‹ L'Algérie en 1846Chapitre 13 sur 18 · DÉPARTEMENTS ALGÉRIENS · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENTS ALGÉRIENS

M. Leblanc de Prébois, officier distingué qui s’est beaucoup occupé des affaires d’Afrique, veut

Les hommes et les systèmes.

Départe¬

ments

algérien».

Raisons

favorables.

Combattues»

qu’une loi réunisse l’Algérie au territoire français. Il y établit trois divisions militaires et trois départements, appelés la Seybouse, la Mitidja et la Tafna. Il applique à l’Algérie les lois, l’administration et la langue françaises. Les trois nouveaux départements ressortiraient pour toutes les parties de leur administration aux neuf ministères : ils auraient, comme les départements de France, leurs maires, sous-préfets, préfets, conseils d’arrondissement, de département, de préfecture, juges de tous degrés, hommes de finance de toute sorte, ingénieurs de tout grade et enfin leurs députés r.

Par ce moyen, M. de Prébois emploie une civilisation et une administration toutes faites. Il fait profiter l’Algérie de tous les progrès si laborieusement et si chèrement acquis. Il évite ainsi les nouvelles expériences sociales auxquelles veulent nous exposer les Lycurgue et les Solon de l’Algérie, ou les socialistes de Mesnilmontant. Il donne en exemple les Etats-Unis et le Canada, où la civilisation européenne s’est transportée d’une pièce.

M. de Prébois a fondé son système sur le peu d’importance numérique de la population indigène, qu’il évalue à 780,000 pour le Tell, et 200,000 pour le Sahara. Il ne tient aucun compte de cette population , de ses mœurs , de ses intérêts , de ses passions, de sa religion; il ne voit que l’Européen:

1 Les départements algériens. — V Algérie prise au sérieux, — Le gouvernement civil. — Par M. Leblanc de Prébois.

GOUVERNEMENT DE l’ ALGÉRIE, et cependant, cette population indigène ne mérite-t-elle aucune attention ? Quant au nombre , s’il a été exagéré outre mesure par M. Bugeaud , qui l’a élevé jusqu’à 8 millions, n’est-il pas un peu réduit par M. de Prébois, qui l’évalue à 980,000? L’opinion la plus générale est qu’il est d’environ 2 millions.

En dehors du nombre, n’y a-t-il pas la nature de ces indigènes, qui, dans leurs montagnes, n’ont jamais été soumis ni aux Romains, ni aux Arabes, ni aux Turcs, et qui, dans leurs plaines, vivent encore de la vie d’Àbraham?

Enfin , n’y a-t-il pas ce fait de la lutte que soutient cette population indigène? Ne sommesnous pas contraints à entretenir en Algérie une armée de 100,000 hommes? On ne peut donc négliger la population indigène, et gouverner un pays agité par de telles convulsions , comme on gouverne la France, où tout le monde est en paix.

Quant à la population venue d’Europe, la question n’est pas plus facile : la majeure partie de cette population est étrangère, composée du rebut de la population anglaise et espagnole, de Malte et des Baléares; celle venue de France ne vaut guère mieux, et, sauf quelques honorables exceptions, cette population hétérogène, si pittoresquement dépeinte par M. Bugeaud , paraît peu propre à un gouvernement régulier. Son petit nombre, relativement à l’immense étendue de territoire sur laquelle se sont établis les

échoppes et les cabarets, nécessiterait un luxe d’administrateurs qui ferait un singulier contraste avec la misère et le petit nombre des administrés.

Nous ne pouvons admettre les idées de M. Leblanc de Prébois, quoiqu’elles aient le mérite d’ètre simples et exemptes d’innovation.

En Algérie, quels éléments des conseils électifs?

Quels impôts, sauf ceux sur les cabarets?

Quels seraient, sauf ceux de l’armée, les bras à la disposition des ingénieurs?

Quels seraient, sauf quelques besoigneux délégués, les députés que trouverait l’Algérie? députés apportant au pouvoir une dépendance servile en échange de tout ce qu’ils obtiendraient pour leurs besoigneux. commettants.

Le rapport de M. Dufaure n’accepte ni les départements algériens, ni la proposition de la division des affaires de l’Algérie entre tous nos ministères: «l’Afrique, longtemps encore, doit être soumise à des règles exceptionnelles et temporaires, appropriées à la situation du moment, diverses comme les populations qu’elles doivent régir (page 48). »

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