‹ L'Algerie en 1854 itinéraire general de Tunis a TangerChapitre 7 sur 20 · RAI · texte numérisé non relu

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Les principales rues marcliandes de Marseille sont : la rue Saint-l'erréül , la plus brillante de toutes, la Caiinebière, la rue Paradis, la rue de Noailles, la rue de Home en partie, la rue Beauveau. Le luxe des paieries couvertes, ou bazars, ne s’est pas encore produit ici, et il y aurait, je crois, avantape à en établir une entre la rue Saiut-Kerréol et celle de Itonie, entre la me Paradis et la me de Bréteuil.

L'immense effet de Marseille, c'est de l’arc de trimnpbe de la porte d'Aix, ou du point de jonction du cours Saint-Louis avec la Cannebière, qu’il faut le saisir.

Le Cours, coinpianté d’arbres, orné de deux fontaines monumentales, dont les eaux retombent sur des vasques , inscrit entre la rue de Rome, au fond de laquelle se dresse un blanc obélisque, et la porte d’Aix, se développe avec une rare majesté sous le plus beau ciel de Krance. — Malheureusement il n’est pas fréquenté par l’élite de la population marseillaise. Dans sa région septentrionale s’élève la statue de Beizunec sur l’emplacement de l’autel provisoire sur lequel le pieux prélat célébra une messe d’action de grâces après la peste. Ce monument, ceuvre de M. Ramus ( 1852), a été inauguré, le 28 mars I85S, avec une pompe digne du héros de la charité et du dévofiment.

Marseille n’a pas seulement de magnillques rues marchandes; on y trouve des quartiers neufs et des rues plus calmes que celles livrées au commerce de détail, d’une grande somptuosité, comme la rue .Sylvabelle, la rue de Bréteuil , la rue Nicolas , la rue Saint- Jacques ; celles qui se bâtissent au nord-est de la cité, autour de la gare du chemin de fer. Klles offrent, en général, une splendeur inouïe. Parmi les brillants quartiers neufs citons la région île Longehamp, au fond de laquelle est l’immense appareil d’épuration du canal , dont les eaux , tirées de la Durance par le prodigieux aqueduc de Roquefavour, se distribuent en fontaines publiques dans la ville. Mentionnons encore la plaine de Saint- Michel, ce vaste plateau au centre duquel s’élève une fontaine rustique paysagée , le cours Bonaparte , les boulevards.

Visitez tout,cela, ainsi que la vieille ville, qui a son phare

dans le clocher des Acconles et son artère principale dans la Grand’Ruc, cl dont l'antique place de Ijcnche forme le capitole. — On a beaucoup trop abusé d’un lieu commun , à savoir que Marseille n’a pas de monuments. Je signalerai , moi : le musée , riiôlel de ville, l’arc de triomphe, le grand obélisque, diverses fontaines publiques, le château d'eau, l’église de la Magdeleine, la vieille basilique et la crypte de Saint -Victor, l’église des Prêcheurs, l’église de Saint-Martin, plusieurs temples modernes d’un goût tout italien, comme l’église de Saint-Lazare, celle de Saint-Joseph avec sa montre d’orgues s’épanouis.sant en rayons d’or; celle de la Trinité (rue de la Palud), celle de Sainl-Charles- Borhomée, la chapelle de la mission de France , la jolie rotonde du Calvaire, l’église du deuxième monastère de la Visitation, de reproduction historique, etc. Si les Augustins n’ont pas grande signification extérieure, leur ordonnance intérieure ne manque pas de noblesse. Même chose pour Saint-Laurent. Le choeur de la Majoure est décoré avec somptuosité et avec goût. L’église de Saint-Martin est une véritable image de la mosquée orientale par la multiplicité de ses entre-colonnements et les lointains de ses nefs. — Je n’aime pas, dans la plupart de ces sanctuaires, les coupoles et les apsides chargées de caissons à rosaces. Si près de l’Italie , pourquoi ne pas imiter la fresque italienne? Les profils sculptés écrasent, ferment la coupole, image du ciel; les peintures murales l’ouvrent et lui donnent de la transparence et de l’air. — C’est là ce que l’on ne comprend pas en France.

Il y a à Marseille, sans compter la Majoure, qui va être reconstruite, un très-grand nombre d’églises qu’on a l’habitude de draper, dans les jours de fête, comme cela se pratique en Italie. On remarquera la présence d’une horloge et de chats dans les temples marseillais, leurs clochers couronnés presque tous d’une cage de fer, et leurs cloches fixées dans les embrasures des baies. Surtout, l’on n’oubliera pas le saint oratoire de Notre-Dame-dela-Garde, placé à la cime d’un rocher d’où l'on signale les navires. Une statue colossale de la Vierge , en bronze doré , va se dresser bientôt sur le faite de son clocher qu’anime déjà la voix

soleimellp d’un bourdon, et la première pierre d’un sanctuaire nouveau, destiné à remplacer l’ancien, a été solennellement posée sur le promontoire sacré, le 11 septembre 1853. — On le voit , les sublimes exemples donnés à Lyon sur la colline des pèlerins ont porté leurs fruits jusqu’à Marseille.

Je vous recommande aussi la gare du chemin de fer, que décore le bel édiflee consacré aux services de l'administration et de l’exploitation , la plate-forme qui lui sert de base , le cimetière qui l’avoisine, le Jardin botanique, dans le quartier suburbain de la Magdeleine. — Des omnibus circulent dans toutes les directions marseillaises, du Château des Fleurs (Prado) à l’extrémité du faubourg d’Aix , et de la Cannebière à la Magdeleine ; ils transporteront à bas prix le visiteur aux points qu’il voudra parcourir.

