LE GÉNÉRAL MAREY-MONGE
La poétique cité de Nuits (Côte-d’Or) a de la chance pour produire des héros. — Elle est la patrie du capitaine François Thurot, d’aventureuse, mais énergique mémoire, et qui contribua puissamment à la gloire de notre marine, car il fut le Jean Bart de la Bourgogne.
Nuits a donné le jour à M. Guillaume-Stanislas Marey-Monge, né dans son sein le 30 pluviôse, an IV (19 mars 1796), de Nicolas-Joseph Marey, ancien député à la Convention Nationale, et de mademoiselle Émilie Monge,' fille de Gaspard Monge, comte de Péluse, ancien ministre, fondateur de l’école polytechnique et président du sénat conservateur. — De cette union sont issus huit fils , dont quatre ont succombé, et une fille, épouse de M. Armand, ancien député de l’Aube. Des quatre fils décédés , l’un est mort en bas âge; l’autre inspirait, par son esprit sérieux, les plus belles espérances (Gaspard); le troisième, qui périt tragiquement en mer, à bord du Papin , le 7 décembre 1845, suivait avec éclat la carrière des consulats; décoré, dès 1844, il aurait ajouté un nouveau lustre à sa famille (Alfred) ; le quatrième , enfin , dont nous pleurons encore la perte prématurée et récente (Ernest), était, à Nuits, le modèle du philosophe intelligent et pratique, du bon citoyen, du père de famille, consacré à toutes les joies du foyer. — Tous les fils Marey-Monge étaient oncles d’Arthur Marey, tombé, à Nuits, le 6 décembre 1851, victime des passions révolutionnaires.
Une ordonnance royale, du 10 décembre 1840, autorisa le général , alors colonel Marey, et ses frères, à marier à leur nom celui de leur aïeul maternel , l’illustre Gaspard Monge. —
Le général Marey-Monge , l’aîné de cette famille nuitonne si haut placée dans le respect des populations pour les services qu’elle n’a cessé de rendre au pays depuis Louis XIV, surtout dans la personne de Claude Marey , le général Marey-Monge est petit-fils de sénateur, fils de représentant, beau-frère d’un ancien député. Son frère Ernest (1) avait épousé la petitefille du comte Gassendi , mort lieutenant général et pair de France. L’un de ses autres frères (Ferdinand) est conseiller général de la Côte-d’Or, maire et président de la société de secours mutuels de Cliambolles ; un autre encore (Alphonse) fait partie du conseil d’arrondissement de Beaune, est chevalier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur, maire de Pommard, et ancien attaché à la légation française en Chine, auteur d’un travail inédit, très-précieux, sur le Céleste Empire; le dernier, enfin, (Edmond) s’est fait remarquer par un mémoire aréostatique. — Tous les enfants vivants et morts de madame Emilie Marey-Monge sont nés à Nuits, à l’exception de M. Alphonse, venu au monde à Pommard.
M. Guillaume-Stanislas Marey-Monge entra à l’école polytechnique en 1814; il y concourut à la défense de Paris en 1815, et fut licencié avec tous ses condisciples en 1816. — En 1817, à la suite d’un concours dont il traversa l’épreuve de la manière la plus brillante, il entra, le 1er octobre, le premier de sa promotion comme élève sous-lieutenant à l’école d’application de l’artillerie et du génie, à Metz, et en sortit également le premier. Placé, le 19 janvier 1820, dans le corps d’artillerie à cheval, en qualité de lieutenant en second, dans le 1er régiment de la même arme, le 7 juillet 1824, comme lieutenant en premier, il devint successivement adjudant-major, capitaine en second, le 2 février 1826 et capitaine adjudant-major au 2e régiment d’artillerie , le 9 octobre 1829. — Jeune encore, il présenta sur diverses branches de l’artillerie des mémoires très-estimés.
(1) Ernest Marey-Monge était capitaine des sapeurs-pompiers et conseiller municipal de la ville de Nuits , membre de la commission départementale des Antiquités de la Côte-d’Or , et ancien officier d’artillerie.
ïl passa capitaine en second, adjoint à l’état-major d’artillerie de l’expédition d’Afrique, le 2 avril 1830. — Sous les ordres du général Lahitte, commandant l’artillerie de l’armée expéditionnaire d’Alger, il se distingua aux combats de Sidi-Ferruch, Staouëli, à l’attaque des forts l’Empereur et Bab-Azoun, ainsi qu’à la première affaire de Blidah.
