‹ L'Algérie de 1830 à 1840Chapitre 2 sur 20 · II. G · texte numérisé non relu

II. G

et la gloire des régiments devant Pennemi. » Le camp de la Tafna laissé à la garde du commandant du génie Perraud, avec une garnison de douze cents hommes, composée du bataillon d'Afrique et des malingres des régiments, le général Bugeaud se mit en marche, le 11 juin, à onze heures du soir; il emmenait dix bataillons d'infanterie, d'un effectif total de cinq mille cinq cents baïonnettes, quatre cents sabres, dix obusiers de montagne et trois cents chevaux ou mulets de bât portant six jours de vivres. Comme il était faible en cavalerie, il avait résolu d'aller chercher du renfort à Oran. Abd-el-Kader, qui l'attendait sur la route deTlemcen, perdit du temps avant d'avoir pu retrouver sa piste, de sorte que, malgré le désordre et la lenteur d'une marche de nuit à travers les accidents et les broussailles d'un terrain mal connu, les coureurs arabes ne rejoignirent que le 12, à neuf heures du matin, les colonnes françaises. L'émir, qui était campé la veille sur l'Oued-Simane, parut avec quelque quinze cents cavaliers; mais l'engagement qui suivit ne passa pas les proportions d'une escarmouche. A partir de ce moment, l'ennemi ne se montra plus; le 17 juin, sans combat, mais non sans fatigue, la colonne atteignit les environs d'Oran. La chaleur était forte; à l'excep-

tion du 1 7* léger et du 47e de ligne acclimatés en Algérie, les troupes étaient harassées; et pourtant les marches avaient été courtes, les haltes fréquentes, les bivouacs bien choisis.

Dans un rapport adressé au ministère de la guerre, le général Bugeaud écrivait : « Il faut, pour commander les régiments, les bataillons et les escadrons en Afrique, des hommes vigoureusement trempés au physique et au moral. Les colonels et les chefs de bataillon un peu âgés, chez qui la vigueur d'esprit et de cœur ne soutient pas les forces physiques, devraient être rappelés en France; leur présence ici est beaucoup plus nuisible qu'utile. Ce qu'il faut aussi pour faire la guerre avec succès, ce sont des brigades de mulets militairement organisées, afin de ne pas dépendre des habitants du pays, de pouvoir se porter partout avec légèreté, et de ne pas charger les soldats comme on le fait, de manière à les rendre impropres au rude métier qui leur est réservé, sur un sol aussi âpre et sous un climat aussi brûlant. Beaucoup succombent sous le poids, et les plus forts ont besoin d'être conduits avec une lenteur telle qu'il est impossible de faire de ces mouvements rapides qui seuls peuvent donner des succès. Des mulets militairement organisés me paraissent

être la meilleure base de la guerre en Afrique; j'ai calculé qu'il en faudrait quatre-vingts par mille hommes; ils porteraient dix mille rations; les soldats auraient dans de petits sacs une réserve de quatre jours; ce serait donc quatorze jours de vivres, ce qui est très-suffisant pour les campagnes que Ton peut faire dans ce pays, car elles doivent être de courte durée, si Ton ne veut pas perdre tous ses soldats. Si Ton veut continuer l'occupation de l'Afrique, il faut prendre les moyens nécessaires pour réussir, et ce sera faire une économie d'hommes et d'argent. Ce sont les demi-moyens qui ruinent. Il faut être forts ou s'en aller. Surtout il faut n'envoyer que des soldats robustes, car tous les faibles périssent, et que ces soldats soient commandés par des officiers jeunes et énergiques. Les régiments qui sont depuis deux ou trois ans dans ce pays commencent à être bons, mais aussi leur effectif est bien réduit : le 17e léger en est là; entré il y a sept mois en Afrique avec seize cents hommes, il n'en a pas neuf cents dans le rang, mais ces neuf cents sont bons. Les trois beaux régiments que j'ai amenés deviendront bons aussi, mais ce ne sera qu'après avoir perdu deux ou trois centshommesfaiblesauphysiqueetaumoral.il faut convenir que l'appre itissage coûte un peu cher. »