Marseille aura bientôt deux nouveaux édifices : une cathédrale digne d’elle , et une bourse en rapport avec ses besoins commereiaux. I.a bourse provisoire, construite sur la Place Koyale, en disparaissant rendra plus spacieuse l’aire de celte place, ornée d’une vaste fontaine monumentale, et dégagera les abords de la rue Paradis, où les négociants marseillais s’assemblent, par groupes serrés, pour y causer d’affaires. Ce marché en plein vent, ou mieux ce forum commercial, aura son portique. — Je retrouve avec joie, dans la voirie marseillàise, un nom bourguignon, celui de Thiard.

Les amateurs d’archéologie auront ici de quoi se satisfaire : à la Joliette, à la place de Lcnchc, devant les deux maisons historiques de la Renaissance libre , sur la place Vivaux ; la fontaine de la rue Beizunce , la maison de Puget, à l’angle des rues de Rome et de la Palud ; la maison du xvi' siècle, Grand’Riic, n“ 72; la demeure florentine, n»» 13 et 15, rue de la Prison; les restes anciens, rue du Pont. — Toute la ville est littéralement jonchée de bustes (comme celui d’Homère), d’obélisques, de colonnes, pres(iue tous en marbre blanc. — La moindre curiosité de Marseille n’est pas celle de l’enseigne d’un perruquier de la rue Dauphine, n" 29. On y lit : fjibattul, artiste capillaire. Cet artiste doit être bien petit, si on le prend au pied de la lettre.

A Marseille il ) a dans la maison un type particulier qui n'exclut point le plus grand luxe. i>on plan, imité de celui de la comfortable demeure anglaise , se compose invariablement d’une façade à trois croisées ; les pentures de cuivre , luisantes comme les ferrures hollandaises, les marbres, les bois riches entrent dans sa décoration extérieure ; elle est d’une admirable propreté et de la plus heureuse disposition; les fenêtres du rez-de-chaussée sont armées de stores et de grillages; les ventaux de la porte sont de magninque bois verni , sur robe naturelle.

L’accent du pays frappera l'étranger , et c'est là qu’il entendra résonner de la manière la plus majestueuse le oué (oui) provençal. Cet idiome a quelques désinences empruntées à l'arabe, mais beaucoup plus de racines grecques. Le peuple de la chaude Provence parait peut-être un peu brusque, sa forme extérieure un peu rude; mais il a un cœur d’or, une loyauté, une sincérité parfaites ; il est extrêmement serviable et doué d’une im.igination riche; il a, par-dessus tout, une merveilleuse intelligence et une merveilleuse activité. Au reste , le Marseillais pur sang devient rare à Marseille , et la vieille physionomie indigène tend de plus en plus à s’effacer avec le patois provençal, déjà sensiblement francisé , ce qui est regrettable , à mon sens. La Provence et particulièrement la ville de Marseille ont conservé un amour marqué pour les fêtes de la famille, consacrées par la religion. On sait assez que c’est à l’époque de .Noël qu’il se manifeste surtout. 11 y a à Marseille une foire très-achalandée , celle des Santons ou Saintons {sancti homini), où il ne se vend que de petits saints pour les crèches. Elle a lieu pendant l’avent , et est bien connue des enfants.

Marseille a deux théâtres ; le Grand-Théâtre, particulièrement consacré aux œuvres lyriques et chorégraphiques, et le Gymnase. — I.a musique. Je le répète, est cultivée dans cette cité avec enthousiasme et succès.

Il manque à cette grande ville maritime une horloge publique éclairée la nuit. En attendant que ce vide soit complètement comblé à la nouvelle bourse en voie de construction , celle de

Icglise (le Saiul-Marlin ne pourrait-elle pas recevoir le progrès de l’éclairage nocturne?

Ce n’est qu’en 1853 que le service des balayeurs publics a été organisé 5 Marseille , à l’occasion d’un hiver exceptionnellement pluvieux. Jusque-là le mistral s’était chargé seul du soin de nettoyer les rues et les places marseillaises.

Pour peu que l’on ait quelques jours à dépenser ici , on en aura facilement le plus agréable emploi : dans les promenades en mer, au Château d’If, etc., sur les quais du port, dans une visite à la Réserve. I.es seuls inconvénients de Marseille, ce sont le vent de nord-ouest (magistral ou mistral) et les flots de poussière qu’il soulève. — Rien, dans ce beau pays, n’est prévu contre le froid, parce qu’il y est rare; on ne sait pas mieux l’y combattre qu’on ne sait s’armer contre la chaleur dans les zones plus tempérées de la France , où clic est accidentelle. — Tout cela se conçoit. — Les hommes s’attachent cà la règle plus qu’à l’exception, et se mettent en mesure pour les faits constants plutôt que pour les éventualités.

Les services maritimes des me.ssageries impériales tiennent un rang élevé parmi les grandes exploitations de transports par mer, dont Marseilie est le siège. Ils y sont contrôlés par un commissaire de l’administration, sur la réquisition duquel il est accordé, dans certaines conditions, aux fonctionnaires publics une réduction de 30 pour 100 sur les prix du passage.

Toi'LON. — Tant que le chemin de fer projeté de Marseille à Toulon ne sera pas construit et livré à la circulation , de nombreux véhicules parcourront l’espace qui sépare ces deux villes. — En allant à Toulon on traverse les délicieuses et fraîches campagnes d’Àubagnc; on entre ensuite dans une eontrée austère, dont les gorges d’OIlioules sont la grande et sauvage beauté; puis on descend, à travers de riants jardins où croit l’oranger, dans l’étincelant ba.ssin de Totilon.

Toulon est encore plus riche que Marseille en eaux jaillissantes. Cette cité, siège d’une préfecture maritime, est absorbée par la

marine jnilitaire. Si tout le monde naît vigneron dans nos villages du Méconnais, à Toulon tout le monde, à peu près, naît marin.

