LIVRE PREMIER
OOHSIDÉRATIORS 6ÉIÉHALES SDR L’ALfiÉRIE.
Exposition. — On a déjà beaucoup écrit sur l'Afrique française. et je viens timidement grossir ic nombre des hommes qui SC sont occupés d'eilc.
Les voyages d’observation et d’études , pour lesquels la direction des affaires de i’Algérie a bien vouiu m’accorder de précieuses facilites, ont été constamment graves dans leur pensée, dans leur but, dans leurs moyens.
Si, sous prétexte de vues scientifiques, je n’eusse, en les exécutant, ciiercbé qu’une agréable distraction sous un beau ciel, mes souvenirs seraient vagues, mes notes stériles, j'aurais abusé d’une haute sollicitude et de la faveur qui en émanait. Mais le travail de tous les jours, dans la mesure étroite de mes forces, était pour moi un acte de conscience, de raison, déréglé, et je dois au département de la guerre , avec riiommagc de ma gratitude, l'oliscur tribut de mes appréciations.
L’Afrique française n’est plus, comme à l’origine de la conquête, je ne dirai pa.s l’égout de toutes les civilisations et de toutes les nationaIité.s, mais presque exclusivement livrée aux existences aventureuses. — Longtemps notre colonie n’a pu s’y former et s’y soutenir que par une extension de notre budget. Aujourd’hui les sacrifices faits par l’État pour l’.Mgéric commencent à porter leurs fruits : elle se prépare à vivre de sa propre vie et de ses propres ressources, et bientôt, peut-être, elle of-
frira un excédant de prospérité qdi retournera à la mère patrie.
Sur ces rivages inondtis de lumière et de couleur , sur ces terres en majeure partie vierges pour la civilisation et l’agriculture, est une France jeune, neuve, pleine de sève, d’espérances et d’avenir , plusieurs fois régénérée et épurée dans ses éléments primitifs, dégagée de tous jiartis pris, de toutes rancunes et de tous préjugés, marchant librement au bien-être par la moralisation et la persévérance, sorte de grande famille nationale issue de nous, élroitcment unie à nous, continuation et ramifleation de la France en Afrique, concourant à notre gloire et augmentant sans cesse l’influence française dans la Méditerranée.
Depuis la grande épuration qu’amena la crise algérienne de 184s, surtout, on ne vient plus , du fond de la France continentale, en Algérie, seulement pour y réparer sa fortune ou sa réputation; on y va parfaitement honorable et honoré, dans la plénitude de sa considération locale, par élan , par choix , poussé par l’amour d’une vie plus indépendante, plus riche en effusion, en laisser aller et en imprévu, ))ar le besoin d’appliquer à une région nouvelle une grande activité de cœur et d’esprit.
(iénéralemcnt , nos frères d’Afriipic, colons agricoles ou colons citadins , sont des hommes dlntclligence; et cela se comprend à merveille. — I.c crétinisme et les médiocrités ne s’expatrient point; ils végètent sur place, sans jamais changer de milieu : ce sont les cryptogames de l’humanité.
IIÉGIMK MiLiTAiitK. — Le régime miliUiire est indispensable , pour un temps indéfini, à l’Algérie. .Sans lui, point d’unité, point d’énergie, point d’autorité, point de précLsion , point de discipline; mais divergences et tiraillements d’idées, lenteur, mollesse, discussions oiseuses et temps pefdu en formalités. — l.ui seul a bien compris la colonisation.
L’administration de la guerre, par rapport à l’Algérie, est la plus logique , la plus .sérieuse , la plus carrée , la plus expéditive et la plus ferme, la plus éminemment douée de l’esprit de simplification , celle qui s’égare le moins dans les dédales de la tem-
purisation et de la bureaucratie, celle qui admet le moins le préjugé, la prévention et les demi-mesures. Elle agit promptement, sûrement et vivement, sans le concours des utopistes et des phraseurs. Avec elle point de brouilleurs de papier et d’immenses dossiers, peu d’écrits , beaucoup d’exécution, et un cavalier portant un ordre à bride abattue. Centraliser dans le département de la guerre, qui connaît à fond l’Algérie, l’administration de ce pays , c’est pourvoir sagement aux intérêts de l’Afrique française et aux besoins des services publics dans la colonie. Lui seul doit être, pour cette contrée, garde des sceaux, ministre de l’intérieur, etc. 11 faut ou avoir dans tous les ministères français une direction de l’Algérie, composée d’hommes exclusivement pratiques et spéciaux , ou conserver à celui de la guerre la plénitude de son initiative. — On sait combien de fâcheux conflits et de déplorables conséquences ont Jailli de certaines distractions et de changements essayés d’attributions.
Je ne donne ici aucuns conseils ; je me borne à exprimer mon opinion personnelle sur le régime le plus utile pour l'.AIgérie.
En arrivant en Afrique, les Français y trouvèrent les indigènes tels que les avaient eux-mèmes trouvés les Romains, tels que ces derniers conquérants avaient trouvé les Gaules, où ils rencontrèrent des tribus éparses, des citadelles, quelques marchés, peu de centres. — I/Cs peuples se ressemblent tous !l un certain âge et dans une phase donnée de leur histoire, et le fiairk ou le burnous des Arabes ne sont autre chose , à la couleur près , que le sarjum yallicum de nos rudes ancêtres. Quelle différence essentielle y a-t-il entre ces myriades de tribus qui composaient, par exemple, la république, desEduens, et celles dont se forme la Kabyliel — Depuis l’époque de la conquête par les armes françaises les Arabes n’ont point fait un pas dans la civilisation.
Dépayser l’Arabe cher, lui , ce serait une faute. — Longtemps encore les nationalités européennes et la nationalité indigène seront, comme les eaux du Rliône et de la Saône , qui , à Lyon , près de la Mulatière, coulent dans le même lit sans se confondre, sans mêler leurs eaux, d’origine et de couleur diverses. — .Mais il
importe (le ramener (Joiicement il deâ idées de civilisation. 1,’Arabe a surtout besoin d’équité, d’une juste répartKion des iiupbts et des charges. Les indigènes ne sont pas systématiquement armés contre les idées françaises, et les laisseront s’implanter partout sans résistance, pourvu qu’on respecte les leurs et qu’on ne viole point envers eux la foi promise, qu’on tempère l’arbitraire inhérent à certaines mesures , que l’on ouvre sous leurs yeux de nouvelles sources de prospérité , et qu’en les faisant jouir d’un bien-être inconnu et durable, on leur rende moins amer et moins inexorable le sentiment de la nationalité perdue, on les force à bénir leurs vainqueurs. — L’.Vrabe aime par-dessus tout l’argent. Tiiehons de régulariser l’idée cupide en lui , et nous en ferons de l’émulation et du travail; l’idée superstitieuse, et nous en ferons de la fidélité ; l’idée féroce , et nous en ferons de la dignité et de la valeur.
Toutefois, — et le régime militaire l’a merveilleusement compris — les moyens de douceur exclusivement employés vis-à-vis des Arabes seraient aussi dangereux que la violence. Il convient d’être avec eux résolu, fort, et de se tenir à égale distance et de la mansuétude et de la dureté. S’ils manquent au devoir , à l’humanité, à l’honneur, soyons inflexibles et sévères dans le châtiment; mais s’ils obéissent sans murmurer, amenons-les trèspaciflquenient à nous par une persuasion légèrement impérieuse.
La clémence n’est ni un moyen de gouvernement, ni un moyen de pacification parmi les Arabes. Le Kabyle , à la vie libre , ne comprend le principe d’autorité que sous la forme la plus absolue, et le pouvoir, qu’armé jusqu’aux dents. 11 n’estime que l’homme de cheval et le soldat. La force morale n’est rien pour lui; il méprise les citadins, les bourgeois surtout imberbes, et les appelle des mercmli, des marchands.
Pour peu que l’on ait étudié les instincts des indigènes, on reconnaîtra facilement qu’il importe de développer parallèlement en eux la crainte, le respect, l’alToction. Il faut qu’ils arrivent à aimer le joug français en le redoutant sans cesse.
Je le répète ; l’armée a eu une admirable intelligence de tniiles
rcs nweswitcs, et s’y iiiaiiilicnt. Kilo a su conquérir dans la guerre, organiser, concilier et civiliser dans la paix. Les généraux d'Afrique forment , pour ainsi dire , une famille à part dans la grande famille des guerriers français , famille de frères, s’il en fut, tous solidaires les uns des autres. Ils se sont attachés à r.AIgérie, à leur œuvre; ils ont étudié les mœurs, l’esprit public, la langue du pays. (> sont eux qui ont oITert les premiers et les plus solennels exemples de ces identillcations, eux et les chefs de colonnes servant sous leurs ordres. 11 y a peu de fonctionnaires civils qui connaissent aussi bien l’Afrique et parlent l’arabe avec autant de facilité que Im autorités militaires en Algérie.
I.a plupart des généraux d’Afrique ont uni les qualités d’habiles tidministratcurs à celles de courageux guerriers. La colonie n’oubliera jamais les gouvernements généraux de plusieurs de nos plus intrépides chefs militaires, entr’autres du maréchal duc d’Isly, etc., etc., leur esprit d’observation, leur tact, leur caractère sérieux, calme, libre de tous préjugés et de toute idée systématique. De ce nombre, assurément, est le gouvernement du général Randon, qui se distingue surtout par la vigilance, l’équité, la droiture et la plus haute sollicitude. ,\près sa dernière expédition dans les Rabords, il a visité presque toute la province d’Alger , la route de Médéali à Doghar, exécutée par le 60« et un bataillon du l'c zouaves, se préoccupant de tous les besoins, et, dans l’hiver de 1854, fait à f.aghouat un voyage riche en bons résultats politiques, inauguré, enfin, dans l’expédition du Sud , en lançant les youms , un nouveau système d’attaque qui a parfaitement réussi et rendu complète la soumission des tribus méridionales. Le général Pélissier à Oran, le général Camou à Blidah , le maréchal de Saint-Arnaud et le général Maurice de .Mac-Mahon à Constantinc , le général Marey-Monge à Médéah, le général Daumas, soit comme consul à Maskara, soit comme chef des affaires arabes dans la province d’Oran; Drouet, comte d’CrIon, Clausel, Damrémont, Valée, les généraux Lamoricière et Cavaignac, ont été des administrateurs quelquefois excellents, toujours dévoues, et ont exercé le rôle civilisateur le plus heureux cl le plus efficace.
(tn ne saurait être trop juste envers l'armée. Kn Afrique, on lui (luit pres(]ue tout, et nos soldats, encouragés par la voix, les exemples , les conseils de leurs chefs , ont fait dans tous les genres des prodiges. C’est elle qui a bâti les principaux monuments, la maison pour la smala, le caravansérail pour la caravane, l’hospice pour les malades, la première église pour les premiers catholiques; c’est elle qui a tracé les routes, creusé les ports, semé les germes qui ont frucUFié à Staouëli et à BoulTarick, dans les vénérables mains du père Itrumault; c’est elle qui a défriché, planté , essayé l’agriculture européenne sur le sol algérien. — Qui ne sait que c’est aux soins du général Marey-Monge que les environs de Médéah doivent leurs premiers vignobles ?