Après avoir donné à ses troupes deux jours de repos, le générai Bugeaud se remit en campagne, le 19 juin. Sa colonne, accrue de huit cents chevaux des chasseurs d'Afrique et des auxiliaires, escortait un grand convoi de ravitaillement pour Tlemcen, un troupeau de bœufs, cinq cents chameaux et trois cents mulets, chargés de munitions et de vivres. Il n'y eut d'engagement sérieux que le 24, entre PAmighier et le Safsaf; ce jour-là l'émir attaqua franchement la colonne. Ce fut une belle rencontre de cavalerie; les chasseurs d'Afrique chargèrent d'abord, puis Moustafa, « qui, selon son habitude, dit dans son rapport le général Bugeaud, chassait le sanglier avec ses Douair, est arrivé fort à propos sur le flanc de l'ennemi, pendant que nous le poussions de front. La déroute alors a été complète. » Après ce combat, le capitaine Cavaignac, le bey de Tlemcen Moustafa-benel-Moukalled, les chefs des hadar et des Juifs vinrent sur le Safsaf au-devant du général. Depuis quatre mois que le capitaine Cavaignac tenait dans le Méchouar, il n'avait pas été sérieusement attaqué, mais la garnison et les habitants de la ville avaient beaucoup souffert du blocus établi autour d'eux par Abd-el-Kader ; il avait fait venir dans la campagne environnante jusqu'à cent vingt mille

têtes de bétail qui avaient dévoré toutes les récoltes. Mais si, dans la garnison du Méchouar, les corps étaient amaigris et les visages hâves, il y avait, dans les âmes soutenues par la fermeté stoïque du capitaine Cavaignac, une énergie militaire qui faisait contraste avec certaines défaillances dont la colonne amenée par Je général Bugeaud avait donné de fâcheux témoignages. « Nos affaires, écrivait le lieutenant-colonel de Maussion, chef d'état-major, sont en assez bon train, malgré la triste composition de notre colonne de conscrits commandés par des pleureurs. En faisant de trois à cinq lieues par jour, nous avions toujours en arrière un cinquième de notre monde. »

Dans son rapport au ministre de la guerre, le général Bugeaud était plus explicite : « J'arrive à Tlemcen après cinq jours de marche; j'ai fait des haltes fréquentes; partout où il y avait de l'eau, je restais deux heures ou je couchais, et malgré cela, à deux jours d'Oran, j'ai dû renvoyer près de trois cents hommes qui ne pouvaient plus marcher. Depuis, mes cacolets et mes chameaux se sont encore couverts d'officiers et de soldats. Les nouveaux régiments sont détestables pour faire cette guerre ; le 24e a été celui dont j'ai été le plus mécontent. 11 a été très-démoralisé : c'était presque

du désespoir; quatre hommes se sont suicidés dans une marche de quatre lieues. Cette maladie venait d'en haut. J'ai réuni les officiers, je les ai harangués en présence des soldats, j'ai discuté leurs plaintes à haute voix, je leur ai prouvé qu'aucune n'était fondée; enfin, quittant le ton de la discussion, je leur ai dit que leurs plaintes sur le sort du soldat dissimulaient mal l'affaissement de leur moral, que les soldats ne se seraient pas plaints si eux-mêmes n'en avaient donné l'exemple. Le lieutenant-colonel a eu la maladresse de me reprocher les fatigues de la journée du 12, qui était un jour de combat. 11 me faisait beau jeu ; je lui ai répondu comme il le méritait. Si pareille chose se renouvelait, j'ôterais le commandement aux deux chefs supérieurs, et je le leur ai dit à huis clos. Je suis entré dans ces détails. Monsieur le maréchal, pour vous corroborer dans l'opinion que vous avez sans doute déjà, qu'il faut pour l'Afrique des troupes constituées tout exprès et se sentant commandées par de jeunes chefs, ardents et vigoureux. Quelques jeunes gens se sont distingués en Afrique; si vous conservez cette fâcheuse conquête, il faut les avancer et leur donner le commandement des régiments d'abord, des colonnes plus tard. » Le rapport se terminait par

un grand éloge des Douair : « J'en suis extrêmement content; ce sont d'intrépides et habile? cavaliers. Ils sont évidemment supérieurs à notre cavalerie pour éclairer, tirailler et combattre dans les terrains difficiles. Moustafa, leur chef, est un homme respectable et de très-bon conseil; il y a d'autres chefs qui sont aussi fort recommandables par leur bravoure et leur intelligence. Il sérail juste et politique de faire un bon traitement à ces hommes qui servent si bien notre cause. »