On peut loger ici à la Croix d'Or , à la Croix de Malte , à l'Hûtel de l’Europe ou même à celui du Nord ( place au Foin ). Cette ville, arrosée par de murmurants ruisseaux, offrant sur ses places des fontaines paysagées, pleines de doux ombrages et de pittoresque , est , en général , percée de rues assez étroites. Celle qui conduit de la porte de France à la porte d'Italie, toutefois, ne manque ni d'ampleur, ni de majesté.

Visitez, à Toulon, des prodiges: l'arsenal de la marine, pour l’entrée duquel des billets sont accordés à la Majorité; la rade, l’hOpital de la marine impériale , d’une magniflcence sans exemple; ThOtel de la préfecture maritime, le quai, l’hôtel de ville, décoré par Puget; l’hôpital Saint-Mandricr , la statue représentant le génie de la navigation, s’élevant en face du port; l’arsenal du Mourillon, le chantier de la Seyne, l’église de Sainte-Marie, ancienne cathédrale , dont le palais épiscopal avait été transféré dans les bâtiments actuels du collège ; l’église moderne de Saint- Louis, au somptueux autel de marbre blanc; le Cours, complanté d’arbres ; les Jardins épanouis derrière la cité , au pied des vastes contre-forts naturels qui la protègent contre les vents du nord. — Les églises toulonnaises sont, comme en Italie, en Belgique et dans toute la Provence, fermées au milieu du Jour.

Toulon est, sous le rapport militaire, une des plus importantes cités maritimes du monde. Chef-lieu d’arrondissement, au point de vue de l’administration politique, elle se préoccupe peu de cet avantage. En effet, les sous-préfets à Toulon, bien qu’exerçant des fonctions parfaitement distinctes de l’administration de la marine militaire, ont une position parfaitement secondaire à côté des préfets maritimes. L’autorité de ces fonctionnaires éminents domine ici comme celle des généraux commandants supérieurs eu Algérie.

Le goût des arts et des sciences est assez répandu à Toulon, patrie d’un peintre distingué, M. Cordouan, et d’un poète

renommé ^ Poney l'im et l'autre vivants. ( ctte ville possède (les archives riches et une importante bibliothèque, en ce moment entassée et attendant sa prochaine translation dans un local spécial.

Les beaux cafés de Toulon sont situés sur la place d’Annes et le quai.

Le climat de cette cité est encore plus doux que celui de Marseille, et le ciel y offre une magnillque limpidité. Sa rade est la plus ample, la plus sûre, la plus admirable delaFranec. A Toulon, seulement, vous vous familiariserez avec le vaisseau de ligne, les termes, les symboles des grades de la marine militaire, si éminemment .sérieuse dans son uniforme comme dans son instruction et ses mœurs. — Là vous apprendrez vite que le quart se compose de quatre heures de tribord et de bâbord; que les grades s’échelonnent ainsi dans la marine impériale: a.spirant de deuxième cla.s.se , aspirant de première classe { souslieutenant par assimilation); enseigne de vaisseau (lieutenant); lieutenant de vaisseau (capitaine); capitaine de frégate (lieutenant-colonel); capitaine de vaisseau (colonel); contre-amiral (général de brigade); vice-amiral ( général de division); amiral ( maréchal de France ). Là encore vous saurez quelles différences il faut établir entre l’aewo, le brick, la corvette, la goélette,, la frégate, etc.; vous étudierez le vaisseau amiral , la flotte et la Hotille , l’escadre, le stationnaire , le bâtiment à hélice , le bâtiment mixte, le bâtiment -hôpital. — Vous ne faites point un pas sans rencontrer des officiers de tous grades de la marine impériale; ils pullulent sous vos yeux avec les commissaires et les chirurgiens de la marine. — C’est un monde à part. A Toulon existent les plus beaux postes de la médecine et de la chirurgie militaires après celui d’inspecteur général , dont le titulaire siège à Paris : ce sont ceux de médecins et chirurgiens en chef de la marine. Le corps médical maritime reçoit à l’hôpital de la marine, à Toulon, une instruction spéciale et un titre parfaitement indépendant de nos facultés. Les ('dudes y .sont éminemment sérieu.ses et utiles.

De Toulon part les 5, 15 et 29 de chaque mois, pour Civila- Vecchia, l’ai'wo à vapeur faisant le service de courrier, nécessité par la division d’occupation de Home. — Quelle admirable chose que ce port de Toulon dominé par la tour de l’horloge et servant de vestibule à la rade peuplée de bâtiments de guerre I

Citons l’existence , dans cette ville , d’un parfumeur de la rue des Chaudronniers, portant un beau nom; il s’appelle Cicéron. — Ceci me rappelle le nom plus magnillque encore d’un imprimeur distingué de Valence (Drôme), M. Marc-Aurèle. — Mais il est temps de revenir aux embranchements du Gard et de l’Hérault.

Embranchements du Gard et de l’Hérault. — La ligne est aujourd’hui à deux voies sur tout le parcours de Tarascon à Montpellier. Ces trains offrent cette particularité ; c’est qu’audessus des voitures de première classe ils contiennent des comfortables.

Entre Tarascon et Msmes on ne trouve qu'une station intéressante, c’est celle de Beaucaire , si célèbre par sa foire. Cette ville, qui ouvre de ce côté le riche département du Gard , est un assemblage de rues fort étroites. Ses quais sur le Rhône et le Canal du Midi se développent avec un certain éclat.

Le cliAteau , la promenade où se tient la foire de Sainte-Magdeleine (le Pré), l’église de Saint-Paul, de type historique, etl’église de iNotre-Dame-des-Pommiers , œuvre du dernier siècle, remarquable par son ampleur, le bon goût de son style et surtout les magnifiques tableaux qui concourent à sa décoration ; la chapelle des Pénitents , qui lui est annexée; l’hôpital civil, l’hôtel de ville, méritent d’être vus.

