‹ L'Algérie et la TunisieChapitre 133 sur 222 · LA CULTURE DB LA VIGNE · texte numérisé non relu

LA CULTURE DB LA VIGNE

mais elle ne fait guère avancer la colonisation et la culture, Elle peut avoir, toutefois, à la lons^ue, une action indirecte sur les Arabes en leur enseignant à mieux soigner leurs béteset à pratiquer la sélection, ce dont ils ne se soucient guère actuellement.

Pour Téleveur européen, en temps normal, les risques sont faibles et le profit, pourvu que Ton ait du soin et des capitaux, est presque assuré. Dans la région montagneuse, notamment aux environs de Mateur et de Téboursouk, on affirme qu'il s*est fait ainsi dans les mains de Français ou d'Anglais, sinon des fortunes notables, du moins de bonnes opérations. La suppression absolue des droits d'exportation facilitera cette production.

Cest, toutefois, un autre genre d'entreprises agricoles qui séduisit les capitalistes français et les porta vers la Tunisie au lendemain de la conquête. La plupart des acheteurs de grands domaines tunisiens se sont mis à planter la vigne. 11 y avait, dès 1886, 2,200 hectares de vignobles en Tunisie, sans compter 1,500 hectares environ de vignes indigènes. Ces 2,200 hectares du vignoble tunisien appartenaient à une soixantaine de propriétaires différents. Plusieurs domaines comptaient 200 à 300 hectares de vignes. Aujourd'hui dans un domaine, le vignoble dépasse 400 hectares et dans plusieurs 300. La culture de la vigne se constitua en Tunisie sous le régime de la très grande propriété, c'est ce qui la distingue de la métropole et de l'Algérie (1). En 1891, Tétendue des vignes françaises en Tunisie, indépendamment des vignes cultivées par les indigènes dans leurs jardins, était de 5,159 hectares ; depuis lors, par suite de certains mécomptes, la viticulture s'est peu développée dans Tancienne Régence et au 1*^' janvier 1895 elle ne comprenait que 6,088 hectares. Elle ne s'accroît guère plus que de 100 à 250 hectares par an (112 hectares en 1891).

(1) Nous avons sous les yeux le rapport fait au mois d*août 1886 par le délégué ininistéricif M. Gastiue, sur le vignoble tunisien. 11 se composait de '2,140 hectares ie vignes européennes et 1,328 hectares de vignes indigènes. Parmi les vigues européennes, un seul propriétaire en possédait 300 hectares, un autre 2 il hectares sur deux domaines, un troisième 204 hectares, un quatrième 120 hectares, un cinquième 100 hectares, huit autres propriétaires avaient chacun entre 50 et 100 hectares de vignes. Presque toutes ces exploitations, à Texceptiou du domaine de TEnfida, sont situées aux environs immédiats de Tunis ou dans la vallée de la Medjerda. A Zaghouan, anx environs de Sfax et de Kairouan, on trouve aussi quelques vignobles européens. Les voie» de communication, si rares, il y a quelques années, les empêchaient de se disperser. Le climat du sud ne se prèle pas à cette culture.

On a beaucoup blâmé la hâte de nos capitalistes à créer au delà de la Méditerranée ces vignobles gigantesques. Était-il bien prudent de confier des millions, sans préparation, sans expérience, à cet arbuste fragile et capricieux ? N*eût-il pas été moins téméraire et plus pratique de perfectionner simplement la culture arabe ou d'introduire en Tunisie des paysans français pour y pratiquer le régime du métayage ? Dans ces reproches et dans ces conseils il y avait, certes, quelque chose de fondé : l'entreprise était fort aléatoire et, quoiqu'elle se soit améliorée dans les années 1894 à 1896 elle n'a pas eu jusqu'ici un plein succès; aussi s'est-elle arrêtée, comme on l'a vu par les chiffres donnés plus haut. Mais ce n'est pas à la prudence, c'est à la recherche des gros bénéfices, qu'est dû le premier essor des établissements coloniaux. Il faut avertir nos compatriotes des risques ; il faut les détourner de placer tous les capitaux dans des créations de vastes domaines ; on doit surtout les dissuader de recourir au crédit ; mais ceux qui ont une ample fortune, qui ne dépensent pas tout leur revenu, ceux-là seuls, peuvent aller de l'avant, selon la méthode américaine cjo ahead. II est certain qu'il y a eu de graves mécomptes, non toutefois sur le rendement de la vigne dans ces contrées, mais sur les prix de vente. La plantation de la vigne de l'autre côté de la Méditerranée paraissait une affaire pleine de promesses; faite en grand, si elle constituait une aventure, c'en était du moins une qui, bien conduite, semblait présenter des chances sérieuses de grand succès. Les hommes riches qui colonisent avec leurs capitaux ne pouvaient guère demander davantage.

Sans revenir, ce qui serait superflu, sur les renseignements que nous avons donnés plus haut au sujet des vignes algériennes (voir pages 89 à 96 , il est bon d'entrer dans quelques détails sur les conditions spéciales à la Tunisie relativement à cette culture. « Quelques personnes se sont avisées de prétendre, écrivions-nous il y a dix ans, que l'ancienne Régence de l'Est y était peu propice. Les antécédents historiques du pays, aussi bien que les conditions topographiques et climatériques,démentent une assertion aussi superficielle. » Quoique l'expérience soit faite aujourd'hui (1897), il n'est pas mauvais de rappeler l'histoire.

La Tunisie serait plutôt plus favorable que l'Algérie à la production du vin. Les terres y sont, d'ordinaire, plus profondes, les vallées plus ouvertes, les pluies plus abondantes, les vents moins dessé-

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