‹ L'Algérie en 1846Chapitre 11 sur 18 · DU GOUVERNEMENT DES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT DES INDIGÈNES

Gouvernement par les indigènes. — Par les Français.

Les indigènes seront-ils gouvernés par l’ordre ou par l’anarchie? Ferons-nous germer dans leurs cœurs des sentiments de haine ainsi que nous le conseillent certains algéropüiles?

Cultiverons-nous avec art , avec soin , ainsi que nous le conseille M. le secrétaire de la commission d’Afrique, les différences , les antipathies des tribus entre elles l? Remettrons-nous en honneur le vieux principe du divide? Si nous reprenons ainsi les errements de la politique turque, ne ferons-nous pas dire à tout ami de la civilisation que le gouvernement d’Abd-el-Kader, qui avait centralisé les tribus 2, était plus civilisateur que le nôtre qui voudrait s’appliquer à les individualiser.

Soulèverons-nous le peuple arabe contre l’aristocratie arabe, ainsi que nous le conseille le grand organisateur de l’Afrique 3? Ferons-nous vis-à-vis de la société arabe ce que nous reprochons au gouvernement autrichien de faire vis-à-vis de la société gallicienne? Veut-on que lorsque nous élevons la voix en faveur de la Pologne catho-

1 La France en Afrique , p. 220.

K La Question d'Alger, p. 306.

3 L'Algérie du 2 avril 1846.

lique, l’étranger puisse nous opposer la Pologne musulmane qui se débat en Algérie?

La France ne suivra pas des conseils aussi dangereux. Elle voudra gouverner par des moyens plus réguliers. La difficulté est grande : les chefs qu’auront les indigènes seront indigènes ou Français.

Gouvernement par les indigènes . — La constitution aristocratique de la plus grande partie de l’Algérie nous permet difficilement d’élever au pouvoir celui qui n’est pas né pour l’exercer. Si nous le faisons, nous sommes obligés de prêter à ces hommes sans valeur l’appui de notre force, ils nous compromettent, et tombent ainsi qu’ont fait les bevs nombreux dont nous avons écrit la ridicule et lamentable histoire l. — Si nous appelons à nous la classe aristocratique, elle ne nous approche qu’avec crainte, sachant qu’en entrant à notre service elle perdra de son influence et du respect qu’on lui porte. Ceux qui ont accepté notre investiture ont laissé penser aux Arabes que c’était pour mieux servir la cause sainte, et au premier soulèvement ils se retrouvaient avec les leurs.

Dans tous les cas, le burnous du chrétien et de l’étranger est pour eux une cause de réprobation auprès des populations musulmanes, et une cause de difficultés pour leur administration.

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Les anciennes tribus du Macltzen turc, les Douairs, les Zmélas, les Aribs, étaient, quoique arabes et musulmanes, réprouvées par les autres tribus pour s’étre mises au service des Turcs. Telle était l’origine de la haine qui existait entre la famille d’Abdel-Kader qui était toujours restée fidèle à la cause arabe, et Mustapha-ben-Ismaël qui, comme chef de la tribu des Douairs de la province d’Oran, s’était mis au service des Turcs. Mustapha, compromis auprès des Arabes, passa du service des Turcs à notre service. Nous prenons cela pour du dévouement, et nous en faisons un général. Nos auxiliaires assument de la part des Arabes plus de haine que les auxiliaires des Turcs, car à la raison politique, qui est la meme, nous ajoutons la raison religieuse, qui excite contre les chrétiens toutes les antipathies des musulmans.

Enfin, disent avec raison ceux qui combattent le système de gouvernement par les indigènes,

« nous aurons créé, enrichi , armé des chefs, pour les dresser à la rébellion; en cas de guerre européenne , ils joindront leurs efforts à ceux de nos ennemis r. » C’est ainsi, en effet, que cela se pratique dans ce pays depuis 1800 ans. Tacfarinas était un Numide, déserteur des auxiliaires des Romains a. Dans la dernière insurrection arabe,

Ben-Robsili, El-Kharoubi 1 2 3, Ben-Salem, auxiliaires

1 Discours de M. de Corcelles , Moniteur , 1845 , p. 1485.

2 Is natione numida in castris romanis auxiliariCL stipendia meritus , mox desertor. ( Tacite , Annales , liv. 2, § lii.)

3 El-Kharoubi est l’un des Arabes qui avaient été si bien fêtés, il y a quel- *

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du jour, malgré les beaux traitements et les décorations qu’ils avaient reçus, se tournent contre nous. Ni le nom ni la chose ne sont changés.

Le gouvernement par les indigènes est donc difficile et dangereux à employer.

Gouvernement par les Français. i les raisons invoquées contre le gouvernement par les indigènes sont considérables, les raisons contre le gouvernement par les Français sont plus puissantes encore. La presse, qui reçoit les inspirations du maréchal Bugeaud, juge ce mode « impossible et impolitique. Impossible, parce qu’on n’aura pas peut-être dans cent ans un nombre suffisant de Français parlant la langue arabe, connaissant les mœurs et les usages du pays, et consentant à vivre comme il le faut, au milieu des tribus éloignées de nos centres d’action; impossible, parce qu’il faudrait donner à chaque officier une force pour se faire obéir, et qu’alors on devrait augmenter indéfiniment l’armée et les corps indigènes. Ce serait impolitique, parce que si votre Système de gouvernement ne satisfait pas l’ambition des indigènes distingués, soit par la naissance, soit parla capacité, vous les aurez pour ennemis d’autant plus dangereux *.»

Le gouvernement direct est aussi impossible que Je gouvernement par les indigènes.

ques mois, à Fftris. jüR journal , en rendant compte de leur présentation à iif, les avait fait s’éMer à l’aspect du comte de Paris ; Nous mourrons tous pour lui.

1 La Fmm algérienne du 15 juin 1845.

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