CHAPITRE III
à vil prix une terre nue dans un pays où tout est à créer, cette terre ne soit pas chargée d’un fort loyer lorsqu’elle est mise en valeur.
Vcne,Fraucc°l H y a en France beaucoup de terres nues et sans valeur. Que l’on étudie les dépenses qu’il faut faire pour défricher, bâtir, clore, planter, amender, fumer une pareille terre, et l’on verra que l’intérêt du capital dépensé représente un loyer aussi élevé que celui que l’on paye pour une terre où toutes ces dépenses sont faites.
Si l’on fait les mêmes dépenses en Afrique, il faudra que ces capitaux rendent le même produit qu’en France; voilà le fermage constitué en Afrique comme il est constitué en France, comme il * se constitue partout.
A ces dépenses faites directement par les particuliers, il faudra ajouter les dépenses que fait la commune pour les édifices et les chemins communaux. En France, la plus grande partie de ces travaux sont faits ; on y travaille depuis plus de mille ans. Celui qui améliore la culture dans une localité profite de ces travaux faits en commun, et n’a rien à payer pour en jouir. Mais en Afrique il n’y a rien, ni églises, ni routes, ni maisons : tout est à construire et à créer.
Ces deux causes de constitution du fermage sont inévitables.
Elles se produisent aujourd’hui même en Afrique sous les yeux de tous, et l’administration
nous fournit les éléments d’un calcul précis. Elle concède à un colon civil une maison, qui a coûté 4,500 fr. et 12 hectares de terre, dont 4 défrichés le défrichement, à 700 fr. " l’hectare, a coûté 2,800 fr. Total 7,300. — Si à cette somme on ajoute la part afférente à cette propriété, de ce qu on aura dépensé pour les chemins et édifices communaux, on arrivera facilement à une dépense de 10,000 fr. , dont l’intérêt, 500 fr., i épartis sur 12 hectares, donne 41 fr. par hectare. Mais la culture n’est pas encore commencée; lorsqu on aura fait les améliorations nécessaires et dépensé encore 4 à 5,000 fr., l’intérêt des capitaux dépensés sur la terre représentera un loyer aussi fort que le loyer des bonnes terres en France.
Dans ce calcul , la terre n’est entrée pour aucune valeur. On voit donc que les travaux à faire pour mettre une terre en produit la grèvent d’un intérêt de capital aussi considérable que le sont les loyers des terres anciennement en valeur. *
Quel sera donc l’avantage de coloniser en Afrique? Pourquoi ne pas coloniser en France? les capitaux manquent partout.
Après avoir créé une ferme, qui l’exploitera?
1 Arrêté du gouvernement du S septembre 1843.
2 Moniteur algérien du 30 octobre 1843.