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LES PÊCHERIES

son chemin de fer et ses installations elle pourra singulièrement aider à rendre la vie à la région tunisienne centrale.

En matière de mines et de carrières, la législation la plus libérale s'est toujours montrée la plus profitable.

Une autre richesse naturelle, qui peut contribuer au développement de la Tunisie, ce sont les pêcheries. Échancrée en mille endroits par la mer, séparée, par de petits détroits ou de petites baies, d'îlots nombreux, la Tunisie n'a pas moins, îles comprises, de 700 milles marins ou 1,300 kilomètres décotes; et elles comptent parmi le» plus poissonneuses du globe. A Tabarka et aux environs, on pécha les sardines et les anchois, jusqu'à une moyenne de plus de 1,1 00, 000 kilogrammes de sardines et de 950,000 kilogrammes d'anchois, soit une valeur de un million de francs, dans chacune des belles années 1 889 et 1 890 ; depuis lors, on est resté fort au-dessous de ces chiffres exceptionnels, etla valeur de cette pèche en 1894 ne montait qu'à 367,000 francs. Un nombre de barques, variant, suivant les années, de 80 à 360 et comptant respectivement 016 à 3,497 hommes d'équipage, représentent cette double industrie. On s'y livre aussi dans le golfe de Tunis; en 1891, 200 barques, avec 1,'240 hommes d'équipage, y capturaient 115,000 kilogrammes de sardines et 465,000 kilogrammes d'anchois, valant ensemble 3 15,000 francs.

Les deux lacs de Bizerte, le lac salé et le lac d'eau douce, ce dernier ayant environ 80 kilomètres carrés, abondent en poissons divers : les statistiques n'en évaluent pas la valeur; mais elle monte à plusieurs centaines de mille francs par année. Aux environs du Cap Bon et sur la côte nord-orientale, ce sont les thonairesqui constituent le» pêcheries les plus abondantes ; dans de très bonnes années, à la thonaire de Sidi Daoud, près du Cap Bon, concédée par Ahmed Bey en 1826 jusqu'en 1913 à une famille italienne, celle des comtes Raffo, on a capturé 14,932 thons, ayant produit 530,000 kilogrammes de chair soit à l'huile, soit salée, et de plus, 52,000 kilogrammes d'huile, ayant ensemble une valeur de 400,000 à 500,000 francs. Dans les dernières années, il est vrai, par des causes que l'on ignore, cette pêcherie est devenue beaucoup moins fructueuse. De Hammamet à Sousse où le poisson est abondant, l'éloignementde toute ville fait qu'on ne le pêche guère. 11 en est autrement à Monaslir, où un concessionnaire français, le comte Fleury, a relevé, en 1891, une madrague, autrefois florissante, puis abandonnée. La pêche des sardines et des allaches, poisson analogue, mais de dimensions supé-

ricures, réapparaît à Mehdia. Dans le golfe de Gabcs enfin et dans la petite mer intérieure qui s'étend entre l'île de Djerba et le continent, les variétés utiles d'animaux ou de formations aquatiques abondent, notamment les éponges et les poulpes. Kn 1891, on recueillit pour 1,166,000 francs d'épongés et pour 16,000 francs de poulpes. Ces chiffres avaient été fort dépassés en 1893. D'après un relevé officiel, le mouvement total des pèches sur les côtes de l'ancienne Régence se serait élevé à 2,r)()7,000 francs (1) i il s'agit là d'une année médiocre, du moins pour les sardines, les anchois et le thon. Le poisson est à très bon marché en Tunisie ; on y en a pour un franc ce qui en PVance en coûterait 5 à 6. Il est très vraisemblable que bien aménagées, avec des services réguliers et rapides portant le poisson frais à Marseille et par conséquent relevant les prix, sinon au niveau français, du moins à la moitié de ce niveau, on pourrait obtenir des pêcheries tunisiennes une dizaine de millions de francs par an. 11 serait facile aussi d'installer dans le pays des usines de salaisons et de conserves, d'autant que la bonne huile y abonde et n'y est pas chère. Sur beaucoup de points, les richesses des cotes tunisiennes ne sont pas exploitées. Le gouvernement a pris quelques bonnes mesures à l'endroit des pêcheries ; il a supprimé notamment le fermage de celles des éponges et des poulpes, tout en maintenant des précautions pour que l'on n'épuise pas les bancs; on a ainsi assujetti les barques h des redevances de 75 francs jusqu'à 1,500 francs, suivant le mode de pêche, et on en a suspendu l'exercice du l*'mars au l*''juin. On s'occupe aussi de soumettre l'épongea une culture rationnelle.

On a fait des tentatives pour implanter à Tabarka des pêcheurs bretons ; on voulut former avec eux un village ; tout au moins aurait-il fallu choisir des pêcheurs provençaux ou catalans. L'essai, comme il fallait s'y attendre, a complètement échoué. Il n'y aurait rien d'excessif à réserver, en partie du moins, sinon encore en totalité, aux marins français et aux indigènes tunisiens la pêche sur les côtes et dans toutes les eaux de la Tunisie.

Ainsi l'ancienne Régence offre à nos capitaux et à nos compatriotes des ressources très étendues et très variées ; ce serait une faute que de se cantonner dans l'agriculture, surtout dans l'agriculture d'exportation ; certes, la culture du sol tiendra toujours le premier rang

(1) La Tunisie, Agriculture, Induslrir, Commerce, I, page 406.

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