Nismes a , comme colonie romaine . une histoire illustre. Cette industrieuse et grande cité, posée dans un paysage calme et recueilli , empreinte d’une certaine mélancolie qui plaît au cœur et lui fait pressentir la Judée, a des monuments de tous les Ages. La période latine y est somptueusement représentée par l’amphithéâtre, la Tour-Magne , la Fontaine, l’Arc triomphal, la Maison Carrée . par une foule de débris ; l'art moderne . par la statue ,

clief-d'fpuvrc de l'radier, la majestueuse avenue conduisant de l’KspIanade , au milieu de laquelle se dresse cette statue , à la gare du chemin de fer, des maisons d’une magnificence inouïe , bâties sur les dessins de M. Léon Keuchère , comme l'Hôtel du Luxembourg, surmonte du belvédère italien ; l’art historique moderne , par la basilique de Saint-Paul , bâtie par M. Qucstel , et où se produisent d’admirables fresques.

Il y a à Mismcs un effet étourdissant , digne des plus grandes capitales de l'univers, lorsque l’oii se dirige du chemin de fer à l’Esplanade. En face de soi, la statue de Pradier; à gauche, l’Amphithéùtre ; à droite , l'Ilôtel du Luxembourg ; au fond , le Palais de justice. — Il serait vivement à désirer que le cours ou avenue du chemin de fer se continuât dans l’intérieur de la ville , en passant entre le Palais de justice et un monument pareil qui serait placé à l’angle opposé, comme le Carde-Meuble et le Ministère de la marine aux deux flancs de la Rue Royale , à Paris.

Allez à la Fontaine, au musée, parcourez ces jardins enchantés, ces riants boulevards qui encadrent Mismes, comme ceux de Paris embrassent la capitale. Visitez la maison où logea François I*'', place de la Salamandre ; la maison historique , rue Saint-Castor, n" 9 ; l’église cathédrale de Notre-Dame et de Saint-Castor. Elle renferme les tombes de Cortols de Balore , mort en 1812, du cardinal Pierre de Remis , décédé à Rome en 1774, et d’Esprit Fléchier, mort en 1710. 1.a montre d’orgues de ce temple est d’une grande richesse.

Nismes , siège de l’Académie impériale du Gard , l’une des plus laborieuses de France, est la ville la plus littéraire, la plus savante , la plus artistique et la plus éprise de poésie de tout le midi.

Nos voyageurs y logeront à l’Hôtel Manivet ou au Luxembourg.

Un embranchement du chemin de fer conduit , en dehors de la ligne principale , à Alais , ville industrieuse , renfermant une église autrefois cathédrale , curieuse par sa largeur et l’étrangeté de sa forme extérieure ; un va.ste hospice , un quai et quelques rues assez bien percées derrière un affreux assemblage de ruelles infectes.

1,’Hotel du Commerce, exploité à Alai» par M. Guiraud, sera notre excellent gîte. — On pourra suivre la ligne Jusqu'à la Grande-Combe et au plan incliné où elle finit , si l’on est initié aux secrets de la vie industrielle. — Le paysage, dans cette contrée montagneuse dépendant des Cévennes , est d’une austérité toute druidique , et forme le plus frappant contraste avec les liarmonieux horizons de la plaine de Ni.smcs.

De Nismes à Montpellier , campagne ravissante , surtout après que l’on a dépassé Saint-tiésaire , fertilité et chaleur sans sécheresse, aimés vignobles, magnifiques oliviers. — On voit, à gauche de la ligne, le clocher monumental de Luncl. C’est à Lunel que s’arrêtent ceux qui veulent visiter Aigues-Mortes. Cette ville délaissée a une ceinture de murailles historiques , d’une beauté unique , et dont la grosse tour circulaire de Constance rompt seule l'harmonie. Nul arbre , nul fossé n’accompagnent extérieurement le parallélogramme parfait de cette enceinte d’un indéfinissable caractère. Elle se dresse là morne, solitaire, sur une campagne paludéenne , silencieuse, éteinte. La ville est percée de rues aboutissant toutes aux portes, dont plusieurs sont murées. — C’est exactement le plan de Damiette. La statue de l’radier (Saiut-Ix)uis) est la perle moderne de cette petite cité. 11 faut y saluer d’un regard ami la maison où eut lieu l’entrevue de François I" et de Charles V. Elle appartient aujourd'hui à un pauvre diable de maître de pension. — C’est autour d’Aigues- Mortes , sur cette plage couverte d’étangs , que l’on chasse avec le plus de succès la macreuse.

Montpellier est l’Athènes du midi de la France par l’exquise poiitesse de scs mœurs, sa tenue, sa po.se, scs habitudes savantes. — Comme à Nismes, on accède du chemin de fer à la ville par une avenue qui se bâtit dans l’ordre d’idées le plus somptueux.

Ou peut loger, à Montpellier, à ril6telNevet,àl’Hûtel du Midi, au restaurant Rouquette si l’on aime les hôtelleries secondaires de bon aloi. — Les rues de Montpellier sont , comme celles de Dijon, de Lyon, un véritable Plutarque.

