masinissa s'appelèrent Mastanabal et Adherbal. Le peuple fit de même pendant des siècles. Des noms puniques, Namphamo, Asdrubal, Barigbal, Bomilcar, etc., se lisent sur des inscriptions latines gravées au pied de l'Aurès, dans les plaines de Sétif et dans les montagnes d'Aumale, c'est-à-dire dans des pa^'s qui n'ont jamais été soumis à Garthage.

Les cités indigènes qui obtinrent de leurs souverains une certaine autonomie reçurent une constitution calquée sur celle des colonies du littoral : ainsi, Galama (Guelma) et Girta eurent comme elles des magistrats appelés sufîètes. Quand elles obtinrent le droit de battre monnaie, elles inscrivirent sur leurs pièces des légendes en langue phénicienne. Quehiues-unes prirent même

Page 1