La gloire militaire française de la République et de l’Empire est immense ; mais elle ne fait point pâlir celle de nos armées d’Afrique. Celles-ci, par leurs actes de courage, d’habileté, de désintéressemeut , occuperont une place pareille dans l’histoire, qui leur tiendra compte de leurs périls. I>es généraux de la République et de l’Empire n’administraient point, après la guerre, en pays barbare et neuf, et ceux d’Afrique ont organisé une colonie comme les capitaines de Jules César. — I.a guerre d’Afrique aurat-elle son Salluste français ?
ÉGLISE d’Afriqle. — Le meilleur auxiliaire de l’armée, dans sou rôle civilisateur et colonisateur de l’Algérie , est , sans contredit , le clergé. Quelles merveilles il a inaugurées dans les orphelinats de BoulTarick, Ben-Acknoun, Miserghin, Mcdjcr.-Amar, à l’abbaye de Notrc-Dame-de-la-Trappe , fertilisateur des esprits et des terres !
L’Église d’Algérie est aujourd’hui organisée et constituée comme celle de la mère-patrie : elle a su retrouver ses vieilles racines dans la poudre des siècles, renouer la chaîne des temps et s’unir par les liens les plus solides à cette Église africaine qui a brillé d’un si vif éclat sur l’horizon historique, et qu’elle continue dans notre ère.
Elle est loin de, nous l’époque où quelques membres ignoré-s
du sacerdoce français et étranger vinrent , en Aigérie , défricher la vigne du Seigneur, et semer , au miiicu des marabouts et des niosquécs, les premiers germes du culte catholique. Cuopérateurs obscurs pour la plupart , éléments hétérogènes tirés de presque tous les diocèses, ils n’en furent pas moins les fondateurs de la seconde Église d’Afrique. — Dieu , dans sa puissance et sa miséricorde infinies, avait ses vues sur l’édifice et les ouvriers : l’un a grandi rapidement , les autres se sont presque tous sanctifiés dans leur teuvre. Si leur zèle ne fut pas toujours habile, leur courage ne SC démentit jamais : ils déployèrent hardiment le drapeau de la Koi à côté des étendards du Prophète ; ils surent coucher sur le sable et les palmiers-nains du désert , sous la tente de poil de chameau ou les gourbis du douar \ braver les yatagans et les balles des Bédouins; vivre d’une vie périlleuse et dure; et le plus grand nombre d’entre eu\ n’a point failli à la peine.
La nouvelle Église d’Afrique commença dans un camp. — Ce fut une sainte et noble chose que le premier sacrifice offert au Dieu des armées, au Dieu de l’espérance, sur cette terre depuis si longtemps infectée de fatalisme et de superstition. — Le Seigneur a béni ce sacrifice et les mains du sacrificateur, quel qu’il
fat.
Les primitives bases du gouvervement ecclésiastique de l’Algérie , ainsi jetées dans les bivouacs, furent autant de points de repaire et de jalons pour l’avenir. — Bientôt, l’aumônerie militaire, puis les missionnaires envoyés par la Propagation de la Foi, et le pouvoir spirituel d’un vénérable prêtre (le curédeBône), investi par Rome d’une sorte de préfectorat apostolique en Algérie, les auxiliaires qui lui vinrent en aide, ne suffirent plus pour l’adminLstratiun et les besoins religieux du pays. Un évêque fut inauguré dans l’Afrique française le 9 août 1838. — Sur les éléments natifs du clergé d’Algérie s’étaient déjà, sous l’autorité morale du premier pasteur, greffé des devoirs sérieux et de saintes vocations. Toutefois, les hommes vraiment apostoliques ne furent peut-être pas aussi nombreux dans le sacerdoce algérien que l’on aurait pu le désirer, sous l’épiscopat de Mgr Dupuch. Le
diocèse, d’Alger avait encore l)ien des plaies quand .Mi^r Loiiis- Antoine-Aupustin Favy fut mis à sa tète (1).
Malpré la pureté d’intentions de Mpr Dupueh, tout était précaire et provisoire dans l’organisation de ce diocèse, incertain dans sa liturgie, indécis dans sa discipline, confus dans sa hiérarchie, lorsque l’éloquent et jeune doyen de la Faculté de théologie de Lyon vint saisir les rênes de l’administration ecclésiastique de l’Algérie. — Dieu nous garde d'ètre prévenu ou injuste envers son pieux prédécesseur; peut-être ne fut-il pas toujours heureux dans ses moyens, mais il éprouva le sort de tous ceux qui défrichent, il trouva de grands obstacles et ne fut pas toujours convenablement secondé. — La faute principale en est au temps et au lieu.
Mgr Pavy était précisément le pontife qui s’adaptait aux circonstances et au pays. — Doué de la double verve du cmur et de l’esprit, puissant par la foi, par la science, par la parole, par la tolérance, par la volonté, par le regard, il semblait le seul homme qui pût constituer , régénérer , épurer et étendre l’Église d'Afrique. Il arriva à Alger précédé d’une magnifique renommée de théologien et d’orateur, armé d’une conflance ferme dans sa mission , bien décidé à la féconder par tous les moyens apostoliques et temporels, et à imprimer profondément le principe d’autorité épiscopale, soit dans les idée.s du clergé, soit dans l’esprit des fidèles. Fort de ses nobles précédents dans la .Sainte Église de Lyon, homme de goût et de tact, comme il est, merveilleusement secondé par son art de bien dire, par scs fonnes extérieures, il devint de prirae-saut l’àme du progrès moral et de la civilisation dans l’Afrique française.
L’élan de zèle , de devoir et d’intelligence que Mgr Pavy communiqua à son clergé, la promptitude et l'habileté avec lesquelles il développa l’esprit d’unité parmi ses coopératcurs, isolés avant lui, furent tels, que tout cliangea, comme par enchantement.
(1) Hé à no«nn<^ (Loire) le lü mars iK02, nooiini- évéque d'U^er par ortionnncc nt^ale du if. février 1846, pn^unUé U* i4 avril et Mcré le 24 mai auivanb. M|;r Tavr est eomle romain, «islant au IrAnc pontiftral , ronmiandcur de la L^ion-d’Honnetir, el de Tordre ro^tl sarde dC" Saints Maurice et Lararc.
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dans rtglise d’\lgcr, et rinipulsion , et le personnel, et le eulle. — Ah! quelle place immense peut occuper un évêque, et que sa mission est grande quand il est à la hauteur de son rôle!
Dès le principe de son épiscopat, on avait pu prédire qu’il deviendrait vite ce qu'il est : l’un îles plus brillants et des plus solides évêques de l’Église universelle.
Bien que Mgr Pavy ait eu un digne prédécesseur, il ne doit pas moins être considéré cotnme l'organisateur de son diocèse. — Kt puis, dès l’origine de son gouvernement ecclésiastique, il .se rappela les luttes du fougueux Tertullien, et, plus d’une fois, il porta aux docteurs de la loi musulmane eux-mêmes de ces •léQs qui les confondirent et les firent tomber à ses genoux.
Mon illustre ami, le général Marey-Monge, m’a souvent raconté la scène pathétique de Médéah, dont il fut témoin. — Mgr Pavy en vint aux prises avec les plus habiles marabouts et chefs religieux de la contrée. Il se montra plus fort qu’eux en islamisme, et les étonna tellement par sa logique et sa science, qu’ils se jetèrent à ses pieds, anéantis et vaincus, l’n des plus considérables personnages arabes, le Kalifa de Laghouat, lui demanda sa bénédiction, qui fut donnée avec dignité et bonne grâce, reçue avec gratitude et componction. « Il brillait partout — m’écrivait le général, à la date du 29 août 18.'i2 — et avec quelque classe que ce fût, non-seulement par ses manières agréables, distinguées, mais encore par son esprit supérieur et sa vaste érudition. Il était le plus gai et le plus intéressant avec les officiers, et avait fait la conquête de tous ; Français et Arabes. » — C’est ainsi que l’évêque de l’Algérie obtint le respect des européens cl des indigènes.
Il commença par épurer son clergé ; par lui inspirer, en de fréquentes conférences synodales, l’amour de la discipline et du devoir; par le réglementer et lai recruter de nouveaux membres dans les rangs les plus dignes du sacerdoce français. — Enfant du glorieux diocèse de Lyon, lui-mème, et connaissant les mœurs graves, l’admirable dévouement du clergé lyonnais dont il est issu, ce fut particulièrement dans son sein qu’il
rlioisit ses priucipaux coopérateurs ( MM. Suclict, Pavy , Compte- Calix, Lainv ) et les éléments régénérateurs de son diocèse. Il voulut rénover ici la société ecclésiastique par sa base, et il s'attacha à l’œuvre des séminaires, surtout, comme à la plus utile pour l'avenir de l’Église d’Afrique. — Le cathécuménat, les orphelinats ne devaient point être oubliés par un tel pontife: il les établit sur un grand pied , et ils prospérèrent au delà de toute espérance sous l’empire de ce vouloir constant et fort. — Sa pensée dominante est de préparer, par les pépinières et les germes, une magniflque oasis au Seigneur, un clergé modèle à l’Algérie. Pour peupler de sujets d’élite le petit séminaire de Saint-Eugène et le grand séminaire de Kouba, il a fondé, dans le premier, des bourse^, et y a appelé plusieurs enfants lyonnais, dont les heureuses dispositions lui étaient connues. Il s’est fait le supérieur direct , pour mieux viviller et surveiller son œuvre, de l’école secondaire-ecclésiastiquc de Saint-Eugène, qui lui doit le mouvement et renferme cinq divisions (philosophie, rhétorique, troisième, cinquième, septième), a un directeur, un économe, un préfet de discipline, un préfet des études et “5 élèves (en 1853), sous l'autorité immédiate de l’évêque.
L’attention de Mgr Pavy s’est aussi portée sur la liturgie et le culte, sur l'architectonique religieuse, sur la multiplication et l’extension des paroisses , sur les communautés d’hommes et de femmes, les établissements de charité, d’instruction élémentaire, que presque elles seules peuvent faire fleurir, car elles ont tous les secrets du bien; et toutes les forces du catholicisme sont solidaires.
La religion est le grand lien moral qui confondra en une seule famille tous les éléments européens fortuitement assembles dans les possessions françaises en Afrique, et juxtaposés plutdt qu’unis ; le catholicisme est le puissant levier qui soulèvera peutêtre uu jour l’islamisme et le fera chanceler sur ses bases.
L’évêché, avec un tel pontife, devint bientôt, dans la capitale de l’Algérie , le sanctuaire de la pensée , de la littérature et de l’art . le centre d'où part toute idée de progrès moral et oii
toute idée féconde vient chercher sa consécration, le foyer des impulsions généreuses et du goût. Mgr Pavy fut Tàme des associations scientiflques , des hautes études, des hautes recherches, les encouragea, les lit éclore ou les flt valoir. 11 fut là ce que chaque evéque doit être dans sa cité épiscopale , s’il comprend son rôle.