D'esprit tout positif, le général Bugeaud n'avait pas l'imagination poétique. Tlemcen ne lui parut pas mériter la réputation charmante qu'on avait faite à son site. « Ce pays tant vanté, disait-il, est une petite oasis qu'on trouve avec plaisir après avoir traversé les trente lieues de désert stérile, incultivable, qui la séparent d'Oran; mais, en même temps, on est étrangement surpris de voir quelque chose de si peu semblable au portrait oriental qu'on nous en avait fait. Tlemcen est un monceau de vilaines ruines; c'est un amas de petites cabanes carrées, dont il ne reste plus que les quatre murailles plus ou moins dégradées; une petite partie est encore debout et n'en est pas plus belle. Elle recèle quatre ou cinq mille Maures, Juifs ou coulouglis, qui ont l'air fort misérable et

qui sont très-malheureux. La contribution a commencé leur ruine, le blocus l'a bien avancée, et, comme ils ne recueillent rien, il faudra bien que leur petite bourse s'épuise. La position de cette ville est agréable ; de belles eaux qui descendent de la montagne voisine la traversent et vont arroser ses jardins et un bois d'oliviers que je croyais plus vaste, d'après le dire pompeux de nos africains enthousiastes. Je crois être libéral en portant à 200,000 francs le produit des olives de Tlemcen. Après ce bois se trouvent quelques champs de médiocre qualité; quelques pièces d'orge, restes d'Abd-el-Kader, attestent que la récolte était fort chétive ; du reste, pas un épi de froment. »

Le général Bugeaud ne séjourna que deux jours à Tiemcen; il en repartit le 26 juin. Les écloppés de la colonne, laissés dansla ville, étaient remplacés par deux cents hommes du Méchouaret trois cents coulouglis sous les ordres du capitaine Cavaignac. La direction était donnée sur le camp de la Tafna. Le général Bugeaud allait-il réussir là où avait échoué le maréchal Clauzel? Arrivé le 27 à dix heures du matin, sur Tisser, il fit mine , de vouloir s'engager dans la gorge qui avait arrêté le maréchal ; quand il eut attiré de ce côté toutes

les forces d'Abd-el-Kader et tous les Kabyles des environs, il tourna brusquement à droite, se mit à gravir les pentes du Djebel-Tolgoat, haut de I 500 mètres, et atteignit sans combat le col de Seba-Chiourk, où il prit son bivouac. La terrible gorge était tournée. Le lendemain, il alla par les hauteurs la reconnaître; il vit une coupure à parois verticales, au fond de laquelle coulait laTafna; six cents hommes y auraient tenu toute une armée en échec. Le 29 juin, la colonne atteignit le camp retranché. Un second convoi de ravitaillement pour Tlemcen y fut organisé sans retard. A la place du bataillon d'Afrique, qui prit son rang dans la colonne, un bataillon du 47* et quelques compa-S gnies du 23e et du 62e furent détachés pour la garde du camp. Le 4 juillet, à quatre heures du soir, une avant-garde, conduite par le colonel Combe, remonta la rive droite de la rivière dans la direction de la gorge, à l'entrée de laquelle il bivouaqua; au milieu de la nuit, en grand silence, il prit sur sa gauche un sentier qui le conduisit au col de Seba-Chiourk; le gros des troupes et le convoi le rejoignirent ; à huit heures du matin, tout avait passé ; à midi, tout était réuni sur la rive gauche de Tisser. Ainsi, deux fois de suite, Abdel-Kader s'était laissé décevoir, et, sans grands

