CHAPITRE IV
ront y mettre, ces enfants dans dix ans ne seront encore que des enfants : le recrutement ne sera pas ouvert pour eux.
Les familles ne se constitueront jamais comme celles de France. Les différents membres qui auront pu en faire partie momentanément en sortiront aussitôt qu'ils le pourront. Nous concevons qu’un malheureux quitte aujourd’hui la France pour obtenir, en Afrique, la prime que lui offre le gouvernement ; mais cette prime ne peut toujours durer, et lorsqu’elle cessera, ce malheureux reviendra en France.
En supposant même que, dans de longues années, la famille d’Afrique se constitue comme celle, de France, combien de soldats les 1 ‘20,000 familles de M. le maréchal Bugeaud fournirontelles? Leur population s’élèvera à 000,000 individus. La Fiance fournit en soldats un pour cent de sa population; dans la même proportion, ces 600,000 individus fourniront 0,000 soldats. Dans la proportion des soldats fournis par la population des régiments d’Autriche1, ces 600,000 individus fourniraient 14,400 soldats; mais si le service militaire est une fois plus lourd en Afrique qu’en France, ce sera une nouvelle raison pour l’habitant d’Afrique de revenir en France.
Prenez du temps, appelez en aide les milices
1 Voir page 67.
que vous pourrez obtenir de la colonisation civile, l’armée de France sera toujours nécessaire. Il est impossible d’assigner l’époque à laquelle on pourra la réduire.
Il est concevable que la colonisation militaire paraissant à M. le maréchal Bugeaud le seul moyen de colonisation possible , il ait voulu essayer de ce moyen. C’est ce qu’il a fait.
Le village de Fouka fut commencé en décembre 1841. Le 24 du même mois un arrêté de M. le gouverneur général forma pour le peuplement de ce centre nouveau une compagnie de militaires libérés , qui, composée de 75 hommes, fut installée le même jour. Au 1er janvier 1843, c’est-à-dire en un an et six jours, 147 hommes avaient passé par la colonie de Fouka; il n’en restait plus que 47 : 89 l’avaient quittée ‘,11 étaient morts. On avait dépensé en 1841 et 1842 320,071 fr. 16 c., ce qui donne pour chacun des 47 colons qui avaient survécu une dépense de 6,600 fr.
Cette première expérience était cruelle. M. le gouverneur avait été obligé de renoncer aux militaires libérés.
« Ce ne sont pas les soldats libérés qu’il faudrait pour les colonies militaires : outre qu’on n’en trouverait pas assez, à la première difficulté,
Essais par soldats libérés.
Échoué.
1 Tableau des etablissements français en 1842, p. 149 et 150.