La précieuse découverte des restes du martyr Geronimo ou Hieronymo va imprimer à l'Église d’Afrique un nouvel élan do foi. Le diocèse d’Alger, aujourd’hui, est, dans la plénitude du mot, une émanation et comme une coloni.sation du sacerdoce lyonnais. Mgr Pavy s’est plu à manifester ce caractère de son église en étendant les rameaux du canonicat d’honneur de sa cathédrale à Mgr Lyonnet, évêque deSaint-Flour, à HLM. Beaujolin, grand vicaire de Lyon, et Bonjour, curé de Notre-Dame-des-Victoires, à Roanne, tous les trois fils et ministres de l’Église de Lyon (1).
La liturgie romaine fleurit seule dans le diocèse d’Alger, et Mgr Pavy cherche par tous les moyens à en augmenter les splendeurs et dans sa cathédrale , placée sous le vocable de saint Philippe, et dans les paroisses. Ses chanoines titulaires portent sur leur camail de soie noire une croix latine amarante au côté gauche ; ils sont au nombre de huit. Sa maîtrise , composée d’un directeur et d'un sous-directeur, a trente enfants.
La province d'Alger compte aujourd’hui onze aumôniers et quatre cures de première classe dans la capitale ( Saint-Philippe, Notre-Dame-des-Victoires, Saint-Augustin, Sainte-Croix), une paroisse également de première classe (Saint-Charles), à Blidah, une maison des PP. Jésuites, une maison des Lazaristes, l’abbaye de Notre-Dame-de-la-Trappe-de-Staouëli, avec huit religieux, l’orphelinat de BoulTarick , avec six prêtres, celui de Ben-Aeknoun, avec quatre prêtres, un archiviste-bibliothécaire du diocèse, un correspondant-trésorier de la Société de la Propagation de la
(I) ladépcndammrnt de ctichanninfi d Aonneitr il faut citer MM. Vrrnangn, prttfeikseur a la Facolté de Tht-oloaie de Lfon; vinrent» recteorde l'tcnd^mie du RbAne; Boiirfin, curédr rassin, et Pevrapd , cun* de Neuville^ur-Saftne, au diocèse de Lyon.
l'oi, (iiiarautc paroisses de seconde classe érigées, quinze vicariats. Il evi.ste dans la province d'Oran deux paroisses de première classe au chef-lieu (Saint-Louis, Saint-André) et une paroisse de deuxième au quartier extra-muros de Kerguentah , une troisième paroisse de première classe à Mostaganem , vingtquatre autres paroisses de deuxième cla.ssc et sept vicariats. I^ province de Constaulinc possède trois paroisses de première classe ( Notre.-Üame-des-Sepl-Douleurs, au chef-lieu,. Saint-Augustin, à Bône, Saint-Cœur-de-Maric , à Philippevillc ), dix-neuf de deuxième classe et onze vicariats. Les dames du Sacré-Cœur, les sœurs Trinitaires, de Valence (Drôme), les sœurs do la Doctrine Chrétienne, les sœurs de Saint-Vinccnt-dc-I’aul, les Jésuites, les frères de Saint-Joseph, du Mans, une maison du Bon-Pasteur, se partagent les externats, les pensionnats, les écoles communales ou libres, les prisons, les ouvroirs, les asiles, les crèches, le service des vieillards, les visites aux pauvres, les orphelinats, les hôpitaux civils. La province d’Alger a trois prêtres auxiliaires, celle d’Oran deux, celle de Constantinc deux. Les vénérables religieuses de la Trinité régnent partienlièrement dans la province d'Oran ; les sœurs île la Doctrine Chrétienne et de .Saint- Vincent-de-Paul dans celle d’.Alger; celles de la Doctrine Chrétienne et les bons frères de .Saint-Joseph dans la province de Constantinc. J'aiine à espérer que nos bonnes sœurs de Saint- Charles, de Cluny, et de .Saint-Joseph , de Bourg-en-Bresse, auront aussi bientôt des colonies dans le. diocèse d’Alger. Grâce à la pieuse sollicitude de Mgr Pavy, les religieuses Augustines ne tarderont pas à s’établir en Algérie. Quant aux frères de la Doctrine Chrétienne, il parait qu’ils vont y être appelés. — Quelle situation pour une contrée qui n’a d’évèque que depuis seize ans et où la semence religieuse ne date guère que de 22!
Mais résumons notre pensée sur le clergé actuel de l’Algérie, et disons ce qu'il est.
le clergé d’Afrique , grâce à l'excellente direction des études ecclésiastiques, à l’énergie de sa discipline. , au personnel d’élite qui le compose, est aujourd'hui, assurément, l’un des clergés
les plus graves et les plus exemplaires du mutide enlhulique. Il est à la hauteur de ses devoirs et de sou évoque.
^ul n’est plus ferme dans la foi, résolu dans le dévouenieni, lidèlc à la hiérarchie et à la règle. Il unit la simplicité, la modestie, la frugalité de l'apiMre au zèle du missionnaire. Sa vie — et je l'ai vue de près, à la ville comme à la campagne,
— est une épreuve continuelle, un saeritlce constant, une abnégation sans fin; son repos n’est qu’une halte; il est toujours en haleine et toujours sur la brèche. 11 a les mœurs les plus bienveillantes, les plus hospitalières, les plus patriarchales, une tempérance incroyable, une accessibilité qui le fait vénérer et chérir. — Plus libre dans ses allures que le clergé de la France européenne, il est essentiellement populaire; il s’est profondément identiflé avec son œuvre et la colonie où elle s’exerce.
Je connais, en Afrique, des pasteurs qui ont vu trois ou quatre fois se renouveler entièrement leur troupeau détruit par la dyssenterie ou ta lièvre, qui ont fondé et soutiennent, exclusivement avec leurs propres re.ssources, une foule d’établissements pieux ou charitables, se refusent presque le nécessaire pour les féconder, cl s’ingénient, chaque Jour, à en créer de nouveaux, dont leur ardent amour du bien leur fait comprendre le besoin.
— Quels sublimes moments a eus le clergé d'Afrique pendant les diverses épidémies cholériques qui ont désolé l’Algérie!
Le clergé d’Algérie allie le désintéressement au courage. (Æinmc les indigènes, il n’a pas de be.soins et vit durement. Il se passe de domestiques, d’argenterie; il n'a pour lit qu’un grabat, qu’il fait le plus souvent de s&s propres mains; toutes ses res.sources, il les épuise pour secourir les colons malheureux, ou fonder des institutions de bienfaisance. — C’est une magistrature de la foi et du cœur, militante et sans armes, n’ayant d'autres moyens que l’apostolat et le sacrillcc, et d’autre force que le zèle le plus chaleureux et le plus expansif. — On le conçoit très-bien: poirr se faire prêtre d’Afrique, il ne faut pas avoir une Ame vulgaire; il faut sentir en soi une vocation décidée, et les hommes à grandes vocations sont toujours des hommes
de cœur et d’élans, des hommes de choix, des hommes de grand vouloir.
Que tous les vieux préjugés français, à l’endroit du clergé d'Afrique, tombent donc enAn devant les faits I — Son œuvre est admirable, et sa sollicitude digne de l’église primitive: il est le véritable civilisateur de la famille et de la société en Algérie, et l’auxiliaire le plussfir, le plus intrépide de l’armée, civilisatrice des masses politiques dans la conquête et le gouvernement. — Comme foi, comme persévérance, comme lumières, il ne craint la comparaison avec aucun clergé. Sil ne pose jamais, s’il n’est pas composé dans son regard, guindé dans sa tenue, s’il n’abuse point des petites dévotions, des petits moyens et des petites choses dans l’Église , si à la science du sacerdoce français il marie l'effusion, le naturel aimable, enjoué, l’indulgence et l’esprit fraternel du clergé italien (1), son aménité charmante, il faut l'en féliciter hautement. Depuis le chapitre qui entoure l'évéque, chapitre si distingué pai' sa doctrine et ses vertus, jusqu’aux plus humbles pasteurs, tout le corps ecclésiastique de l’Algérie — à de rares exceptions près — c.st éminemment digne de notre gratitude et de notre respect. Mais il existe des esprits légers, ayant la prétention de paraître sérieux, qui jugent encore le clergé d’Afrique sur sa barbe, ignorant que la force morale, aux yeux des indigènes, ne se manifeste que par la force physique, et que la barbe, pour eux, est un symbole d'autorité.
On a prêté, il y a quelque temps, à tort ou à droit, à l'État le projet de distraire le diocèse d’Alger de la province ecclésiastique d’Aix (Bouches-du-Rhône), laquelle, après cette distraction, conserverait encore cinq suffragants (Ajaccio, Digne, Fréjus, Gap, Marseille), et d’ériger en métropolitain le siège épiscopal de la capitale de l’Algérie, en réduisant son diocèse à la seule
[I) Ont Kénènlement, fo Praoc*^ dn prév^aUnDü coDtr« clfrgd lUlirn, )i«rc« que l'oo «‘ob»UDc k le Jager svfclM idé«s frsDçdisM. Le Mc«r<loce iUlieo, k un Mtorel parfait, • ooe Itrande tffabilUé , unit rioatrurtioa la plus «érieute et la plus forte, la plét^ la plus solide. — c'est un flerf^ que j'ai eu, depuis bien lonplemps. de frrqueutes oecaslons d'étudier k fond.
proviiicfî d’Alger, et en ina\iguraiit deux nouveaux évêques dans MOS possessions d’Afrique, l’im pour la province d’Oran, l’autre pour celle dç Constantine. (ies deux évêques deviendraient sulîragants d’Alger. /-
Les questions nuauciéres , qui ont bien aussi leur gravité , pourront indéfiniment suspendre l’exécution de ce dessein, si tant est qu’il ait été sérieusement conçu. — Eu tout cas, le Gouvernement , qui , en ces matières , agit avec une si grande prudence, ne ferait vraisemblablement rien sans avoir, au préalable, consulté l’évèque d’Alger sur la situation, et étudié les besoins de l’Algérie à ce point de vue.
Quant à moi , j’aime à espérer que, tenant compte de l’extension, de la multiplicatiou des paroisses, de l’accroissement de la population dans la colonie, et des intérêts spirituels de l’Afrique française, le Gouvernement, tôt ou tard, prendra ces mesures, qui , aujourd’hui , seraient prématurées peut-être.
■Malgré toute sa sollicitude et la puissance de son regard, Mgr l’évêque de ta IVEIA GAES.VUEA française ne peut vraisemblablement planer que d’une manière incomplète sur tout son immense diocèse, qui ne renferme qu’une population de 13â,339 Européens, mais dont la circonscription territoriale comprend toutes les possessions françaises eu Afrique. — Je sais bien que l’évêque d’Alger est représenté dans les provinces de Constantine et d’Orau par deux vicaires généraux sédentaires, qui sont les seconds bras de sa pensée; toutefois, ils n’ont point l’initiative épiscopale. — Dans l’état de choses actuel il n’y a pas de soulîraucc, et rien ne presse dans une nouvelle organisation de riiiglise d’Afriipic. Le Gouvernement, dans sa .sagesse , eu appréciera la convenance, l’opportunité. Mgr l’évêque d’Alger en pèsera les raisons , car , mieux que personne , il peut connaître les intérêts moraux et administratifs engagés dans la question. — Une résolution trop précoce, précipitée, est quelquefois un écueil. — On saura l’éviter , et agir avec toute convenance.