Une église il’art (jolhiqui' moderne, les boulevards, le jardin botanique, l'un des plus riches qui existent, rEsplanade, le Pejrou, la statue équestre qui le décore, l'arc de triomphe qui lui fait face, le Palais de justice, la Faculté de médecine (ancien évêché;, avec ses brillantes adjonctions nouvelles; l’église c.atbédrale de Saint-Pierre, l'hftpital Sainl-Floi, l’École de pharmacie (ancienne école de médecine ) , rancien Saint-C.ome ( autrefois l’école de chirurgie,, situé dans la Grandc-rtue. la Place des États, l’IIôtel du Gouvernement Hôtel de Bousscyrolles), le théâtre, l’hôpital général, à la Itlauqucrie, l’observatoire, et surtout le Musée F,ibrc , l’un des plus opulciils du monde , monument d’une mémorable muniliccuce. cl la bibliothèque publique, seront vus avec le plus grand intérêt , ainsi (pie la cil.-idclle et le jialais de Montcalm. — Indépendamment de l'église, biilie naguère tout d’une pièce à Montpellier, sous l’inspiration des idées du moyen ège, il en existe une autre dans celle ville, que des restaurations historiques bien entendues rccomumudent à ralteulion. Ge mouvement de moimmentalilé est dû surtout à M. Vionnois, juge au tribunal civil , et a été préparé par les éludes arcluiologiques de M. Jules llcnniivier.

La promenade qui se développe au bas du Peyron , au sud-est, est , comme le Caymrd de Valence (de la Porle-Saunière à celle de Saint-Félix), Irès-fréqucnlée eu hiver. Abritée contre les vents du nord-ouest, elle semble concentrer tous les rayons du soleil ,. et devient une sorte de vaste chaulToir populaire.

Il y a à Montpellier plusieurs cercles montés sur un grand pied, celui de ta Loge particulièrement ; une société médicale, une société archéologique, etc. — On connaît asscï la célébrité méritée de la faculté de, médecine de cette, illustre cité. Je vous invite à parcourir scs salles ornées des portraits des professeurs les plus fameux. — La médecine ici est un véritable palriciat.

Entre Montpellier et Gette on remarque le caractère impo.sant et les vignobles de Frontignan.

Celte est une ville d’hier, comme le Havre. Son plan, sa fornie. ses aspects offrent beancoii|) d’aualoaie avec ceux de Itoulogne-

sur-Mer, au climat, à la cuuleur, au ciel près. Les hauteurs ijui la domineat .sont peuplées de petits jardius et de cabanons , où l'honnéte citadin vient se divertir avec sa famille et ses amis, comme on en voit sur la cime du Mont-St-l‘ierre, à Nuits, et sur celle de Mont-Dronde, à Beaune 'Côte-d’Or^. Une citadelle est debout sur ces collines ou plutôt sur ces grèves. Du perron de l’église neuve de Cette on a une vue fort belle. La principale curiosité de cette ville consiste dans son musée privé, si généreusement ouvert au public par son propriétaire, M. Doumet, maire de Cette, conseiller général et député de l’Hérault. — C’est à Cette que l’on s'embarque pour Toulouse et Agen, sur le Canal du Midi. — Retournons au point d’embarquement.

De Marseille en Algérie. — Trois routes maritimes conduisent de Marseille en Algérie ; l’une aboutissant au port de Stora (Philippeville), l’autre à celui d’Alger, la troisième au mouillage de Mers-cl-Kcbir (Oran;. — C’est la première que nous suivrons. Les services maritimes libres et privilégiés de l’Algérie offrent les plus précieuses garanties de sécurité et de célérité , et la compagnie Rarin , qui a laissé sur cette mer de si honorables souvenirs, semble se surpasser elle-même, depuis qu'abandonnée à son propre essor, elle se soutient par sa seule énergie, privée des embarquements officiels et du transport des dépêches. Lorsque le privilège de l'honurablc compagnie Bar.in a expiré , l’exploitation de cette compagnie s'exerçait avec six paquebots , dont trois excellents et trois suffisamment bons : le Sphiiuc, le Pharamond, le Philippe-Auguste , le Charlemagne . le Mérovée et le Phénicien.

IjB beau lac Méditerranéen, le mare internum des anciens , est presque toujours admirable dans son calme -, mais ses tempêtes sont violentes, car sa lame est courte, dense et dure, et les vents sont très-variables sur sa surface azurée. Quelquefois, sous le vent de Marseille , une brise très-fraiche soulève la vague , tandis que le grand-large est uni comme une glace de Venise. — Kii Mer Méditerranée, l’orage fond sur vous à l’iiniiroviste , et

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la lram|uillitù se rélahlit par eiicliantement. Kn raison iiiéine (ie eelte variabilité, il est done rare ([iie la boiirrasqiic et les sautes lie vent y (lurent longtemps.

Nullcs routes ne sont plus connues et plus sûres que celles qui mènent de Marseille aux rivages de l’Algérie. Elles n’ont point de brisans , point de récifs , point de courants : on n'a pas à y craindre de faire cfite ; on ne saurait y redouter les abordages, ces périls les plus sérieux de la mer.

Il est bien rare que le Golfe de l.yon soit d’une tranquillité ab- .solue. Cette vaste échancrure, qui a pour limites continentales le cap Creus, entre Kosas (Espagne) et l'ort-Vendre, et le cap Sicié prés de Toulon , semble plus particulièrement exposée à ractinn des vents sortis des gorges des Pyrénées et des Alpes, et qui souvent soufflent en sens contraire. — Et puis, resserrée entre ces digues colossales, la mer s’y trouble plus facilement qu’ailleurs sous l’empire des moindres causes d'agitation , coinine tous les liquides renfermés dans des vases étroits.