Le maréchal Clausel , qui se connaissait en braves, chargea le capitaine Marey-Monge de former deux escadrons de chasseurs algériens. — Il fut promu au grade de chef d’escadron provisoire, le 21 octobre 1830. — En 1830 et 1831, il combattit plusieurs fois sous les murs de Médéah, sous les ordres du maréchal Clausel et du général Barthezène. — Dans une brillante charge des chasseurs algériens, chez les Oualiras, le commandant Marey-Monge pénétra le premier au milieu des ennemis et abattit d’un coup de sabre un de leurs plus redoutables chefs. Blessé dans les engagements qui suivirent, et mis à l’ordre de l’armée, il reçut, le 14 septembre 1831, la décoration de la Légion d’honneur. — On le voit déjà, et la suite de cette notice achèvera de le prouver, M. Guillaume-Stanislas Marey-Monge conquit tous ses grades et ses honneurs par son seul mérite et à la pointe de son épée. — Le 14 mars 1832, il fut nommé chef d’escadron au 1er régiment de chasseurs d’Afrique , dans lequel on avait incorporé les chasseurs algériens. Pour prendre rang du jour de son élévation provisoire au meme grade , le commandant Marey-Monge fit, à la tête de son escadron , notamment à Bouffarick, de belles actions militaires. A la suite de plusieurs charges avec ses 300 braves, 400 Arabes furent sabrés et deux drapeaux glorieusement enlevés. M. Guillaume-Stanislas Marey-Monge en prit un en fondant le premier sur l’infanterie ennemie et en abattant l’Arabe qui le portait. Cet étendard est aux Invalides; un fac-similé de ce monument de la victoire se trouve à Pommard (Côte-d’Or), chez madame veuve Marey-Monge, mère du général; un autre se trouve chez lui-même, mêlé à ses trophées et à ses armures.
En 1833, M. Guillaume-Stanislas Marey-Monge écrivit sur l’Algérie des mémoires qui lui valurent les éloges du maréchal duc de
Dalmatie, alors ministre de la guerre. Il y proposait plusieurs plans d’organisation adoptés, et la formation des spahis réguliers et auxiliaires.
Lieutenant-colonel le 17 septembre 1834, il fut chargé d’organiser le corps indigène des spahis réguliers et auxiliaires, et reçut bientôt le commandement politique, militaire, administratif des tribus dépendant d’Alger, avec le titre d 'agha , qui le mettait sous les ordres directs du Gouverneur-Général de l’Algérie.
Les spahis d’Alger furent bientôt célèbres par leur fabuleuse intrépidité, et inspirèrent la création des spahis réguliers de Bône et d’Oran.
De 1834 à 1837, le lieutenant-colonel Marey-Monge, comme agha et commandant les spahis, fut mêlé à toutes les opérations militaires, si multipliées alors, et en dirigea quelques-unes. Blessé de nouveau (balle à la poitrine, côté gauche) dans l’expédition du 8 janvier 1835 contre les Hadjoutes, mis huit fois à l’ordre de l’armée, il devint officier de la Légion d’honneur le 14 août 1835, et colonel le 31 mars 1837. — Sur sa demande, il résigna, le 23 avril 1837, les fonctions d’agha, exercées par lui, à partir du 20 novembre 1834, sous les gouvernements généraux de Drouet, comte d’Erlon, Clausel, Damremont. Un ordre spécial de l’armée fit ressortir tout l’honneur de son administration.
En 1839, époque de paix pour l’Algérie, il rentra en France et prit le commandement du 1er régiment de cuirassiers (18 août). A cette phase de sa carrière se rapporte la publication d’un excellent écrit sur les armes blanches , imprimé à Strasbourg, en 1841, chez G. Silbermann. — Mais la guerre le rappela en Afrique, et il y reparut à la tête du 2e régiment de chasseurs d’Afrique (27 septembre 1841). Il se signala dans toutes les mêlées et les attaques dont la province d’Oran fut le théâtre, commandant sans cesse la cavalerie des colonnes , pendant dix-huit mois consécutifs , été comme hiver. Il fut, après la brillante affaire de Mostaganem, honorablement cité à Blidah par le Gouverneur.