C’est en 1853 qu’ont été publiés, par les soins de Mgr l’avy , les Slaluls si/nodaux d'Alger, sorte de charte de l’église d’Afrique.
Administration Civile. — Dans In paroiiraplie <lc ccl oiivragr relatif au régime militaire, quelques lecteurs auront peut-être trouvé nos opinions trop absolues. — Nous les maintenons. C’est une (les grande,s nécessités de l’Algérie que l’administration civile, y soit , dans une certaine mesure , subordonnée à l’autorité militaire, parce que cette dernière, plus hardiment exécutive, est forte, libérale, généreuse, pratique, toujours armée pour la défense de la colonie. Cette prédominance , néanmoins , doit s’exercer dans de sages limites, nettement déllnies, et ces limites d'initiative et d'indépendance, l’administration civile les a comprises et respectées. — Il faut se rappeler sans cesse que le régime français n’est point complètement applicable à notre colonie, que la société algérique (1), composée d'éléments bétérogénes : d’KspagnoIs , d’Italiens , d’Allemands, de Suis.ses, mêlés aux Français, représentant presque toutes ies nationalités, excepté la nationalité britannique, entourée d’ennemis, ne datant que de vingt et quelques années , ne peut être régie comme une vieille société qui a un passé communal, une existence ■ arrêtée , des habitudes traditionnelles , qui a progre.ssé lentement , en accomplissant scs phases historiques. En Afrique, il importe d’agir et de peu discuter.
L’administration civile, ici, a su, dans l’énergique atmosphère de l’autorité militaire, éviter de grandes dillicuUés : les contlits avec ce dernier pouvoir ; elle a fait preuve d’intclligcuce , de zèle, de bon vouloir, de connaissance des besoins de l’.Afrique. I>c (iouvernement apprécie parfaitement bien dans quelle proportion il convient d’étendre, en Algérie, les moyens d’action de l’administration préfectorale et commimalo, le régime civil, le droit commun de la mère patrie.
I,es exemples d'études graves, de sollicitude., donnés par les chefs de l’armée, l'impulsion qu’ils ont imprimée, ont été suivis par l’administration civile, dette dernière a donc déployé et continue à déployer une louable activité. Elle étudie les mœurs,
|l) Je dis pour .iigniflrr ce (|ui licol • l’Algi'ric coliôrr, ré»rr\ant le uiol Jigérica
|Miur CP qui Urnl k U tIUc dMIccr pmim'iucnt dite.
les intérêts du pa>s ; elle s’identifle avec lui. Loin d'empiéter sur l'autorité militaire , elle la seconde , elle en reçoit le mouvement dans une foule de circonstances , elle agit de concert avec elle dans plusieurs autres. Jamais, de son côté , le pouvoir militaire . qui — répétons-le — doit être suprême en terre fraîchement conquise, n'a géné le pouvoir civil dans ses allures. Ce sont deux puissances qui, eu pratique, emploient parallèlement leurs forces respectives dans l’intérêt bien entendu de notre précieuse colonie. — Ainsi donc, la sphère du régime civil s’élargit et s'élargira constamment , selon les besoins réels, et le décret du 7 décembre 18.53, créant encore trois Justices de paix en territoire militaire ( Rathna, Aumale, Sidi-Bel-.\bbès), en est la preuve. — Iæ temps des dilapidations et du gaspillage est heureusement pas.sé pour l’Algérie, et ses plaies financières sont cicatrisées , grâce au contrôle sévère exercé sur toutes les branches du service public et aux épurations apportées parmi les fonctionnaires.
Agrici'lturf.. — Les documents que nous ont laissés les anciens sur l'Afrique sont si peu explicites et si peu complets, au point de vue géographique, que nous devons admettre l'idée de changements survenus dans la nature et les conditions du sol de la Numidie et des Mauritanies. — Je ne doute pas de sou antique fertilité ; mais il est probable que des cours d'eau réguliers ou sont devenus souterrains, ou se sont épuisés, ou ont été détruits par du vastes et profonds ensablements. Des nappes d’eau considérables existent à une profondeur de quelques mètres sur plusieurs points de l’Algérie, notamment sur le sol où va s’élever Rouiba.
Ce qui manque à certaines régions , très-riches par la couche de terre végétale et par l'exposition , ce sont des cours d’eau réguliers. — Et ce qui semblerait déposer en faveur de l'opinion que j'ai osé émettre sur le pas.sage .5 l’état souterrain d’anciennes rivières et d'anciens fleuves, c'est précisément l'humidité radicale des couches inférieures du terrain. Remuez la terre et il
ü'eii üégageru des éaianatiuiis aquatiques et putrides très-runeslel; a la santé des colons, produit des détritus animaux et végétaux en décomposition. — Aujourd’hui, il n'y a de cours d’eau naturels vraiment sérieux , dans l’Afrique du nord , que le Chélif, la Tafna et la Seybouse.
Dans la plaine de la Mitidjah , presqu'exrlusivenient aux environs de Blidab, la culture de l'oranger a pu se développer dans les conditions les plus favorables, à peu près comme dans la campagne de Tétouan (Maroc). L’oranger aime la chaleur à sa ramure et la fraîcheur à ses racines. Il a trouvé le sous-sol humide autour de Blidah et y croit avec une remarquable énergie.
11 y aura moyen de combattre cette humidité permanente du sous-sol africain, dans certaines vallées , par un système largement pratiqué de tranchées et de canalisation, par l’emploi de la machine à épuisement de Harlem, et les opérations d’un drainage bien entendu, par l’assolement des étangs, selon les lieux et les circonstances. — Là où l’eau manque à la surface, on se donnera des terres irrigables par les puits artésiens.
Si la province de Constantine parait la plus favorable aux céréales, à la culture du tabac, celle d'Oran rivalise presque avec ce département sous ce rapport, et est beaucoup plus productive que lui sous d’autres. La colonie a pu, en 1853-1854, offrir à la métropole, assez mal partagée au point de vue de la récolte des grains, uu excédant considérable de céréales. Les froments de la province de Constantine valent ceux de la Russie méridionale; le pain qu'ils fournissent est d'une saveur fraîche à la bouche, agréable, très-nourrissant, d'une couleur légèrement dorée. Le mûrier croit facilement dans cette circonscription, et l'industrie séricicole s’y développe largement.
Toute la vaste plaine de la Mitidjah, si riche en humus et en terre noire, avoisinant la capitale, se développant entre les deux versants opposés du Petit-Atlas et du Sahél, semble particulièrement prédestinée à la grande culture partielle des céréale.s et à la petite culture des arbres fruitiers, aux Jardins, aux plantes potagères et légumineiise.s . aux prairies naturelles et artificielles.
aux assolemcnU réguliers. On pourra étendre aux contre-forts des deux chaînes de montagnes qui la protègent la culture de la vigne qui prospère merveilleusement à Médéah. Cette plaine est suffisamment arrosée par r.\rraeh , l’Oued-Kébir , le Mazafran et la Cliifla.
I.e tabac, en 1853, a donné, dans la Mitidjab, à Rovigo, à l’.\rba, des résultats étonnants, et la ville de Bouffbrick a vu, par suite de ce succès, le Pactole couler dans son sein. l,e riz réussira parfaitement dans toute la campagne située entre le hameau des Quntrc-Chrmin.i et Beni-Mered. Seulement, dans l’intérêt de la santé publique des centres de population, il faudra éloigner de trois kilomètres des habitations les rizières, si dangereuses, sous le rapport hygiénique , dans une plaine assainie depuis si peu de temps. I.e riz prospérera sur une fouie d’autres points de l’Algérie, notamment dans les environs de Béne.
Les véritables terres de prédilection pour la vigne, ce sont les campagnes de TIemçen et de Maskara, et cette culture y promet le plus bel avenir. Je ne crois pas qu’il soit de l’intérêt bien compris de l’Algérie de trop généraliser la viticulture; mais que chaque ferme, chaque coionie agricole arrivent à récolter a.ssez de vin pour leur propre consommation, et ce sera le plus désirable progrès.
Il existe, A mon sens, une idée qui doit dominer toute lu question agricole en Algérie, nn principe qui doit sans cesse y régler l’essor des exploitations nirales; c’est que la colonie doit surtout s'attacher à produire ce que la mère-patrie ne récolte pas ou récolte peu, et ce que les Arabes ne cultivent point. — Je fais de ce principe un axiome. — ("est le véritable moyen de vivifier la France et l'Algérie par de. continuels échanges. Nos colons feraient a\issi le meilleur calcul en s’efforçant d'obtenir le produit riche, de préférence au produit usuel et vulgaire, car il exige des conditions climatériques et d’insolation qui ne peuvent point se généraliser, point s’étendre au delà de certaines limites tracées par la nature. — .Ainsi, augmenter la culture des céréales et des produits de première nécessité an delà des besoins
les plus pressants de la consomniatiün locale serait une graiuM' faute , parce qu’une disette seule dans les greniers habituels de l’Europe, ou une crise momentanée de subsistances, peuvent leur donner une valeur exceptionnelle d’exportation, parce que, dans les conditions ordinaires, le colon français, suisse, allemand, espagnol ou italien, ne pourra jamais, sur les marchés de l’Algérie, lutter avec les Arabes, qui produisent sans frais appréciables et livreront toujours au commerce à des prix inférieurs. — Il ne faut pas, en principe, sacrifier la règle à l'exception et le fait constant à l’éventualité.
Dans la province d’Alger et dans celle d'Oran , dans une partie de celle de C.onstantine , les huiles rivaliseront avec celles du comté de Nice et de la Sardaigne. On ne saurait trop encourager la culture de l’olivier. Combien d’oliviers sauvages devront être greffés! Par l’oranger, dans la Mitidjah, l’olivier, dans une portion notable des trois provinces, le mûrier, partout, le dattier, à Biskra, nous voici affranchis de nombreux tributs. L’Algérie recueillera bien au delà des besoins de sa consommation.
Une foule de pentes montagneuses, aujourd’hui stériles, peuvent être facilement reboisées par toutes les variétés de conifères, et les reboisements seront encore , pour la colonie , de puissantes conditions de succès. Ils devront surtout s’opérer dans le voisinage des fermes et des colonies agricoles. Une foule de bonnes essences forestières réussissent en Algérie. On aura de beaux cèdres dans les environs de Biskra.
