‹ L'Algerie en 1854 itinéraire general de Tunis a TangerChapitre 6 sur 20 · JO · texte numérisé non relu

JO

5">' station, Arles. — Iâi ville d’Arles est située au cœur de la plus verte campagne et des plus riches cultures. Nous avons sous les yeux les ombrages, les irrigations , les jardins , les prairies, l'agriculture savante de la Normandie, sous le ciel serein et au milieu des produits naturels, des arbres, des fleurs de la riante Toscane.

C’est de la gare d'Arles que dépendent les magniQques ateliers de construction et de réparation des machines pour le service du chemin de fer.

Allons saluer dans cette royale cité, veuve de toutes ses couronnes et de tous ses sceptres, mais toujours si riche par ses monuments, scs traditions, ses souvenirs, sa mémorable histoire, allons saluer l’ampliithéàtre , le théâtre romain , ce qu’il reste des Aliscamps, .Saint-Césaire , Saint-Honorat, Saint-Trophimc, avec son cloître, sa délicieuse façade, ses peintures murales, la maison de ville, des cimes de laquelle s’élance un admirable beffroi; le monolithe en granit, le musée, les églises anciennes ou modernes , si nombreuses dans cette antique métropole du royaume de Bourgogne; les vieilles rues, les vieilles choses. — Allons rechercher dans le sang, dans les mœurs, dans l’architectonique, dans les costumes , l’accent , les émanations et les traces de la colonie grecque.

On logera, à Arles, à rhôtcllerie du Forum (Place des Hommes, ancien Forum ;. Le visiteur intelligent tichera de se diriger vers les ruines de Montmajour, à 3 kilomètres environ , au delà du chemin de fer.

L’usage du café occupe ici autant de place dans les mœurs populaires, et n’est pas plus dispendieux qu’en Italie, line foule de lieux, d’une apparence modeste, sont ouverts à ce genre de consommation, si logique et si bienfaisante dans le pays.

Arles est, avec Nismes et Vienne (Isère), la ville qui ressemble le plus à Rome.

6™' station, Raphèle. — Horizon d’une grande suavité, au milieu duquel se dresse, à gauche de la ligne, une église neuve, d’un godt parfait.

7'"' station , Saint-Marliii.

S"'*- station. Eiitressen. — Aspects et inirape do la (’rau, sous un ciel embrasé. Cette vaste plaine sablonneuse a le silence et l'é- Iranee maje.slc du désert. — C'est le .Sahara français. — Quand le mistral souffle en Provence, il est, dans la Cran, effrayant d'impétuosité et de violence. Deux fois , dans l'iiivcr de 1853, je l'ai vu abattre les poteaux du télégraphe électrique, que l'on vient, dans ce p.ircours, de reporter sur le flanc occidental de la voie.

9'"«' station . Constantiuc. — Je crois que ce lieu n’a rien d’illustre que son nom.

tO""‘ station. S.vi,NT-Ctl.v>iAS. — Effets très-pittoresques, à droite de la voie, monuments et restes romains extrêmement curieux, surtout le pont Flavien, d’une décoration toute triomphale, jeté sur la Touloubre, dont le lit est creusé, en cet endroit, dans un massif de rochers. — De Saint-Chamas k Berre le chemin de fer franchit les Alpines, contre-forts des .Alpes.

Il™' station. Berre. — A droite de la ligne, une jolie llèche élancée signale la petite ville dont l'exploitation des salines et la pêche forment la principale industrie. L'étang de Berre s'étend comme un immen.se miroir. C'est une scène animée par les villages posés sur les rives de cette nappe d'eau , sans cesse sillonnée par de légères tartanes, et ayant tous leur petit port.

12'”' Bognac. — Après cette gare, ch.irmant tableau de genre , à gauche du voyageur , consistant dans une petite vallée vêtue d’arbres verts , avec un pittoresque rocher au fond , couronné d’une chapelle.

On s’arrête à Bognac si l'on veut se rendre à Aix, la ville de Bené, la cité parlementaire et la vénérable métropole de la radieuse Provence.

iSi"' sfnfion. Vitrolles. — Position vivement paysagée.

H'"' station. Pas-des-Lanciers. — Cette gare dépassée, on entre dans le souterrain de laNerthe, ouvrage digne des Bomains. Il est de .520 mètres plus long que celui de Blaisy-Bas ( Côted’Or), qui n’excède point 4,100 mètres.

