L INSTRUCTION PUBLIQUE
et cependant, il a tort, car cette boue que les adversaires se jettent à la face rejaillit trop souvent sur la galerie, et il est difficile d'assister à ces pugilats sans recevoir quelque horion.
Sous l'empire, la population, unie par la même aspiration, vivait en très-bonne intelligence en pratiquant la tolérance que des concitoyens se doivent les uns vis-à-vis des autres et la solidarité qui, dans un pays neuf, est une nécessité. Il a fallu l'avènement de ce régime démocratique, si ardemment désiré, pour amener ces déchirements.
On dira que ces excès sont inévitables dans les républiques ; que c'est la conséquence forcée de la participation de tous les citoyens à la vie politique ; on citera l'exemple de la Grèce, de l'Amérique, de l'Angleterre. Cette justification négative nous laisse froid. Non, ce n'est pas de cette façon que nous comprenons la presse et nous persistons à penser que les Français d'Algérie, qui sont une poignée en face d'un nombre presque égal d'étrangers et de plusieurs millions d'indigènes, devraient se dispenser de donner ce triste spectacle, et qu'au lieu d'user leurs forces dans des luttes stériles qui n'ont d'autre point de départ que des ambitions personnelles ou des intérêts privés, ils feraient beaucoup mieux dese réunir pour travailler à la prospérité du pays.
Quel magnifique rôle aurait la presse si, au lieu de servir les haines et les convoitises, elle employait
son immense force à instruire, à encourager les colons, à détruire les germes de discorde naissant parmi eux, à éclairer l'Administration ! . . . Nous sommes loin de cet idéal. Il est vrai qu'il est beaucoup plus profitable de flatter les préjugés que de les combattre ; qu'il est beaucoup plus facile de prendre une idée toute faite que de s'en former une par le travail et la réflexion ; et qu'enfin, pour beaucoup de folliculaires, le journalisme n'est qu'un métier, quand il n'est pas un moyen.
Tout cela est fort bien ; mais, ce que l'on ne comprend pas, c'est que le public se laisse ainsi mener sans s'apercevoir qu'il tend lui-même le cou au joug et devient la victime d'une véritable tyrannie. Pauvre peuple qui croit avoir échappé au despotisme et qui se soumet volontairement à la servitude 1 En eflet, le premier résultat de ces violences est d'écarter des affaires publiques les hommes paisibles qui ont souci de leur dignité et de laisser le champ libre aux politiciens. C'est un grand danger en république que l'abstention des citoyens éclairés et l'abandon de la direction aux intrigants ; c'est recueil des démocraties : l'histoire en fait loi.
Nous parlions tout à l'heure des Etats-Unis. Que ceux qui, sur la foi des traités, regardent la république américaine du Nord comme le pays de l'âge d'or, méditent sur les excès qui sont l'accompagne- -ment obligé de toute élection. Les passions, surex-