LE GÉNÉRAL PELISSIER
Voici un héros dont on ne sait rien, au point de vue biographique. — Il n’a transpiré , de ce brave , que sa gloire , et c’est malgré lui. Au lieu d’une biographie, dont je n’ai trouvé les éléments sérieux nulle part , ce sera une appréciation , blessante pour la modestie du guerrier, mais vraie pour l’histoire. Maromme (Seine-Inférieure) a donné le jour à ce guerrier, le 6 novembre
Le général Pelissier est ardent en toutes choses. A la guerre, c’est un de ces capitaines de l’antiquité grecque dont Plutarque a si noblement signifié les vies , un de ces intrépides guerriers romains dont Salluste enregistra les exploits, un paladin du moyen âge. Dans la paix, il applique toute son activité de cœur et d’esprit aux réformes , aux plans d’organisation -, dans la récompense, dans le châtiment, dans l’effusion et l’amitié, il porte la même nature impétueuse, irrésistible, les mêmes élans et la même verve. — Vingt fois il a jeté sa vie au feu des batailles, toujours le premier sur la brèche et dans la mêlée ; vingt fois il s’est montré digne du Capitole.
Le général Pelissier à sa prodigieuse bravoure unit une science profonde et l’esprit le plus étendu d’études et d’observation. Militaire ou civil, vous n’êtes pas une minute en sa présence sans qu’il vous ait jugé. Sous le rapport de sa pénétration , par sa taille , ses profils , son langage pittoresque , incisif, riche en imprévu et en figures, par son regard et par sa pose, il a quelque analogie avec l’Empereur Napoléon Ier. Sa conversation est animée , pleine de saillies et de finesse , d’au-
torité et de haute raison, parfois caustique. — Sa loyauté, sa franchise sont au niveau de son courage.
Nul général ne connait mieux que lui la topographie africaine et l’art de belligérer en Afrique. — Sa dernière expédition de Laghouat est une affaire capitale, et qui a mis le comble à sa renommée. Il est venu fondre sur ce pays révolté avec la rapidité de l’aigle, et Fa foudroyé. Le général Pelissier est couvert de décorations toutes méritées; il peut en parer sa généreuse poitrine: Fopinion publique les a consacrées.
On a jugé diversement un acte du général Pelissier, d’une rigueur extrême, assurément; mais la guerre a ses cruelles nécessités, et il faut être à la bouche du canon pour les comprendre. — 11 s’agissait de représailles. — Il importait de faire un exemple terrible et de réduire, par Fintimidation de tribus féroces, une terre profondément barbare. — La clémence, je le répète ici, n’est ni un moyen de gouvernement , ni un moyen de pacification parmi" les Arabes. Un pardon, à leurs yeux, serait une faiblesse, et ils mépriseraient le pouvoir qui l’accorderait. Un chef de division ou de colonne, trop indulgent envers eux, serait infailliblement traité de mercante, de marchand. Le général Pelissier connaissait le pays en homme pratique. — Ce qui a le plus souffert dans ce châtiment commandé par les plus dures circonstances, c’est son propre cœur.
La verve, l’élan, l’inspiration, voilà surtout ce qui caractérise le général Pelissier sur le champ de bataille ou sous la tente.
Commandant la province d’Oran , il habite le Château-Neuf de cette ville, situé dans la plus belle position et dominant le plus majestueux paysage de l’Algérie. Le général Pelissier s’est identifié avec cette cité, avec la riche province dont elle est la métropole; il en aime le séjour, en connaît à merveille les besoins, et ne cesse de s’y occuper et des intérêts des colons et de ceux des indigènes , dont il parle la langue avec une grande facilité. — C’est vraiment la personnification , l’incarnation du pays. — Au seul nom d’Oran , son cœur bondit de joie ; il chérit cette cité, si digne de son affection ; il en admire les mâles
aspects, la magique couleur, l’imprévu dans les sites, la variété et l’effusion dans les mœurs ; il l’a étudiée dans tous ses détails, et elle n’a aucun secret pour lui. La providence sembla, en lui donnant Oran pour quartier général, lui assigner son véritable milieu, le plus conforme à sa nature et à ses goûts.
Le général Pelissier, l’un des plus dévoués frères d’armes de notre compatriote le général Marey-Monge , est jeune encore , plein de sève et d’avenir. Des hauteurs où il est placé il s’élèvera encore.