MINISTÈRE SPÉCIAL
Le mérite de l’invention du ministère spécial revient à M. le secrétaire de la présidence du
GOUVERNEMENT DE l’àLGÉRIE. 71
conseil des ministres, auteur de l’ouvrage intitulé La France en Afrique*
On avait supposé que l’inspiration de M. le Ministre des affaires étrangères était pour quelque chose dans cette pensée. Des malveillants , sans douté, disaient qu’à la veille des élections, c’était une véritable aubaine que d’offrir aux espérances de nombreux postulants les nombreuses places du nouveau ministère. L’auteur avait indiqué d’avance que ce ministère aurait trois directions, et que « le temps des directeurs étant absorbé par leurs fonctions parlementaires peut-être , il serait nécessaire de leur attacher des sous-directeurs*. » Ce n’est pas peut-être, c’est certain. Il ne faudra pas seulement trois directeurs, il en faudra neuf, autant qu’il y a de ministères. Le ministère spécial de l’Algérie aura à traiter les mêmes affaires que nos neuf ministres traitent en France, et bien plus encore : en France on a pu réunir les cultes à la justice : en Algérie, les religions demanderaient un ministère spécial.
M. le secrétaire de la présidence du conseil avait probablement prévu cette malicieuse interprétation de sa pensée, car il avait pris la précaution de revendiquer pour lui seul les idées et même Vidée de son écrit1 2. Soit. A lui donc le mérite de l’invention, mérite aujourd’hui constaté par l’assentiment de la commission de la Chambre.
1 La France en Afrique , p. 291.
2 Avertissement de la France en Afrique , p. vij.
DUcuiaion.
Pourquoi retirer au ministère de la guerre la direction des affaires de l’Algérie? Que lui reproche-t-on? Ses habitudes ravageuses? De ne pouvoir être en paix avec lui-même, en donnant le singulier spectacle d’un ministre qui commande et d’un général qui n’obéit pas ?
Le premier reproche peut-il être adressé par ceux qui veulent coloniser, c’est-à-dire remplacer la population indigène par leurs colons. Pensent-ils que les indigènes abandonneront sans lutte le sol qui les fait vivre? Cette lutte peut-elle être autre chose que ce quelle est? Qui doit-on condamner dans cette affaire ? Est-ce celui qui indique le but ou celui qui est chargé de l’atteindre? En vérité, si le maréchal Bugeaud est blâmable; ce n’est pas de faire la guerre ainsi qu’il la fait, mais c’est de donner son concours à une entreprise qu’il reconnaît funeste pour la France.
Quant au second reproche, le ministre spéciaj, dans l’ordre des idées des partisans du système , ne sera pas un militaire; et cependant, quoiqu’on fasse, l’affaire d’Afrique sera toujours une affaire de lutte et de guerre. Il serait puéril de penser que les hommes et les choses d’Afrique changeront leur nature, parce que l’administration de Paris aura changé de nom et de forme. — Le maréchal Soult, et par lui-même et comme ministre de la guerre, avait une grande autorité mi-