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CHAPITRE VIII Domination des Vandales et des Byzantins

La conquête vandale. — Lorsque les Vandales débarquèrent, l'Afrique, malgré sa décadence, était encore la plus prospère ou plutôt la moins éprouvée des contrées du monde romain. Un prince l'appelait c la meilleure partie de son empire )>; un écrivain chrétien, a l'âme de l'Etat »; un autre, (( l'ornement de toute la terre, speciositatem totius terne )).

Les Germains que commandait Genséric la ravagèrent. Puis, ils s'établirent dans le pays. Ils occupèrent d'abord les Maurétanies et une partie de la Xumidie ; un traité leur assura la possession de ces territoires pour trente ans, contre un tribut et un serment de fidélité prêté

par leur souverain : l'empereur n'avait donc pas encore renoncé à ses droits. Quelques années après, ils prirent en échange la Tunisie et l'est de l'Algérie. Enfin, en 455, Genséric étendit sa domination sur toute l'Afrique septentrionale.

Dès lors, les monarques vandales se regardèrent comme les seuls maîtres de cette contrée. Ils n'acceptèrent pas, à l'exemple d'autres rois barbares, certains titres honorifiques qui auraient pu les faire prendre pour des fonctionnaires impériaux. Ils mirent leur image sur leurs monnaies et ils comptèrent le temps par leurs années de règne. Ils parlèrent des provinces « qui leur avaient été concédées par Dieu ». Gélimer écrivait à Justinien, qui prétendait lui donner des ordres : (( Celui-là agit sagement comme prince, qui, livré )) tout entier à l'administration de son royaume, )) ne porte pas ses regards au dehors et ne cherche » pas à se mêler des affaires des autres Etats. )) Un évêque, qui demandait à Hunéric de convoquer à un concile africain les prélats du monde entier, reçut du roi cette réponse : c Je le veux

^) bien, si tu soumets Tunivers à ma domination.))

Gouvernement des Vandales. — Ces Germains étaient peu nombreux : lors de l'invasion, il n'y avait parmi eux que cinquante mille guerriers ; un siècle plus tard, on en comptait quatre-vingt mille à peine. Après la prise de Garthage, en 439, ils vécurent sur les terres qu'ils s'étaient partagées en Tunisie ; ils ne formèrent pas de groupes compacts dans les Maurétanies et en Numidie, où ils n'entretinrent que quelques garnisons.

Ges provinces gardèrent leur ancienne organisation, leurs gouverneurs, leur régime municipal, leurs lois civiles. Elles ne reçurent que par intervalles la visite de comtes germains, chargés de missions politiques ou militaires. Les chefs indigènes continuèrent à faire acte de vasselage et à fournir des contingents. Les anciens domaines impériaux, devenus propriétés royales, furent, comme par le passé, administrés par des inten-

dants et exploités par des fermiers. La condition des cultivateurs ne devint ni meilleure ni pire ; le poids des impôts ne s'aggrava pas.

Persécutions contre l'aristocratie et rÉ(]lise catholique. — Mais l'aristocratie romaine et l'Eglise furent traitées en ennemies.

Les nobles regrettaient le temps oi^i ils tenaient le premier rang dans l'État et dans la société ; ils étaient humiliés par l'insolence de leurs nouveaux maîtres. Dans le nord de la Tunisie, ils avaient perdu leurs propriétés, données aux Vandales ; les uns avaient dû fuir, les autres étaient devenus de simples colons. Ailleurs, un certain nombre de domaines privés avaient été confisqués par les rois ou transformés en apanages princiers.

Les clercs catholiques haïssaient les Germains, qui professaient les doctrines hérétiques d'Arius et qui célébraient le culte divin en langue gothique ; ils tournaient leurs regards vers le pape ou vers l'empereur de Gonstantinople et

entretenaient des relations suspectes avec les Eglises étrangères.

Par fanatisme et par délia nce, les Vandales leur firent la guerre. Beaucoup d'évêques furent chassés de leurs sièges. Ils se réfugièrent à Rome, en Campanie, en Ligurie, en Sicile et même en Orient. Ils emportèrent souvent avec eux les ossements de leurs saints les plus vénérés et ils introduisirent dans certaines régions des usages de la liturgie africaine. On a gardé à Rome le souvenir d'un de ces exilés, Optât de Vescera (Biskra), qui fut enseveli dans une catacombe auprès du tombeau d'un pape.