Je ne sais pas jusqu’à quel point le quina réussirait dans certaines régions de l’Algérie, dans les environs de Biskra, par exemple. Je pense que les essais en ce genre ont été incomplets, qu’ils ont manqué de persévérance , et qu’il sera utile d’y revenir sans se laisser décourager trop vite, en étudiant la physiologie, les besoins particuliers de ce précieux végétal. Si l’on parvenait à l’acclimater dans les possessions françai.ses en Afrique, notre fortune coloniale serait faite. — Et dans quel pays serait-il plus utile que dans cette contrée sujette à la fièvre périodique , et où la falsification s’exerce en grand sur la matière pharmaceutique
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livrée au cominmerce? — La mime chose est à dire du thé: que l’on en poursuive rauclimatation avec constance, avec art, avec zèle, ainsi que la naturalisation de plantes médicinales: la casse, le séné, etc.
La garance et la plupart des matières tinctoriales, comme la graine de carthame, la cochenille et autres produits colorants, les plantes oléagineuses, telles que le sésame, l'arachide, la cameline, le précieux tubercule la pomme de terre, le lin, le maïs, le houblon, les chanvres, le coton de la (iéorgic, le café, réussissent au delà de toute espérance. Ces deux derniers produits passent des jardins d’expérimentation à l’agriculture et de la théorie à la pratique. Ce sont des gages précieux pour l’avenir. Quant à présent, toutefois, on ne peut pas encore trop sérieusement compter sur les ressources du colon et du café. Tant que l’hygiène des colons no sera pas délinitivemeut réglementée et pratiquée, tant que la main-d’u:uvre sera si chère et le prix de revient exorbitant, on ne sauaait, économiquement et commercialement parlant , faire, avec fruit, concurrence aux terres privilégiées pour la culture du coton et du café. — Mais, par suite des prix fondés en octobre 1853 par le gouvernement pour la culture du coton, de la prime de 100,000 fr., si généreusement prélevée par l'Empereur sur sa liste civile pour encourager cette importante production , la compensation la plus heureuse s'établira pour les producteurs, et les succès en doubleront le nombre.
I>a province d’Oran a presque été aussi favorisée que Bouffarick, en 1853, sous le rapport des tabacs, bille le sera de plus en plus en se conformant aux instructions de M. Duranton , chef de la mission des tabacs en Algérie. — Aucune partie de l’Afrique ne surpasse en richesse de végétation .Saint-Dcnis-du-Sig, la vallée des Jardins, Tlemçen , l’Isser, Sidi-Bel-Abbès,. Meserghin.
• J’ai demandé des conditions de culture partielle pour la vigne, parce que la mère-patrie fournit les meilleurs vins du monde, en échange desquels elle recevra le coton, les huiles, etc., et que la mère et la fille ne peuvent, sans inalaiiresse. se faire
concurrence. S’il est une classe , en Algérie , qu’il importe surtout de soustraire aux falsiflcateurs de Cette et à la fraude dans le commerce des vins, c'est celte des colons agricoles, ces travailleurs de l’Afrique. Les villes ont de plus puissants moyens de reconnaître et d’éviter la falsification; le numéraire y circule plus vite; elles peuvent payer plus largement pour obtenir, en matière de vins, des produits certains.
Nos soies d’Afrique sont très-belles, et c'est là un des éléments les plus sûrs de notre industrie agricole coloniale, avec les tabacs, dont la production est très-abondante et d’une excellente qualité, au moins égaie à celle de tous les congénères exotiques.
C’est par un système convenablement pratiqué d’hygiène que les colons échapperont à la fièvre et aux maladies endémiques.
— Nous nous étendrons un peu plus loin sur ce sujet.
En général, les défrichements, même en Europe, dans les régions les plus tempérées et les plus saines, ne sont passons danger pour la santé publique, et s’ils se montrent plus nuisibles en Afrique qu'ailleiirs, c’est parce que le sous-sol y est plus humide et le climat plus chaud.
Chaque province de l’Algérie a, pour ainsi dire, ses conditions naturelles de production. Ainsi, les pâturages et les céréales appartiennent de droit à celle de Constantine; c’est dans plusieurs cercles et districts de cette circonscription que l’élevage réussira en grand. l>a race bovine, en général très-pauvre en Afrique, y prospère mieux que sur aucun autre point. La viande de cette vaste contrée et de toute la Kabylie est comparativement excellente. Il arrive en Algérie ce que nous voyons en France: le Charollais, le Nivernais, l’Auxois, fournissent les meilleurs boeufs, et on ne les cherche guère ailleurs. — Alger, par sa position centrale , capitale des possessions françaises en Afrique, recevra, comme Paris et Lyon, le tribut des provinces et lui , donnera le prix vénal.
Le mouton est particulièrement estimé dans la province d’Alger et y prendra de nouveaux développements dans les belles fermes de la Milidjali.
Quant à la race chevaline, un le sait, elle demande à itreétudiée et encouragée dans les provinces de Constantine et d’Orair.
Les haras ont déjà profondément modiflé la race chevaline en Algérie, et, même en dehors de la colonie, ils résoudront la plupart des questions hippiques.
L’Algérie oITre, au point de vue du cheval, de très-précieuses ressources, et sous ce rapport, comme sous tous les autres, elle est en progrès manifeste. Mon honorable compatriote , le lieutenant colonel Vallot, chargé de plusieurs missions hippiques en Tunisie, dans les provinces de Constantine et d’Oran , par le Gouverneur-Général, se plaît à constater les avantages de la situation. — La race du Sahara est particulièrement connue par le bel ouvrage du général G. Daumas.
Parmi les fermes-modèles qui justifient le plus pleinement les espérances de leurs propriétaires , et les dédommagent le plus largement de leurs sacrifices, il faut signaler celle d’Arbal (Oran). exploitée par M. Jules de Saint-Maure. Les fermes-modèles ecclésiastiques ou civiles exercent la plus heureuse influence; elles donnent des instructions pratiques aux colons agricoles; elles répandent les bons exemples , l’émulation parmi eux ; elles leur apprennent ce que peuvent la persévérance unie au travail et l'esprit de métliode. — On commence à recueillir les fruits des CJiambres consultatives d’Agriculture , naguère établies dans le but le plus sérieux et le plus utile , et des grandes pépinières d'expérimentation.
llYGiÈKE DES Villes. — Dans les villes de l’Afrique française le peuple abuse des liqueurs fortes, et notamment de l’absinthe. I.ÆS tristes effets de ces excès sur la santé publique sont trèsévidents. — Ne pourrait-on pas frapper l'absinthe, la plus dangereuse de toutes les boissons alcooliques, celle qui se prête le plus facilement à la falsification, qui emprunte le plus volontiers sa coloration aux oxydes de cuivre , celle qui produit le plus de ravages dans le système nerveux , ne pourrait-on pas frapper l’absinthe d’un droit considérable de débit pour en restreindre l'usage en Algérie ?
Les colons citadins doivent se prémunir avec autant de soin que les colons agricoles contre la Qèvre, la dyssenterie, les lésions de l'appareil digestif, les affections hépatiques , domi> nantes en Algérie. C’est par la tempérance et un régime constamment préventif qu’ils se maintiendront dans de bonnes conditions sanitaires. Au moindre signe de désordre dons les fonctions digestives, qu’ils se reposent immédiatement, se livrent à la diète et aux lavements mucilagineux laudanisés -, qu’au premier accès de fièvre périodique , ils recourent au fébrifuge le plus puissant, eu le combinant au café maure , légèrement mêlé de jus de citron. Qu’ils ne perdent jamais de vue ce principe: c’est que, en Algérie surtout, il vaut mieux prévenir le mal que de le combattre.
Il serait à désirer que la surveillance la plus sévère fût exercée sur la matière médicale livrée aux hospices et aux pharmaciens. Les éléments pharmaceutiques sont généralement d’une qualité équivoque en Algérie. Il faut peu compter aussi sur les sangsues d’Afrique , qui fonctionnent mal et produisent rarement, par une succion énergique, ces profondes escarres qui sont le véritable bienfait des applications de ce genre.
Hygiène des Campagnes. — Il faudrait d’abord que le colon qui quitte les zônes tempérées pour s’établir en Algérie changeât complètement ses habitudes et son genre de vie. Ainsi , il modérerait son activité européenne et la mettrait en harmonie avec le climat. — Voici, à mon sens, dans quelles conditions il modifierait son existence:
1" Être convaincu que, dans une atmosphère chaude, qui énerve l’hoifime et lui fait perdre ime partie de ses forces, le travail doit se restreindre à certaines heures et se renfermer dans certaines limites;
2" Faire usage de café torréfié A la manière des Maures, peu concentré, ingéré très-chaud, avant d’aller à l’ouvrage le matin, au milien du jour et le soir;
3° Éviter surtout les digestions incomplète^ et troublées, les
transpirations supprimées, les courants d’air dans la maison et les brusques transitions d’une température à l’autre, l’humidité du soir, si prononcée, si constante et si funeste en Algérie.
— Les indigènes , sous ces rapports , sont beaucoup plus forts en hygiène pratique que nos Européens;
Fuir l’usage des liqueurs spiritueuses ctsurtoutde l’absinthe;
5 » Avoir constamment un long gilet, ou, tout au moins, une ceinture de flanelle couvrant l’abdomen et appliquée immédiatement sur la peau. Porter le matin, et surtout le soir, des vêtements de laine;
6“ Prendre du repos au milieu de la journée;
7“ Avoir des heures réglées pour ses repas; placer le principal au milieu du jour et se peu charger l'estomac le soir. Se contenter du riz, du maïs et autres farineux, dans un véhicule léger et formant potage. Suivre un régime animalisé , mais non échauffant. A défaut de viande, près du littoral, recourir au poisson de mer, d'une qualité parfaite eu Afrique, et que ia Providence sembic indiquer comme nourriture aux enfants ou aux colons de l'Algérie , puisqu’elle le leur livre avec prodigalité.
— Boire peu d’eau pure ;
8» Faire une part fort bornée dans son alimentation aux crudités, à la pastèque, aux melons, aux figues, et les combiner le plus possible à l'alimentation animale;
9" Dans les matinées et les soirées d’été même , avoir toujours dans la chambre un peu de feu clairanl de cèdre, de myrte ou de chêne -vert, selon les localités, et des nattes ou une couche épaisse de paille de joncs, de maïs ou de blé, bien sèche, étendue sur le pavé. Observer la plus rigoureuse propreté pour combattre les miasmes et les insectes;
tO” Poser de préférence les habitations rurales à quelque distance des défrichés, et surtout sur les collines. — A toutes les expositions préférer celle du levant.
Un grand malheur , en Afrique , dans les villes comme dans les campagnes, c'est que les Européens veulent y continuer leur manière de vivre, y dépenser les mêmes forces et la même
énergie que dans le pays natal. — Mais le service médical de la colonisation , uniformépient organisé maintenant dans tous les territoires occupés par les Européens, popularisera ces enseignements hygiéniques. Ce service est un des bienfaits les plus signalés du Gouvernement envers les colons, qui trouveront des soins, des conseils intelligents et gratuits.