Le passage de la Nerthe se développe sur une longueur de

âl

4,6'2ü mètres. Sa hauteur est de 8 mètres, sa largeur de K mètres également. Il renferme 24 puits d’aérage. Sa pente et sa rampe sont de 0,001 par mètre. Son point culminant est la tète nord. Il est distant de Marseille de 12 kilomètres 220 mètres, et d’.kvignon de 102 kilomètres 9.ï9 mètres. Son faite s’élève de 2.439 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer.

13™' Station, l’Estaqiie. — (l'est la première gare en aval de la Nerthe. Lorsqu’au sortir du passage, le train recouvre tout à coup la clarté du jour, on éprouve les impressions émouvantes d’une ' vision , on entre dans une autre r.one , dans un autre monde. Tout étincelle, tout s’illumine autour de nous. l.e périmètre de Marseille a commencé, et nous avons tout à fait la lumière, la couleur, les arbres de ITtalie. — Quelle meilleure préparation aux splendeurs de la nature et du ciel en .\frique? La campagne, depuis l’Estaque Ju.squ’au terme de la course,, est un paradis terrestre embaumé de suaves odeurs propres au midi, panaché, festonné d’ombrages, émaillé de jardins, de maisons de campagne, de cabanons, d’élégantes bastides nimbées, s’épanouissant au soleil de Provence, nouveaux Tibitr des Marseillais. Rien d’auréolé comme ce paysage, qui frappe d’autant plus le voyageur qu'il vient de traverser la Crau et le souterrain de la Nerthe. On y trouve les villages enchantés de Séon- Saint-Henry , Séon-Saint-.\ndré ( lieux d’origine et d’étymologie grecques); les Aygalades, si renommées par leur quiétude et leur beauté; Saint-Joseph , Le Canet, .Saint-Barthélemy. Toute cette banlieue , admirable de magnificence , constellée de villas, extrêmement peuplée, est desservie par de petits trains locaux dont la course se borne au parcours entre Marseille et l’Estaque. Le cœur du voyageur bondit de joie, son àmc s’élève, ses idées s’agrandissent et s'exaltent, car il voit reluire le grand lac méditerranéen, il aperçoit la grève, le Château d’If, le fort sacré de Notre-Dame-de-la-Garde . l’agglomération marseillaise , les navires, les embarcations.

Après Saint-Louis, le rail-way méridional arrive sur les terrains de Saint-Charles, au nord de Marseille, à 47 mètres 80 cen-

tiinètrcs au-dessus du niveau de la mer. Lu cuminunieatiun entre la gare de Saint-Charles et les quais de la ville s'opérera au moyen d’un embranchement se dirigeant sur le port de la Joliette.

Marseille. — Marseille, patrie de Puget, ce Phidias français, Marseille est la reine du midi. Sa population est, après celle de Paris et de Lyon, la plus importante de l’empire français. Son port, depuis la glorieuse conquête de l’Algérie surtout, a détrôné tous ses rivaux. — Il finira par ne plus y avoir dans le monde que deux ports de commerce; celui de New-Yorck et celui de Marseiile. — De sa splendeur phocéenne passée il lui reste un magnifique présent devant lequel s’ouvre un avenir plus magnifique encore.

Cette cité, grâce aux gigantesques travaux de son canal et du prodigieux aqueduc de Koquefavour , est une des plus riches de France en eaux jaiilissantes et potables. Éclairée au gaz avec une parcimonie qui semblerait étrange si l’on ne tenait pas compte de l’éclat exceptionnel de son firmament et de ses nuits, Marseille a trois ports ( le vieux port , celui de la Joliette et celui d’Arenc ), dont l’un le plus sùr de l’Europe; de superbes promenades, dont le cours Saint-Louis, le cours Bonaparte, les boulevards, les allées de Meillmn, le Prado, un jardin public agréablement paysagé sur le contre-fort du mont de Notre- Dame-dc-la-f.arde ; un jardin des Plantes , un musée , un cabinet d’histoire naturelle , un observatoire célèbre. Elle est le quartier général de la ix^ division militaire. Comprise dans la province ecclésiastique, le ressort de la Cour impériale d’Aix et la circonscription de l’Académie universitaire des Bouches-du-Rhône,

. dont Aix est encore le chef-lieu , elle est le siège d’un évêché, dont son seul arrondissement communal forme la circonscription, de la préfecture du département des Bouches-du-Rhône, d'un tribunal de première instance , d’une école préparatoire de médecine et de pharmacie , d'un lycée impérial , d’une académie impériale des sciences, belles-lettres et arts, d’une société impériale de médecine , d’une .société de statistique , d’une société

by

acadùmiqun île méilecine, il'ime chambre ilo conuncrcc, d'une société artistique et d'une société d’horticulture faisant des expositions , d’une banque do crédit foncier , d’une bourse , d’une foule de cercles, d’un athénée. Elle possède une bibliothèque publique très-importante , à laquelle sont annexées celle de l’Académie et la galerie iconographique de cette illustre compagnie.