En 484, éclata une persécution générale. Les

édifices religieux furent fermés ou livrés au

culte arien, les biens ecclésiastiques donnés au

clergé vandale, la plupart des évêques relégués

dans des tribus maures ou déportés en Corse :

Hunéric appliquait aux chrétiens orthodoxes les

lois que ceux-ci avaient obtenues des empereurs

contre les donatistes. Ces ordres rencontrèrent

en quelques lieux une vive résistance : à Tipasa,

— isola population tout entière refusa de reconnaître révêque arien qu'on voulait lui imposer et s'embarqua pour l'Espagne. Les catholiques d'Afrique durent attendre près de douze ans avant d'obtenir l'autorisation de rentrer dans leurs églises.

Révoltes des indigènes. — Genséric avait cherché à s'assurer la fidélité des Berbères en les associant à ses pillages. Ils accompagnèrent les Vandales dans leurs courses à travers la Méditerranée et ils eurent leur part de butin lors du sac de Rome, en 455.

Plus tard, l'autorité des rois s'étant affaiblie et les expéditions maritimes ayant pris fin, ils se tournèrent contre les provinces africaines, qui leur offraient une proie plus facile à saisir. Les Germains avaient, en effet, négligé de maintenir l'organisation militaire qui couvrait autrefois les frontières; craignant des débarquements de troupes impériales ou des révoltes des provinciaux, ils avaient renversé les remparts de presque toutes les villes romaines.

Les indigènes purent donc s'emparer facilement d'une grande partie des Maurétanies. Les montagnards de TAurcs descendirent dans les plaines de la Xumidie et détruisirent les belles cités qui, sous la protection de lalégion I II Angnsta, avait étéjadis si florissantes, Theveste, Bagai, Thamugadi, Lambèse. Ils s'avancèrent jusqu'à quelques lieues de Gonstantine. Les Vandales, cantonnés en Tunisie, ne semblent pas s'être opposés à ces invasions et à ces conquêtes ; ils étaient amollis par le climat et par l'oisiveté ; d'ailleurs, ils ne se souciaient guère des maux d'une population qui les détestait. Il est probable que les Berbères les auraient balayés eux-mêmes, si les Grecs ne s'étaient pas chargés de ce soin.

La conquête byzantine. — Par une rapide campagne, Bélisaire établit en Afrique l'autorité de l'empereur de Gonstantinople, héritier légitime des anciens Augustes.

Gependant les Byzantins ne recouvrèrent pas toute l'Algérie romaine. D'abord, ils se conten-

lèrcnl de proléger le pays de Gonstanline, la vallée de la Sej^bouse et le cours supérieur de la Medjerda, en constituant une ligne de forteresses qui s'appuyaient sur les deux grandes places de Gonstantine et de Guelma. Puis, en 539, ils conquirent TAurès, leHodna et le pays de Sétif. Mais l'Aurès paraît avoir été bientôt abandonné et, au nord de ce massif, on créa une puissante barrière défensive. De là, la frontière se dirigeait à l'Ouest, vers le Hodna ; elle passait par Tbubunfe (Tobna) et Justiniana Zabi (près de M'sila). Elle remontait ensuite vers le Nord, pour couvrir Sétif.

Le reste de l'Algérie demeura entre les mains des indigènes, auxquels on enleva seulement un certain nombre de ports, entre autres Rusgunia?, Tipasa, Gœsarea, Gartennœ. Ges villes, que l'on ne pouvait atteindre que par mer, formèrent d'abord une province, appelée assez pompeusement la Maurétanie Seconde ; plus tard, elles furent rattachées à la Maurétanie de Sétif. Elles étaient étroitement cernées par les barbares et

vivaient assez, misérablement : dans plusieurs d'entre elles, on voit encore les vestiges d'une enceinte byzantine, qui est beaucoup moins étendue que Tancienne enceinte romaine.

