‹ L'Algérie en 1846Chapitre 2 sur 18 · ÉTAT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION

Nous ne discuterons pas ici les prétendus avantages de la colonisation. Nous l’avons fait ailleurs.

Nous avons établi que nous ne pouvions coloniser comme faisaient les Grecs et les Romains,

— qu’il est impossible d’introduire à Alger le mode de gouvernement des Anglais dans l’Inde,

— qu’ Alger ne possède aucun des éléments de colonisation qui font la prospérité des États-Unis d’Amérique, — qu’on ne peut établir, ni sous le rapport du sol ni sous celui des habitants, aucune comparaison entre Alger et l’Égypte, — que les colonies pénales sont aujourd’hui condamnées comme moyen pénitentiaire, et que l’expérience faite par les Anglais à Botany-Bay doit nous garantir d’une semblable entreprise à Alger, — et enfin que le régime colonial ne peut être introduit en Afrique au moment où il croule de toutes

parts, aux acclamations unanimes des colonies et des métropoles1.

Plus tard nous avons établi que nous ne pouvons réédifier à Alger le système turc , que quelques personnes regrettent encore 2.

Enfin, nous avons combattu l’application du régime colonial à l’Algérie 3.

L’idée de coloniser l’Algérie n’a pu être enfantée que par l’ignorance la plus complète des plus simples notions d’économie politique, et par l’oubli des faits coloniaux qui se sont accomplis sur le globe.

L’expérience commence à faire comprendre les difficultés de l’entreprise de colonisation. Les prétentions des colonistes diminuent : elles se bornent aujourd’hui à des essais de culture en vue de nourrir les 100,000 soldats que nous avons en Afrique, et les 100,000 administrateurs, débitants, brocanteurs, ouvriers à la suite de l’armée. Pour les nourrir il faudrait, dans la proportion qui existe en Europe , entre les cultivateurs et les autres classes des populations, environ 5oo,ooo cultivateurs. On verra, au chapitre V, qu’en dépit de toutes les déceptions jetées en pâture à l’opinion publique, la colonisation est nulle, et que la population agricole n’est que de 2,000 individus.

‘ Question d'Alger, p. 45.

2 L’Algérie en 1838.

3 L’Algérie en 1844.

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