I.e vent le plus contraire pour le bâtiment qui prend la mer , en se dirigeant de Marseille vers l’Algérie, est le xirocco (vent du midi). Le mistral (mistrao) venant du nord-ouest, quand il est modéré, est le meilleur que l’on puisse désirer pour la traversée de Marseille à Stora. L’étroit goulet du port une fois franchi , la navigation est rapide. .Avec un vapeur d’une puissance ordinaire, on filera de 9 à 10 nœuds, car on aura vent arrière ou de poupe. Le nord, également modéré, est favorable pour Alger, et le nordest pour Mer.s-el-Kébir. Mais le nord-est, qui, à Lyon et en Bourgogne , produit presque constamment la sérénité dans le ciel, est, à Marseille et sur la Méditerranée, une cause assez, infaillible de pluie et de tourmente pour la navigation. Quant au mistral , qui , dans ces parages , fait invariablement monter le baromètre, il en détermine l'abaissement en amont de Tain (Drôme). Je ne sais si le nord-ouest de Marseille ne serait antre chose que le nord-est viennois, lyonnais et bourguignon (la bise), brisé et réfracté par les montagnes, la vallée du Rbône, et si le vent d’est proven(;al correspondrait à notre vent d’ouest ,

ijiii trouverait les iiiènies causes de déviation dans son cours. — O (|u'il y a de certain ; c’est (]ue. l’clTet existe, et que l’on ne .saurait conclure des vents régnant en amont de Valence à ceux qui soufflent en aval de cette ville. Je pense que lor.s(iue le mistral mugit en Provence , et y donne un temps sec et un ciel |iur , nous avons à Lyon le vent d’ouest et une pluie intermittente, et que la concordance entre Marseille et Paris n’existe, sous le rapport des vents, ipic pour ceux qui viennent des deux points cardinaux du nord ou du sud pleins. — Mais, pour rentrer dans notre sujet , j’emprunte aux vrais loups de mer une sorte d'axiome ; c’est qu’en mer, pour un batiment à vapeur, la meilleure condition de marche, c'est la placidité et le calme plat.

Si la vague déferle dans la rade, et si les eaux de. Marseille, vues de la Tourrelte, moutonnent vivement, ce ne. .sera point une raison |)onr que le paquebot qui doit vous transporter n’appareille pas. — Pour sortir du port marseillais il ne faut pas trop s’effrayer du mistral, qui, communément, mollit le soir. 11 vente rarement grand frais pétulant la nuit , et on en sera quitte pour de la houle. Mieux vaut souvent subir cette houle , que, de partir avec le calme, car, je le répète, c’est au moment même où l’on croit tenir le heau temps fixe, que l’atmosphcrc méditerranéenne prépare quebpiefois subitement ses grains, ses coups de vent, elles lance sur l’horizon, surtout dans les mois de. novembre, de décembre, janvier, février cl mars. — Et puis les vents ne sont jamais les mêmes eu deçà cl au delà des Iles Baléares; ils se modifient sans cc.sscdans les canaux, .sous l’empire des accidents de terrains des côtes , près nu en vue desipielles on navigue. Si l’on a de la mer de ce côté-ci des lies , on trouvera la tranquillité du côté opposé , et vice versa. — Souvent une mer devenant inopinément grosse au large, sans cause apparente, annonce, un vent qui vient ou un vent qui s'en va.

Itélions-noHS de certaines sentences, comme de celle d’où il résulte que, pour se mettre à la mer, U faut élre fou ou pauvre, et livrons-nous avec conllance au majestueux élément. La mer est, après tout, le plus aucustc tombeau: mourir dans son

M!iu, c’cst mourir dans riiiliiii, r'csl passur, sans traiisUiun, lie rimmenso alilme à riminense mystère. — yiiel est le sépulcre lies l’Iiaramis qui vaut celui-ci? — \ ayuus donc pas peur de la mer. I.c danger, sur un navire, a son pathétique et sa consécration: dan.s les crands périls on est plus prés de Dieu. Quand le veut Imrle, ipiand la lame s’embarque et vient se briser sur le pont du iiaquebot , quand elle heurte avec la violence des antiques béliers la coque et les sabords , ipund les cordages silTIent de tontes parts et que le navire, fait entendre ses borribles craquements, quand la table à roulis se. prépare cl lyie les bommes de la vigie et de la barre ne peuvent se tenir debout sans le secours des cordes, 1a navigation, sans doute, a scs terreurs, mais elle a aus.si ses solennités. Dans l'état actuel de la science et des appareils nautiques, sur les roules de l'Algérie, le dénoUment d'une tr.iversée pénible est bien rarement rnneste. Les bâtiments alTeclés à ce voyage sont généralement solides et tiennent bien la mer ; des marins consommés veillent sur nous.

Sut la .\léditcrr,anée, le roulis ( mouvement de bâbord à Iriboril ou de tribord à bâbord ) m'a toujours paru plus incommode et plus inquiétant que le tangage ( mouvement de la proue à la poupe . Il entrave singulièrement la inarebe et paralyse presque les l'onctions de la machine, dont une roue est toujours impuissante. Toutefois, un langage violent est une cause plus rrequeute de sinistres ou d'avaries pour le batiment, ((ui est expo.sé à perdre ses bastingages dans l'un et l'autre cas.

Tâchons il’obtenir une bonne cabine à tribord (droite par rapport à l'arrière), entre le grand mil et le mut d'artimon (1 1, c’est-à-dire le plus près possible de la zone centrale. — Uien ne ressemble aux catacombes de S;iintc-Agnès de Home comme les salons d’un vapriir maritime, avec scs coucbeltcs superposées par .assises régulières dans des cavités de dimensions égales.

(1/ 1.1* iiiàl tir mwriinr rst rrlui dr U proiir «hi nAiint j Ir mâ( d'ar^iwwi est rrlut dr U poupr ou arriére: Ir m^t du uiiliru rsl connu tous Ir nom dr prnn/t wàt . |.r*> paf|nrl<o|s du romnirrn '>onl ttcnéralrnirnl à drut mitt «riilrmi'nt.