Mesures de défense jjrises par les Byzantins. — , Les Grecs s'efïorcèrent du moins de rendre la sécurilé à la contrée qu'ils occupèrent réellement. Le long de leurs frontières, sur toutes les routes qui pouvaient livrer passage aux envahisseurs, ils construisirent des forteresses plus ou moins vastes, reliées par des fortins. A l'intérieur du pays, les grandes villes furent entourées de murs ou protégées par des citadelles et les principaux points stratégiques gardés par des forts.

Cette œuvre immense fut accomplie en (pielques années par les soins de l'autorité impériale. On employa tous les matériaux qui tombèrent sous la main ; dans les édifices que les. indigènes révoltés avaient incendiés, on prit des colonnes, des corniches, des frontons, des sofTites richement sculptés; sur les places, on recueillit les bases

qui avaient autrefois porté des statues ; on alla chercher dans les cimetières les cippes, les autels qui surmontaient les tomhes. On éleva ainsi, avec une hâte fiévreuse, des murailles dont l'épaisseur atteignait parfois trois mètres et qui portaient à une dizaine de mètres du sol une courtine crénelée, interrompue par des tours à deux ou trois étages.

Les remparts de Sétif, de Guelma, de Timgad, de Tébessa, de Ksar-Sbéhi, de Madaure et de bien d'autres lieux attestent l'activité prodigieuse de l'eunuque Solomon, qui fit exécuter tous ces travaux au nom de Justinien. La ville arabe de Mila s'abrite encore derrière une enceinte bâtie par les Grecs; les citadelles françaises de Guelma et de Sétif sont d'anciennes citadelles byzantines, réparées et remaniées ; pour mettre Tébessa en état de défense, nos ingénieurs militaires n'ont eu qu'à restaurer les murs de Solomon.

Justinien rétablit l'organisation de ces soldatscolons, auxquels on concédait des terres le longdès frontières, à charge de les défendre. Une habile diplomatie s'efforça de contenir les tribus,

en achetant leurs chefs, en leur accordant des pensions annuelles et des titres honorifiques qui flattaient leur amour-propre. On sema la division parmi ces princes et on se servit de Tinfluence que, souvent, le clergé chrétien exerçait sur eux. Ils devaient livrer des otages qui répondaient de leur fidélité ; les généraux les surveillaient de près, punissant les fautes par la suppression des subsides et par des razzias.

Malgré tout, la paix ne fut pas complètement assurée. Plus d'une fois, les barbares passèrent entre les forteresses et dévastèrent les campagnes. Les paysans menacés construisirent, au milieu de tous les villages, des fortins dans lesquels ils s'enfermaient à la première alerte ; comme bien des siècles auparavant, des enceintes, placées sur des escarpements, servirent de refuges, en cas dinvasion, aux populations des vallées qu'elles dominaient.

11 est certain, cependant, que les Byzantins ont eu l'honneur de sauver, dans une partie de l'Afrique septentrionale, ce que les Vandales et les

indigènes avaient laissé subsister de la civilisation romaine. Pendant plus d'un siècle, ils retardèrent la catastrophe imminente.

L'administraiion byzantine. Puissance de VÉglisc. — On connaît très mal l'histoire de leur domination. Quelques textes législatifs mentionnent des colons et des serfs ruraux, vivant sur des domaines. Nous ignorons si l'aristocratie foncière, fort éprouvée à l'époque vandale, ressaisit alors la puissance qu'elle possédait sous le Bas-Empire : cela est peu vraisemblable.

Quant à l'Église, elle recouvra tous ses biens et en acquit de nouveaux. Justinien lui reconnut officiellement un droit de contrôle sur la gestion des cités et le gouvernement des provinces. Mais elle ne se contenta pas de surveiller les fonctionnaires : elle leur donna des ordres. Elle intervint dans toutes les affaires, politiques, financières, administratives, militaires môme : car nous voyons des évêques et des prêtres s'occuper à cette époque d'élever des ouvrages de défense. J^e

pape à robédience duquel elle se rattacha plus étroitement qu'autrefois, adressa ses instructions aux généraux et aux gouverneurs.