Il publia un mémoire très-renommé sur la première expédition de Laghouat, où il joua un rôle digne de lui. Ce mémoire fut im-
primé à Alger, chez Bourget, eu 1846. — Les épaulettes de maréchal de camp (général de brigade) récompensèrent tant de services, le 9 avril 1843, et, en cette qualité, le général Marey-Monge fut mis à la disposition du Gouverneur-Général de l’Algérie.
Après une courte mission à Tunis , le général Marey-Monge reçut le commandement de la subdivision de Médéah , où il succéda à S. A. R. M. le duc d’Aumale. Le 23 février 1845, il fut élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Dans la subdivision de Médéah , qui avait 120 lieues de longueur , et comprenait les hautes montagnes , il affermit la soumission avec peu de troupes , et fit prospérer le pays.
Ce fut lui qui proposa l’organisation de corps montés sur des chameaux.
En 1848 (12 juin), M. G.-S. Marey-Monge fut nommé général de division (lieutenant général) , maintenu à la disposition du Gouverneur-Général de l’Algérie , et , le 20 du même mois , investi du gouvernement général, par intérim, de l’Afrique française. Dans ce poste suprême il eut de grandes difficultés à vaincre. Les Européens s'agitaient. — L’ordre fut maintenu. — Le 12 septembre de la même année , il fut appelé à Paris pour y prendre les ordres du chef du Pouvoir exécutif, général Eugène Cavaignac , aussitôt après avoir remis le commandement à son successeur. Le 22 septembre 1848, il cessa donc les fonctions de Gouverneur-Général intérimaire de l’Algérie , qu’il aurait pu conserver si sa modestie ne lui eût pas fait considérer cette haute position comme prématurée.
Rentré en France et mis en disponibilité le 24 septembre, il fut mis, le 4 novembre 1848, à la tête de la 5e division de l’Armée des Alpes, dont le quartier général était à Dijon. Il profita de son séjour dans la capitale de sa province et de son département pour offrir (janvier 1849) généreusement au muséum d’histoire naturelle de cette noble cité dix - sept dépouilles curieuses d’animaux d'Algérie , entr’autres une peau de mouflon à manchettes , dont il n’existait que deux échantillons en Europe , aux galeries de Londres et de Paris. — Quand une partie des
troupes qui composaient la 5e division de l’Armée des Alpes se réunit à Bourges , à l’époque du grand procès politique pendant devant le Haute Cour nationale , il en garda le commandement et sut, à Bourges, comme il l’avait fait à Dijon, maintenir la discipline dans l’armée et l’ordre dans le pays par son dévoûment, son intelligence et sa fermeté. Il suivit sa division à Mâcon , à Chalon-sur-Saône , qui avait arboré le drapeau rouge , où il déploya beaucoup d’énergie et rendit d’éminents services dans l’affaire du désarmement de la garde nationale 5 il alla prendre ensuite le commandement des troupes qui lui étaient confiées, dans le département du Haut-Rhin , jusqu’au licenciement de l’Armée des Alpes. Il fut nommé inspecteur général, pour 1849, du 19e arrondissement d’infanterie (18 juin).
Après avoir reçu l’ordre de se rendre à Strasbourg pour y prendre provisoirement le commandement de la 6e division militaire (30 septembre 1849), tout en conservant son propre commandement, il devint disponible le 20 décembre. Le 13 février 1850 , il reçut le commandement de la 20e division militaire (1), à Clermont-Ferrand, et passa, par décret du 22 avril 1851 , à celui de la 5e, dont le quartier général est à Metz. — Il y succéda au général Randon, nommé ministre de la guerre. Le 7 juin de la même année, il fut investi, pour 1851, des fonctions d’inspecteur général du 10e arrondissement de cavalerie. Le 12 décembre de la même année (1851), le prince Louis-Napoléon, alors président de la République, lui conféra, la dignité de grand officier de la Légion d’honneur.