COLOMSATION. — Veut-on faire de la France une colonie arabe, ou de l'Afrique septentrionale une colonie française? — Il faut bien s’entendre. — l.a première idée n’étant pas admissible, parlons un peu des moyens qui nous paraissent les plus utiles et les mieux indiqués pour féconder la seconde et encourager la colonisation agricole.
Un des plus puissants serixit d’amener une sorte de fusion entçe les Européens et les indigènes par l’association des intérêts et des races, en favorisant ouvertement et largement les mariages mixtes , à la condition suprême que les enfants nés de ces alliances seront élevés dans la foi de leurs pères , dans la religion catholique , qui se confond avec le principe français. Des primes pourraient être accordées pour ces unions essentiellement colonisatrices et agglutinatives.
Je voudrais que chaque village français apportât à l’Afrique le contingent d’une famille pauvre , mais laborieuse et honnête , choisie par le conseil municipal ; chaque département les éléments d’une commune rurale. Nous aurions bientôt quatre-vingt-six centres de population agricole français en Algérie , qui se ramifleraient à l’infini dans l’avenir. Chaque commune, ainsi formée, porterait le nom du département qui l’aurait fournie.
Je voudrais encore que l’on fit pleinement entrer l’agriculture pratique dans les voies que j’ai signalées dans le paragraphe relatif A l’agriculture: celles du produit spécial, du produit noble, du produit exceptionnel , du produit inconnu des Arabes , et des denrées coloniales possibles. — Comme ce produit serait trèslucratif. il exercerait une inlluencc marquée .sur le liieii-être L'énéral.
J'ai conçu une pensée dont les hommes sages qui impriment le mouvement gouvernemental à la colonisation pèseront la valeur, et dont je leur dois la franche manifestation. — C'est celle des pénitentiaires défricheurs ambulants. On ne concéderait à des hommes pratiques, à des cultivateurs éprouvés, les terrains qu’ils seraient appelés à exploiter, qu’après avoir fait dégrossir ces terres et les avoir soumises à un défoncement préparatoire par les repris de justice, les compagnies disciplinaires, les hommes voués au régime pénitentiaire , les indigènes punis.
Quand le sol de l'.Mgérie aura reçu l'insolation et se sera dégagé de ses émanations délétères, le colon pourra le cultiver sans danger.
Dès ce jour, les migrations deviendront nombreuses, les exploitations profitables, les prix de main-d’œuvre s’abaisseront, et les salaires se réduiront aux conditions européennes. — Avec le, temps, l’agriculture trouvera, dans la Kabylie surlout, d'excellents auxiliaires parmi les indigènes.
Peut-être l’idée de quelques colonies militaires, semées sur le sol de l'Algérie, a-t-elle été trop tôt abandonnée. — Au commencement de la colonisation, les couches sédimenteuscs des populations européennes peut-être vinrent plus particulièrement en Afrique fournir un personnel aux premières fermes, aux premières exploitations, aux premiers villages. — Aujourd’hui ces conditions originelles tendent de plus en plus à se changer, et n’existent plus en réalité. I.cs éléments colonisateurs sont remarquablement améliorés, à ce point que ce sont, surtout aujourd’hui , les sujets d’élite qui émigrent en Algérie.
I>a France a adopté un système digne de sa loyauté, de sa civilisation et de son histoire : c’est d’accueillir toutes les nationalités dans sa colonie.
L'essor de la colonisation a été magnilique en 1853 et en 185-1. Les établissements de la Haute-Saône , de l’Helvétie, etc., présentent l’aspect le plus consolant. I,a colonisation s’est sensiblement augmentée dans les provinces de Constantine et d’Oran. C’est par elle que l'on arrivera surtout à tirer un grand parti financier des possessions françaises en Afrique.
Le service postal, organisé dans les colonies de la province d'Oran, et mis en activité le 1" octobre 1853, imprime un nouveau mouvement aux relations commerciales et industrielles de ce beau pays , et donne satisfaction à des besoins légitimes de la population coloniale. La même amélioration est promise aux colonies de la province de Constantine , et y portera les mêmes avantages.
Que cette terre algérique devienne un lieu de ralliement pour l'excédant de la population française; que cet excédant y trouve santé et prospérité; que l’.4lgérie vive de sa propre substance, ce sera un grand bien, en partie réalisé à l’heure qu'il est. — Bientôt, il y a lieu de l'espérer, les besoins locaux amplement défrayés, la métropole trouvera dans sa colonie des ressources qui la dédommageront de ses longs sacrifices.
Pour les défrichements originels tous les genres de bras sufllsent et sont acceptables; mais pour la culture secondaire et l’exploitation, pour l’agriculture qui doit fructilier immédiatement, n’attirons, n’encourageons que les familles vraiment morales, laborieuses et sobres. — En général , les villages à créer seront bien mieux placés sur les coteaux que dans les vallées; l’air y est plus salubre et plus pur; je l’ai déjà indiqué au paragraphe sur l’hygiène rurale. — Ce n’est guère pendant le travail que le colon agricole reçoit le germe fébrile , c’est surtout dans sa demeure. Il importe donc beaucoup qu’elle soit située dans le meilleur milieu hygiénique.
Plus que Jamais, l’attention du gouvernement français se porte sur la colonisation algérienne, et recherche le concours des hommes pratiques et réfléchis , soit pour la diriger , soit pour la mettre en neuvre. L’industrie manufacturière a développé sur la France continentale le prolétariat et le paupérisme dans une triste mesure; une paix européenne, continue de 1815 à 1854, a augmenté singulièrement la population, et, d’autre part, la mise en exploitation générale des chemins de fer, en frappant de mort les points intermédiaires au profit des points extrêmes, crée pour l’avenir - d’inc.xlculables embarras. — F.t puis, il importe
que l’un se persuade bien, enfln, dans toute la \ieille Europe, que l'Algérie a une puissance presque Illimitée et phénoménale de production. — Les Phéniciens, les Grecs, et surtout les Romains, ces grands maîtres en économie politique, avaient inauguré, de la manière la plus large, le régime de la colonisation dans l'ancien monde. Il est encore l’unique ressource du monde nouveau; ce sera l'œuvre régénératrice, sociale, la plusfécuude de l’ère moderne.
Il > a en France , particulièrement dans la belle et fertile Alsace , et dans toute l’Europe civilisée, surtout en Allemagne, un tropplein évident. L’Afrique est le grand réservoir pour l’écoulement de ces masses entassées sur un sol qui menace de ne plus suffire A leurs besoins ; elle ouvre ses portes à tous ceux qui ne peuvent plus vivre ailleurs, et ils deviennent de plus en plus nombreux. I.ÆS capitaux et les bras de la compagnie génevoisc attireront d’autres apports.
Ainsi , la conquête de l’Algérie a été une œuvre toute providentielle , préparée pour ces vastes migrations dont l’histoire offre tant d’exemples. — La colonisation est donc le besoin, l’intérêt le plus puis.sant qui existent en ce moment et pour la France et pour l’Afrique. Elle seule peut assurer la tranquillité et laisser l’œuvre de la civilisation s’accomplir sans être violemment troublée.
Un décret impérial du 30 septembre 18.Ô3 autorise l’établissement de deux nouveaux centres de population en Algérie ; l’un dans l’arrondissement d’.AIger, entre cetle ville et Dellys, sur la route qui les unit, et à l’embranchement de cette route avec le chemin d’Aïn-Taya; l’autre sur les rives de la baie-est du cap Matifoux. Le premier s’appellera Rouiba, aura 22 feux et un territoire agricole de 385 hectares 85 ares 90 centiares; l’autre, qui portera le nom d’Aîn-Taya, aura deux hameaux annexes, l'un de 10 feux, l’autre de 8 (Aîn-Beidia et Matifoux), GO feux et un territoire agricole de 1,026 hectares 42 ares 40 centiares pour la commune et ses deux écarts.
RotTBS — Ports. — Des roules magnifiques sont en projet et tra-
cécscn Algérie, lü soumission, maintenant accomplie, de la Crande- Kabylic, permettra de continuer la voie impériale d'Alger à Constantine, I^mbessa, Biskra et Batluia, par Sétif et Aumale. Celle d’Alger à Oran terminée et livrée à la circulation d’Alger à Cherchell, et de Mostaganem à Oran, marchera bientôt, espérons-le , vers son achèvement , ainsi que celles de Bougie à Sétif Pt de Tenez à Orléanville.
I.CS routes en Algérie ne sont point encore classées par numéros. M. Aucourt, chef du service des ponts et chaussées dans la province d’Oran , a mis les voies de communication de cette circonscription sur un excellent pied. Il importe de rectifier celle d’Oran à Tlemi;en, tracée au milieu des palmiers-nains, celle de Philippeville à Constantine ; de continuer celle de Bône au cheflieu de la province, par Guelma, ou mieux Gbelma, et de Bône à Philippeville par le Fort-Génois. I«i roule de Blidah à Médéah offre de grandes difficultés à vaincre, à cause de la forme des lieux ; aven le temps , on les surmontera, et nous irons sûrement jusqu’à Laghouat. Les plus belles routes actuelles de l'Algérie sont celle de Mers-el-Kébir à Oran, exactement kilométrée, et celles qui rayonnent autour d’Alger; on doit les considérer comme régulatrices du régime de la grande voirie dans le pays.
Ia télégraphie aérienne, depuis longtemps en vigueur en Algérie, a vu naguère sa jeune et triomphante rivale, la télégraphie électrique, s'établir partiellement dans la colonie , sur la route d'Oran à Mostaganem. Mise à la disposition des particuliers , elle facilite, dans une mesure fabuleuse , les relations sociales et commerciales. — La télégraphie est le complément de la petite voirie , et elle va s'étendre à plusieurs rayons algériques.
I/opinion publique invoque un chemin de fer d'Alger à Blidali et de Philippeville à Constantine. Ce. dernier pourrait peut-être emprunter quelques parties du tracé encore apparent de l’ancienne voie romaine qui passait dans celte région. — Il est probable que la pacification de la Grande-Kabyiie amènera bientôt notre prise de possession de Kollo, et, peut-être, sera-t-il possible de construire un petit chemin de fer. ou tout au moins une bonne
mute, tendant de ce purt à l‘liilippeville. et s'y reliant à lu araiide voie de Constantine.
Les routes de terre sent indispensables à l'Afrique. Les courriers maritimes de l’État ne se chargent pas et ne peuvent .se charger de marchandi.ses. Le commerce soulTre beaucoup de cet état de choses et n’a de ressources que dans le cabotage. — Et puis, les deux côtes de l'est et de l’ouest ne sont pas riches en bons mouillages.