Les campagnes étaient encore assez peuplées et souvent cultivées avec soin. Cependant les paysans n'avaient pas vu leur condition sociale s'améliorer. A l'exception des forteresses, vraiment imposantes, les ruines de l'époque byzantine qui subsistent en Numidie témoignent d'une véritable misère. Les seuls édifices publics sont des églises, faites avec des matériaux disparates, décorées sans luxe et sans goùl. Les inscriptions deviennent très rares : un morne silence semble peser sur le pays. Les impôts, fort lourds, sont encore rendus plus odieux par les exactions de ceux qui les recueillent ; les gens de guerre, auxquels on néglige souvent de payer leur solde, essaient de se dédommager sur la population, se montrent indisciplinés et se battent sans ardeur. Les fonctionnaires obéissent peu à l'empereur, leurs attributions respectives sont mal fixées, leur autorité est presque annulée par le clergé.

. Les états indigènes au temps de la domination byzantine. — En dehors de l'Afrique byzantine, de grandes principautés s'étaient formées parmi les Berbères. L'une d'elles a laissé, non loin de Tiaret, des souvenirs durables de sa puissance. Ce sont des monuments pyramidaux, au nombre de treize, mausolées d'une dynastie indigène : le plus vaste de ces Djedar (tel est le nom arabe qu'on leur donne aujourd'hui) ne mesure pas moins de quarante-cinq mètres de hauteur.

Le christianisme se maintenait dans ces royaumes et y faisait même des progrès ; grâce à son influence et au prestige de l'empire grec, la civilisation antique ne s'en était pas encore complètement retirée. On a trouvé en divers lieux de la province d'Oran, surtout à Lamoricière et à Tlemcen, des tombes du sixième et du septième siècle, portant des épitaphes latines. Les morts enterrés sous les Djedar étaient chrétiens : une croix surmonte la porte d'un des caveaux et, sur une fresque, apparaît l'image d'un évêque, dont la tête est entourée d'un nimbe. Ces mausolées

furent construits par des ouvriers byzantins et romains, comme l'indiquent les marques désignant les divers chantiers dans lesquels on avait taillé les pierres. Une façade offre quelques vestiges d'une dédicace, rédigée en latin et en grec, où, d'après une tradition arabe, se lisait le nom du général Solomon.

Les rois qui élevèrent les Djedar paraissent donc avoir accepté, dans une certaine mesure, la suprématie morale, peut-être même la suzeraineté politique des Byzantins. Dans quelques villes, des groupes de Romains ou d'Africains romanisés conservèrent, semble-t-il, un reste d'autonomie. Un prince, appelé Masuna, prit le titre de roi des tribus maures et des Romains, rex gentium Mauronim et Romanorum.

L'invasion arabe. — Tel était Tétat de l'Algérie quand les Arabes pénétrèrent dans le Maghreb, en 647. Pendant une période de trente-six ans, ils envahirent plusieurs fois la Tunisie et montrèrent leur volonté de s'y établir définitivement

en fondant Kairouan. Peut-être, dès cette époque, firent-ils quelques apparitions en iVlgërie.

Mais ce fut seulement en 683 qu'une grande armée, commandée par Sidi Okba, en entreprit la conquête. Elle s'avança jusqu'à l'Atlantique, culbutant les Berbères qui lui livrèrent bataille, passant à côté des citadelles dans lesquelles les soldats grecs s'étaient réfugiés. Les Africains, il est vrai, ne se soumirent pas encore. Tandis qu'il rentrait à Kairouan, Sidi Okba fut surpris près de Biskra et périt avec tous ses compagnons.

Quelques années plus tard, son successeur Hassan subit une terrible défaite au nord de l'Aurès et dut s'enfuir. On a raconté que, pour enlever toute ressource aux Arabes, la Kahena, reine berbère, fit ravager les jardins et les campagnes, couper les oliviers, détruire les villages, depuis Tripoli jusqu'à Tanger. Cependant, peu de temps après, Hassan revint et, cette fois, il fut vainqueur.

L'autorité des khalifes s'étendit désormais sur tout le Maghreb. Les troupes byzantines avaient

capitulé dans leurs forteresses ou repassé la mer. Quant aux Berbères, les concpiérants affaiblirent leur désir de résistance en les lançant au pillage de l'Espagne et en traitant leurs chefs avec honneur.

