CHAPITRE VII
sible, et l’armée serait exposée à périr de faim et de misère. — Donc, nécessité de créer en Afrique des moyens d’existence pour nos troupes et pour la population européenne.
Les adversaires de l’Afrique reconnaissent ce danger; ce danger est même une des raisons qui leur font combattre tout système d’occupation autre que celui de l’occupation maritime.
Ils ne pensent pas que l’état des choses en Afrique puisse être modifié assez promptement pour que le but que se proposent les colonistes puisse être atteint sans qu’un jour ou l’autre on soit surpris par une guerre européenne.
En Afrique, il faut tout un peuple pour dominer le pays et résister à l’étranger en temps de guerre.
11 ne s’impro- Les familles ne s’improvisent pas : les peuples
vise pas. , . . . 1 11
s improvisent moins encore. En étudiant avec quelle lenteur les divers points du globe se sont peuplés, on voit qu’il faut des siècles et des circonstances bien favorables pour constituer un peuple nouveau ‘. Dans une semblable affaire les millions ne rachètent pas le temps.
D’après les calculs du maréchal Clauzel en 1832, l’Algérie devrait compter aujourd'hui G millions de colons 2. On verra plus loin que la popu-
1 J,n Question d’Alger, p. 125.
* Discours. Moniteur du 21 mars 1852.
COLONISATION CIVILE
lation européenne est de 65,000 individus, dont 2,337 cultivateurs.
A part cette considération de guerre, les colo- [Nombre nistes ont-ils calculé la force de population agricole nécessaire pour nourrir l’année et les Européens qui sont à sa suite?
Aujourd’hui nos troupes européennes et indigènes s élèvent à 90,000 hommes, et la population européenne s’élevait au commencement de 1844 à 65,000 âmes. Total 155,000.
Suivant la proportion ordinaire entre la population agricole et la population qui consomme sans cultiver, il faudrait, en Afrique, de 4 3 500,000 cultivateurs pour nourrir ces 155,000 non cultivateurs. Ce chiffre serait même probablement faible, attendu que les 155,000 consommateurs ne sont pas , comme la population moyenne d’un pays , composés d individus de tout sexe et de tout âge, mais, au contraire, sont pour la plus grande partie composés d’hommes , et d’hommes dans là force de làge. Or, au 1er oc- coio»»
' ' existants.
tobre 1 843, et d’après les documents ministériels, la population véritablement agricole s’élevait à 2,801 individus1, que le rapport de la commission réduit à 2,337 2, d’où il suit que l’œuvre de la X colonisation n’est pas encore commencée.
1 Tableau dei établissements français en 1842, p. 171.
2 Rapport du général Bellonnet, 17 mai 1844.