Kt maintenant demandunü au Dieu des marins de nous donner, pour la traversée , ou le calme plat ou le vent de poupe , c’està-dire veut arrière. i.e vent debout , souillant dans le sens opposé à la direction du bâtiment, est la cause du tangage, et le vent de travers, ou vent de bouline, amène le roulis. — Iæ mal de mer n'a rien de dangereux: il se dissipe à l'arrivée. On l'éprouve moins vivement dans la position horizontale, et dans la pronation il est moins pénible que dans la supination. Du reste, il s’attaque a toutes les constitutions -, les plus frêles en sont quelquefois exemptes; les plus vigoureuses sont vaincues par lui ; il n’existe point de règle à cet égard. Un des hommes les plus athlétiques que j'aie connus est assurément le brave commanilant Descharmes : J’ai vu ce tempérament herculéen terrassé par la mer (retour de Tunis'!. Dès la mise en marche du bâtiment il se coucha et ne reparut qu’au port. — Ainsi de beaucoup de passagers. On les avait vus très-gais et très-frais sur le pont au moment de l’appareillage; leurs rangs s’éclaircissent vite: iis gagnent leur hamac et on ne les retrouve plus qu’au mouillage.

Le passager aura à bord plusieurs genres de distraction : la vue des boussoles ou compas de route , de relèvement , de variation ; celle d’une immense plaine liquide ayant l’éclat et la couleur du .saphir, harmonieusement ridée et moirée comme un vaste tapis <le satin; les magnificences du sillage, des clairs de lune, des reflets éblouissants; les nuits doublement étoilées dans la mer et dans le firmament ; les manœuvres de la barre , les évolutions du loch (échelle de proportion), du sablier, des goélands et des marsouins, hôtes de la mer; le cigare, la longue-vue marine, les causeries du gouvernail avec l’impassible timonier ou celles de la dunette et de la pa.s.screlle avec les ofliciers du bâtiment; les nombreux aliments offerts à l’esprit d’observation. — Il entendra le fameux stop, et trouvera toujours, dans ses relations avec l’nlllcier de quart, beaucoup de choses à apprendre sur la mer. Il pourra, ainsi, se familiariser avec les formules nautiques les plus usuelles, telles que: eomme-ça — roule — tout — la barre .sur bâbord sud-rsl-quart-sud , rte. Sur la roule île Marseille

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à Slora ( Miilippevillc , il iic verra point res phares solitaires , ces feux silencieux tournants, ou ti éclipses, ou fixes, qui Jalonnent les ports et parlent, la nuit, dans leur voix muette, pour le, voyageur en mer. Je ne sais quel mélancolique et mystérieux langage, (le sont cAmine les yeux du monde réel brillant sur le monde poétique, étoilé, idéal, mais bien éventuel où nous sommes, biux seuls , symboles de la vie , veillent quand les populations sont plongées dans le sommeil.

L'expression de routes, en marine, ne peut pas être prise dans un sens absolu. La mer n’a pas de rails. Tous les navires, en franchissant le goulet d'un port , passent exactement dans le même endroit; mais, en rade, et surtout au large, le parcours varie à l'infini, selon le temps. Mais on peut dire, en termes généraux, que la route de Marseille à .Stora est dans la direction relative de sud-quart-sud-ouest. Par de gros temps on est quelquefois forcé de relâcher à Cagliari , en Sardaigne, dans ce parcours. I.a route de Marseille à Alger est à peu prés dans la direction de sud-sud-ouest; on passe entre les Iles Baléares, laissant Minorque à gauche, Majorque, avec sa cité enchantée de Palma, ses odorants bois d’orangers, de cinnamomes et de cédrats; Ivice, Cabrera et Formentera, à droite. — On ne peut apercevoir Mahon ( Minorque ), excellent abri en cas de tempête , mais on distingue très-nettement Ciudadella , le télégraphe aérien se dressant au nord de cette ville, sur une crête nue, une foule de tas de pierres, disposés en cOnes, ressemblant à des huttes de Canadiens sauvages ou ù des groupes de dolmens gaulois , rangés comme des vedettes, également au nord de la ville. Ces lies sont placées sous les ordres d’un Capitan General de las islas Baléares. La route pour Mers-el-Kébir ( Oran ) est dans la principale direction relative de sud-ouest-quart-ouest. On navigue en coupant le Golfe de Lyon, ou en en décrivant la grande courbe, assez près de terre, selon le vent, et l’on glisse entre Ivice et les eûtes orientales de l’Espagne, dont aucuns feux n’éclairent les ports, celui de Barcelone excepté. Plusieurs points lie repère s’oITrent ,à l'iril du marin. On voit la citadelle de

Baretlûiio, le GdIIb de Valence, la Baie de Zavia, le Cap Sainl- Martin, etc. Marseille occu|)e, par rapport aux trois ports des courriers de l’Algérie, la pointe d’un triangle dont ces ports l’ornient la base. Les trois routes maritimes de l’Afrique française rayonnent donc en éventail et lignrent la patte d’oie.

Nous allons .suivre pour notre traversée, et nous rendre de .Marseille à Tunis, le parcours habituel des paquebots des messageries impériales, courriers d’Afrique, et de ceux du commerce, qui reldchent successivement à Stora et B6ne , et tonebent à la Calle, si le temps ne s'oppose pas à l’atterrage.

Mais les lies qui sortent des eaux de Marseille, l’ilot-pliare de IManier, sont dépa.«sés. et nous .sommes au large. — Faisant abstraction des trois |)oints d'arrêt de la navigation à Stora, Uône et la Calle, nous arriverons en droite ligne à Tunis, terme de notre course, à l’extrémité de la côte orientale de Barbarie, pour communiquer avec ces divers centres de population, lorsque nous parcourrons, <lu levant au couchant, tout le littoral de l’Afrique du nord. — Deux mots maintenant, avant d’entrer dans la capitale de la Tunisie, du service des courriers sur les côtes de l’Algérie.