frais d'invention, le général Bugeaud avait deux fois réussi par le même stratagème. Dès lors tout son désir fut d'être attaqué; il en eut l'espoir quand, dans l'après-midi, il vit défiler par la rive droite de Tisser une grosse colonne de cavalerie qui vint prendre position à une lieue environ sur sa gauche. Le soir, il fit lire aux troupes l'ordre suivant : « Vous serez attaqués demain dans votre marche; vous saurez un temps souffrir les insultes de l'ennemi et vous vous bornerez à le contenir ; mais, dès que je pourrai jeter le convoi dans Tlemcen, vous prendrez votre revanche, vous marcherez à lui et vous le précipiterez dans les ravins de Tisser, de la Sikak ou de la Tafna, » La Sikak, qui est le cours inférieur du ruisseau nommé Safsaf dans son cours supérieur, se réunit à Tisser à quelque distance du point où l'Isser se réunit à la Tafna ; les ravins de ces trois cours d'eau ne sont donc pas éloignés les uns des autres.

Le 6 juillet, à trois heures du matin, le général Bugeaud fit mettre en marche le convoi dont il voulait se débarrasser au plus vite; mais la queue de cette longue file d'animaux n'avait pas encore passé la Sikak, lorsque, entre quatre et cinq heures, on vit cette cavalerie qu'on avait signalée la veille traverser lisser; le général Bugeaud la fit contenir

sur la rive droite de la Sikak par les Douai r soutenus d'un escadron de chasseurs et d'un bataillon du 24". En même temps, du côté opposé, on voyait sortir des ravins et s'élever sur le plateau compris entre la Tafna au couchant, Tisser au nord et la Sikak à l'est, une autre troupe de cavaliers et des masses de Kabyles. Le dessein de l'émir était évident ; tandis que le premier groupe de cavalerie, conduit par Ben-Nouna, manœuvrait pour attaquer et retarder l' arrière-garde française, le gros des forces ennemies s'avançait pour gagner la tête de la colonne, lui couper le chemin de Tlemcen et la mettre entre deux feux. L'esprit net et décidé du général Bugeaud eut bientôt arrêté son plan de bataille. Le convoi ayant achevé de passer la Sikak, il déploya contre la cavalerie de Ben-Nouna, parallèlement au ruisseau, mais à quelque distance en deçà, la moitié du bataillon d'Afrique et le 62e; perpendiculairement à la gauche du 62e, il mit en bataille le 23* et l'autre moitié du bataillon d'Afrique ; en avant de cette ligne, un bataillon du 47* et deux du 17e léger: étaient formés en colonnes doubles ; les chasseurs d'Afrique en colonne par escadrons se tenaient prêts à déboucher par les intervalles ménagés entre ces masses d'infanterie. Les Douair et le

24e avaient été rappelés à la suite du convoi qui était parqué dans l'angle dessiné par les deux lignes des troupes, sous la protection spéciale du capitaine Cavaignac et de son bataillon. Cette disposition en équerre, le général Bugeaud le reconnaissait volontiers, n'eût pas été admissible devant une armée européenne; mais « avec les Arabes, ajoutait-il, il n'y a pas de mauvais ordre, pourvu que l'on ait de la fermeté et de la résolution ».

A peine les différents corps de la division avaientils pris leur poste de combat qu'une masse de trois mille cavaliers arabes, soutenus par un pareil nombre de fantassins kabyles, s'abattit en vociférant sur les bataillons du colonel Combe. Choisis tout exprès par le général Bugeaud pour recevoir le premier choc, accoutumés aux clameurs des Arabes et à leur tactique bruyante, ces vieux africains ne s'étonnèrent pas. Auprès d'eux passèrent les chasseurs d'Afrique; lancés à fond de train au plus épais de la cohue, ils commencèrent à l'éelaircir à coups de sabre ; mais le feu des Kabyles qui les prenait en flanc les obligea de rétrograder pour se reformer sous la protection de la batterie de montagne. Une seconde fois ils prirent leur élan ; à côlé d'eux galopaient les Douair, accourus du bord de la Sikak, ardents à venger leur glorieux

chef Moustafa, blessé d'une balle qui lui avait fracassé le poignet. Cette charge fut décisive. Les Arabes culbutés s'enfuirent en déroute, qui vers la Tafna, qui vers Tisser, abandonnant leur infanterie à la fureur des cavaliers de Moustafa. Cependant, à travers des flots de poussière et de fumée, on voyait venir du fond du champ de bataille une troupe d'apparence réglée, marchant en ordre, et derrière ses rangs alignés, quelques groupes de cavalerie se rallier autour d'un guidon bien connu depuis le combat de Sidi-Yacoub. C'était Abd-el- Kader avec son bataillon de réguliers, fort de douze à quinze cents hommes. Malgré la vivacité de son feu, cette brave troupe, abordée par les colonnes du colonel Combe, ne put longtemps lenir.