Le général Marey-Monge avait été envoyé, au mois de septembre 1839, au camp des troupes sardes près de Turin pour assister à ses grandes manœuvres, par ordre de M. le maréchal duc de Dalmatie , ministre des affaires étrangères. 11 reçut , à cette occasion, du feu roi Charles- Albert, les insignes de commandeur de l’ordre royal des SS. Maurice et Lazare, qu’il fut autorisé à
(I) C’était alors la 13*, comme celle dont Metz est le quartier général était la 3*. — Le décret du 26 décembre 1851 a changé les circonscriptions militaires, et nous avons adopté, dans cette biographiè , le nouveau classement.
accepter et à porter, par décision royale du 4 décembre 1845. — En 1852, à l’époque de l’inauguration du chemin de fer, section de Metz à Forbach, il fut encore chargé par le gouvernement d’aller complimenter, à Sarrebruck , S. M. le roi de Bavière, qui, le 23 octobre , lui conféra la dignité de grand-croix de l’ordre bavarois de Saint-Michel, qu’un décret impérial , du 10 janvier 1853, l’autorisa à accepter et à porter. — Dans l’été de cette même année 1853, il reçut la visite de Son Excellence M. le maréchal ministre de la guerre, qui lui adressa les plus grands éloges sur la bonne tenue de la 5e division militaire.
Trois fois, depuis 1830, M. G.-S. Marey-Monge fut choisi comme candidat par les électeurs de l’arrondissement de Beaune pour les représenter à la Chambre des Députés , et y soutenir tous les grands intérêts du pays. Trois fois les conservateurs qui le portaient échouèrent devant les manœuvres démocratiques du camp opposé. Toutefois, il obtint un véritable triomphe moral. Sa première candidature date de 1831 , pendant qu’il était en Afrique avec le titre de chef d’escadron; elle fut le produit de l’élan le plus patriotique et le plus spontané. En 1837 , il réunit tous les votes intelligents. Aux dernières élections législatives, sous Louis-Philippe (1846), enfin, un nombre imposant de suffrages entoura son nom. Depuis lors, il n’a plus souffert qu’on mît en avant sa candidature. Deux fois, il ne manqua l’élection que de quelques voix. S’il n’obtint pas le succès électoral qu’il méritait par son caractère personnel, son nom, ses services, sa fortune, il ne faut l’attribuer qu’au temps et au lieu, à certains partis pris de la démocratie beaunoise , assez peu intelligente , et qui avait alors son favori , à Fesprit politique , aux petites rancunes , aux vanités, aux tendances de cette époque. Le& libéraux de l’arrondissement de Beaune ne comprenaient pas le besoin d’envoyer à la Chambre une illustration sortie de son sein , un fruit de son soleil , et le libéralisme avait alors dans la contrée beaucoup d’extension et de popularité.
Le général Marey-Monge est et demeurera vraisemblablement célibataire. 11 compte parmi les plus grands propriétaires de vignes fines
de la Bourgogne. Il possède des vignobles à Nuits, à Beaune , etc.
C’est l’un des chefs les plus sérieux de l’armée par l’inflexibilité de ses principes , par ses études pratiques sur l’art militaire , par la puissance de son jugement toujours suret toujours inébranlable , par la hauteur de ses sentiments et la noblesse de ses idées , par son courage calme et son merveilleux dévoûment à la France. Sévère pour lui-même plus encore que pour ses subordonnés, en tout ce qui touche à la règle, le général Marey-Monge est l’homme de devoir et d’ordre par excellence. Il offre le type le plus parfait de l’esprit militaire. — Je me rappelle qu’après le vote du 10 décembre 1848, lui demandant, à Dijon, quelles avaient été les tendances électorales des troupes placées sous ses ordres , il me répondit avec son flègme , sa prudence , son sangfroid ordinaires : « l’armée est une force et non pas un corps délibérant. Je n’ai pas souffert que ma division délibérât; mais je n’ai point enchaîné ses votes. »