Dans l’hypothèse rationnelle de l’occupation prochaine de Kollo, la route qui, de ce point, se dirigerait sur Philippcville , serait un grand bienfait. Par elle on obtiendrait pour Philippeville , sans la déshériter de son transit , un mouillage bien meilleur que celui de Stora. Ite cette manière , tous les intérêts seraient conciliés, et la ligne de fer — si on l'établit — tendant à Constantine, partirait, comme la mute impériale, de Philippeville. Mais pour les grandes entreprises industrielles il faut de grands intérêts et de grands capitaux , et l'État , qui a déjà supporté tant de sacriflees pour la colonie, ne peut guère entrer dans ces dépenses. Je crois cependant que l’on trouverait dès à présent, et sans peine , en le concédant à l’industrie privée ( construction et exploitation), une coinpagnie en mesure d'établir le chemin de fer d’Alger à Blidah.
lA rade d’Alger a reçu de magniflques améliorations , et peut être considérée aujourd’hui comme un des plus beaux et des meilleurs ports militaires et de commerce possédés parlaFrance.
Sur la côte de l'ouest , Arzew et Mers-el-Kébir offrent des mouillages satisfaisants. I,e Fort-Cénois , Kollo ( qui ne nous est pas encore politiquement soumis) et Bougie , sont les trois seules anses sûres du littoral oriental. C’est donc sur elles qu’il importe de concentrer tous les moyens d’exécution. — U en est des baies de Cherchell, de Ténez, de Mostaganem et de. Nemours, sur cette côte, comme de celles de la Galle, Bône, Stora, DJigelly, Dellys , littoral de l’est); elles ne paraissent point susceptibles de travaux qui en assurent complètement la pratique. — Cette raison concourt puissamment ù encourager l’idée de.« routes de terre pour
desservir la cùle et la mettre en commuuication régulière avec la capitale. La conditiou fâcheuse du littoral septentrional de r.4frique, c’est d’être ouvert aux vents d'est.
Industrie — Commerce. — L'État aide de tous ses efforts au développement industriel de l’Algérie. Le Gouverneur-Général se fait un plaisir d’accorder le transport gratuit du matériel nécessaire à la construction et au fonctionnement des usines , sur les bâtiments de l’État. L’Algérie a des mines très-riches de cuivre , d’antimoine , etc. L’industrie métallurgique y prospère dans les environs de Bône ; on commence à voir les usines se multiplier dans les provinces d’Oran et de Constantine , et il n'y a pas loin de l’état actuel à une situation parfaitement satisfaisante. Une récente et précieuse conquête, c’est celle du palmier-nain (chamerops humilis). Ce végétal faisait le désespoir des agriculteurs de l’Algérie , comme le chiendent fait celui des vignerons de la Bourgogne, et des primes avaient été souvent accordées à son extirpation. Aujourd'hui il est devenu une des matières premières les plus utiles de l’industrie, et alimente la papeterie, la tapisserie, la corderie et le tissage. Voilà donc un fléau qui s’est converti en bienfait sous l’empire d’intelligents efforts.
L’industrie tinctoriale et celle du lin, les filatures, sont appelées, par suite de la culture du coton, à des progrès considérables. Les conquêtes de l’agriculture, cette source suprême de toute fortune publique, amèneront les conquêtes parallèles de l’industrie et du commerce. — Production naturelle des matières premières, mise en œuvre et production artiHcielle, échanges des produits bruts et manufacturés, voilà les trois éléments de vie des vieilles nations comme des jeunes colonies.
Iæs banques de l’Algérie exerceront aussi un empire marqué sur le crédit, cette àme du commerce.
La place d'Oran et celle de Nemours ont expédié, en 18&3 et 1854, une immense quantité de céréales, de laines, etc. Le commerce déploie la plus heureuse activité dans cette province , et s'enrichit. — Au moment où j'écris ces lignes , on peut établir
sans exagération que l'Afrique française occupe le quatrième rang dans le tableau du mouvement commercial de la France. C’est donc une immense maladresse que de nous représenter sans cesse l'Australie , la Californie, les Ètats-l’nis, comme les buts uniques qui doivent servir de points de mire aux émigrations.
Marbrks. — L’Algérie renferme de très-beaux marbres qui rendront d’émincuLs services à l’art monumental et à l’ornementation , et seront une nouvelle source de bénéfices pour la colonie. — C’est dans la province d'Oran qu’existe cette carrière d’albètre onyx , qui a fourni à la Home antique ses jitus précieux matériaux, et qui a été retrouvée et acquise par M. J.-l$. del Monte, après tint de sacrillces, de voyages d’exploration et de comparaison, en Grèce , en Itaiie, dans l’Asie-Mineure et l'Ivgypte; tant de courageuses recherclics et de périlleuses explorations. C’est par l’érudition, par l’étude des anciens, en remontant à l’origine des matières nobles employées par eux pour la décoration de leurs édifices , qu’il a été amené à découvrir qu’elles avaient l’Afrique pour patrie, et que , d’analogies en analogies , il est parvenu à découvrir, dans un coin de la province d’Oran, la terre qui les avait produites, guidé par le (il d’Ariane de scs inductions, et mis par elles sur la trace sérieuse de l'exploitation antique. Ces carrières de Aïn-Tekbalec et Lar.s-Beyda, situées fl quelques kilomètres du pont de l'Lsser, sur un sol nommé par les Arabes Jîhul-Rrkham (terre du marbre), près de Tleinçen et de la route qui unit cette ville à Orau , seront , dans cette province, la cause d’un grand mouvement de capitaux et d’industrie, et nécessiteront l’emploi d’un personnel nombreux. Tn ingénieur des mines, M. C , chargé par la compagnie des
marbres onyx de reconnaître et sonder les gisements, les a considérés, dans son rapport, comme inéptii.sablcs. Je possède plusieurs écliaulillons de ces onyx ; ils sont blancs, gris, roses, veinés, multicolores, d’une tran.sparcncc et d’une cohésion admirables; ils ont la finesse de l’asate. et fournissent des blocs énormes pour colonnes.
Trocpes algériennes. — L’Algérie a, comme on le sait, plusieurs corps militaires spéciaux. I.es zouaves , unanimement considérés comme la première troupe du monde, les zouaves ne contiennent que très-peu d’indigènes. Dans les cadres des tirailleurs indigènes n’entre qu’un nombre trcs-restreinl de nationaux ; tous les capitaines et ollicicrs supérieurs toutefois, et la moitié des lieutenants cl suus-lioutcnants sont Français. Même organisation pour les spahis. Les chasseurs d’Afrique et l’infanterie légère (Icszépinrs) sont exclusivement recrutés parmi les Français. Toutes ces troupes sont parfaitement acglimatées en Algérie, en connaissent la guerre, les mieurs, la topographie. — Un nouveau corps de tirailleurs algériens a encore été créé par décret du 9 mars 18.')4.
Bureaux arabes. — L’institution des bureaux arabes , œuvre du général E. Damnas, a été cl sera encore longtemps utile. — Je ne sais pas jusqu’à quel point clic pourra être modifiée selon les temps, les lieux, les progrès de l’assimilation européenne et du régime de la métropole française appliqué à la colonie. — Quelques voix isolées prétendent qu’il faudrait dégager cette institution de l’élément arbitraire et fi.scal , qui , disent-elles , semblerait s’y être introduit. Il ne m’appartient pas d’entrer dans ces questions tout administratives, et que la plume d’un écrivain ne résout point. — Les bureaux arabes ont rendu et rendent de trèsgrands services. — A ces bureaux sont annexées de petites bibliothèques , composées d’ouvrages choisis.
Alimentation . — I nature semble tendre clle-mérae aux colonies algériques du littoral , je reviens à celte, considération , les matières alimentaires qui leur conviennent le mieux, et les leur fournil avec une abondance véritablement providentielle. .Si la viande, en .Afrique, laisse beaucoup à dé.sirer, si l’hortolage, cl notamment l’asperge, n’y donnent que de maigres produits, la mer livre aux colons les poissons les plus excellents , parmi lesquels : le loup, le pageau , le dorade , l’anguille marine, le rougeU
la langouste, etc. Les fruits elimalériques, en Algérie, sont d’une qualité supérieure, notamment la jujube fraîche, la banane, la pa.stèque, le melon, la ligue violette et la figue blaucbc, le raisin, la ligue de Barbarie (oponlia vulgaris , et, anciennement, cartus opontia}, le gland doux, l’orange, le citron, si utiles comme tempérants dans un climat chaud , etc. ; ils fournissent une alimentation acces.soire très-agréable, rafraîchissante, mais dont il faut bien se garder d’abuser.
ÉTABLISSEMENTS CHARITABLES ET d’INSTRL'LTION fXÉMENTAlRE. —
Les établi.ssements de bienfaisance et d’instruction élémentaire , les institutions chrétiennes de charité et de moralisation sont, en Algérie, sur un pied excellent, et se sont développés d’une manière extraordinaire dans ces deux dernières années. C’est un mouvement que le Couvernement français comprend h merveille, seconde de tous les moyens dont il dispose , qu’il soutient et qu’il propage. Il répond ainsi aux besoins intimes de la colonie. — Véducation professionnelle^ si hautement négligée en France sous le gouvernement de I.ouis- Philippe, est et sera surtout encouragée. I/.Mgérie, sous ce rapport, plus sage que la France constitutionnelle de IS'IG, instruira chacun dans la sphère de ses attributions sociales, et évitera de donner il la société ces déclassés et ces brouillons qui l’ont tant agitée.
Le pénitentiaire de Lambessa, adonné à la pépinière, est assurément l’une des plus belles et des plus heureuses fondations de l'Autorité. — Les déportés sont unanimes pour se louer des égards qu’ils ne cessent de trouver dans l'Administration. Ce pénitentiaire rendra à la société de p.irfaits colons.
I.cs sociétés de secours mutuels ue semblent pas applicables à l’Algérie. Les populations, dans les campagnes, ne sont ni a.ssez denses, ni assez, riches pour s’imposer des charges. La religion seule peut suffire à toutes les misères et les secourir. — De bonnes maisons de sœurs , consacrées aux œuvres de charité et à l’instruction élémentaire, dirigeant des ouvroirs, des asiles, des crèches, voilà ce qui paraît aujourd'hui convenir aux centres un
peu importants dv imputations rurales , et ce ipie leur tluune le zèle de l’administration ecclésiastique.
Service des b\timekts civils. — Malheureusement pour l’Afrique française, tous les services publics qu’elle renferme ne fonctionnent pas avec la même précision et n’offrent point les mêmes éléments de vie. L’État, en ce qui les concerne, compte sur un concours qui n’c.st pas toujours intelligent, et se livre peut-être ainsi, sans le savoir, Je ne dirai pas aux caprices d’une ignorance systématique érigée en administration, mais à des experts qui justiflent imparfaitement sa cunnance.
Il y a en Algérie ce qu’on appelle le service des batiments civils, quelquefois peu éclairé (si je ne me trompe pas et si l'opinion qui le juge sévèrement n’est point erronée ), — auquel il faudrait inqioscr des modilications et des réformes radicales dans son organisation demeurée peut-être vicieuse, incomplète, affranchie de toute suneillancc et de tout contrôle sérieusement exercés. — Et quelle branche du service public en aurait plus besoin que celle-ci, fondée sur le goût artistique? L’institution est bonne au fond , mais , très-vraisemblablement , une partie de son personnel aurait besoin de recevoir une nouvelle direction d’idées. Pui.s il lui faudrait , je penche a le croire , ilaiLs l’intérêt de l’art historique, dont il importe de sauver les jalons, et de l'art des civilisations, qu’il convient d’inaugurer, il faudrait une autorité suprême qui lui donnât le mouvement, réglât ses fonctions, un chef, homme de goût et d’activité, comprenant le caractère h imprimer aux édifice.s, au milieu des traditions et sous le climat de l’Algérie.