Dtqjfirition du chrisîianifime et de la cirilisation latine. — Les chrétiens furent d'abord laissés libres de garder leur foi ; puis, à partir de l'année 717, ils durent se convertir à rislamisHa§-^ ou émigrer. L'historien Ibn Khaldoun nous dit que certaines tribus apostasièrent jusqu'à douze fois ; néanmoins, presque toutes se résignèrent enfin à accepter le Coran. Les prêtres et les évêques, seuls défenseurs de la civilisation latine, disparurent à peu près partout.

La langue arabe commença à se répandre ; il est possible que beaucoup d'Africains Taient adoptée sans peine parce qu'ils comprenaient \ encore le punique^ idiome sémitique assez semblable. 11 ne resta dans les dialectes berbères que quelques mots latins.

Aujourd'hui encore, les habitants de Tébessa, les paysans de quelques cantons de l'Aurès et de la grande Kabylie prétendent descendre des Romains. Dans les communes kabyles, un mot grec, kanoun, désigne les règlements municipaux. On a conservé dans divers pays l'usage du calendrier julien et on y célèbre plusieurs fêtes d'origine antique ou chrétienne. Les indigènes ont des charrues, des meules, des pressoirs semblables à ceux dont leurs ancêtres se servaient dans les premiers siècles de notre ère. Quelques vieilles mosquées ont été peut-être élevées en Afrique sur le plan des églises byzantines. La décoration chrétienne, avec ses rosaces, ses entrelacs, ses combinaisons de losanges, de triangles, de chevrons, de motifs végétaux stylisés, s'est maintenue dans l'art berbère : on la retrouve sur des monuments bâtis au moyen-âge dans une oasis voisine d'Ouargla, et sur les plaques en bois que les Kabyles sculptent de nos jours.

, Ce sont là quelques misérables épaves d'un grand naufrage. En réalité, la civilisation antique,

déjà frappée par les indigènes et par les Vandales, périt dans l'Afrique septentrionale lors de l'invasion arabe.

Cette contrée, que l'Orient et l'Occident s'étaient si longtemps disputée, qu'ils avaient tour h tour marquée profondément de leur empreinte, où ils s'étaient mêlés pour former le christianisme latin, appartint désormais tout entière à l'Orient; l'unité méditerranéenne cessa d'exister. Dans les temps troublés qui suivirent la conquête musulmane, les Berbères purent refuser le paiement des impôts aux gouverneurs arabes, combattre à la fois pour leur indépendance et pour leurs doctrines hérétiques, chasser enfin les représentants du khalife ; ils purent fonder des empires qui s'étendirent jusqu'en Egypte et jusqu'au cœur de l'Espagne. Mais ils ne se séparèrent pas du monde de l'Islam pour rentrer dans le monde latin. De fausses généalogies rattachèrent leurs principales tribus à la race du Prophète ; leurs théologiens, leurs jurisconsultes, leurs historiens écrivirent dans la langue du Coran, et leurs souverains firent

construire des édifices de style musulman. Des civilisations romaine et byzantine, il n'était guère resté que des ruines immenses et le souvenir de la puissance des Roiimis.

Condmlon . — Nous ne mettrons pas en balance l'œuvre des Romains dans le nord de l'Afrique et celle des Français, pour adresser à ceux-ci des éloges ou des blâmes. Cette comparaison, que Ton a faite si souvent, pèche par la base. Les conditions dans lesquelles se sont accomplies les deux conquêtes ont été, en efïet, très différentes.

Tandis qu'en 1830 l'Algérie était une contrée barbare, les Romains y trouvèrent des villes prospères et beaucoup de terres cultivées. Ils eurent à développer un corps déjà vigoureux, et non pas à ressusciter un cadavre. Ils ne se heurtèrent ni à des haines nationales, ni à des haines religieuses. Pour affermir leur domination, pour répandre leurs mœurs et leur langue, il ne leur fut pas nécessaire de couvrir le pays de colons ; un grand

nombre d'Africains acceptèrent sincèrement la civilisation qu'ils leur apportaient.

Il est vrai que beaucoup d'autres préférèrent garder les coutumes primitives de leurs ancêtres. Home et Byzance. son héritière, eurent le tort de ne pas essayer de modifier leurs sentiments : c'eût été pour elles un gage de sécurité. Elles eurent surtout le tort de ne pas établir en Afrique une organisation militaire capable de décourager à jamais les pillards berbères et de barrer la route aux envahisseurs, Vandales et Arabes.

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