Pressée, rompue, acculée au ravin abrupt de Tisser, elle fut précipitée dans l'abîme ; les Douair y poursuivirent ce qui par exception avait échappé à la mort. A force de cris et de coups de plat de sabre, le général Bugeaud parvint à leur arracher vivants cent trente des réguliers ; mais il fallut leur en payer la rançon en quelque sorte. Quant à la cavalerie qui, du côté de la Tafna, faisait mine de se réunir, elle n'attendit pas une seconde attaque; à l'approche des bataillons français, elle

s'empressa de franchir la rivière et disparut. Sur l'autre partie du champ de bataille, le succès n'était pas moins complet. Attirée sur la rive gauche de la Sikak par la retraite apparente de la ligne française, abordée résolument par le 62e et le demi-bataillon d'Afrique, précipitée, elle aussi, dans le ravin en deçà duquel elle s'était compromise, la cavalerie de Ben-Nouna était détruite ou en déroute. Pendant ce temps, le convoi, désormais sans inquiétude, s'avançait librement vers Tlemcen. A huit heures, tout était fini,

L'affaire, vigoureusement menée, l'avait été presque sans sacrifices. Le général Bugeaud parlait de trente-deux tués et de soixante-dix blessés ; au dire du lieutenant-colonel de Maussion, son chef d'état-major, c'était deux fois trop; il n'y aurait eu que quinze des uns et trente des autres. Du côté des Arabes, les pertes, qu'on ne pouvait évaluerprécisément, étaient évidemment énormes; on en pouvait juger par le nombre des morts et des blessés qu'ils avaient abandonnés, contre leur habitude, sur le plateau et surtout dans les ravins. On avait ramassé sept cents fusils, pris six drapeaux ; on savait qu'Abd-el-Kader, qui ne s'était pas ménagé, avait eu un cheval tué sous lui. Afin de bien constater aux yeux des populations de la

plaine et de la montagne sa victoire qui était grande, le général Bugeaud voulut établir son bivouac, à midi, sur le bord de Tisser où s était arrêtée la poursuite; il voulut y coucher même. Ce ne fut que le lendemain qu'il revint à Tlemcen, au bruit des salves du Méchouar. Le 9 juillet, une colonne légère, suivie de tous les chevaux et de tous les mulets de bât, alla couper les moissons et vider les silos d'une tribu hostile, les Beni-Ornid. Enfin, le 12 juillet, le général reprit la route d'Oran, où il arriva le 19, ayant fait de petites marches et tout brûlé chez les Beni-Amer. Après avoir remis le commandement des troupes qu'il ramenait au général de Létang, successeur du général d'Arlanges, il s'embarqua pour Alger, d'où il rentra en France avec le grade de lieutenant général.

La campagne que venait de faire le vainqueur de la Sikak ne paraissait pas avoir modifié ses préventions contre la terre algérienne, « L'abandon de l'Afrique, écrivait d'Oran, le 19 juillet, le lieutenant-colonel de Maussion, est pour lui le Delenda Garthago, et malheureusement il professe toute la journée à tout le monde, et d'une voix retentissante, ce système, qui ajoute beaucoup au découragement des troupes, ce dont il ne

le maréchal clauzel. 97

se doute pas. Je n'ai jamais vu un homme d'une grande capacité, d'un bon jugement, et plein de bonnes intentions, manquer aussi complètement de tact et être aussi absolument privé de toute délicatesse d'esprit; mais c'est un fort brave homme, rude par principe et qui gagne beaucoup à être connu. »

Au moment où le général Bugeaud rapportait d'Alger à Paris ses impressions toujours défavorables et son témoignage qui, dans la Chambre des députés, pouvait être d'une grande valeur, le maréchal Clauzel s'apprêtait à rapporter de Paris sur la terre d'Afrique la ténacité de ses illusions et ses excès de confiance.

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