Monuments. — Les centres et lieux vraiment archéologiques de l’Algérie, soit sous le rapport des imposantes ruines romaines, soit au point de vue de la monumentalité plus récente des Maures et des Espagnols, .sont; Constantine, Tebes.sa ou Tefc.ssad (province de ('.onstantine ), llônc, Alger, Oran, liathna, I.ambcssa , Biskra, Maskara , Koleab. Tipaza (près de ('.hcrchell ) , Ghelma,
Rogliar , (;iicrchell, .Sélir, Orléansville , l^houat , TùnèJt, Bougie , Bousuda, Bugliar, TiemçcQ, ce véritable sanctuaire du type barbaresque , ce symbole de la force , de la société , de l'arcliitectoniquc des Maures , cette métropole de toutes les terres du sudouest, dont Oran est devenu la capitale. Tebessa est le lieu le plus essenlicllcment romain de l’Algérie.
Tous les édifices b:\tis par le génie militaire (hospices, prisons, caravansérails, silos, ponts, casernes, blockhaus, et autres ouvrages de défense et de stratégie, portent l'empreinte de la solidité romaine , et resteront comme des modèles de construction. Dans les villages, l’église, la petite caserne (s’il y a lieu), le petit hospice, la petite mai.son commune et d’école, sont, en général, on ne peut pas plus convenables, surtout dans certaines régions.
Je parlerai de.s mesures à prendre pour réglementer l’architectonique privée dans les villes, propos d’Alger. — Il importe de conserver tous les restes de l'art antique et de l'art barbaresquo, et de régler les œuvres du goût actuel, de telle sorte qu’elles représentent la civili.sation curfqiéeimc mise en rapport avec les besoins, l’Iiistoire, le soleil de l’Algérie. — Sauver les monuments historiques, faire refleurir l'art classique moderne, c’est là le double but à atteindre.
GÉoGHAeiiiF, — HYDKOcn.vi’iiiE. — 1-e génie militaire, d’une part, l’état-major, de l’autre, et les ingénieurs hydrographes de la marine impériale , ont rendu , parallèlement, les plus signalés services à l’Algérie. J’ai rencontré en Afrique, dans la province il’Oran, un jeune géographe trè.s-laborieux et très-intelligent, M. Maeearlhy , qui mérite d'étre encouragé et soutenu dans scs travaux. — l.a géographie de l'Afrique du nord n'a plus de secrets.
l.iTTf;n.vTitiE — Sciences. — D’Algérie a une littérature. Ia;s généraux ont beaucoup contribué à la lui donner. Ainsi c’est le général Marey-Moncc qui a fai! dresser rhistoriqiic de Médéah,
«t a créé les archives (le cette cité. Les ouvrages de MM. le général E. Daumas et Chancel sur l’Algérie sont les plus substantiels , les plus utiles, les meilleurs qui aient été publiés sur le pays : ce sont les classiques du genre. Parmi ces graves écrits l’opinion publique a surtout distingué et estimé les Chevaux du Sahara, par le général Daumas seul, ouvrage à la fois théorique et pratique. Viennent ensuite le Sahara algérien, la Grande-Kabylie , le Grand-Désert.
Le général Marey-Munge a publié une excellente relation du premier siège de I.aghouat. — Les rapports des généraux sur les diverses expéditions sont, pour la plupart, des documents de la plus haute importance sous les rapports stratégique, topographique, géographique.
La météorologie, la minéralogie, la géologie, l’orographie, la zoologie , l'hydrographie, l’ichthyologie , la Flore , l’ornithologie , l’entomologie, riiippique de l'Algérie ont été étudiées. Je n’ai pas à m’occuper ici des diverses appréciations de la science et de la littérature des touristes. Ces écrits-là ne comptent pas. L’Algérie a inspiré et produit des livres sérieux, les seuls qui resteront. Il lui faut des ouvrages d’expérimentation, des hommes utiles, et non des fleurs de rhétorique et de frivoles impressions de voyages. Une foule d’ouvrages, de brochures ont paru sur l'Afrique, indépendamment des mémoires ofliciels imprimés aux frais de l'Ëtaf. M. llerbruggcr a puissamment concouru à faire connaître le passé et le présent de l’Algérie par se.s travaux historiques, et M. Bourget, les besoins économiques, agricoles, industriels de la colonie , par sa rédaction de VAkléar. — Que les écrivains d’Afrique soient, comme les généraux d’Afrique, tous frères, tous solidaires, tous sympathiques et tous dévoués.
11 se publie en France uu recueil ( Anrmles de la colonisation ), plein d’appréciations justes et de recherches profondes. A Marseille , la Revue Méridionale ( 1 ) et le Sémaphore renferment de bonnes études sur la colonie.
(I) CcHo l'nhlKitiuQ a rtr sa»prndu<* en msn lf>M.
Alger est le eenlre (iii mouvement d’idéC!) qui embrasse l’iiisloire, l’archéologie, la statistique, la cosmographie, l’hydrographie , l’économie politique , l’agriculture , la colonisation , et auquel s’associent énergiquement et l’armée et le clergé. VAkhbar est l’élément littéraire le plus vivant, la force impulsive littéraire la mieux réglée de l'Algérie. I^s sociétés artistiques, la .société agricole, dont Alger est le siège, fournissent leur part à ces travaux, et la prochaine résurrection de l’Académie <lcs sciences, belles-lettres et arts algérienne, allanguic et éteinte, devient de plus en plus probable. Dans les provinces, on distingue l’élan intellectuel d’Oran. et VÉcho de cette ville, publié par l’honorable M. Perrier, en est une des plus remarquables manifestations.
L’instruction secondaire, dans le lycée impérial d’Alger, est on ne peut plus satisfaisante.
Peut-être le Gouvernement français éprouvera-t-il bientôt le besoin défaire fleurir à Alger quelques études spéciales, et d’y fonder des enseignements publics de la plus grande utilité: une chaire d’hygiéne , une chaire d’agriculture coloniale, une chaire de législation musulmane comparée , etc.
MÉDF.r.iî«E. — C’était un point bien nécessaire que d’attirer et de fixer en Afrique des médecins honorables et instruits. Ix:s premiers hommes de i’art en Algérie se sont recrutés parmi les chirurgiens des armées, comme les premiers prêtres parmi les aumôniers de régiments. Us étaient d’autant moins choisis, que l’éducation médicale des oITiciers de santé militaire n’avait pas alors subi les améliorations qu'elle a réalisées dans ces derniers temps , et n’était pas entrée dans l’êre de progrès qui la distingue aujourd’hui. Us ont toutefois, par leur courage, leur rèle, leur activité, bien mérité, pour le plus grand nombre, de l’humanité, et ont acquis l’expérience dans la pratique. — Telles ont été les premières semences de cette pépinière médicale, maintenant si vigoureuse dans la colonie. Iæ médecine et la chirurgie militaires, encore dominantes en Algérie, y ont régné longtemps d’une manière exclusive; mais elles commencent, depuis plu.sieurs an-
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nées, à partager la conliance du public avec les médecins et chirurgiens civils, dans les grands centres de population. Beaucoup de médecins militaires eu retraite, d’ailleurs, viennent grossir les rangs de ces derniers.
I>e corps des sous-aides , aides et majors , offre la situation la plus heureuse : leur service dans les hùpitaux militaires est éclaire, vigilant, régulier cl consciencieux. Cependant, peut-être ce corps distingué pourrait-il écarter quelques partis jiris bien absolus contre l’usage des émissions sanguines, qu’il croit, en principe, contr’indiquées par le climat de rAI'rique.
Un corps médical civil sérieux, connaissant bien le pays, les affections auxquelles il prédispose, les moyens utiles pour les combattre promptement cl sitremenl , existe en Algérie , formé , en majeure partie, d’éléments tirés de la médecine militaire, mais aussi de bon nombre de sujets venus, dans un but direct, de diverses parties de l’Europe. l.es éludes et Eepseiguement médicaux sont, en général, à la hauteur européenne, et lès hospices civils ou militaires confiés à des mains éprouvées et hafiiJes. Ee corps des élèves internes et externes, qui reçoivent, à Algef.^ un enseignement |>rimaire équivalent à celui des écoles pré|»ariîloires de la France continentale, a déjà donné et donnera d’cxcelîenls praticiens. — Il faut bien se le rappeler : le médecin d’Afriquk doit rester médecin eu Afrique, car il y a étudié les |irédispositioVts , les idiosyncrasies , le mode propre d’action dos agents ceutiques, la matière méilicale.
U’étahlisscment d’une faculté de médecine à Alger, centre moral et politique des possessions françaises eu Afrique, serait peutêtre une mesure extrêmement utile. Elle y continuerait et y féconderait de plus en plus cette pépinière de médecins spécialement propres à l’exercice de leur art dans l’Algérie, dont les germes primitifs furent semés dans les ambulances et les bivouacs. — Je reviendrai à cette idée tlaus le paragraphe relatif à la ville d’Alger, an livre III'' dé cet ouvrace.
tioNcu sioît. — Je termine ces considérations générales avec la
pleine espérance iprelles ne seront |ias cumplétcmenl stériles. — Jamais, je le répète , je n’ai en l'intention <Je régenter l'Autorité suptirieiire, qui n’a que faire de mes avis et n’a pas besoin qu’uii simple particulier stimule sa haute sagesse, sa puissante expérience et son initiative suprême. Sachant qu'elle appelle le concours de toutes les idées, le libre tribut de toutes les appréciations et de toutes les lumières , j’ai osé. parfois, formuler des vœux, hasarder timidement l'expression de mou sentiment particulier sur quelques questions, sans prétendre à le rendre influent et à le faire prévaloir.
.Souvent dans les écrits les plus vulgaires il se trouve fortuitement quelques aperçus utiles et neufs. — Je m'estimerai bien heureux si le Gouvernement découvre dans ce travail une seule oh.servation juste , une seule vérité, une seule opinion , une seule proposition acceptables. Sa solliritude pour les intérêts moraux et matériels de notre belle colonie s’étend à toutes les parties du service public et les vivifie.
L’Algérie est entrée dans lu phase do sa régénération; pour l’aider ti l’accomplir, ce ne sont pas des faiseurs de périodes, des phra.seurs et des théoriciens, ce ne sont pas des bourgeois oisifs, des sjli.acites et des consommateurs bénévoles qu'elle doit demander à l’Kurope civilisée : ce sont les colons sérieux, persévérants, pratiques, qu’elle appelle de ses vieux les plus .ardents.
On parle d’un projet de réorganisation complète de l’Algérie, qui ne tarderait pas il être connu, et ouvrirait majestueusement l’ère nouvelle de ses destinées.