11 y a è Marseille une agence du ministère des affaires étrangères, et toutes les nationalités, grandes ou petites, du monde y sont représentées par des agents consulaires, la plupart avec le titre de consul général. — 11 se publie dans cette ville, sans compter les recueils scientifiques, quatre journaux politiques: le Courtier de Marseille, le Sémaphore, la Gazette du Midi, le Nouvelliste, et un grand recueil littéraire, paraissant deux fois par mois, sous le titre de Revue Jféridi<ma/e,dont la publication interrompue (comme on l’a vu page 38) reprendra, espérons-le, bientôt son cours. Par suite de la position maritime, commerciale, et, pour ainsi dire, internationale de Marseille, de la verve de ses enfants, de la conscience et du talent de ses écrivains, sa presse périodique obtient un vaste retentissement.

Marseille, en rapport direct avec l'Italie, la Corse, le Levant, l’Espagne, l’Afrique, etc., est le principal centre de commerce maritime et la cité la plus florissante de l'Europe. Nulle part le numéraire ne circule aussi rapidement qn’ici. — Tout homme doué d’intelligence, d’activité et d’instincts laborieux, dans tous les genres, trouvera promptement à utiliser ses moyens dans ce milieu et y fera fortune. I,es points d’arrêt de la navigation concourent, dans une large mesure, à assurer les brillantes destinées et les affaires de cette cité, à laquelle l’essor de l’exploitation libre des paquebots transatlantiques imprimera un mouvement plus marqué encore.

II n’y a certainement pas de ville en France où le sentiment musical soit aussi généralement développé qu’à Marseille. Quant à l’instinct du beau moral et idéal dans les arts, (Ils du dessin, il y est moins appréciable.

Le voyagenrd’Afrique logera ici. selon scs facultés et ses goûts.

ou à l'Hôtel des Empereurs (Canuebière,, qui partage, avec la maison du cours Saint-Louis, à pilastres corinthiens, située entre la rue de Noailles et celle d’Aubagne , en regard de la Cannebière , l’honneur d’ètre la plus belle demeure de Marseille , ou au grand Hôtel de Beauveau ( rue de ce nom ), ou à l’Hôtel Cannebière, au-dessus du Café de TUnivers; ou bien il ira rechercher les hôtelleries plus modestes de la rue Thubaneau. Les cafés les plus notables sont: le Café de l’IJnivers, hors ligne (Cannebière), véritable monument, je ne dirai pas au point de vue de l’art, mais par rapport aux énormes dépenses d’argent qu’il représente, et qui, par son goût équivoque, rappelle le fameux café de la rue Tallejrand , à Rheims; le Café Bodoul ( rue Saint-Ferréol), le plus distingué de Marseille comme tenue et comme compagnie; le Café Turc (Cannebière); le Café de France; le Café Napoléon (idem); le Café des Mille Colonnes; le Café du Commerce (rue Beauveau). L’étranger de passage à Marseille fera bien de se procurer l’hisloirc de cette ville, par M. Boudin, écrite avec rapidité et talent. Ce livre lui apprendra, sur le passé et le présent de cette cité justement célèbre, tout ce qu’il lui importe de savoir pour la comprendre et l’aimer.

Marseille étant une sorte de colonie et comme un résumé du monde, vous y rencontrerez toutes les nationalités et tous les costumes; vous y entendrez parler toutes les langues. Chaque peuple a ses lieux de prédilection. Les groupes italiens stationnent au sud de la région du quai faisant face au couchant, vers le Grand-Hôtel d’IUlie. Les Maltais ont leur aire distincte et les Hollandais la lenr. Les Espagnols se tiennent à côté des Italiens; les Grecs un peu plus loin, dans la rue Suliren, près de ce coiffeur dont nous reproduisons l’enseigne hellénique:

EAn

ZTPIZONTAI

Page 1