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LA CULTURE DE LA VIGNE

chants. Ecoutons le délégué ministériel, M. Gastine, dans son rapport du mois d août 1886(1) :

M De cette revue rapide, dit-il, se dégage un double fait. D'abord l'extrême abondance des terres propres à la culture des vignes dans les meilleures conditions d'économie. Partout la charrue peut être employée, tant pour la préparation des terrains, leur défonçage, que pour la culture proprement dite. Les terres en coteau offrent des pentes douces, développées dans de longues vallées larges et ouvertes ; elles équivalent comme facilité de travail aux terres de plaine. C'est donc à bon droit que l'on a dit que la Tunisie offrait un milieu presque partout favorable à la création des vignobles. Jusqu'ici la colonisation s'est principalement portée sur les sols défrichés qui permettaient, à moins de frais, l'établissement des plantations ; mais dans les parties boisées de lentisques ou parsemées de jujubiers sauvages, que de belles positions à prendre au prix d'un surcroît d'effort î Or, le défrichement de ces dernières terres est infiniment moins coûteux que celui de bien des coteaux péniblement mis en valeur en Algérie. Le lentisque et même le jujubier sont d'autre pari des obstacles faibles, si on les compare au palmier nain des terres si fertiles de rOranais... »

«< En réalité, ajoute M. Gastine dans un autre passage de son rapport, la fructification de la vigne est abondante et précoce en Tunisie. Quant au climat, il serait plutôt de nature à faire concevoir des espérances que des craintes. La caractéristique peut se résumer en ces termes : pluies abondantes et régulières l'hiver, chaleurs et sécheresse l'été...

fi Les vignes établies sur des défoncements profonds, qui permettent aux terres de s'imprégner d'eau, soumises ensuite à des labours et à des binages fréquents, qui maintiennent la fraîcheur du sol et détruisent les végétations parasitaires, n'ont rien à craindre de la sécheresse. Ce qui le démontre, c'est la tenue des jeunes vignes, môme pendant la saison la plus sèche et la plus chaude.

(1) Journal officiel lunisien, 16 septembre 1886. Nous devons dire, toutefois, que la Tunisie étant moins protégée par les montagnes contre les vents du désert que l'Algérie, elle est plus exposée à souffrir que celle-ci du sirocco, quand il est très violent. Ainsi, en 1896, la Tunisie a perdu par cette cause un tiers de la récolte de vin qui s'annonçait, tandis que TAIgérie a beaucoup moins souffert. Mais depuis 1884 que nous nous occupons pratiquement de la vigne en Tunisie, c'est-à-dire en une période de treize ans, on n'avait Jamais vu un sirocco aussi prolongé et aussi violent qu'en 1896.

« On pourrait à plus juste titre inférer de ce climat sec d'été une moins facile propagation des parasites cryptogamiques, et en particulier du Péronospora. J'incline à penser que cette maladie cryplogamique, que je n'ai pu rencontrer en Tunisie, trouvera dans les vallées largement ouvertes du pays et parcourues par des vents secs un développement plus didicile que dans beaucoup d'autres régions. »

Ce qui est plus concluant encore que les observations du délégué ministériel d'il y a dix ans, c'est toute l'Histoire. On ignore en général que si l'ancienne province romaine d'Afrique, qui est précisément la Tunisie, a été dénommée le grenier de Rome, elle en était aussi en partie la cave ou le cellier. Nous trouvons sur ce point, dans le précieux ouvrage de M. Ch. Tissot sur la Province* romaine d'Afrique y des renseignements tellement précis qu'il nous paraît bon de les reproduire en mettant en note les textes latins auquels ils se réfèrent (1). On en tirera des lumières pour les procédés de viticulture à suivre.

M. Tissot fait remarquer que la culture de la vigne, en Afrique, comme celle de l'olivier, date vraisemblablement des premières migrations orientales. Pline, en parlant des anciennes colonies phéniciennes de la côte occidentale de la Maurétanie, fait remarquer que les seuls vestiges qu'elles aient laissés étaient des plantations de vignes et de palmiers (2) Le cap Spartel portait dans l'antiquité le nom (ï Ampelusia (3), promontoire des vignes, traduction grecque du mot lybien Cotes que Strabon nous a transmis. Les monnaies d'une des plus anciennes colonies phéniciennes de cette contrée, Lix, portaient pour emblème une grappe de raisin.

Dans les éloges des anciens pour la vigne africaine il y a, sans doute, quelque exagération. Ainsi, d'après une tradition recueillie par Pausanias, la vigne en Maurétanie produisait sans culture; ceps et grappes y atteignaient des dimensions extraordinaires. Les vignes, qui formaient la moitié des vergers du territoire de Carlhage, étaient également cultivées sur le litoral voisin de laCyrénaïque, particuliè-

(1) Exploration scientifique de la Tunisie. Géoffraphie compirée de l'ancienne province dWfrique^ par Charles Tiâsot, ancien ambassadeur, membre de riDstitnt, t. I•^ Géographie physique, géographie historique, chorographie,. pages 302-305.

(2) Pliue, V, I. 13.

(3) Mêla, V: « Caput atque exordium est promontorium quod GrcBci Ampelusiam, Àfri aliter, sed idem sigaiQcaDte vocabulo, appellant. »

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