A tous les points de vue , notre illustre compatriote offre l’image d’une nature antique. Sous les formes les plus réservées et une apparence froide il voile le cœur le plus ardent pour l’amitié et le plus solide dans les épreuves. Je ne connais pas de tempérament moral qui se révolte plus hardiment contre l’injustice et l’affront. — C’est du reste là une des conditions essentielles du type bourguignon, que caractérisent l’amour de la gloire et de la guerre, la franchise, l’horreur de l’outrage. — Il y a peu d’officiers généraux qui poussent aussi loin que M. G.-S. Marey-Monge la simplicité des mœurs, la frugalité, l’indépendance de tous besoins, l’absence de toute ambition individuelle et l’antipathie pour la faveur. S’il est haut placé , c’est à son sang noblement versé qu’il doit son élévation; ce sont les actes personnels et les circonstances qui l’ont mis à ces cimes de la hiérarchie militaire ; c’est qu’il a payé de sa bravoure et de son intelligence. — Il a pour la Bourgogne la plus tendre affection filiale, et est toujours prêt à l’honorer et à la servir. Notre gracieuse cité de Nuits, à laquelle, en particulier, il est si étroitement attaché, qu’il aime avec transport et dévoûment, se félicite d’avoir
donné à la France et à l’Afrique un tel caractère. J’espère que, bientôt, une rue de cette ville , si fière de ses généreux enfants, s’appellera rue Général Marey-Monge , et j’ai déjà proposé ce baptême. Si la ville de Beaune a manqué de gratitude envers le général , fils de son arrondissement , et lui a dénié les honneurs législatifs, il n’a conservé de ce passé aucun souvenir amer. Il avait offert à cette cité le drapeau du dey d’Alger , pièce magnifique et curieuse, qui orne la bibliothèque publique de Beaune. — Beaune , du reste, a payé un juste tribut à la mémoire de Gaspard Monge , né dans ses murs , en lui élevant une statue pédestre de bronze , œuvre du statuaire bourguignon Rude, inaugurée le 2 septembre 1849, et en donnant le nom de Monge à une de ses places et à une de ses rues.
Le rôle du général Marey-Monge en Afrique fut considérable. Il sait l’arabe à peu près comme un indigène, et acquit la confiance des musulmans par la langue , par son équité envers eux , par sa connaissance parfaite de leurs besoins et de leurs mœurs. Ses idées sur l’Algérie ont toutes été remarquables par leur justesse et leurs côtés pratiques , et il a rendu à la colonie les plus signalés services comme conciliateur , pacificateur et civilisateur du pays. Il était si estimé des chefs arabes, qu’il obtenait d’eux , sans coup férir , par la persuasion , une foule de résultats précieux.
Pendant qu’il commandait la subdivision de Médéah , il eut , dans l’arrivée de Mgr Pavy , évêque d’Alger , une solennelle occasion d’inaugurer publiquement la religion catholique dans cette contrée. Il donna à la réception de Sa Grandeur un éclat immense et qui impressionna profondément les indigènes. — Le général Marey-Monge est le premier civilisateur de Médéah; il a constitué l’existence politique, fait lever le plan, dresser l’historique, classer les archives stratégiques de cette place, il y exerça une vaste influence de colonisation. Ce fut lui qui planta aussi les premières vignes sur les montagnes de Médéah. — Un guerrier bourguignon ne pouvait pas faire moins. Ses essais en viticulture, dans sa subdivision, ont été heureux, et
Ton récolte aujourd’hui beaucoup de vin blanc surtout, dans la campagne de Médéah.
11 faut avoir visité l’Afrique pour apprécier le rôle algérien du général Marey-Monge, et sa biographie sera toujours incomplète sous la plume de l’auteur qui n’aura pas étudié et parcouru la colonie. Simple soldat dans l’armée des écrivains d’Afrique l’avais le droit de parler de lui et de ses héroïques compagnons d’armes et collègues. — Bien que la gloire, en France, ait toujours ses détracteurs , le général Marey-Monge trouva peu d’opposition à sa renommée militaire-, il n’eut que quelques ennemis obscurs , froissés par l’inflexibilité de ses principes. Il se trouva , en Algérie , des esprits faux qui lui reprochèrent de s’être complètement identifié avec les mœurs indigènes , comme si , pour servir utilement la France dans la conquête et la pacification , cette assimilation n’eût pas été une impérieuse nécessité.
Les vieux liens d’affection qui existent entre la famille Marey- Monge et la mienne , les sympathies personnelles qui unissaient le général à mon père , et qui se continuent entre le noble guerrier bourguignon et moi , n’ont exercé aucun empire sur mes appréciations puisées dans les faits et non dans mon cœur. — Tout, dans cet essai biographique , est un hommage sérieux à la vérité de l’histoire. Mon amitié a plutôt atténué l’éloge, pour ménager la modestie du général Marey-Monge, qu’elle ne l’a coloré , et qu’elle n’a exagéré les droits de notre compatriote aux plus hautes positions de l’État et de la guerre.