‹ L'Algérie en 1844Chapitre 60 sur 108 · U0 CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

U0 CHAPITRE VIII

lationset les exportations se balancent. C’est ce qui ressort de tous les tableaux de dc&uanes.

La moyenne décennale du commerce français de 1827 à 1836 a été pour les importations de 667,400,000 fr., et pour les exportations de 698,300,000 fr.

Dans un pays de flibustiers les choses se passent autrement.

D’après Shaler, en 1822, les importations de la

régence s’élevaient à . 1 ,200,000 doll.

Et les exportations à. . . . 273,000

Shaler indique que le trésor faisait la balance*.

Or, le trésor avait été formé en grande partie des produits de la piraterie.

Aujourd'hui la disproportion entre les importations et les exportations d’Afrique est la même. lachè£j Les importations générales en Afrique ont été en 1 842 (dernière année pour laquelle nous ayons les documents) de . 77,487,414 f.

Et les exportations générales

de . 7,183,159*

i.c trésor C’est le trésor qui couvre en

paye. I

grande partie la différence. En 1842, il a envoyé en Afrique en numéraires ou traite payables par ses caisses . 53,824, 326 3

1 Esquisse de l'état d'Alger, p. 106.

2 Tableau des établissements français en 1842, p. 320.

3 Ibidem, 288.

COMMERCE ET NAVIGATION’

Celte somme a été employée par nos troupes, et 1 administration française à solder les dépenses que nous faisons en Afrique.

C est absolument ce qui se passait sous le dey : c>mmo du saul qu a cette époque le trésor des Turcs était T“rc*alimenté par la piraterie qui s’exercait sur l’étranger, tandis qu aujourd hui le trésor français est alimenté par les nationaux.

C’est là ce que l’administration d’Afrique ap- n.'y.p,. pelle du commerce. C’est systématiquement d,co““ce qu’elle entretient des idées fausses ; cela ne nous étonne pas; mais qu’un homme de sens et sincère comme M. le maréchal Bugeaud répète de semblables hérésies1, c’est ce qui ne se comprend pas. M. le général Duvivier lui répond avec toute raison : « Supposez que dans un lieu désert de France , entre Toulon et Cannes par exemple, on ait depuis douze années concentré les mêmes troupes, les mêmes moyens, les mêmes causes de perte d hommes et d’objets qu'en Algérie, le même dénùment des choses usuelles, que serait-il arrivé? Identiquement le même résultat. Des commerçants seraient accourus pour être les intermédiaires entre l’armée et les magasins des grandes cités en France. Soitsur la terre algérienne, soit sur le désert en France, la nation aurait chaque année donné exactement la même portion de son budget 2. »

1 L'Algérie en 1812, p. 87.

3 Quatorze observations, p. 32.

no

CIIAPITUE YUl.

L’dtrangcr proiitc seul.

Et encore si nous avions fait sur le désert de France du général Duvivier l'opération que nous faisons sur le désert d'Afrique nos millions français auraient été employés à acheter des produits français; car les transactions commerciales auraient été soumises à notre régime de douanes. Mais en faisant l’opération en Afrique, nos millions sont employés à acheter des produits étrangers.

Ainsi, en 1842, le commerce spécial1 2 a été en importations en Afrique de. . 76,414,922

Sur lesquels la France n’a

fourni que . 31,738,019

L’étranger a fourni en produits envoyés

directement . 33,602,464

Et en produits tirés de nos entrepôts . 11,074,439

Le résultat de l’opération commerciale est donc celui-ci : des consommateurs de produits français en France ont été, à grands frais, transportés en Afrique, où ils consomment des produits étrangers.

1 Le ministre de la guerre, général Bernard, disait : « L'Afrique ressemble à un rocher nu sur lequel il faut tout transporter, excepté l’air et l'eau. » Elle est toujours la mémo.

2 Tableau des établissements français en 1842, p. 320.

COMMERCE ET NAVIGATION

Nous avions donc raison lorsqu’il y a dix ans 1 nous annoncions ce mal comme inévitable : nous 1 avions reconnu dans les colonies de presque tous les temps. Adam Smith le signalait il y a de longues années, et disait : « Les colonies d’Espagne et de Portugal donnent plus d’encouragement réel à 1 industrie de quelques autres pays qu elles n en donnent a celle de l’Espagne et du Portugal2.

Il y a dix ans ausa nous annoncions qu’une en- négime treprise de colonisation en Afrique amènerait for- "1l "'" a cément la France à établir, avec cette nouvelle possession, quelqu’un de ces règlements de commerce exceptionnel et privilégié qui constituent le régime colonial.

En effet, les producteurs de France qui sont chargés de la dépense des 1 Oü millions que nous coûte l’Afrique ne pouvaient pas consentir à toujours voir ces 100 millions employés en partie à acheter des produits étrangers, et ils sollicitaient avec raison le gouvernement de prendre des me- « sures pour leur assurer l’emploi de ces 100 millions en marchandises françaises , ainsi qu’il en était avant l’occupation de l’Afrique.

D’un autre côté, les spéculateurs d’Afrique, pour établir un lien nouveau avec la France, et consolider ainsi leurs propriétés, sollicitaient de-

1 Discours des 24 avril 1834 et 20 mai 1835.

2 Richesses des nations, liv. IV, chap. vu.

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