Les batiments de l'État. alTectés a cette navigation, desservent tout le littoral, de Bône à Mers-cl-Kéhir. Leur point de dépai't est Alger, capitale des possessions françaises en Afrique. Le service se divise eu deux parcours : celui de l’est et celui de l’ouest. l’Iusieurs avisos à vapeur ont été ou sont encore mis à cette destination. Le Hcrthnlht , roi de celte flotte postale, qui a reçu une autre destination ; le vieux Phare, le vieil Euphrate, le Titan, le Cerbère, le Tanger, excellent marcheur, le Grégeois. Ces navires sont généralement des ccni-soixante. Le Berlhollrl, toutefois, faisait, et le Tanger fait exception; leur puissance est considérable (1). I.e Couvernemeut, en livrant à ses batiments de guerre le service des courriers de l’est et de l’ouest, à l’exclusion des paquebots de l’inibistrie privée, a montré sa

(I) tir rr« lûtiiiirnl' 4 {•rt'vrnt au itr Un purm.' d'Orirnt.

sagesse. Sur une terre rraiclieinciil eunquise il importe i|ue le transport des troupes et des dépèelies soit assuré contre toutes les éventualités.

Ln batiment de guerre, aviso, brick, corvette, frégate ou vaisseau, est un camp nauiique, un bivouac tlottant, où la discipline et le devoir régnent d’une manière souveraine. — C’est aussi l’image de la société, avec toutes ses catégories et ses hiérarchies. Ici chaque position est déflnie ; le commandant a son carré, ses serviteurs; les offleiers sous ses ordres ont le leur et leur doineslique à [)art. I.es fonctionnaires publics, selon leur rang, les olllcicrs, selon leur grade, partagent ou la table et le salon du commandant, ou la table de l’état-major. I.es directions des postes ne peuvent délivrer que des billets de passage de 2' et de 3' classe, aux prix du tarif. Ceux qui prennent ces billets forment ce que l’on appelle les passaiji-rx civils, les aménagements mis à leur disposition .sont généralement fort incommodes. Pour leur alimentation iis s’arrangent, moyennant salaire, avec le pourvoyeur du bord. Tous les passages de première classe sont essentiellement gratuits, ainsi que ceux de seconde, pour les fonctionnaires, table comprise. Le passager civil n’appartient à aucune classe. Les passages de 3' classe sont en grande partie réservés aux militaires et accordés gratuitement à tous ceux qui y ont droit par leur position. Le commandant, les officiers sous ses ordres, l'équipage, ont leurs cuisiniers distincts. Toutes les conditions requises pour être porté sur les états d’embarquement officiel sont parfaitement réglées.

Le passager civil se plaint quelquefois sur ces batiments, mais il ne réflécbit pas que sa position y doit être subordonnée aux exigences d’un service essentiellement gouvernemental et militaire. Admis pour son argent, il est vrai, il n’a droit qu’au transport, et on le lui donne dans les conditions compatibles avec ce service. L'est l’alTaire des paquebots de commerce que il’exploiter, comme industrie, les moyens de transport, et de procurer aux voyageurs toutes les commodités et tous les agréments pos.sibles. Le Ciouverncment, à rendroit des courriers

d’Arrique, dc spécule point, il agit-, et c'est par une véritable concession aux intérêts privés qu’il leur permet de se produire sur des bords rondamentalement consacrés à l’administration civile et militaire de la colonie.

Sur les navires de l’Ëtat, surtout, on comprendra et on admirera le caractère sérieux, l'esprit de 1a marine impériale, l'instruction solide théorique et pratique de ses officiers , la tenue exemplaire et la discipline des marias de toute condition ; matelots, sergent d’armes et chefs. Ici, bien mieux que sur les bâtiments du commerce, on pourra étudier les manœuvres, exécutées avec tant de régularité et de précision , du mouillage pour jeter l’ancre ou prendre le corps-mort , les sollicitudes de la vigie, les différents rythmes des coups dc sifflet qui règlent les opérations des mousses , et entendre les divers cris du commandement transmis, delà passerelie au gouvernail, par l'intermédiaire d'une ou plusieurs voix retentissantes.

Le Gouvernement, en fermant ses courriers au transport des marchandises, n'a pas voulu seulement repousser un service indigne de la marine militaire , mais il s’est proposé pour but d'encourager et de soutenir le cabotage sur les côtes de l’Algérie , échancrées de baies et d'anses.

Les bâtiments dc guerre de l’Algérie sont commandés par des capitaines de frégate ou des lieutenants de vaisseau , selon leur puissance et leur rang ; leur état-major se compose : du commandant, de son lieutenant, d'enseignes de vaisseau et d’aspirants de marine, d’un commissaire et d'un chirurgien. — Voici la règle hiérarchique ; une frégate, par exemple comme celle qui a fait jusqu’à ces derniers temps le service de courrier entre Alger et Toulon, partant une fois par mois, de la première ville, les 8, et dc la seconde, les 2, est commandée par un capitaine de vaisseau ( colonel ) , ayant pour second un capitaine de frégate ( lieutenant-colonel une corvette est commandée par un capitaine de frégate , ayant pour lieutenant un lieutenant de vaisseau; un aviso est commandé par un lieutenant dc vaisseau, ayant pour second un enseigne de vaisseau. Le nom n’est pas

tutijours la mesure du grade pour le eommaudeinent , qui est aussi subordoané à la force effective du batiment.

Quclques-un.s des navires desservant les ports de l’Algérie sont voués à une prochaine réforme; ils ont sensiblement vieilli et seraient exposés à être jetés à la côte sur ce littoral , ouvert partout aux vents d’est, peu défendus contre ceux du nord, sans l'expérience consommée et les sages précautions des officiers qui les commandent.

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